BERTHET
— Alors pourquoi vous a-t-ellc appelé ! Les amoureux ont d'étranges idées. A votre place, jeune homme, savez-vous ce que je ferais ? J4rais trouver Lmguard/]ç^ lui demanderais une explication franche et précise en présence de ces dames-
FRECHETTE
Alors pourquoi vous a-t-elle appelé ? Les amoureux ont d'étranges idées. A votre place, jeune homme, savez-vous ce que je ferais ? J'irais trouver Jolin, je lui demanderais une explication franche et précise en présence de ces dames.
BERTIIET
— Je ne robtiendrais pas, et Lhiffuard, i renant l'alarme à ma vue, redoublerait de rigueur envers cette malheureuse enfant. Et, Monsieur, il faut vous avouer la v^-rité, quelques mots de la lettre à' KUzaheth me font craindre que l'on n'ait l'intention d'exercer sur elle d'indignes violences.
fiieciii:tte
Je n(î l'obtiendrais pas, et JoUn, prenant Talarnie à ma vue, redoublerait de rigueur envers cette malheureuse enfant- Monsieur, il faut vous avouer la vérité, quelques mots de la lettre de Blanche me font craindre que l'on n'ait l'intention d'exercer sur elle d'indignes violences.
Quel habile assirnihitcur que ce M. Fréchette ! II a réussi à remplacer Linguard par J olin et Elizabeth par Blanche.
Bravo, monsieur Fréchette, bravo !
Encore une fois, le lauréat n'a fait que transcrire le Bonhomme dans la lune^ et je crois pouvoir en dénicher l'original avant que le grand inspiré publie un nouveau conte de Xoël dans l'un ou l'autre des journaux que je viens dénommer.
En attendant, que M. Fréchette s'arcboute bien sur ses jambes.
Le sac aux surprises n'est pas près d'être vidé.
Se voyant tout à coup dépouillé du manteau ■d'emprunt dont le fallacieux éclat avait si longtemps •ébloui les lunettes des sociétés d'admiration mutuelle de Québec et de Montréal, comprenant que, une fois ses plagiats et ses rabâchages connus, il ne lui resterait rien, absolument rien de sa renommée littéraire, M. Fréchette, dès mes premiers articles sur son œuvre poétique, voulut faire croire à ses compatriotes qu'il savait, au moins, le français, s'il n'avait plus d'autre titre à leur admiration.
Pour prouver ses connaissances lexicologiques, le -collaborateur d'Elie Berthet, son gros Larousse tout grand ouvert devant lui, se prit à publier, au milieu de l'été dernier, sous le titre : A travers le dictionnaire et la grammaire^ une série d'articles qui dure encore, et sans doute devra durer aussi longtemps qu'il croira que son érudition apparente sauve sa réputation de lettré.
Drapé dans sa dignité bien connue de poseur, M. Fréchette débuta, dans ce nouveau genre de littérature, eu alignant dans la Patrie une longue suite d'anglicismes, que tout le monde connaissait comme tels, donna leurs équivalents en français, ce qui n'était pas le pont Victoria à construire, et du même coup invita le public à lui demander toutes les explications dont chacun pourrait avoir besoin pour bien parler et bien écrire.
Et tout de suite parut dans le coin réservé aux leçons du maître d'école de la rue Sherbrooke toute une pléthore de questions que, sous des pseudonymes, des personnes de toutes les parties du Canada, voire même des Etats-Unis, posaient, chaque semaine, au lauréat^ sur la signification de tel ou tel vocable,, t^ur la valeur de telle ou telle expression.
Et, naturellement, les réponses de M. Fréchette affluaient en proportion.
Jamais on n'avait vu une pareille ardeur à vouloir s'instruire chez les Canadiens, d'ordinaire si peu. soucieux de corriger leur langage.
Cette ardeur, au lieu de diminuer avec le temps,. s'est maintenue trës vive, et elle n'est pas près, j'en suis sûr, de s'éteindre, pour la simple raison que les trois quarts et demi des questions adressées au maître d'école de la rue Sherbrooke sont écrites de la propre main du lauréat^ qui veut laisser entendre
à ses amis les ennemis, selon son expression, que beaucoup de personnes ont encore foi en sa compétence littéraire.
Si M. Fréchette croit faire avaler cela, il est dana une erreur bien profonde.
Une des plus fortes preuves que les lettres de^
correspondants de la Patrie touchant les difficultés
grammaticales de la langue française sont écrites
rue Sherbrooke, c'est que, chaque fois qu'au cours
d'une de mes critiques de l'été dernier je reprochais
k M. Fréchette des fautes de langue ou de prosodie,
j'étais sûr de voir, la semaine suivante, un semblant
de réponse dans une des colonnes réservées à l'épure-
nient de notre idiome ; et quelques citations que je
ferai de mes articles du Courrier et de ce qu'y
répondait le lauréat vont, je crois, intéresser le
lecteur :
CHAPMAX
Tout ceia est simplement de la prose rimée, et à Ui nui ht'tuîe me semble mille fois inférieur à la bnniaïUe d'3 31. F'ancher de Saint-Maurice.
FRECHETTE
l'n (^uébecquois m'écrit:
M. Faucher de Saint-Maurice a intitulé un de ses ouvraj^cs : A la brimante, est-ce correct?
Rép. — A la bnuiaïite est une expression locale. En en faisant un titre de volume, ^I. Faucher était dans son droit ; c'est même là un titre très pittoresque. Mais cela ne dçit pas faire oublier que, toute j^^lie qu'elle est, l'expression n'est pas française. Il faut dire à la brune, à la nuit brune.
Quoi qu'en dise M. Fréchettc, qui n'a pas le courao^e, et pour cause, de me repondre sous sa signature, il est certain que si à la brune^ comme locution, est français, à la nuit brune n'est visible ni dans Larousse, ni dans Bescherelle, ni dans Littré.
CHARAIAX
l*n mures sah'ona :
C'est encore Sanriol qui, dans Tonibro îX)s:ti', Tire sur les Anglais, et Icvs crible à outrance.
Il y a ici un hiatus et une grosse niaiserie, etc.
FRECHETTE
Un versai fi cat OUI* dc'siirc savoir, si *' peu à peu " })ent entrer dans un vers.
Ce 2^cut^ qui vient immédiatement à la suite de peu à peu^ est très harmonieux, n'est-ce pas ?
Un versificateur désire savoir, si 2>^î^ àjjev peut entrer dans un vers.
Képonse : — Certainement, puisqu'il y a exception pour tout ce qui fait locution, comme çà et lày un à un, à outrance, etc..
Parbleu les vieilles règles ont du bon, mais seulement lorsqu'elles ne font pas de mal.
M. de La Palisse-Fréchette vient de prouver encore son ignorance, en insinuant que ce sont les poëtes français du jour qui font entrer dans leurs vers peu à pea^ à outrance, etc.
Bien au contraire, les locutions comme celles que je reprochais, l'été dernier, au ?«w?'^a^, étaient usitées en poésie du temps de Mathurin Régnier ; et il n'y
a que les arriérés qui pourraient s'en servir encore, comme le prétend avec tant de justesse le célèbre philologue Quitard, qui, après avoir admis qu'on tolérait autrefois certains hiatus dans le bas comique, ajoute :
** Faut-il conclure de là que la repaie puisse être arbitrairement méconnue ? Non, certes ; car il en r(?sulterait une foule d'abus. Nous en avons eu la preuve à l'époque où des romantiques en sous-ordre ne craignaient pas de remettre eu pratique de vieilles doctrines qui autorisaient quelques hiatus. Ces novateurs rétrogrades croyaient faire merveille en hérissant leurs vers des expressions tn as, tu es, il y a, çà -et là, peu à psu, un à un, etc."
Comme Quitard est une aussi forte autorité que notre poète national^ ce qu'il dit relativement à peu -à peu, etc ; règle donc la question, de même que les réponses à mes critiques du Courrier établissent que M. Fréchette s'adresse les lettres qui paraissent dans la Patrie à propos de linguistique.
Mais M. Fréchette ne s'adresse pas seulement des lettres pour se défendre contre mes critiques ; il s'en 45crit pour injurier ceux qui le plaisantQut sur son rôle de maître d'école.
Lisez :
Ma leçon de français hebdomadaire va consister pour cette semaine dans l'article suivant, adressé à la Pairie par un citoyen qui s'est instruit lui-même, presque sans livre.**, rien •que par son intelligence, son courage et son amour de l'étude •
'• Un nouveau champion.
** Encor.^ un qui jaloux du bon effet (ju'ont sur les masse.^
les bonnos leçons de français publiées dans la Pairie du samedi, vient tout à coup se laire le champion des vieillev ch<«es démodées, et tenter un nouvel effort pour enrayer le progrès. C'est peut-être le plus fort de toute la Balllargerie, colui-là. C'est peut-être aussi un nouvel exploiteur do mines, qui se cache sous le voile de l'anonyme pour nous faire part de ses exploitations.
*' Vexé de ce que certains Canadiens — on tête desquels nous reconnaissons M. Ix)uis Fréchette— ont assez de patriotisme pour essayer de corriger notre mauvais français, ce monsieur prend sa plume pour dire qu'il faudrait arrêter ça, etc."
Doux grandes colonnes sur ce ton pour essayer de démontrer que M. Fréchette est compétent en fait (le lexicologie ; et les allusions à l'abbé Baillairgé et au P. Laçasse, qui sont tous deux, par le temps qui court, le cauchemar du lauréat^ sont assez probantes pour établir parfaitement, à elles seules, que celui-ci est l'auteur de tout ce prétentieux verbiage.
Dans un autre numéro du journal de son cœur^ toujours pour tâcher de faire croire qu'on s'occupe de lui comme linguiste, et à l'instar de ces vendeur» de remèdes brevetés qui prétendent être constamment ensevelis sous un amoncellement de commandes, le lauréat écrivait les lignes suivantes :
J'ai devant moi un tel encombrement de questions, que, pour étrn plus méthodique, je procéderai dorénavant par ordre de dates.
Apres une telle déclaration, on était en droit, n'est-ce pas, de s'attendre à ce que M. Fréchctte
IJXGUISTE 251
lançât, à la première occasion, une bordée de réponses à ceux qui devaient être si impatients de corriger leur langage.
Au grand étonnement de tous, la Patrie du samedi suivant ne contenait pas un traître mot à l'adresse des nombreux correspondants du lauréat^ mais, par contre, on y pouvait lire une lettre d'une colonne et demie que M. Fréchette s'était encore adressée, et dont j'extrais le passage suivant :
L'autorité qui s'attaclio à votro nom, et l'avantago ([ue vous avez d'Otre né dans le pays même vous permettent de donner à vos compatriotes des conseils qui seraient moins bien acceptes d'écrivains de nationalité simplement française.
N'était-ce pas écœurant de voir un écrivain faire ainsi son propre éloge ? X' était-ce pas révoltant de voir M. Fréchette — même s'il n'eût pas été l'auteur d'une pareille réclame — la publier dans les colonnes dont il a le contrôle comme magister?
Enfin, se disait-on, le prochain mmiéro à^la Patrie ne peut manquer d'être littéralement couvert de questions et de réponses touchant les leçons de français de M. Fréchette.
Cette fois encore, pas plus de leçons que sur la main ; mais, en revanche, une lettre interminable que le lauréat attribuait hypocritement à l'un de ses ennemis, et dans laquelle il avait glissé toute espèce d'anglicifemes et d'incorrections pour tâcher de jeter
du discrédit sur ceux qui ne veulent pas se laisser endoctriner par l'auteur (T Originaux et Détraqués^ pourtant si désireux d'introduire dans notre langage les innovations de Stéphane Mallarmé, Paul Verlaine, Henri Roujon et autres décadents de même couvée.
Le début de la lettre en question se lisait ainsi :
Je suis avec intérêt les efforts que vous faites clans la Patrie pour réformer le langage de nos Canadiens.
Je ne veux pas compHer avec les Académiciens ; mais, tout en ne méconnaissant pas vos bonnes intentions, permettez-moi de vous dire que vous faites fausse route et que vous voulez substituer à notre langage si pur et si correct un idiome défectueux, et je dirai semi-barbare.
Nous parlons et nous écrivons le français du siècle d(^ Louis XIV, la belle langue de Fénelon et de Molière. Les hommes soucieux de la pureté du langage »'o6;eo/eronUou jours î\ cette invasion de mots, de locutions bizarres, inintelligibles et ridicules qui ont oritjiné dans les écrivains de la fin de ce siècle.
J'avais fait dernièrement une application à mon libraire pour qu'il mv procure (juelques livres de Zola, Catulle Mendès, Armand Silvestre, mais j'ai bien m.tl investi mon argent. Bon Dieu ! ([uel charabia, (|uclle lourdeur d'esprit et do style î Je vous avoue que j'ai peine à les comprendre.
Il faut être bien smart pour débrouiller ce grimoire. A qui fera-t-on accroire que c'est là un beau langage. Plutôt que de rencontrer un payement pour une pareille littérature, mieux vaut encore, n'en déplaise îl messieurs de la Tempérance, se régaler de quelques verres dans une bar, ou mieux encore, faire l'acquisition d'un bon capot à fourrures, etc.
Décidément, M. Frécliette prend ses lecteurs pour des jobards.
Toujours est-il qu'il a été trop maladroit pour
donner quelque apparence d'authenticité à la lettre d' Un vieux castor ; et les expressions smart, capot, à fourrures^ bar, rencontrer un payement, etc., dans une phraséologie dont l'ensemble est parfaitement français, et dont l'auteur veut démontrer au lauréat que notre langage est celui du siècle de Molière, — sont tout ce qu'un cerveau malade et dépravé peut imaginer de plus sot et de plus hypocrite.
Quoi qu'il en soit de tout ce qui précède, voici la raison qui doit par- dessus tout faire comprendre que M. Fréchette n'a reçu aucune lettre touchant les difficultés grammaticales de la langue française : ceux qui pourraient d'aventure lui écrire à ce sujet Boraient les journalistes, quelques rares négociants, les membres du clergé et des professions libérales, et, tout naturellement, ces personnes ne lui écrivent pas, ayant, comme le lauréat^ des dictionnaires qu'ils consultent à loisir.
Quant aux gens du peuple, qui, ici comme ailleurs, se soucient du beau langage comme du shah de Perse, ce serait, par ma foi ! le comble de la naïveté que de croire qu'ils prennent la peine de faire une lettre, d'y apposer un timbre, et d'aller porter le tout au bureau de poste, à seule fin de flatter la superbe du maître d'écolo de la rue Sherbrooke.
îf on, personne ne s'adresse au poète national pour se faire éclairer, et tout cet étalage d'érudition à
-coups tle clietioimairc ne servira guère à faire voguer plus légèrement la galère où il est condamné i ramer jusqu'à la fin de ses jours, en expiation de tous ses vols.
Et puis, supposons, pour un instant, que les correspondants de la Patrie soient des étrangers, et que M. Fréchette puisse leur répondre mieux que personne sur les difficultés lexicographiques du français.
Qu'est-ce que cela prouve ?
Tout simplement que M. Fréchette a les meilleurs diction naires qui aient été publiés jusqu'ici, qu'il a le temps de les feuilleter, et que M. Beaugrand tolère ses leçons de linguistique comme il laisserait le premier liîïbleur venu jouer du tam-tam au profit de son journal.
Au reste, ce qui frappe tout de suite un homme instruit en face de la voyante rubrique : A travers le dictionnaire et la grammaire, c'est que le poète national devrait bien se corriger lui-même avant de corriger les autres.
En eflTet, de tous ceux qui tiennent une plume au Canada, l'auteur à^ Originaux et Détraqués est peutotre celui qui sait moins le français.
Le lauréat n'a aucunement le génie de la langue, et l'absence de toute logique dans sa prose ordinaire
OU sa prose rimée fait de ce poseur élionté rauteiir le plus saugrenu que je connaisse.
Bien qu'il sache — je l'admets — assez bien l'anglais I>our éviter les anglicismes qui déparent généralement le style des écrivains canadiens, il en commet encore hissez souvent, comme 3e vais le démontrer dans le présent article.
Mais, encore une fois, ce qui ^âte surtout sa phraséologie, c^est l'illogisme ; et la mise en relief des fautes de toute sorte que j'ai relevées un peu au hasard dans quelques-uns de ses écrits en prose, va prouver que M. Fréchette doit avoir complètement perdu le reste, comme on dit, pour s'être donné comme juge en linguistique.
Commençons par examiner quelques-unes des fautes grammaticales qui se trouvent dans les lettres qu'il adressait, en 1871, à M. Routhier :
C'est une nouvelle qualité que j'ajoute à toutes celles pour lesquelles je vous ai donné crédit.
Un bel anglicisme, n'est-ce pas, and it is to your crédit^ M. Fréchette.
Il est heureux que vous ayez compris que vous commettiez une pyramidale naïveté, en niant emphaliqitement avoir jamais accusé M. Pelletier d^ avoir démoli la colonne Vendôme, etc.
Emphatiquement (emphatically) est presque aussi pyramidal, comme anglicisme, que l'ignorance et
îî."»0 LE LAURÉAT
l'infatuation de M. Froclictte, et assurément tout aussi monumental que la colonne Vendôme, à laquelle le poète national s'est comparé dans une de ses lettres k M. Tabbé Baillaîrgé.
La moindre chone, ce me semble, qu'on puisse exiger d'un advci'sairo, c'est au moins assez d'intelligence pour comprendre ce c\\\o parler veut dire.
Je vois que M. Fréchettene sait pas, lui, non plus, ce que c'est que parler, et son au moins, qui vient après sa moindre chose, est le comble de l'inexpérience chez uii homme qui a la prétention d'être un lettré.
En rebdchant toujours la même rengaine^ etc.
R<L hacher — non pas rehâcher — signifiant revenir souvent et inutilement sur ce qu'on a dit, et une rengaine étant une chose que quelqu'un répète à satiété, il s'ensuit donc que, en reprochant à M. Routhier de rabâcher toujours la même rengaine, vous vous êtes. M, Fréchette, platement aplati dans un pléonasme.
Vous sentez bien qu'en iace d'un adversaire de cette force, un homme sérieux n'a rien de mieux à faire qu'à cesser toute discussion.
Et moi, je vous dis, M. Fréchette, que, vu votre ignorance du français, vous n'avez rien de mieux à faire que de cesser d'écrire.
Nous en serons mieux, et vous n'en serez pas pire.
Pire étant sj^nonyme de plus mauvais, plus nuisible,
IJXGUISTE 257
vous auriez dû dire à votre adversaire : " Nous en serons mieux et vous n'en serez pas plus mal."
Un écolier de dix ans vous aurait appris cela, M.
Fréchette.
Je suppose que (''est aussi grâce à cette seconde vue dont vous êtes doué, <n'e vous avez découvert //î^<? j'avais diflainé les institutions de mon pays, et que vous avez écrit, tout en m'appelant votre ami, que je glissais sur la pente de l'irréligion.
C'est un fameux maître d'école que ce M. Fréchette, que l'on a acclamé pour des vers qu^il avait pris dans les volumes çw'a publiés Victor Hugo, le poète lyrique que tout le monde connaît.
Si la victime n'est pas de ceux qui ont l'habitude de monter sur les toits pour fah-e leurs actes de vertus théolo- (jales, etc.
Comprends pas.
Quelqu'un pourrait peui-ùtrc s'étonner de ce quequelciues milliers d'émigrants Canadiens pusse.it exercer, etc.
Ce pussent, qui vient après ce pourrait suivi de p6'//^-etre dans une phrase de deux lignes, fait un très bel effet.
Il est surprenant cependant que nos hommes d'Etat et nos journalistes n'aient pas encore songé à cela, et qu'ils persistent à considérer l'émigration comme un? plaie à la luelle ii faille porter remède.
Il faut j M. Fréchette, que vous retourniez à l'école pour savoir jusqu'où l'influence du que du subjonctif peut se faire sentir dans une p?riode.
Lorsqu'on se trouve connue au coin d'un bois où il faille,Qiç.
Ce faille-là est assuroment une toquade.
Lorsqu'on se trouve comme au coin d'un bois où il faille dépendre sa réputation contre des voleurs de grand chemin, etc.
Avez-vous jamais entendu parler de voleurs do grand chemin— sans 5 — embusqués au coin d'un bois pour voler la réputation des poètes ?
Tandis que vous ^ticz enfraû, vous auriez pu citer auss»i mes vers.
En frais de quoi, M. Fréchette ?
Je soumettrai aussi à vcs dévotes méditations ce que Jésus disait du pharisien hypocrite qui se tenait debout dans le devant du temple.
Mais si le pharisien était dans le (Zet;a?i^ du temple, le publicain, qu'il ne faut pas oublier ici, était donc dans le derrière.
Je pourrais vous citer d'ici à demain des fautes et des inepties comme celles-là, toutes prises dans les lettres que M. Fréchette adressait autrefois dans V Evénement à M. Routhier. Mais je garde de l'espace pour celles qu'on trouve dans Originaux et Détraqués, le dernier volume du lauréat.
Je prends le dessus du panier :
La dernière note de l'intonation s'éteignait à peine, et Je chœur n'avait pas encore eu le temps àe reprendre la continuation de l'antienne, etc.
On reprend ou l'on continue une antienne, M.
Fréchette, mais on ne reprendrais une continuation, et la redondance que je viens de souligner prouve encore une fois que vous n'avez pas la logique du langage.
Sîi vie tout entière fut une i\laUi\nivnc perjyêtue lie.
Vous avez encore commis là une affreuse redondance, M. Fréchette, et vous auriez dû vous borner à dire : " Sa vie fut une plaisanterie perpétuelle, ou bien " sa vie tout entière fut une plaisanterie."
Comprenez- vous la différence ?
Plus iV un eurent à s'en repentir.
Ce pluriel, qu'emploient si souvent les journalistes canadiens, est une grosse faute, et la petite grammaire de Lhomond vous l'aurait fait éviter, monsieur le puriste.
Et puis, il y a dans plus d*un eurent une sorte d'hiatus auprès duquel peu à peu et à outrance sont <le véritables soupirs de harpe éolienne.
Il les servait souvent à la Jocrisse, et montait tout aussi bien une scie à un prince de l'Eglise qu'A, un cocher de la place.
Un cocher de place, M. Fréchette, un cocher de place.
On cite même un nommé Vaillancourt qui en fut quitte pour un œil crevé ; et — disons-le au a'édit de l'humanité québecqnoise, etc.
200 lï: lauréat
Ou voit que, depuis 1871, vous ne vous êtes guère corrigé de vos anglicismes, monsieur le linguiste, et cet au crédit — to the crédit^ — que jo vous ai déjà signalé, n'est pas à voire lonavge^ locution dont vous auriez pu vous servir avec avantage au sujet de l'humanité québecquoise.
Quel otait l'individu assez irrévérencieux pour oser trou- Mer l'office divin par une farce de ce calibre ?
On le sut bientôt. Du reste, la voix n'était pas incomiuo. J'Jlle apjtartenait à un pauvre innocent de bon garçon, etc.
Cette manière do dire que la voix qui avait troublé
l'office divin était celle d'un pauvre innocent est tout
à fait pittoresque, et l'on ne peut s'empêcher de
songer que le lauréat n'aurait pas autrement répondu,
si quelqu'un lui eût demandé : — A qui était la
vache ?
— Elle appartenait, etc.
Il (Cliouinnrd) portait à pied cette lettre à Kaniouraska, à lUmouski, au Bic, à Matane, et, naturellement, à n'iniport*^ quel point intermédiaire^ la livrant en mains jyroiyres ov à domicile, etc.''
D'après la phrase ci-dessus on croit que, lorsque Chouinard livrait la lettre dont il était porteur en mains propres, celui à qui elle était adressée n'était pas à son domicile.
M. Fréchette aurait dû dire que Chouinard livrait la lettre au destinataire lui-même ou à quelqu'nn de sa maison.
" Avec de grands airs de dévotion qui n* imposaient pas à tout le inonde."
Interrogez votre Larousse, monsieur le maître <1' école, et vous verrez que le verbe en imposer existe, -et sachez, en attendant, que toutes vos leçons de français n'en imposent à personne.
Et puis, — j'oubliais, — un homme peut fort bien :avoîr l'air d'un dév^ot, mais jamais il n'a des airs de dévotion,- — à moins que ce ne soit un maître de . . . -cliapelle.
Quand vous aurez étudié encore quelques années dans votre Larousse, vous vous apercev^rez peut-être de la nuance qu'il y a là.
A la brune, il entrait — n'importe où.
Pourquoi, monsieur Fréchette, ne vous êtes-vous pas servi là de la locution à la nuit brune f
Sans doute, parce que dans votre prose vous n'aviez pas besoin de chevilles, — dont vous faites un si grand usage dans vos vers.
Et nous vîmes apparaître un succulent pûté d'airelles, ou, pour me servir de la langue du, pays, un succulent pAté aux bleuets qui fut accueilli par des bravos enthousiastes.
Littré va vous prouver, monsieur le lexicologue, qu'un j?a/é aux blwets n'est pas aussi mal que vous voulez le laisser entendre, car il dit :
Bot. Bill et du Canada. Nom vulgaire d'une espèce du ^enrc airelle.
Ainsi donc, i)uisqiie notre bluet a fait assez sûrement son petit bonhomme de chemin ponr pénétrer chez Littré, servez-vous-en, monsieur Fréchettc, et cachez votre pâté d'airelles, qui fleureson pédant à dix pas.
...et s'achemina clapin-clopaiit etc.
On dit : " clopin-clopant, monsieur le lexicographe.
Nous échangetUTies une cordiale poignée de iiiahu.
M. Fréchette a cru que, puisqu'il y avait là deux mains qui se touchaient, le pluriel était de rigueur^ ou bien qu'on pouvait dire : une poignée de mains,, comme on dit : une poignée de. . . .dragées.
Très fort sur le français, notre homme.
Mais cette brusquerie n'imposait à personne.
Je le répète, le verbe en imposer existe, et son? emploi &>'imj)osaU encore là.
Tout cela s'épanouissait entre deux vastes oreilles dont la flaccidité flottait au moindre courant d'air.
L'état d'une chose qui est flasque flottant au moindre courant d'air, ça, c'est du Fréchette tout craché, par exemple.
Mais ce qui attira mon attention padiciilisrey etc.
J^attire *' particulièrement l'attention " sur ce charabia.
LIN'GUISTE 2G3
Pauvre Drapeau, il dort aujourd'hui son dernier somme dans le vieux cimetière de Saint-Michel de Bellechasse, côte à côte avec ses phres, attendant comme eux et avec eux la miséricorde de Celui qui pardonne à ceux qui ont beaucoup aimé.
D'après ce qu'on peut voir, il est certain que Drapeau, qui dort côte à cote avec ses pfcres, attonclant avec eux et comme eux la miséricorde divine, ne quittera pas le cimetière de Saint-Michel-de-Belle chasse pour s'en aller tout seul au paradis.
...et Marcel Aubin eff'ectuason apparition.
Pas de commentaire possible.
Il disparut un jour, sans prendra congjdo pcr3:)nne, et l'on n*a jamais su ce qu'il était devenu depuU.
La phrase ci-dessus, qui n'avait pas plusbes:>in de l'appendice caudal depuis qu'un chat n'a he^-oin de deux queues, comme on dit vulgairement, prouve bien, à elle seule, que M. Fréchette devrait suspendre pour quelque temps ses leçons de la Patrie pour étudier encore un peu le français.
Avant de former Originaux et Détraqués^ laissezmoi vous dire à quelle occasion ce volume a été écrit, ce qui en fait le sujet, et ce qu'il vaut k tous les points de vue.
Voici :
Lorsque le notoire Filiatrault fonda le Canada.- Hevue, il eut, ça se comprend, le soin de s'assurer.
moyennant finance, de la collaboration de M.
Frcchette.
N'ayant aucun bagage dont il pût tirer parti pour la nouvelle publication, — les aigles, eux-mênies ne peuvent pas toujours votei^ n'est-ce pas, —le lauréat crut faire merveille en écrivant les monographies de douze fous, qu'il avait connus dans sa jeunesse et avec lesquels il semble avoir été intimement lié.
Ces pauvres fous, il les a portraiturés d'une manière tout à fait injuste, et il a, par endroits, tellement outré leurs faits et gestes, que je suis à me demander si le nom de M. Fréchette n'a pas été oublié parmi ceux qu'il a voulu immortaliser.
Cette impression qui doit venir à tous ceux qui lisent le dernier volume du lauréat a inspiré à un étudiant de ma connaissance l'idée de parodier les vers que M. Fréchette a mis en tête de la dernière édition de VHistoire du Canada de Garneau. Je ne puis résister à la tentation de citer une strophe de cette parodie :
Tu chantes Grospcrrin ; tous nos fous, tu les comptes.
Avec quel merveilleux brio tu nous racontes
Les exploits de Dupil, que tu connais si bien.
Mais, panni les grands noms qui brillent dans ton livre,
Il en manque un qui doit survivre,
Et ce nom, Louis, c'est le tien.
Que le nom de M. Fréchette ait été oublié ou
non, il suffit de lire quelques pages d' Originaux et Détraqués pour savoir que sou auteur doit être parfaitement conscient du mépris qu'il inspire, pour avoir osé, par pur amour de l'argent, peindre les hîdeurs qui font le sujet du volume en question ; et tous les calembours latins ou français — déjà usés du temps de nos arrière-grands-pères — que le lauréat met dans la bouche de Chouinard, toutes les insanités qu'il fait répiter à Cardinal, tous les jurons dont il -émaillo la conversation de George Lovesque, tout cela vous laisse l'impression qu'on éprouve devant les contorsions d'un bateleur en maillot sur les planches d'un théâtre en plehi vent.
Encore, si M. Fréchette, malgré les grossièretés qui foisonnent dans ses Originaux et Détraqués^ eût montré quelque talent en peignant ses douze tgpes quéheeqaois !
Mais le lauréat a fait avec son dernier volume un four aussi désastreux que la veste qu'il a remportée avec la Légende (Vun Peuple^ dans laquelle, à part les vers volés, il n'y a pas une page qui porte lemoindre rottet poétique.
D'un bout à l'autre de l'ouvrage donné comme primeur dans le Canada- Revue, M. Fréchette cherche il faire rire le lecteur, et, quand il y réussit, ce n'est pas, croyez-moi, aux dépens de ses douze fous.
Chaciino de S3s monographies est d'un décousu. . haillonneux.
i:CC LE LAUKÉAT
On (lirait que le lauréat a écrit la moitié de ses phrases isolément, sans aucun lien d'idées, et que, après les avoir réunies les unes à la suite des autres, il a ficelé le tout avec les locutions adverbiales au reste, au surplus, au demeurant, (bailleurs, quoi qu'il en soit, etc., qui commencent presque chaxiuc paragraphe.
Il y a là dedans, selon l'expression de François Coppée, as.scz de ficelles et de câbles pour gréer une frégate.
Une locution, entre autres, revient à tout bout de champ, pour faire les transitions,— Kîommc il est facile de le voir par les citations suivantes :
Un jour, il fai:*îiit voir au directeur du collège, le même M. Gingras dont j'ai parlé plus haut, etc.
Qiiehiiielois, par exemple, les prédications assumaient un caraetcrc un peu moins inoflenbif que celles dont f ai parlé plvs haiit.
Je V ai dit pins haut, ses cheveux, qu'il portait longs, etc.
Je Vai dit plus haut, riiommc que noijs avions devant nous était un être hingulier.
Comme je Vai dit plus haut, tout cela se chantait ou se récitait, etc.
Le brave homme a d'ailleurs, comme jeVai dit plus haut, etc.
De sorte que, à mon regret, je ne pus insister pour retenir notre hôte, lorsque, sur le seuil de la porte, avec le geste inimitable dont f ai pirle...
Mon brave père — il lut réveillé en sursaut, dans la nuit qui suivit le départ dont je iwis de parler, etc.
Il menait, ^'e l\d dit plus haut, une vie nomade, etc.
Je vous Vai dit au. commencement, je ne sais si j'avais, etc.
Mais il s'acquittait surtout, le soir, à la veillée, en chantant soit les couplets que j'ai cités phis Jiaiit, etc.
Il n'y mettait même pas — je Vai dit — etc.
Maifi c'est Joraqu'il se rencontrait avec les enfants de l'école, /e?i ai donné une idévplus haut, etc.,
A part les fautes de français, les répétitions fastidieuses et les ficelles qui tant bien que mal tiennent debout la charpente de chaque monographie dont/ai parlé plus haut, il y a dans Originaux et Détraqués des incohérences qui prêtent l>eaucoup plus à rire que les calembours de Chouinard et les sacres de Levesque.
Il y en aune surtout que je tiens à vous faire voir.
Il s'agit d'une séance littéraire que Grosperrin avait donnée dans un local grand comme la main, et où il se passa, selon M. Fréchette, une scène qui relègue à l'arrière-plan tout ce que les dramaturges passés ont pu inventer de jilus imprévu et de plus incroyable comme coup de théîître.
Jugez-en :
I..es autres accessoires étaient ré^luits à leur plus simple expression, mais enrevanclie TesinKle était éclairée par une chandelle de suif fichée dnub un goulot de bouteilh».
Et trente lignes plus loin :
Je n*ai jamais été témoin d'un hourvari pareil. Tout à coup : Crac ! Obscurité complète.
Un loustic, qui connaissait les êtres, avait eu l'idée d'alkr tourner la clef du principal conduit à gaz.
Et la chandelle, monsieur Fréchette, la chandelle. J'ai donc fait voir assez de solécîsmes et assez de
contresens dans les lettres à M. Routliier et dans Originaux et Détraqués^ pour établir que M. Fréchette ne sait pas du tout le français, et qu'il est suprêmement ridicule pour lui de vouloir l'enseigner.
Et que serait-ce, si je me donnais la peine de fouiller dans les liasses de la Patrie^ où le lauréat écrit régulièrement, chaque semaine, depuis une quinzaine d'années !
Je ne puis cependant résister à l'envie de relever quelques-unes des fautes de français qu'il a éparpillées dans les derniers numéros du samedi de la feuille de M. Beaugrand.
Je prends au hasard dans le tas :