DEUXIÈME LETTRE AU P. LAÇASSE
Naturellement aussi, je me suis adressé pour cela à ceux qui sont sensés vous connaître le mieux.
Mais sachez donc une bonne fois, monsieur Fréchette, que censé est un mot et que sensé en est un autre.
Et dire que le lauréat va continuer à donner des leçons de français dans la Patrie !
Quand je vois une aussi sotte vanité, je suis tenté d'appliquer au maître d'école de la rue Sherbrooke cette phrase plus pittoresque que parlementaire, dont Gambetta coiffa quelque Fréchette de son temps :
—C'est un dindon avec une plume de paon ....
quelque part.
M. Fréchette n'a pas seulement fait parade d'érudition comme lexicologue à l'aide du gros Larousse, il a voulu faire croire, avec le même dictionnaire, à ses hautes connaissances d'historien, dans une série d'articles qu'il publia, en 1882, dans la Patrie^ et qui devaient, d'aprës ses calculs, flétrir à jamais la mémoire des souverains qui régnèrent sur la France.
Au cours de ces articles, aussi sots qu'odieux, le lauréat ne s'est pas contenté de copier les accusations portées par Larousse contFc la royauté française, il y a transcrit mot à mot le texte même d'une foule d'auteurs cités par le grand encyclopédiste, comme si tous ces auteurs lui eussent été familiers et à portée de sa main. Aussi, à chaque nouveau chapitre de la Petite Histoire des Rois de France^ force journalistes se demandaient-ils, avec un étonnement mêlé d'admiration, comment un Canadien pouvait faire de si nombreuses citations d'historiens étrangers, dont les noms leur étaient à peine connus.
Cette érudition de bric-à-brac n'en imposa cependant pas à tout le monde ; et M. Chapais, — encore un tout jeune homme à cette époque, — en ridiculisant les articles républicains de la Patrie^ démontra dans le Courrier du Canada — cette feuille a toujours été fatale au lauréat — que la cruelle mésaventure qui lui était arrivée à propos de la Bastide rouge ne Tavait aucunement corrigé de sa manie de plagier.
Ce qui fit soupçonner à AI. Chapais que Tauteur de la Petite Histoire des Rois de France devait puiser dans une encyclopédie quelconque, ce fut cette surabondance nir-me d'érudition insolite dont il éblouissait ses lecteurs.
Une citation, entre autres, que M. Fréchette fit d'un passage de Chateaubriand, — passage dans lequel celui-ci semblait avoir condamné le principe de la légitimité, — acheva de convaincre le jeune écrivain <[ue son adversaire 'appuyait ses prétentions de témoignages pris dans Larousse.
Le lauréat avait copié la citation dont je viens de parler sans se douter le moins du monde que le texte en avait été tronqué ; el M. Chapais, sachant parfaitement que Chateaubriand n'avait jamais condamné la monarchie, ayant d'ailleurs sous la main l'ouvrage contenant intact le passage mutilé par Larousse, porta à l'auteur de la Petite Histoire des liais de France un défi qui lui coupa le sifflet
iiisTouiEN 273
comme avec la main, lui administra une raclée de bois vert qui doit lui cuire encore.
Avant d'aller plus loin, laissez-moi vous citer des fragments des deux derniers articles que M. Chapais servit à M. Fréchetto, qui s'époumonnait à crier qu'il n'avait pas plagié Larousse :
Oui, nous avons en le courage d'accuser le docte écrivain ,de piller Larousse. Et co qu'il y a déplus triste pour lui nous allons le prouver. Cyprien a besoin de textes pour étayer sa thèse anti-monarchique. Or, comme sa mémoire est impuissante à lui en fournir, il a tout simplement recours au dictionnaire. Il lui faut quelques citations heureuses au sujet de la légitimité. La belle aflaire î Xotre homme ouvre son Larousse tome X, page 331, Sème colonne, au mot légitimité, et copie bravement les exemples : *' Le principe de la légitimité des rois a fait place à celui des peuples " Ed. Scherer. — " Quant à la légitimité etc. Ah ! Je tiens ces maximes pour honteuses " Guizot. — Faut-il faire condamner la monarchie, vite au moi monarchie, tome XI, p. 423 1ère colonne : " Le principe de 1^1 monarchie absolue même a des résultats monstrueux " Custine. — S'agit-il de fair^î exalter la république, cherchons au mot république, tome XIII, p. 1012, et l'on a : " Ce n'est pas seulement la république qui est impossible, c'est la monarchie," Chateaubriand. — " J'honore la république," etc. Guizot. — La république est la vérité couronnée " M^^e e. do Girardin. — Lisez la Patrie du 30 septembre, vous retrouverez toutes ces citations copiées servilement dans Larousse. Inutile d'insister sur la valeur que peuvent avoir ces bouts de phrases isolés du contexte, et dont on n'indique pas la provenance. Cmirien ne vit que de cette collaboration. 1\ donne l'opinicm du P. Ventura fc.ur le droit divin : le morceau se trouve dans Larousse, au mot monarchie. Il se pare de Tautorité de M. do Montalembert : la citation qu'il fait du grand orateur vient du même endroit. Il énumère les dépense» de M de Pompadour : ces détails sont empruntés à l'article Pompadour. E}n un m^t, c'est un pillage ei rè le. Lorsque
les citations sont exactes ot viennent à propos, on nepdit nier la coiiimodité de ce système. Mais en fait d'érudition, ce n'est que de l'énidition de dictionnaire, et il n'y a pas là de quoi se vanter de ses études.
Nous voulons cependant donner à Cyprien une dernière chance de relever sa réputation de savant homme. Puisqu'il se barde de citations, s'il ne les copie point dans Larousse, il doit snvoir d'où elles viennent et de quel ouvrage il les a tiroes. Nous allons donc en choisir une entre dix, et lui en demander l'origine. Il a cité comme texte à méditer cette phrase do Chateaubriand : ** Avec les Bourbons toutes les liberté» moururent à la fois." Nous serons infiniment oblige à Cyprien de nous indiquer l'ouvrage de Chateaubriand, la page et l'édition de l'ouvrage où se trouvent ces mots. S'il nous donne l'indication demandée, et que la citation soit conforme au texte, nous nous engageons à ne plus l'accuser de collaborer avec Larousse. Seulement, nous aimons ù l'avertir que l'ouvrage est entre nos mains, que le passage est sous nos yeux en ce moment, que nous l'avons comparé à la citation, et que nous savons, par conséquent, s'il est tronqué ou textuel dans la chronique. De sorte que, si l'érudit chroniqueur se décide à parler, ce que nous n'attendons pas, il fera bien de parler franc, sinon... gare le sifflet.
En terminant la partie de la chronique qu'il nous consacre, Cyprien nous annonce qu'il nous dédaigne souverainement et qu'il ne s'occupera plus de nous. Cependant, il ne nous a encore parlé ni de sa collaborcUion avec Larousse, ni du fameux texte dont nous l'avons défié d'indiquer la provenance. Nous renouvelons ce défi. Allons ! monsieur, un peu de cœur! Poser pour le dédain, ce n'est pas une bonne excuse. Nous nous occupons bien de vous sans vous estimer. Si vous n'êtes ni un plagiaire, ni un faussaire, exécutezvous. De grâce, parlez, sinon pour vous, au moins pour vos amis que votre silence fait rougir. D'ailleurs, ne croyez pas être quitte en vous taisant. Vous avez entrepris une vilaine besogne dont vous vous acquittez vilainement ; votre chro-
Tiique est une œuvre de méchante littérature et de morale dépravée ; vous méritez un châtiment. Lorsqu'on sème îi pleine main le mensonge et la calomnie, qu'on soit lauréat de TAcadémie française ou simple gratte-papier dans la république des lettres, on doit s'attendre à récolter des.... étrivièrcs.
é M. Fréchette prit, je m'en souviens, toute une
année a se remettre quelque peu des étriviëres que
lui avait administrées M. Chapaîs.
Au bout de ce temps, certain que le public avait •oublié le bruît qu'avait fait la découverte de sa collaboration avec Larousse, il se risqua à éditer en brochure ses articles anti-royalistes.
Il eut la prudence, par exemple, de garder l'anonyme.
Cyprien eut aussi le soin de faire disparaître de son premier travail toutes les citations que l'écrivain du Courrier lui avait reprochées, et dont nous avons vu tout à l'heure l'origine.
Il crut cependant qu'il pouvait sans danger reproduire les citations que M. Chapais avaient passées sous silence, croyant que celui-ci ignorait d'où elles pouvaient provenir.
Et la Petite Histoire des Rois de France^ ressus- •citée, et lancée à grands renforts de réclame par la Patrie^ eut encore un certain succès parmi certaines gens.
2/ G I^ L-VURÊAT
Durant Tannée qui suivit, personne n'accusa publiquement le lauréat d'avoir plagié Larousse, et, de plus en plus certain que sa réputation d'historien n'était aucunement exposée à de nouveaux horions, toujours fanfaron, toujours avide de faire j)arler de lui, toujours assoiffé de gloriole, M. Fréchette avoua, à la date du 2 février 1884, qu'il était l'auteur de la Petite Histoire des Rois de France^ au cours d'un article dont je détache les passages suivants :
Comme leR. P. Hamonda drjà cté designé dans la presse comme raïUeur de ce pamphlet, (la Franc- Maçomierie) et (liie personne, (jne je sache, n'a encore contredit la chose, je crois devoir traiter cet écrit avec plus de considération que s'il était tout simplement attribué à ces scribes impuissants (\m m'accusent de plagier Larousse, Elie Berthet, leur héroïne |
Marie Colombier, et jusqu'à mon ami Chapman. l
Or voici ce que j'ai à dire : ■.
C'est moi Cjui suis l'auteur de la Petite Histoire de France. Je n'en suis pas fier comme le R. P. Loriquet pourrait l'être I
de la sienne ; mais j'en assume toute la responsabilité. Et |
non seulement j'en assume toute la responsabilité, mais je i
défie celui qui me traite ainsi de stvpide^ dHgnorant et do ,
calomniateur, dans un langage très peu jésuitique, de prouver (jue j'ai falsifié l'histoire sur un seul point, I
J'ai écrit la Petite Histoire des Bois de France pour me défendre contre les hypocrites qui m'accusaient d'impiété parce que je suis républicain ; je suis encore prêt à reprendre la plume, si je suis accusé d'autre chose par quelqu'un qui vaille la peine qu'on lui réponde.
Bien à vous, monsieur le directeur,
Louis Fréchf.tte. '
Il n'y a donc plus l'ombre d'un doute sur la paternité de la Petite Histoire des Bois de France,
C'est bien M. Fréchette qui l'a écrite.
Ce point réglé, nous allons n?aiiitenant voir si, malgré l'épuration que cette œuvre malsaine a subie, il n'y reste pas assez de Larousse pour faire condamner de nouveau le lauréat comme voleur.
Naturellement, je ne puis citer qu'une faible partie de ce que M. Fréchette a pris à Larousse : le respect que tout écrivain doit à ses lecteurs et à soi-même me force d'abréger.
Lisons d'abord ce que l'historien montréalais et le publiciste parisien disent du premier roi qui gouverna la France :
FRECHETTE Ses débauches furent telles que les leudes le chassèrent.
LAROUSSE Les leudes le chassèrent pour ses débauches. ^ FRECHETTE
L* aimable monarque se réfugia chez Bazin, roi de Tharinge, K|ui lui accorda généreusement Thospitalité. Pour le récompenser
LAROUSSE
Il ne craignit pas • qui lui donnait une
généreuse hospitalité.
FRECHETTE
Le bon évêque Grégoire de Tours, Taîné des historiens français, raconte la chose dans tous ses détails. Suivant lui^
•Childéric ayant demandé à cette pourquoi
voici ce qu'elle répondit :
I Au mot Childéric, page loo.
278 * LE LAUnÉAT
Il faut mettre cela en latin, le latin dans les mots bravant l'honnêteté :
Quia utilitatem tuam noverim et quam sis strenuus
Suivent trois lignes que, vu notre état social, on ne peut citer dans aucun idiome.
A lire la citation que j'ai été obligé de tronquer^ on s'imaginerait, n'est-ce pas, que M. Fréchette sait assez bien le latin pour dire en cette langue ce qu'il ne veut pas exprimer en français.
Le grand encyclopédiste va nous prouver que M. Fréchette ne se gêne pas plus de plagier un texte^ latin qu'un texte français.
LAROUSSE
Quelques instants après, quelle ne fut pas sa surprise de
voir apparaître devant lui la reine de Thuringe, Bazine !
Lui ayant demandé, rapporte Grégoire de Tours, la raison qui l'amenait d'un pays si éloigné, elle lui répondit :
Quia utilitatem tuam noverim et quam sis strenuus i.....
Devant une pareille érudition, sautons de Childéric
à Dagobert :
Il chassa saint Arnould, évéque de Metz, et confisqua la moitié de tous les biens des couvents, monastères et autres institutions religieuses à son profit personnel.
LAROUSSE
Il exila Arnould, évoque de Metz. Il fit Je relevé de tous les biens des couvents et en confisqua la moitié au profit du trésor royal. 2
1 Au mot Bazine, page 311.
2 Au mot Dagoberi, page 11.
FRECHETTE
Un jour, iî€uf mille Bulgares, chasséd de la Pannonie, vinrent lui demander Thospitalité du sol français. Il leur donne asile, et, au bout de quelques mois, il les fait tous égorger en une seule nuit
LAKOUSSE
9000 Bulgares, chassés de Pannonie parles Avares, étaient
venus lui demander asile en 631 Au bout de quelques
mois, craignant de s'attirer des démêlées avec les Avares, il donna l'ordre aux Bavarois d'égorger tous le« Bulgares en une seule nuit. ^
FRECHCTTE
Adrien de Valois, dans son «amw/ouvrac^o, intitulé : Gestes des anciens Francs^ raconte qu'un jour, après une victoire qu'il avait remportée sur les Saxons, il fit trancher la ttte à tous ceux qui dépassaient la hauteur de son épée.
L'adjectif savaw^ appliqué à un ouvrage que M. Frëchette n'a certainement pas lu n'est rien moins que sublime, puisque Larousse dit ceci :
Vers la mtmo époque, si l'on en croit l'auteur des Gestes des anciens Francs^ vainqueur des Saxons, il fit trancher la tête à ceux qui dépassaient la hauteur de son épée. "
Maintenant, voulez-vous savoir ce que M. Fréchette et son collaborateur disent de Jeanne de îîavarre ?
Impossible plus que jamais de citer textuellement, et les points de suspension doivent encore ici jouer leur rôle :
1 Au mot Da^obert, page II.
2 Ibidem.
FRECHETTE
C'est de cette sanglant ^ Mcssaline que parle Brantôme
laquelle faisait le guet les faisait appeler
les faisait précipiter du haut de la tour
LAKOUSSS
Brantôme, dans un de ses livres, parle d'une reine f;u'ilne nomme point et i\in se rendait à la tour de Nesles.
Là elle faisait le guet les faisait appeler les
faisait rr^oipitcr du haut de la tour ^
FRECHETTE
Ce fut le C'v'ltbre Buridan qui révola l'horrihlo secret. Après av(iir échappé à la mort que lui avait préparéo l'odieuse reine.
Plusieurs écrivains n'attrihuont pas ces beaux exploits à cette dernière, mais à sa bru Marguerite de Bourgogne.
LAROUSSE
Une tradition fcrt ancienne rapportait qu'il (Buridan)
avait été mêlé aux de Jeanne de Navarre (ou^suivant
d'autres) de Marguerite de Bourgogne, et qu'il était parvenu X briser ses liens et à se sauver à la nage. -
FRECHETTE
Cependant Villon, cpii était presque contemporain, est pisitif à mettre ces horreurs sur le compte de Jeanne do Navarre.
Vositif à mettre^ etc., (positive to say) est un anglicisme, M. Fréchette ; c'est aussi une faute de français, puisque positif est synonyme de certain^ qu'on n'est pos certain à mettre, mais bien certain de mettre, etc.
1 Au mot Tour de Nés les. page 941.
2 Au mot Duridati, page 1426.
Naturellement, auprès des horreurs que vous avez copiées dans Larousse, cette faute est bien légère, et si je V0US la signale, ce n'est que parce que vous avez la manie de poser au linguiste.
LAEOUSSE
Citons un dernier témoignage, bien peu précis d'ailleurs et peu digne de créance, celui du poète Villon etc. ^
Passons au règne de Charles Y ;
FRECHETTE
...le bon roi fonda aussi la Bastille
La Bastille était une formidable forteresse
Il suffisait 'pour cela (pour entrer à la Bastille) d'une ■simple lettre de cachet laissée peut-être aux mains d'une.... 4ivec le nom en blanc
Voici ce qu'en dit Palisscry :
Vous voyez, n'est-ce pas, M. Fréchette penché sur un volume de Palissery, et transcrivant ce qui suit :
Pendant les sept ans, dit-il, que j'ai passés à la Bastille, je n'y avais pas d'air durant la belle saison
Mon grabat était insupportable, et les couvertures en étaient sales, percées de vers. Je buvais, ou plutôt je m'empoisonnais d'une eau puante et corrompue. Quel pain et quels aliments on m'apportait ! des chiens affamés n'eu auraient pas voulu. Aussi mon corps fut-il bientôt couvert de pustules ; mes jambes s'ouvrirent, je crachai le sang et j'eus le scorbut. Les cachots ne recevaient l'air et le jour que par un étroit soupirail. Los plus belles journées ne
j. Au mot Tour de Ncsles, page 941.
laissaient transpirer au détenu qu'une faible lumière. En hiver, ces caves funestes sont des glacières, parce qu'elles sont assez élevées pour que le froid y pénètre ; en été, ce sont des poêles humides où l'on étouffe, parce que les murs sont trop épais pour que la chaleur puisse les sécher
LAROUSSE
Les prisonniers étaient conduits à la Bastille par de» exempts sur une simple lettre de cachet laissée peut-être aux mains d'une avec le nom en blanc.
" Pendant les sept années que j'ai passées à la Bastille, dit Palissery. je n'y avais pointd'air durant la belle saison..,
" Mon grabat était insupportable, et les couvertures ea étaient sales, percées de vers. Je buvais, ou plutôt je m'empoisonnais d'une eau puante et corrompue. .!îuel pa,in et quels aliments on m'apportait! des chiens affamés n'en auraient pas voulu. Aussi mon corps fut-il bientôt couvert de pustules ; mes jambes s'ouvrirent, je crachai le sang et j'eus le scorbut, Les cachots ne recevaient l'air et le jour
<iue ])ar un étroit soupirail Les plus belles journées ne
laissaient transpirer au détenu qu'une faible lumière. En hiver, ces caves funestes sont des glacières, parce qu'elle» sont assez élevées pour que le froid y pénétre ; en été, ce sont des poêles humides où l'on étoufle, parce que les murs sont trop épais pour que la chaleur puisse les sécher. ^
FEECHETTE
Un jour, le malheureux (Latude) écrivit à sa persécutrice (la Pompadour) un billet contenant ces mots : *'Le 25 de ce mois de septembre 17(iO, il y aura cent mille heures que je soufire.
LAROUSSE
Un jour, Latude put même faire parvenir à M"® de Pompadour un billet laconique où il lui disait : " Le 25 de ce mois de septembre 1760, il y aura cent mille heures que je souffre." 2
1 Au mot Bastille, p«ge 335.
2 Au mot Latude, page 245.
IIICTOBIEX £85
Parlant d'Henri II et de Diane de Poitiers, les
deux écrivains s'accordent encore comme larrons
en foire :
FRECHETTE
Il (Henri II) fit sculpter cbins la pierr3 son propre chiffro, c'est-à-dire une H surmontée d'une couronne royale, entremêlée avec un D et un croissant, chiffre et emblème delà fameuse
On ne dit pas entremêlé avec, M. Fréchette, mais bien entremêlé de.
Votre collaborateur aurait dû vous enseigner cela.
Mais continuons à citer le lauréat :
Henri II fit fnipper des médailles en l'honneur de cette... On en voit une où elle est représentée avec ces mots en exergue : Omnium vidorem W:i,j'ai vaincu le vainqueur de tous î
LAROUSSE
L'H de Henri se mêle au D de Diane 8ur tous les murs des résidences royales. Pour clic le roi fait fnipper de» médailles ; on en voit encore où Diane est représentée foulant l'amour avec ces mots : ** Omnium victorem vici" j'ai vaincu le vainqueur de tous. ^
FRECHETTE
...il lui fit cadeau de toutes les terres vacantes du royaume.
LAROUSSE Un jour, il lui donna toutes les t3rrcs vacantes du royaume.
A propos de Louis XIV, les denx historiens s'entendent encore superbement :
I Au mot Dtaa£ <U Poitiers, page 732.
Plus tnrJ, elle (M"'® de Maintcnon) fit chasser su bienfaitrice, (M*n« de Montespan.)
M™« do Montespan, dit Eugène Pelletan, trahie et rempla- <îéepar la femme qu'elle avait prisepar la main
LAROUSSE
M°*® de Montespan, dit Eugène Pelletan dans sa Décadeni'e de la monarchie française^ M"*® de Montespan, trahie et remplacée par la femme qu'elle avait prise par la main
Tout ce qu'on lit à propos du rhgne de Louis XV dans M. Fréchette a été écrit dans le même genre et avec les mêmes moyens ; maïs il m'est impossible d'en citer autre chose qu'une couple de phrases, à propos du Parc-aux-Cerfs:
FRECHETTE
Le nombre de celles qui y furent conduites fut immense, dit Lacretelle. Elles étaient cnsuites dotées et mariées à des hommes vils, etc.
LAROUS>SE
La tradition et les témoignages de plusieurs personnes -attachées à la cour, dit Lacretelle, etc. ^
M. Fréchette est donc convaincu une deuxième fois d'avoir volé Larousse ; et si jamais il publie une troisième édition de sa Petite Histoire des Bois de France^ et s'il enlève les citations que je viens de transcrire, comme il a fait disparaître celles que M. Oliapais lui reprochait en 1882, je crois qu'il pourra loger ce qui restera dans une seule. . . «galée.
I Au mot Parc-xuX'Cerfs, page 203.
Encore, si M. Fréchette n'eût fait que plagier Larousse pour écrire son pamphlet anti-monarchique; mais il y a, de son chef, faussé Thistoire à chaque page, et, pour ne parler que des accusations portées contre Charlemagne, Jeanne deXavarre et Blanche de Castille, — il y a affirmé les choses les plus mensongères et les plus scélérates qui soient tombées de la plume d'un écrivain déterminé à tout dénaturer ot à tout salir.
Je l'ai déjà dit, le poète national a faussé aussi l'histoire dans sa Légende d'un Peuple, et une pièce de ce vol\imc,\es Uxcommuniés, est tout ce qu'il y a déplus monstrueux comme outrage à la vérité et au sentiment religieux.
Pour prouver mon assertion, laissez-moî d'abord analyser les Excommuniés, dont le plan, comme on le verra, est aussi incohérent que les faits qu'il renferme sont audacieusement défigurés :
Québec était tombé. Un Bourbon avait livré le Canada à l'Angleterre. Ce fut un coup mortel, un long déchirement, quand nos populations entendirent le roi de France dire aux Saxons : — Prenez-les ! ma gloire n'en a plus besoin. Alors on entendit soixante mille voix crier : — " X ous serons français malgré la France". Chacun a tenu parole, et maintenant, sous le sceptre anglais, les Canadiens conservent le culte delà France. Mais d'autres, (quels autres ?), repoussant tout servage, après avoir brûlé leur dernière
<;artouchc, rév^oltés impuissants, voulurent, libres même en face de la mort, emporter au tombeau leur éternelle haine. En vain on invoqua l'autorité de Rome, en vain le prêtre déroula aux yeux de ces naïfs croyants les tableaux des châtiments que Dieu réserve aux superbes ; en vain l'on épuisa les menaces : menaces et sermons furent inutiles. — Non, disaient ces révoltés, nous sommes des Français, et nul n'a le droit de nous vendre à l'enchëre. Un jour, les foudres de l'excommunication tombèr<^nt sur les rebelles. Il n'en resta que cinq. (Il n'en resta que <îinq qui furent excommuniés ou qui ne le furent pas ?) Malgré les affronts, malgré les frayeurs^ ces •cinq-là ne voulurent servir d'autre Dieu que la France. Les excommuniés moururent, et furent enterrés, sans prêtre, dans un des champs de Saint- Michel-de-Bellechasse, au détour d'une route Jangeuse où la brute se vautre.
Et M. Fréchettc termine sa pièce, dont la versification est boiteuse comme celle de Jean Sauriol et du Drapeau fantôme, en disant que chaque fois que le hasard le met sur la route en question, il découvre son front devant les tombes de ceux qui gardèrent jusqu'à la mort la haine de l'Angleterre et l'amour de la France.
Encore une fois, tout cela est un monstrueux outrage à la vérité historique et au sentiment religieux.
Non, mille fois non, jamais un Canadien n'a été excommunié pour s'être, au lendemain de la reddition de Québec, révolté contre l'autorité anglaise, et je vais facilement rétablir les faits dénaturés par M. Fréchette dans ses Excommuniés.
Voici :
Quatorze ans aprës la cession du Canada, les colonies de la Nouvelle-Angleterre voulurent s'émanciper de la tutelle de la mëre patrie, et cherchèrent à entraîner les Canadiens dans leur mouvement de révolte.
Le Congrès, après avoir " adopté des résolutions " exposant en détail les griefs des colonies naissantes, après avoir blâmé le parlement britannique d'avoir, par l'Acte de Québec de 1774, accordé à nos compaT triotes le libre exercice de leurs droits civils et religieux, envoya aux Canadiens une adresse qui fut répandue dans tout le pays par l'entremise d'un riche négociant de Montréal.
Cette adresse, qui avait été signée par les mêmes hommes qui faisaient un crime à l'Angleterre de tolérer la religion catholique au Canada, disait hypocritement :
Saisissez l'occasion que la Providence elle-même vous présente. Osez être libres. Nous connaissons trop bien les sentiments généreux qui distinguent votre nation, pour croiro que la différenco de religion vous détourne de faire
alliance et amitié avec nous. Vous n'ignorez pas qu'il est (le la nature de la liberté d'élever au-dessus de toute faiblesse ceux que son amour unit pour la même cause. Les cantons suisses fournissent une preuve mémorable de cette vérité : ils sont composés de catholiques et de protestants, et cependant ils jouissent d'une paix parfaite ; grâce à cette concorde, (lui constitue et maintient leur liberté, ils sont en état de défier et même de détruire tout tyran qui voudrait la leur ravir.
Toutes ces belles promesses ne séduisirent qu'un petit nombre de naïfs, et les Américains, comprenant qu'ils ne pouvaient faire épouser leur cause par la majorité des Canadiens, résolurent d'envahir notre pays.
Aussitôt cette résolution connue, le gouverneur Carleton proclama la loi martiale, le 9 juin 1775, et lit appel à la milice pour repousser les envahisseurs.
Mgr Briand, évêque de Québec, adressa à son clergé une circulaire dans laquelle il lui demandait d'engager ses ouailles à prêter main forte à l'autorité militaire.
Cette circulaire, ou plutôt la proclamation de la loi martiale alarma nos populations, et força plusieurs personnes à sortir de la neutralité et de l'indifterence où ellçs s'étaient tenues jusque-là.
Des émissaires bostonnais parcoururent nos campagnes pour engager les gens à se ranger sous le drapeau de l'indépendance, et leurs tentatives furent couronnées de succës en plusieurs localités, surtout à Sainte-Anne-de-la-Pocatiëre et à la Rivîère-Ouelle.
Pendant ce temps-là deux corps d'armée américains s'avançaient, l'un sur Montréal, l'autre sur Québec.
Le général Montgomery, après avoir gagné à sa cause les cultivateurs de Chambly et des paroisses adjacentes, après avoir pris le fort de Saint-Jean, malgré l'héroïque défense de Carleton, attaqua successivement Montréal et Trois-Rivières, dont .les habitants ne firent aucune résistance et sympathisèrent tout de suite avec les vainqueurs.
Carleton, obligé de retraiter devant l'ennemi, parvint à regagner Québec, qu'il mit aussitôt en état de soutenir un siège.
Mgr Briand, dit son biographe, ^fgr Tttn, dans son remar- {[uablc ouvrage sur les évOques de Québec, iaisait les vœux les plus ardents pour le succès des armes britanniques ; il connaissait la perfidie et la duplicité des Bostonnais; il n'avait pas perdu le souvenir des cruautés commises envers les pauvres Acadiens, et il ne désirait aucunement voir le pays changer de maîtres, au moment où la Grande-Bretagne venait d'accroître la somme de ses libertés religieuses et civiles. Aussi se tit-il un devoir d'exhorter toute la population canadienne de la ville à. rester fidèle au rci et à se montrer plus loyale ([uc les marchands anglais qui se retiraient en grand nombre à Charlcsbourg et à l'Ile d'Orléans.
Comme on voit, il s'agissait si peu d'une révolte de la population du Canada contre l'Angleterre à cause de la France, que les marchands anglais euxmêmes sympathisaient avec les rebelles américains.
et désertèrent Québec pour ne pas être obligés de le défendre.
Mais continuons à lire ce que Mgr Totu dit sur le sujet :
La Aoix (la prnnicr pasteur fut <;coutt'o; sa présence r.inima le cournge et la confiance des citoyens; et, quand le gouverneur parcourut les rangs de la milice bourgeoise qu'il avait n.«semblée, en commençant par les Canadiens, tous racclamèrcnt et lui promirent de ccmbattre connne de iDyaux sujets pour sauver la patrie en danger.
Québec tint ferme contre les forces réunies de Montgomer}' et d'Arnold, et, grâce aux Canadiensfrançais, à qui Mgr Briand avait fait entendre la voix xle la sagesse et de la loyauté, l'ennemi fut défait et dut battre en retraite, après avoir subi des pertes considérables.
Cependant, le brandon de la révolte, allumé dans les paroisses des bords du Saint-Laurent, ne s'éteignit pas avec les feux des derniers bivouacs, et plusieurs endroits furent le théâtre de scènes déplorables.
Il y eut à Saint-Pierre de la Rivière-du-Sud une lutte sanglante entre les soldats de M. de Beaujeu et les rebelles, et M. l'abbé Bailly, l'aumônier du bataillon des royalistes, y fut grièvement blessé.
Des prêtres, qui combattaient l'insurrection et «'efforçaient d'empêcher l'effusion du sang, furent insultés même dans le lieu saint.
Pour tâcher de mettre fin aux désordres de ceux
IIISTOÎIIEX 201
<lin persistaient à n'écouter que les pires ennemis •de notre religion, coupables, à l'égard de nos frères les Acadiens, de la pins grande injustice qui ait déshonoré une race, Mgr Briand lança, en 1776, un nouveau mandement dont j'extrais les passages suivants :
Non, Nos Très Chers Frères, les colonistes ne voulaient point votre bien ; ce n'est point une aflection fraternelle qui .les a amenés clans cette colonie; ce n'est point pour vous procurer une liberté dont vous jouissiez déjà avec tant ■d'avantage, et qui allait devenir encore plus brillante, qu'une poignée de gens, ni guerriers ni instruits de l'art militaire, sont venus s'emparer de vos campagnes et des villes de Montréal et des Trois-Rivières sans défense
Fermant les oreilles aux conseils de ceux qui vous aiment parles devoirs de la religion et du patriotisme, et les ouvrant trop aux discours malins, empoisonnés, intéressés et pleins de fourberie de vos plus cruels ennemis, souffrez, encore une fois, que je vous dessille les yeux et que je vous découvre les ressorts criminels et bien confusiblcs pour vous, qu'on a employés pour vous perdre et vous rendre indignes des •faveurs de votre souverain.
Or, N. ï. C. F., ce sont là les crimes et les trahisons que les colonistes méridionaux ont commis à votre égard. Jaloux, <lisons plus, enragés des faveurs que le gouvernement vous accorde et que vous n'avez pas assez connues, ils ont fait leurs efforts du côté de Londres pour les empêcher ; et ils ne se sont point encore désistés ; mais voyant toutes leurs menées inutile», ils se sont tournés de votre côté.
Ilg vous ont en conséquence représenté le Bill comme un ^tentât à votre liberté, comme tendant à vous remettre dans Tesclavage, à la merci de vos seigneurs et de la noblesse ; ils vous ont promis l'exemption des rentes seigneuriales, et vous avez aimé cette injustice ; et que vous ne paieriez plus
(le dîmes, et vous n'avez pas eu horreur de cette impie et saerilège ingratitude envens Dieu, sans la bénédiction duquel ni vos champs ne seraient fertiles, ni vos travaux ne réussiraient.
A quels dangers n'avcz-vous pas exposé votre religion T (Juels obstacles n'avcz-vous pas mis à votre salut ! .
Et 1*^ Xos Très Chers Frères, vous vous êtes rendus parjures, crime des plus grands ; vous vous êtes impliqués dans tous les incendies ; vous vous êtes rendus criminels de toutes les morts qui sont de vrais assassinats, responsables de tous les torts faits au prochain, de toutes les pertes qu'il a essuyées, de toutes les dépenses que votre indocilité, et dans plusieurs la rébellion, a occasionnées au Gouvernement. Considérez donc après cela dans quel abîme de péchés vous vous êtes plongés... Comment en sortir? Comment réparer le mal ? qui ne se pardonne pourtant point sans réparation, suivant l'axiome de saint Augustin : Non dimittitur peccatum, nisi restituât nrabhitu m. Je vous avoue, mes Frères, que cette considération me navre le cœur depuis plus de dix mois Je n'ai pas craint la conquête de la colonie pour deux raisons : parce que j'avais confiance en Dieu et en notre sainte Protectrice, et parce que j'étais instruit des forces ennemies et de l'état de nos forces. Mais ce qui m'occupait, c'était votre salut, et de quelle manière je pourrais a'ous mettre en conscience, surtout pour la restitution. Et c'est surtout cet article qui me force à suspendre l'administration des sacrements jusqu'il ce <iue les affaires soient Unies et que Sa Majesté ait accordé le pardon, la rémission, et l'amnistie.
2° A quel dangers n'avcz-vous pas exposé votre religion î Vous ne les avez pas aperçus, ni compris, sans doute^ Mes Frères ; je vous crois pour la plupart trop attachés il la religion de vos pères pour en vouloir changer, pour vouloir apostasier. Et cependant, il n'est (^ue trop vrai que vous y courriez évidemment, et que si Dieu n'avait pas usé de miséricorde, vous deveniez en peu de temps, après la prise de iiuébeCjdes apostats, des schismatiqucs et de purs hérétiques, protestants du protestantisme le plus éloigné de la religion romaine et son plus cruel ennemi. Car nulle autre secte
n'a pers(5cuté les romains comme celle des Bostonnais ; nulle autre n'a outragé les prêtre«, profané les églises, les reliques des saints, comme elle.
Et je ne vous mets pas vos crimes devant les yeux par un esprit de simple reproche, ni pour vous injurier, mais pour A'ous les faire envisager du côte de la religion, vous en faire comprendre toute l'énormité, afin que vous 1rs pleuriez amèrement, et en fassiez une digne et convenable pénitence, qui vous en mérite du Seigneur un pardon entier et une totale rémission. C'est h\ le seul but de mes prières et de mes sacrifices. J'espère que le Seigneur les exaucera, et que vous m'en donnerez des preuves consolantes avant que mon Créateur et mon Juge m'appelle à lui. Le charme tomber*, vos yeux se dessilleront, vous rougirez de vos écarts, et tournant les yeux vers Jésus crucifié qui pria sur la croix pour ses bourreaux, persuadés de son infinie miséricorde, vous ne désespérerez pas de le flétrir, vous vous prosternerez avec un cœur contrit et humilié aux pieds de ses ministres mémos persécutés, méprisés et outragés, vous leur confesserez avec larmes vos désordres ; revenus do vos préventions contre eux, vous les remercierez de leur fermeté qui vous a épargné des absolutions et communions sacrilèges qui auraient augmenté le nombre de vos péchés et vous auraient entretenus dans l'aveuglement et conduits à l'endurcissement et à l'impénitence finale. Et je vous promets que vous les trouverez encore pleins de cette charité et de cette compassion dont vous avez si souvent éprouvé les effets.- ••
Mgr Briand n'a donc fait, et cela, bien à regret, •que refuser les sacrements à ceux qui, n'écoutant que les embaucheurs des colonies de la Xonvelle- Angleterre, persistaient à vouloir répandre le sang. * Il n'a -donc excommunié personne, à cause de la France, dont il ne fut nullement question lors de la petite rébellion de 1775-76, et M. Fréchette, en affirmant que cinq paysans furent maudits par leur évêque.
2\)i LE LAURÉAT
parce qu'ils s'obstinaient à rester Français sous le sceptre de l'Angleterre, a maculé son nom d'une tache ineffaçable.
" Le refus des sacrements, ordonne par l'évOque Briand^ dit encore Mgr Têtu, ne dura pas longtemps, du moins dans la plupart des paroisses, car les habitants ne tardèrent pas à écouter la voix de leur premier pasteur et à se repentir de leur rébellion.
Quel<iues rebelles cependant ne voulurent jamais se soumettre et recourir au tribunal de la miséricorde et du pardon. On en connaît cinq qui furent enterres dans un champ, au quatrième rang des concessions de la paroisse de Saint- Michel de Bellechasse. Leurs corps furent exhumés en 1880,. et confiés à la partie du cimetière réservée aux enfants morts sans baptême. ]1 est bien permis de s'apitoyer sur l'obstination et l'aveuglement de ces malheureux qui moururent ainsi dans l'impénitence finale, mais Ton ne saurait blâmer le grand évêc^ue, qui, en les condamnant, ne fit (|ue suivre les lois ordinaires de l'Eglise.
Les mesures de rigueur prises par Mgr Briand étaient non seulement conformes aux règles ecclésiastiques, mais elles étaient opportunes, et produisirent un excellent eftet. Elles amenèrent la conversion presque immédinte des coupaWes et inspirèrent aux catholiques et aux protestants une plus haute idée et un plus profond respect pour rautorité de l'évêque.
Mgr Briand écrivait à ui^e de ses sœurs, au sujet destristes événements qui venaient de se passer : " On peut dire que la conservation de la colonie au roi d'Angleterre est le fruit de la fermeté du clergé et de sa fidélité ; car, quoique les peuples ne se soient pas opposés aux Bostonnais, ils ne se sont pas joints à eux, et on ne compte pas cinq cents qui aient suivi l'armée; et encore le plus grand nombre n'étaient que des malheureux, des gueux et des voyageurs.
IIISTORIEX 2^0
Ce sont les exploits de ces gueux qui ont inspiré M. Fréchctte ; et son biographe nous apprend dans les Hommes du Jour que le lauréat est satisfait de sa pièce, comme le prouvent les lignes qui suivent :
Il (^r. Fréchctte) ne manque j as une occasion «le lairo connaître les liéroïciiies abandonnés, qui, su:- (te continent, ont fait souche de nation. Leurs actc^ de bravoure, leur dévouement patriotique, leur fidélité à la France, il les proclame bien haut et sait les faire admirer.
— C'est un plaisir, me disait-il dernièrement, de voir combien les personnes instruites s'intéressent A. nus jrrandcs luttes. Ainsi, ajoutait-il, j'étais, il y a cinq ans, Thôtc de ^rgr Tliomas, lait cardinal au dernier cnnsistoirv\ Nous étions réunis dans le salon du palais arohiéi iscopal. Mgr Thomas avait auprès de lui un certain nombre de membrOs éminents de son clergé, et il me demanda de lui dire quelques-uns de mes poèmes historiques. Apr^s en avoir donni5 plusieurcs, je me risque â déclamer les Exconimiaiiés, où, comme tu sais, je raconte la mort des derniers réfractaires à la domination anglaise maudits par ]V[.y:r Briand et enterrés dans un champ sans les prières de l'Eglise. Je n'étais i)as " sans quf^lquc iiiqnit*tude sur le^ort de ma tentative ; pourtant, je remarquai, à ne pas m'y tromper, que le digne prélat ni'^ suivait avec une attention et un attendrissement non dissimulés. Enfin, quand je terminai par ces vers :
Sans demander à Dieu si j'ai tort en cela, Je découvre mon front devant ces tombes-là,
j'eus la joie d'entendre Mgr Thomas dire aux chano'nes qui étaient les plus rapprochés de lui, de façon à ce que tout le monde entendît : " Je ne doute aucunement du salut de ces braves ; le patriotisme porté à cet excès est une verUi dont Dieu sait tenir compte." Des paroles comme celles-là, ajoutait Fréchette en concluant, consolent de bien des injures.
L'imputation de M. Fréchette à l'endroit de Mgr Thomas est très grave.
J'ignore si les paroles qu'il lui prête ont été dites, et si, ayant été dites, elles ont consolé M. Fréchette des injures qu'il a reçues pour ses Excommuniés ; mais ce que je sais, par exemple, c'est que le grand prélat devra difficilement se consoler d'avoir été trompé de la sorte par un étranger, et qu'il lui faudra toute sa sainteté pour lui faire pardonner une fumisterie aussi révoltante.
Quoi qu'il eu soit, M. Frécliette était connu jusqu'à présent comme poète lyrique, dramaturge, feuilletoniste, fabuliste, sonnctiste, linguiste,. . . .et bien d'autres choses en iste.
■ Désormais il sera connu aussi comme historien.
Il s'est donc distingué dans presque tous les genres de littérature.
Dans presque tous les genres il s'est fait une réputation, et cette réputation est solidement fixée, puisqu'elle est à la chaîne, à la chaîne des pirates littéraires.
Et que le lauréat paie autant de parasites étrangers (ju'il pourra pour se faire remettre à flot au moyeu delà réclame, qu'il déchaîne tempête après tempête pour tâcher d'arrondir sa voile si tristemen' dégonflée, jamais il ne parviendra à renflouer sa barque crevée sur l'écueil du plngiat et du mensonge histotorique, enlizée dans l'ordure de sa Petite Histoire des Jîois de France et de ses lettres au Père Laçasse.
Apres avoir lu les nombreux articles dans lesquels j'ai réduit le lauréat à sa juste valeur, le public se demande, étonné, comment une pareille nullité était parvenue à se créer une réputation d'écrivain.
Les causes du succès de M. Fréchctte sont multiples et s'expliquent facilement.
Par suite du départ de Crémazie, il s'est trouvé seul à publier des vers dans les différents journaux et revues du pays.
Il a commencé d'écrire à une époque où la littérature nationale donnait à peine signe de vie, où il suffisait de mettre son nom au bas d'un article quelconque pour passer pour un grand homme.
Il est le premier Canadien qui ait réuni ses poésies ■en un volume, et ce coup d'essai fut tout un événement.
La politique primant presque tout dans notre
province, son élection, comme député an parlement pour une circonscription électorale aussi importante que celle de Lévis, lui donna un prestige qui ne fit qu'accroître celui qu'il avait déjà comme j)oète.
Le miroitement des écus accumulés inopinément devant lui— à la suite de son union avec une riche héritière — éblouit les yeux de la foule et lui fit prendre pour de Tor le clinquant qui brille dans ses opuscules.
Mais les principales causes qui ont permis à M. Fréchette de se hisser sur le pavois littéraire sont notre apathie en ce qui concerne les travaux intellectuels, l'absence parmi nous de toute critique, la rareté chez nos libraires des ouvrages dans lesquels il puisait à pleines mains, l'assiduité de plusieurs journaux à chanter ses louanges, et, enfin, son couronnement' par l'Académie française.
Aussi, parfaitement sûr que personne ne s'apercevait ni de ses plagiats ni du ridicule des éloges abracadabrants qu'une certaine presse ne cessait de lui prodiguer, le lauréat s'est fait toute la réclame qu'emploie un charlatan en train de populariser une nouvelle drogue.
Pour se faire mousser, il n'a reculé devant aucun moyen, et, avi lendemain de la première représentation de son drame historique Papiiieaii, dont toute l'intrigue a été prise dans les Anciens Canadiens de
M. de Gaspé, et dans lequel l'histoire est atrocement faussée, on pouvait lire dans la Patrie les lignes suivantes, écrites probablement par M. Frécliette lui-même :
La patrie, dans son orgueil et dnns ses folles émotions de m ère, presse sur son sein le sublime enfant qui, d'un seul coup de son aile de poète, vient de la placer â côté de la nation la plus avancée de la terre
Avec son petit livre de poésies, Frécbetto. a fait ce que n'ont pu faire ni les plus vaillants guerriers ni les hommes d'Etat les plus consommés.
Il est notre plus grande gloire nationale.
S'il était possible pour un homme de s'abîmer sous le poids de sa propre gloire, M. Fréchette aurait de quoi s'al)îmer.
Son grand drame historique Pa-pineau vient de le placer au premier rang des auteurs du genre.
La plus grande difficulté sera peut-être de savoir qui des deux fut le plus grand patriote, ou du héros (Papineau) ou <le l'auteur de Pajnneau,
Quand on songe (]^ue pas une seule voix ne s'est élevée dans notre presse pour ridiculiser et stigmatiser à jamais l'imposteur qui a écrit ce qui précède ; quand on songe que cela a été lu en France, où nos journaux aujourd'hui pénètrent en nombre relativement considérable, on se sent ployer sous le poids de l'humiliation, on est envahi par un sentiment de tristesse qui nous fait désespérer de notre avenir intellectuel, on s'indigne, à bon droit, contre notre petit monde des lettres, qui pourrait peut-être laisser, sans protester, se répéter un acte de charlatanisme aussi bas et aussi déshonorant.
oOO LE LAURÉAT
Enhardi par le mutisme d'un public qui venait d'avaler, sans mot dire, cette monstruosité de la Patrie, M. Fréchette publiait, presque dans le même temps, à la date du 14 juin 1880, à l'occasion du couronnement de ses Fleurs boréales, la non moins abracadabrante réclame que voici :
La première dépêche reçue de Frimce par M. Fréchette, au sujet de son couronnement par rAcadémic française, disait h\ vérité, mais pas toute hi vérité.
Une deuxième dépêche, reçue samedi soir, annonce au poète que, non seulement ses œuvres ont été couronnées, mais qu'elles ont obtenu, de plus, le premier prix de poésie décerné par l'Académie.
A cette déclaration de M. Fréchette j'oppose le démenti le plus énergique dont je suis capable, — et je me fais fort de prouver dans un article ultérieur que le poète national n'a jamais obtenu de l'Académie française ni un premier, ni un deuxième, ni même un dernier prix de poésie, qu'il a reçu simplement une de ces gratuités que l'institution des Quarante accorde à ceux dont les écrits en vers ou en prose ne contiennent rien de contraire à la morale.
Trois jours apr^s la publication du petit article de la Patrie annonçant que M. Fréchette avait obtenu le premier prix de poésie décerné par l'Académie, le Free Press d'Ottawa, trompé par des intéressés qui touchent de près au. lauréat y insérait la dépêche suivante :
l.A IIÉCLAME 301
Les œuvres poétiques de M. L.-H. Fréchette ont été couronnées par TAcadémie française. C'est le premier Canadien qui ait mérité un tel homihage. A l'exception de Victor Hugo, M. Fréchette l'emportesur tous les poètes français de notre époque.
Tout ce hourvari, à propos d'nn prix Montyon^ d'un prix que seules les médiocrités acceptent, chauiFa à blanc l'enthousiasme du public, et l'on fit au lauréat des ovations qu'on aurait peut-être refusées à un général d'armée au lendemain d'une grande victoire ; on lui donna au AVindsor un banquet qui comptait mille couverts et où l'on voyait réunie toute l'élite de la société de Montréal.
Tout cela est bien renversant, et cependant ce n'est rien, selon moi, à côté de ce que M. Fréchette disait, à la date du 21 décembre 1887, à un reporter de la Patrie, à son retour d'un voyage en France.
Lisez cette entrevue:
— Etes-vous entièrement satisfait de raccueil qu'on vous a fait en France ?
— Je suis non seulement satisfait, mais encore je trouve ([u'on s'est montré trop aimable pour moi. Je n'ai reçu que des marques de la plus chaude sympathie de la part des personnes les plus éminentcs du pays, aussi bien dans la capitale que dans les diverses autres villes que j'ai visitées. Les individualités marquantes ont lutté d'amabilités avec les institutions littéraires pour me rendre le séjour de France le plus agréable possible
M. Louis Ulbach a été jusqu'à m'oftrir de me proposer pour le premier siège qui serait vacant à l'Académie française, voulant, a-t-il déclar,^, voir siéger le poète canadien parmi 1rs immortels.
Yraimeiit, on éprouve des haut-lc-cœur devant une audace aussi niaise et aussi éhontée.
M. Fréchette membre de l'Académie française !
Quand une foule des plus grands écrivains de France meurent, à un âge avancé, sans avoir pu faire partie de cet aréopage unique au monde, quand Leconte de Lîsle s'est vu battu six ou sept fois avant d'aller prendre le fauteuil laissé vacant par la mort de Victor Hugo, on viendrait chercher au Canada un plagiaire et une insignifiance comme l'auteur de Jean Sauriol et du Drapeau fantôme pour le faire siéger au milieu des hautes sommités artistiques, littéraires et scientifiques du siècle !
Je le répète, ça donne la nausée.
Mais continuez, si vous en avez le courage, à écouter ce que dit M. Fréchette au reporter de la Pairie :
— Votre nouveau livre de poésie, la Ltnjende cV un Peuple, a-t-il été bien accueilli ?
— Oui, je n'ai qu'à me féliciter du succès qui a accueilli xsa publication.
La presse française en général en a fait les plus grands élogee et tous les littérateurs de la capitaUi ne m'ont -pas marchandé knirs félicitations. La première édition du livre a été tirée à mille exemplaires qui se sont rapidement écoulés.
Les mille exemplaires de la Légende tVan Peuple se sont écoulés si rapidement à Paris, que, à part deux ou trois cents que M. Fréchette a envoyés
gratuitement aux littérateurs, aux intimes et aux journaux de France et du Canada, à part un bon nombre qu'il a distribués dans les librairies de ^Montréal et de Québec, il a trouvé moyen d'en vendre un demi-millier au gouvernement Mercier.
— J'étais en pourparlers avec mon éditeur pour en faire tirer une nouvelle édition à meilleur marché, lor.'ique les <*rise3 que vient de traverser Paris : Taffaire Cafta rel, T élection d'un président, le changement d'un ministère, sont venues interrompre ces négociations.
De quel rire ont dû s'esclaffer les Parisiens en lisant cette déclaration de M. Fréchette, qui insinue <j^ue des incidents politiques pouvaient influer sur la publication d^me édition populaire d'un piètre volume de vers venant d'une colonie anglaise !
— Avez-vousun programme arrêté sur. ce que vous vous proposez de faire ?
— Oui, je compte me rendre à Nicolet, où se trouve ma famille, dont j'ai été si longtemps séparé et que j'ai hâte de revoir. Je vais me mettre au travail immédiatement. J'ai, en ce moment, plusieurs ouvrages en vue.
Le premier (et celui dont je vais m'occuper sans délai) est la traduction en vers du Roi Lear, de Shakcspare, qui m'a été confiée par Jules Claretie, directeur de la Comédie fran- •çaise. Ce drame sera joué en France, pendant l'exposition <le Paris, en 1883. La principal rôle sera tenu par M. Mounet- 8ully, avec qui j'ai eu plusieurs entrevues au sujet de cette pièce.
— ^Est-il vrai que nous pouvons compter sur la visite de littérateurs français distingués ?
— Oui, M. François Coppée, le poète si comiu, se propose de venir à Montréal vers le mois de mai ou juin, et de donner deux conférences en cette ville, une autre à Québec et une autre à Ottawa. M. Jules Claretie eût beaucoup désiré vtaiir
visiter notre pays, mais ses nombreuses occupations de directeur de la Comédie-Française l'empochent de donner suite îl son projet.
Ce qui prouve que M. Fréchette la faisait à l'oseille au reporter de la Pairie^ c'est que M. Mounet-Sully n'a pas plus utilisé, durant l'exposition de 1889, la traduction du lauréat que les vers de mes Québecquoises ; c'est que M. François Coppée, qui a dû, au dire de l'auteur de Jean Sauriol^ quitter la France pour le Canada, il y aura bientôt sept ans, n'a pas encore été sigualé à la Point e-au-Përe.
Et puis l'idée d'une traduction en vers par M. Fréchette du lloi Lear^ que Guizot et François Hugo, aidé par son père, ont à peine réussi à mettre en prose française — tant Shakespeare est difficile à traduire — est un comble qui dépasse tous les combles.
Traduire Shakespeare, dit Victor Hugo, le traduire réellc- ]nent, le traduire avec confiance, le traduire en s'abandonnant à lui, le traduire avec la simplicité honnête et iière de l'enthousiasme, ne rien éluder, ne rien omettre, ne rien amortir, ne rien cacher, ne pas lui mettre de voile lu où il est nu, ne pas lui mettre de masque là où il est sincère, ne pas lui prendre sa peau pour mentir dessous, le traduire sans recourir à la périphrase, cette restriction mentale, le traduire sans complaisance puriste pour la France ou puritaine pour l'Angleterre, dire la vérité, rien que la vérité, le traduire comme on témoigne, ne point le trahir, l'introduire à Paris de plain-pied, ne pas prendre de précautions insolentes pour ce génie, proposer à la moyenne des intelligences, qui a la prétention de s'appeler le goût, l'acceptation de ce géant, le voilà! en voulez-vous ? ne pas crier gare, ne pas être honteux du grand homme, Ta vouer, l'afficher, le proclamer, le pro-
millier, être «a chair et ses os, prendre son empreinte, iiioiiler sa fonne, penser sa pensée, parler sa pîirole, répercuter Shakespeare de Tanghiis en français, quelle entreprise !
Shakespeare est un des poètes qui se défendent le pli>ç contre le traducteur.
La vieille violence faite à Protée symbolise l'efiort des traducteurs. Saisir le génie, rude besogne. Shakespeare résiste, il faut l'étrcindre; Shakespeare écliappe, il fai;t le poursuivre.
Il échappe par Tidée, il échappe par l'expression.^
Shakespeare échappe au traducteur par le style, il échappe aussi par la langue. L'anglais se dérobe le plus qu'il peut an français. Les deux idiomes sont composés en sens inver«?e. Leur pôle n'est pas le même ; l'anglais est saxon, le français est latin.
Shakespeare résiste par le style ; Shakespeare réssiste par la langue. Est-ce là tout ? non. Il résiste par le sens métaphysique; il réviiste par le sens historique; il résiste par le sens légendaire.
Je pourrais multiplier à l'infini les citations de réclames aussi retentissantes et mensongères que celles que j'ai transcrites avant de citer Victor Hugo,
Je crois, cependant, en avoir fait assez voir pour établir de la manière la plus irréfragable que ce n'est pas le mérite littéraire de M. Fréchette qui lui a valu la réputation dont il a joui si longtemps, mais que cette réputation a été le résultat d'une claque aussi tapageuse que constante, qu'il a lui-même entretenue, comme d'un concours de circonstances que seuls les audacieux sans vergogne se sentent le triste courage d'exploiter.
oOC LE LAURÉAT
Je ne puis, malgré tout, terminer cet article sans reproduire de la Patrie les lignes suivantes, écrites au moment où la Légende iVun Peuple venait d'être publiée à Paris :
Nous empruntons ànncenfreviic publicîe dans le Nicoletain les renseignements suivants sur le mouvement littéraire en France.
C'est M. L. Fré(!hetté qui parle.
D. Avez-vous soumis votre nouveau volume à l'Académie?
Il, Oui. Ce n'était point d'abord mon intention. Ayarit déjà obtenu wn prix pour un de mes ouvrages, je craignais que cela ne fit du tort à celui-ci ; mes amis académiciens m'ont engagé à le présenter quand même ; il en sera ce qu'il pourra.
Il est donc prouvé parles paroles de M. Fréchette lui-même — au reste, la chose était connue — que la Jjégende dhin Peuple a été soumise à PAcadémie française. Or, comme cet ouvrage n'a pas été couronné, il s'ensuit donc, comme je l'ai toujours prétendu, que les Fleurs boréales ne l'ont pas été pour leur valeur poétique, mais pour des raisons tout il fait étrangères à la littérature.
En effet, comment pourrait-on autrement expliquer que la Légende d'un Peuple — qui est l'œuvre d'un homme mûr — aurait eu moins de succès à l'Académie que les Fleurs boréales^ dont les trois quarts des pièces ont été écrites alors que M. Fréchette était encore un tout jeune homme.
En tout cas, ce n'est toujours point parce que
M. Fréchette avait déjà obtenu un prix Montyon pour son premier volume qu'on lui en a refusé un pour -son second, puisqu'il est certain que ce sont toujours les 'mêmes auteurs que l'Académie couronne, — -oomme le prouve un des meilleurs amis du lauréat^ le grand Larousse, qui, après avoir donné la nomenclature des personnes couronnées, de 1803 à 1874, iijouie ce qui suit :
Il y a en tout vingt nom^ pour s>i.K:inte concour.:», les mômos lauréats ayant été couronnés à plusieurs reprise.-'', et pas un nona de grand poète.
Il est donc de la dernière évidence que M. Fréchette, à pon retour d'Europe, blaguait autant les gens du Nicoletain que ceux de la Patrie,
Et ce qui est aussi évident, c'est que M. Xavier Marmier, qui, par courtoisie envers les Canadiens, avait fait donner un prix académique à l'un des nôtres pour un volume qu'il n'avait peut-être pas :OUvert, n'a pu en faire accorder un pour la Légende 4Ïun Peuple^ qui, elle, a été ouverte et appréciée comme elle devait l'être.
Maintenant, si vous voulez savoir ce que pense le grand critique Jules Lemaître des prix que l'Académie française distribue chaque année, lisez ce qu'il en dit dans ses Contemporains :
L'Académie 'est une institution radicalement immorale, puisqu'elle n'ajoute rien au vrai mérite et qu'elle en donne les apparences à l'intrigue ou à la médiocrité
30S lï: laur éat
Quelle cuisterie insupportable de vouloir que l'art et la littérature continuent à relever cPune sorte de tribunal revêtu d'un caractère officiel ! et (jucl enfantillage que ces distributions de prix, ce prolongement du collège qui assimile pour toute la vie les litt(3rateurs à des écoliers î
Larousse est encore moius flatteur :
La liste des lauréats de l'Académie, depuis deux siècles,, devrait être le livre d'or des poètts français et toute composée de noms rayonnants de gloire : ce sont des inconnus ou des écrivains de la plus honnête médiocrité.
Les poèmes couronnés devraient représenter comme l'essence du génie français : la plupart sont de pitoyables déclamations en style fané, usé, vieillot.
Sans cloute, ce que je viens de citer fait bien voir rinexprimable ridicule dont s'est couvert M. IVéchette en posant au grand homme parce qu'il avait obtenu un prix Montyon, un prix d'écolier, et pourtant ce n'est qu'une fleur au prix de ce que l'on verra dans mon prochain et dernier article.
En attendant, qu'on n'oublie pas que je me suis engagé à prouver que le lauréat n'a reçu de l'Académie ni un premier, ni un deuxième, ni même un dernier prix de poésie.