LES VOIX D'OUTRE-MER
Le jour où l'auteur des Fleurs boréales faisait dire il la Patrie qu'il avait remporté le premier prix de poésie décerné par l'Académie française, il devait, grisé par la superbe inhérente anx médiocrités, avoir <îomplëtement perdu la tête ; et ce que Ferdinand Brunetiëre, un des quarante immortels, dit dans la Grande Encyclopédie du XIXème Siècle va prouver tout de suite que le démenti que j'ai opposé à la vantardise de M. Fréchette était mille fois justifiable.
Après le Dictionnaire, dit Brnnetièrc, runc des principales occupations de l'Académie française est le jugement de ses nombreux concoars et la distribution de ses prix. Elle n'en a pas actuellement moins de vingt-trois à décerner chaque année, dont dix-sept sont des j)^^^ littéraires et six par conséquent des prix dits de vertu. Le prix d' éloquence, fondé par Balzac, et le prii: de poésie, dont les fonds, après avoir été faits <l' abord par les académiciens eux-mêmes, l'ont été longtemps par une fondation qui remontait à M. de Clerm ont-Tonnerre, <?véque de Noyon, membre de l'Académie française, et le sont aujourd'hui par le budget, sont les seuls qui soient 7nis an concours, à proprement parler, c'est-à-dire, les seuls dont le sujet soit donné par l'Académie.
olO LE LAURÉAT
Donc, M. Fréchettc, n'ayant fait que soumettre à l'Académie, sous le titre de Fleurs boréales et Oiseaux de Neige, des pièces qui avaient déjà paru dans les différents journaux du paye, dans Mes^ Loisirs et Pêle-Mêle^ n'a pas pris part à un concours dont le sujet était imposé i)ar les immortels^ et conséquemment n'a obtenu ni un premier ni un dernier prix de poésie, mais simplement un prix de vertu.
Au demeurant, M. Fréchette, en 1880, ne cherchait pas, non plus, à décrocher autre chose qu'un prix de î/'fr^i^, témoin la correction qu'il fit, — avant de soumettre ses Fleurs boréales à l'Académie, — à l'une des strophes de JReminiscor^ pièce qu'il avait adressée de Chicago à son ami Alphonse Lusignan,. et dans laquelle on lisait les vers suivants :
Tout était pour nous sujet cVamusettes.
Sans le sou parfois, mais toujours contents, Nous suivions aussi le pas des griseties
Le poète national, croyant que l'Académie se scandaliserait de ces r/risettesAk, avait mis dans. Beminiscor la variante que voici :
Tout était pour nous sujet d'amusettes.
Sans le sou parfois, mais toujours contents, Xous suivions aussi le pas des fillettes.
Mais ce qui est plus drôle que cela c'est que M. Fréchette, une fois son prix de vertu dans sa
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poche, fit un pied de nez aux immortels et réinstalla les grisettes dans une édition subséquente, publiée en 1886, — par pur amour pour la rime riche, comme do raison.
D'ailleurs, on n'a qu'à ouvrir Larousse pour savoir quelle sorte de prix les Fleurs boréales ont valu à leur auteur.
Parlant de quelques écrivains canadiens dans son suppplément, le grand encyclopédiste dit de M. Fréchette :
L'Académie française lai accorJa, cm ISSl, un prix: (le 2,o00 francs sur Ja tondation Montyon, bien qu'il soit de règle qu'un Français seul i^uissc concourir pour ce prix.
Tous les littérateurs du pays savent que c'est M. Xavier Marmier qui fit faire li l'Académie cette exception en faveur de M. Fréchette pour témoigner sa sympathie aux Canadiens, qui ne lui avaient pas marchandé la leur lors de son passage au pays, pour reconnaître les efforts qu'ils ont déployés en voulant conserver leur langue sous le régime britannique, et, enfin, pour resserrer les liens qui unissent la France et le Canada.
A propos, voici ce que le Bon Combat disait dans son numéro du 1er mai de l'année dernière :
Nous prétendons que le couronnement de M. Frécliette par l'Académie française est surtout une gracieuseté pour les Canadiens qui ont conservé leur langue parmi les Anglais^
λ12 LE LAUIÎÉAT
A cela M, Fréchctte, ne pouvant alors prévoir que quelqu'un viendrait, un jour, faire connaître la véritable valeur d'un prix Montyon, répondit, avec 4'împerturbable aplorab qu'on lui connaît, par les lignes ci-dessous :
Quant ù mes vers, il est entondn que si l'Acaflcmie les a couronnons c'est qu'ollcn'a pasho^sitcà sacrifier sa réputation pour ffiii'o plaisir aux Canayens, — une drôle d'idée tout do mtnie que de vouloir récompenser tout un peuple avec un prix d'enfant, tellement ridicule qu'on ne l'ofirirait pas ûun f oote de' troisième ordre, un prix tellement insignifiant que c'en est une pitié.
M. Frécliette laisse entendre que, pour faire une gracieuseté à un petit peuple, il faut plus qu'un prix de vertu.
Pourtant la valeur d'un présent est dans la manière dont il est fait, — une simple fleurette peut parfois valoir un bijou, — et il est évident que ce n'est pas tant un des prix Montyon en lui-même qui devait honorer les Canadiens que l'exception faite par l'Académie en faveur de l'un des nôtres, qui, comme étranger, ne pouvait prétendre à l'un de ces prix.
Et puis, comment l'Académie pouvait-elle sacrifier sa réputation en donnant à M. Fréchette un prix que, depuis un temps immémorial, elle décerne aux jeunes gens, à titre d'encouragement ?
La preuve étant faite que l'auteur des Fleurs
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boréales n'a eu qu'un des prix Montyon, voyons maintenant ce que Larousse dit de ces prix :
JPrix Montyon, L'Académie a scindé en un grand nombre de prix la rente laissée par le célèbre philantrope à pa disposition pour qu'elle pût récompenser l'ouvrage le plus utile aux mœurs. En réunissant les intérêts arriérés et les sommes provenant de prix non distribués les années précédentes, l'Académie décerne ordinairement trois, quatre ou cinq prix de 2000 à 2,500 francs, et de deux à cinq médailles de 1,5(X) francs à des ouvrages très divers. On voit figurer ensemble, parmi les ouvrages couronnés, des traités d'économie politique, des études littéraires et même des biographie» d'artistes.
Corame on voit, le couronnement d'un volume de poésie dans la catégorie des ouvrages que Larousse mentionne n'a pas une bien haute portée littéraire.
Mais, puisque M. Fréchette s'est eftbrcé, par un trait ironique et plus ou moins spirituel de dépister ceux qui seraient tentés de croire au peu d'impoi^ tance d'un prix Montyon, je vais lui montrer qu'il a encore manqué là sou coup, et cela, en publiant un passage d'une lettre que je reçois à l'instant du grand écrivain français, M. Edmond Biré, que les lecteurs du Courrier connaissent depuis longtemps, et à qui j'avais demandé quelle signification élogieuse il fallait voir dans le couronnement d'un livre par l'Académie française.
Tous les ans, dit M. Biré, l'Académie couronne une trentaine de volumes, et dans le nombre il y en a toujours une bonne moitié qui sont parfaitement médiocres. Cela res-
semble un peu trop à ces distributions de prix des pensionnats do demoiselles, où, pour contenter tous les parents et achalander la maison, on donne des prix et accessits à toutes ■ les petites filles.
Bien que le prix décerné h M. Fréchette soit, selon M. Biré, quelque chose comme un prix de petite fille, le PolyUhliun^ revue bibliograpliiqucqui fait autorité en France, laissait entendre, dans sou numéro de juin 1881, que le poète canadien n'avait pas même mérité un tel prix.
S'il est une chose pour laquelle il soit convenable de mani^ foster du respect, disait le Polybiblion, c'est le jugement de l'Académie, (iuoi<iu'ellc se trouve trop souvent portée à récompenser dans an auteur sans talent de bonnes intentions nioralei<.
En couronnant le poète canadien, auteur des Fleunf ffuréales, elle a été guidée non seulement par l'honnêteté du livre, mais encore par sa provenance transatlantique.
Peut-on d'une manière plus polie dire à un homme qu'il n'a pas de talent et que son volume aurait été jeté au panier si ^I, Fréchette eut été un Français delà-bas?
Peut-être aurions-nous préféré rencontrer un talent plus personnel^ plus orirflaal, plus canadien. Ainsi, M. Fréchette chante la découverte du Mississipi, la majesté des grands fleuves, le Saint- Laurent s' écroulant dans l'abîme gigantesque du Niagara. Ce sont des paysages cent lois plus grandioses que ceux du vieux monde ; mais nous ne trouvons pas que le poète rende assez cette différence d'impression, ni que les tableaux se dessinent avec la précision exotique vju'a mise, par exemple, l'auteur des Poèmes barbares dans ses p.aysages de l'île Bourbon. Si le côté descriptif ca^/aîft/'*^ le côté idéaliste ne Vest pas moins.
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^lalgré quolfiiies belles strophes Ç4i et lii, nous uc trouvons point cette large conception de la nature et de ses rapports avec rhonime qui se recontre chez certains poètes, comme M. de Laprade, et donne îl leur œuvre une beauté d'ordresupérieur et une véritable portée philosophique. Trop volontiers M. Fréchettc se contente d'impressions toutes faites et rend plutôt l'émotion du voyageur vulgaire ciue du poète voyant et sentant autrement que la foule.
C'est M. X. Marmier, qui, croyons-nous, en sa qualité de voyageur, a découvert la poésie canadienne et s'est l'ait le patron de ^l, Fréchette.
L'Académie a décerné pour la première fois un de ses prix à. une œuvre écrite en langue française par un sujet étranger. Elle a jugé que l'auteur appartenait à notre race et saisi cette occasion d'aflirmer l'unité d'origine et de resserrer l'amitié de la France et du Canada.
Tout cela confirme en tout point ce que j'ai toujours prétendu, que M. Fréchette n'a aucune originalité, qu'il n'est qu'un vulgaire versificateur, qu'il se contente d'impressions tontes ^faites, et qu'il n'aurait jamais été couronné par l'Académie si M. X. Marmier n'eût pas été son patron et n'eût pas fait saisir par les immortels l'occasion d'affirmer V unité d^ origine et de resserrer V amitié de la France et du Canada,
Et puis, qu'aurait dit Técrivain du Pohjbiblion si, comme nous, il eût étudié minutieusement l'œuvre du lauréat^ s'il eût découvert que les trois quarts et demi de ses vers sont de grossières imitations, quand ce ne sont pas des vols ?
M. Paul Féval, le grand romancier, n'a pas été
beaucoup plus tendre pour M. Fréchette, comme en fait foi cet extrait d'une lettre adressée à un ami de l'honorable M. J. Tassé et publiée dans la Minerve du 25 juillet 1881, h propos du vol do la Bastide ronge :
Ah î saperlottc î Cet infortuné do M. Fréchctte, il a savtpérilleusé ! ! J'en suis bien marri pour lui. C'était un joli talent, mais pas bien gros, où il y a la même différence entre lui et notre vieux sauvage d'Hugo qu'entre l'incendie de Paris et l'incendie d'une boîte d'allumettes.
Sans doute, il serait oiseux d'ajouter d'autres preuves à l'appui de ce que je soutiens depuis bientôt cinq mois.
Cependant, comme il existe peut-être encore des fanatiques qui persistent à voir en M. Fréchete un grand écrivain, je vais leur mettre sous les yeux ce que l'un de ses meilleurs amis, le poëte et critique parisien, Charles Fnster, a dit, dans ses Poètes du Clocher, de la Légende dhin Peuple et de son auteur :
M. Louis Fréchctte est, dit Fuster, sinon le premier, du moins le plus connu des écrivains canadiens
Notre auteur appartient à cette race robuste en qui la vigueur anglo-saxonne complète la vivacité gauloise. Epaules carrées, teint frais, cheveux blonds, regards francs, lunettes d'or, déiharche aisée, voix forte,— tel apparaît l'auteur de la Légende d-un Peuple
Et tel je l'ai vu, tel je l'aime, car on n'a, en le regardant, en lui parlant, ni désillusion, ni mécompte : cet homme-lù ne diminue pas son œuvre.
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Après avoir fait une longue analyse de la Légende d'un Peuple, en avoir reproduit quelques fragments qu'il a été obligé, comme on a vu, de corriger pour ses citations, Charles Fuster ajoute :
Je ne suis pas un pendant, et serais désolé d'eii devenir un. Je ne m'attarderai donc point aux remarques de détail, aux observations de style, aux chicanes superficielles. Le livre de M. Fréchette a ses défauts. Quelques passages sont emphatiques ; la plupart rappellent trop, par leurs périodes oratoires et leurs beaux vers coulés en- un moule wAiforme, la manière et le procédé de Victor Hugo.
Certes ! je crois bien que la plupart des vers de M. Fréchette sont coulés en un moule uniforme et rappellent trop la manière et le procédé de Victor Hugo : j'en ai fait voir un grand nombre qui avaient été volés tout entiers dans les meilleures pièces du maître, et l'on n'aurait, sans doute, qu'à chercher pour en trouver bien d'autres.
Je l'ai déjà dit, continue M. Fuster, certains épisodes al)solument remarquables ont été négligés par notre poète ; il les reprendra plus tard, sans doute, et, pour un volume achevé, Fouvrage lui-même n'est pas^ni.
L'ouvrage du lauréat est tellement fini pour lui, il lui est si peu possible de reprendre les épisodes qui, selon Fuster, ont été négligés, que depuis que l'auteur des Poètes du Clocher a écrit les lignes ci-dessus, M. Fréchette a fait paraître une nouvelle édition de la Légende d'un Peuplent qu'il n'y a fait aucune correction.
Jo ne voudrais j as mettre en pratique l'histoire du pavé de l'ours. Pr(!?tendre que M. Fréchette a surpassé Hugo^ Lamartine, Lecunte de Lisle, Laprade ou même Brizeux, ce serait exagérer.
Ce serait tellement exagérer que Charles Fiister n'a fait cette réflexion si pleine d'ironie que pour faire rire ses confrères parisiens et s'en faire pardonner les quelques petits éloges qu'il adresse à M. Fréchette.
Je le reconnaît, notre auteur s'est vu servi à souhait par un sujet exceptionnel, im ensemble d'actipns intrépides, de mots héroïques, de sentiments qui nous étonnent, d'exemples qui nous relèvent. Des éléments pareils, assemblés par quelque artiste que ce soit, formeront toujours une œuvre intéressante, sinon parfaite, et saisissante en sa midité.
Eflfectivement, M. Fréchette avait un sujet ^exceptionnellement propre à être traité en vers, — l'histoire du Canada, — et cependant tout ce qu'il en XI tiré es>t niïQ nudité qui, pour sûr, est trhs saisissante.
Je ne sacre donc pas M. Fréchette grand écrivqin; je ne vois en lui, jusqu'à l'heure présente, qu'un lettré de talent, (remarquez bien, un lettré, pas un littérateur) un historien évoeateur, un patriote amoureux des blessure dosa patrie.
Il ne peut donc y avoir ici qu'un avis : toutes ces réflexions dans la bouche d'un écrivain qui veut du bien à M. Fréchette, que l'amitié tout naturellement porte à l'indulgence, constituent un éreintement en règle.
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D'ailleurs, est-il besoin des appréciations du Pohjbiblion ou de Charles Fuster pour éreinter M. Fréeliette?
Il suffît d'avoir vu ce qui a été révélé dans les précédents articles pour savoir qu'il ne peut plus être question de lui comme écrivain.
Comme tel, il est mort, bien mort, et il n'y a qu'une voix, parmi les hommes bien pensants pour le reconnaître.
Il est mort, et nul ne pourra jamais l'exhumer de l'hypogée littéraire où il est enfoui avec tous ses plagiat?, toutes ses inepties, toutes ses platitudes et toutes ses réclames de charlatan.
Il est mort, et pas un de ses anciens admirateurs n'aura le courage d'essayer à réhabiliter sa mémoire.
Il est mort, et quelques-uns des rares amis qui lui sont restés fidèles jusqu'à son parfait enfouissement, n'ayant pu le défendre, et pour cause, prétendent maintenant — ^le croirait-on ? — que j'ai accompli une œuvre antipatriotique en faisant la critique de l'œuvre dn lauréat ?
Mais M. Fréchette, lui-même, est-il un patriote !
Et qu'est-ce donc que le patriotisme ?
Le patriotisme, il me semble, est le culte qu'un citoyen professe pour son pays, pour le sol où reposent les cendres de ses pères, pour tout ce qu'il y a de
grand, de noble et de pur dans les annales et les
souvenirs de sa race.
Le patriotisme ! c'est ce sentiment qui fait que le voyageur ne voit, dans ses courses lointaines, rien qui séduise son regard et parle à son âme comme les lieux — bien humbles quelquefois — où il a grandi, où il a appris à prier, à travailler, à remplir les devoirs qu'impose à chacun la destinée humaine.
C'est cette flamme dont brûle le cœur de tout homme qui, soit dans les travaux des champs, soit dans le domaine des lettres et des arts, soit dans l'œuvre de la religion, cherche toujours à accomplir, pour se rendre utile à ses compatriotes et aider à la* marche civilisatrice de son époque, la plus grande somme d'efforts consciencieux et d'exemples édifiants.
C'est ce souffle tout-puissant qui, à un certain moment, soulève tout à coup un inconnu d'hier pour en faire un héros de demain, le pousse à tout sacrifier et à donner même sa vie pour le triomphe d'uno idée ou l'honneur d'un drapeau.
Le patriotisme étant tout cela, et l'œuvre de M. Fréchette étant tout le contraire, je prétends, moi, qu'il y a patriotisme à le combattre.
Comment ! voilà un homme qui, toute sa vie, a vomi le fiel à pleine gorge sur tous ceux qui ne
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partageaient pas ses vues en littérature comme autrement, et je n'aurais pu, sous prétexte cpie l'amour-propre national allait en être blessé, retourner contre M. Frécliette les coups qu'il m'a portés à propos (l'une discussion où je n'étais nullement en cause !
Comment ! yoilii un homme qui, un jour, a dit à sa patrie : Non scrriim / et qui, une fois ses deux oreilles bien à Tabri des soufflets dans sa retraite de Chicago, a écrit les choses les plus révoltantes contre nos gloires les plus pures ; qui a applaudi au meurtre (le Darcy McGec ; qui a qualifié de charogne les restes d'un de nos premiers hommes d'Etat ; (pii a récemment accusé M. l'abbé Taquin de s'être vendu aux Anglais lors des événements de 1837; qui a écrit à M. Edgar une lettre dont la teneur est un abominable outrage lancj à la face des Canadiensfran(;ais et des catholi(|ues ; qui, depuis plusieurs semaines, déverse sa bave de plagiaire yns au collet sur le Père Laçasse ; et ce serait ne pas aimer son pays que de démontrer que cet homme — considéré par un certain public comme notre poète national — n'est qu'un plagiaire, un grimaud et un irai)osteur !
A part les abominations dont je viens de parler, l'auteur dç> Va Légende d^ttn Peuple s'est rendu cju-
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pable envers son pays de torts aussi nombreux qu'irréparables.
Il est entré en Vandale dans le domaine de notre histoire, il y atout faussé, tout dénaturé, tout saccagé.
n a, par son insignifiance et ses plagiats, rapetissé nos héros, jeté le ridicule sr.r les actes les plus sublimes de courage et de dévouement dont s'honore notre nationalité, troublé les sources où les i)oètcsdc l'avenir auraient pu puiser leurs inspirations pour chanter les gloires d'autrefois, faussé limaghiation et le goût des élèves de nos collèges à qui la L'gei'de (Van Peuple et les Feuilles volantes ont été données en prix, découragé et immobilisé bien des talents par ses succès immérités.
Et si, pour avoir eu le courage de répondre sous ma signature, visage découvert, à un homme dont la réputation d'écrivain était en apparence sohdement assise; si, pour ne m'etrc pas laissé écraser i>ar un individu queM.Fréchetteavait chargé de le défendre ; si, pour avoir arraché le masque derrière lequel le prétendu poète national cachait ses incroyables trucs, sa lourde insignifiance et sa colossale vanité ; si, pour avoir fait un exemple qui ne peut manquer de servir à notre avancement intellectuel, il me iallait toute ma vie entendre un groupe de fanatiques ])iailler sur mes talons, et m'exposeraux représailles que me promettent tout bas, k ce qu'on me dit,
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quelques vengeurs aussi rampants qu'influents en certains quartiers, eh bien, j'ai assez de patriotisme, moi, pour subir patiemment ce qui pourrait m'arriver de fâcheux de ce côtc-là, consolé et récoml)cns(i à l'avance par la satisfaction qu'éprouve tout écrivain qui a mis sa plume fiu service de la justice et de la vérité.