I. Les Chants du Cr'puscule, sème strophe de DansVéglUe cc
" Vous voyez, M.W. Chapman.que les compétiteurs peuvent 'être nombreux. Renoncez-y de bon gré, ce sera plus noble.
CHAPMAX
Il peut protéger de son ombre Le troiq)€au le plias populeux.
En été, des oiseaux sans nombre Chantent sur son front ondukux.
Je rêve !... Le troupeau le plus populeux î ! î Qu'est-ce que •ça veut dire ?
Il doit être bien beau, ce vers, quand on le comprend
3Iais je. n'admire jamais de confiance, je v n'ai pas la foi poétique ; un vers n'a pour moi rien de péremptoire. Raisonnons, s'il vous plaît.
Populeux signifie très peuplé. Donc, un troupeau populeux
•est un troupeau très peuplé. Peuplé de quoi ? grands
•dieux ! serait-ce de vermine? Aoh ! Shocking î Vous allez me dégoûter de la poésie.
Devant cette lourde plaisanterie, je me suis emparé du lourd dictionnaire de Larousse, — le même avec lequel M. Fréchette a écrit sa Petite Histoire des Rois de France — -je l'ai ouvert à la lettre P, et j'y 4i\ trouvé ceci :
Ainsi de tige en tige, ainsi de race en race,
De ces troncs populeux la famille vivace
Voit tomber, remonter ses rameaux triomphants.
A demi satisfait de ce que ^1. Fréchette appellerait, lui,. une trouvaille, j'ai ouvert ]îescherelle, et j'y ai •copié le vers suivant :
Sans cesse reproduit leur foule populeuse.
Apres cela, M. Fréchette, allez-vous continuer à
LE I.AUKKAT
(lire :— Une foule popitleitse I! une foule très peuplée f peuplée de quoi ?
Ergo^ M. Fréchette, renoncez de bon gré li voa prétentions de linguiste ; ce sera i)lu8 noble, selon votre expression.
Après s'être inutilement battu les flancs pour démontrer qu'il avait le droit de se servir de mou Erable pour planter son Chêne, le lauréat ajoute :
D'ailleurs, IjA Fontaine n'a-t-il pas imité Esope ? Molière ne procédait-il pas d'Aristophane ; Barbier, de Jii vénal ?
Certainement, M. Frécliette, La Fontaine a imité Esope; Molière, Aristophane; Barbier, Ju vénal.
Oui, plusieurs des grands écrivains français se sont inspirés des Grecs et des Latins. Oui, mais ils ne les ont assurément pas plagiés.
Et l'eussent-ils fait, qu'ils auraient eu, au moins,, le mérite de les avoir traduits, tandis que M. Frécliette, lui, se borne à copier — mot à mot pour les hommes du métier — Victor Hugo, Lamartine, François Coppée, etc.,et jusqu'à son frère Achille qui — soit dit en courant — a beaucoup plus d'imagination que lui.
Passons maintenant à la dernière partie du semblant de réponse que M. Fréchette vient de hasarder:
M. W. Chapman appelle le? foudres sur la tête do M. Fréchette parce que celui-ci, dans une pièce intitulée Souvenirs de Jeunesse ^ après avoir rappelé les douces émotions-
qu'il avait i<artagéeî avea la IVniine aim'e «lans un paysage bucolique, termine ainsi :
J'II retournai qi iaze ais pli s ta •(/. lAifjVe tu'oiiif^ J)e tonsfadcii arait Jauni le champ rermeilj Et sur la roche j hélas ! foninieillaient au soleil J)eitx coinpagnons de saint Antoine,
NN'st-ee pas la parapln-ase, le cléveloppeniiMit «le e( tti^ ]iensée: Tempus edaxrerum, îa constatation de la destruction par le temps de tout ce qui nous e^t cher ?
Mais il y a une pensée là dedans! Le seul défaut que j'y trouve, c'est de n'être pas exprimée assez énergiquement.
Que M. W. Chapman lise donc la CVmro<7W« de Baudelaire : Il nous en donnera des nouvelles dans le prochain numéro <lu Bon Càmlat "
J'ai fait ce que M. Frécliette m'a conseille ; J'ai lu la fameuse piëce des Fleurs du Mal, et j'ai constaté qu' Une Charogne est — comme son nom l'indique — la plus abominable chose qui soit tombée d'une plume réaliste.
Je n'ai, cependant, remarqué dans cette i)ornograpliie — dont M. Fréclictto s'est autorisé pour se faire remplacer avec la femme aimée par deux pourceaux — rien qui puisse égaler la platitude et la niaiserie de la dcrniëre strophe de ce qu'il appelle ses Souvenirs de Jeunesse.
Même, je n'ai pu me défendre d'admirer dans la pièce du Baudelaire les vers ci-dessous qui,, malgré la pénible sensation qu'ils vous font éprouver, peignent si bien le néant de la nature humaine :
-Et pourtant vous ser€»z semblable à cette ordure,
A cette horrible infection, étoile de mes yeux, soleil de ma nature,
Vous, mon ange, et ma passion. ^
Et puis, que dites-vous, mes amis, de M. Fréchetto qui propose Charles Baudelaire, le fondateur de l'école des décadents, comme modèle aux écrivains canadiens ?
Ça, c'est du propre, par exemple.
Au reste, la meilleure preuve que M. Frécliettç s'efforce bien vainement de faire excuser la strophe où figurent des pourceaux, c'est que des amis la lui ont fait remplacer dans Pêle-Mêle^arle» vers ci dessous:
Et là, du souvenir en évoquant Tivresse,
Qui cherchions-nous des yeux? qui nommions-nous tout
[bas?
L'un l'autre, direz-vous ? — Oh ! non, c'était, hélas ! Le doux fantôme blanc qui fut notre jeunesse. *^
Malgré l'inversion un peu boiteuse du premier alexandrin, je féliciterais M. Fréchette d'avoir remplacé ses premiers vers par ceux que l'on vient de lire; mais je suis obligé de mettre une sourdine à mes congratulations, l'idée de la strophe qui succède à la strophe détrônée ayant été prise dans les Contemj)laiions de Victor Hugo :
I Les Fleurs du Mal, paj^e 128, édition Caïman Lévy. 2. }'. exile Histoire, pnge37.
..Un fantôme blanc se dressa devant moi.
Il ressemblait au lys que la blancheur défend ;
Ses mains en se joignant faisaient de la lumière, etc.
En tout cas, M. Fréchette était loin, bien loin de
«onpçonner qu'en essayant de pallier Tabomination
où s'étalent, dans \a folle avoine, deux compagnons
de saint Antoine, il allait encore me fournir l'occasion
. de prouver qu'il n'est qu^un ridicule plagiaire.
J'ai été, pourtant, servi à soies, — pardon, à souhait — puisque dans le Chasseur noir de Victor Hugo, à la page 302 des Châtiments, édition Hetzel, on lit :
Tous les démons de saint Antoine Bondissent dans lafoUe avoine.
Oh ! la la r
Encore pris, M. Fréchette, encore pris !
Pas veinard avec moi, le lauréat.
Sien d'étonnant, non plus : parmi toutes les pages €[u'il a publiées il n'y en a pas dix qui soient siennes.
Comme on l'a vu par les précédents articles, M. Fréchette a plusieurs façons de plagier, et il semble les aimer, ces façons, d'un égal amour.
Parfois il vole les idées des autres, sans se donner la peine de les déguiser, les exprimant avec les mêmes mots, les mêmes rimes.
Parfois il ouvre— comme dit Ernest Dupuy — les jointures de Valexandrin de l'auteur qu'il pille, y
change, à droite ou à gauche, un mot ou <lcux, et.... crac, ça y est.
Le phis souvent il se contente, pour le vei's qu'il veut tourner, de i>reudre un hémistiche à Victor Hugo et un autre à quelque i^oète moins connu.
A propos, je ne crains i^as de dire que, si quelqu'un avait la patience de chercher dans les ouvrages des l>oetes modernes tous les hémistiches de droite et de gauche qui peuvetit être reconnus dans les vers de M. Fréchette, il pourrait reconstruiixî pf^sque eu entier ses Fleurs boréales^ ses Oiseaux de Ntige^ sa Légende d'un Peuple et ses Feuilles volantes.
Mais M. Fréchette ne s'est pas borné à rendre les idées des autres avec les mêmes expressions, les mêmes rimes, à changer quelques mots dans les vers qu'il convoitait ; il a poussé le sans-gêne — il fallait qu'il fût bien sûr de son public— jusqu'à glisser parmi ses bouts-rimés des vers pris tout ronds à Pierre et à Jacques.
Pour ceux qui seraient tentés de croire que je
plaisante — mes affirmations doivent i)araîtrc si
incroyables — je vais faire incontinent des citations
qui ne rateront pas, je ne vous dis que ça :
VICTOR HUGO
L'été, quand il a plu, le champ est plus vermeil^ Et le ciel fait briller plus frais au beau soleil Son azur lavé par la pluie. ^