‹ Le lauréat: critique des œuvres de m. Louis FréchetteChapitre 44 sur 75 · CA VELIER DE LA SALLE · texte numérisé non relu

CA VELIER DE LA SALLE

Il expire; et la main pieuse d'un vieux prôtre Plante une branche en croix sur sa fosse

M. Fréchette n'a pas l'air de savoir qu'il est impossible défaire une croix avec une seule branche..

Il devrait pourtant ne pas ignorer cela, lui qui sait par cœur François Coppée, qui a dit :

Les croix que Ton avait, pour ces nombreux tombeaux, Faites hâtivement de deux branches coupées.

- On voit que le lauréat, malgré l'excellente mémoire dont il est doué, oublie quelquefois ceux qu'il exploite-

L'A}rp:niQrE:

Tu lui montrais, comme Moïse, Au bout de ton doigt souverain, La moderne terre promise, Un univers vierge et serein.

En 1884, au cours d'une petite critique que je publiai, dans la Minerve, d'nne piëce intitulée L'' Amérique^ où se trouvaient les vers que je viens de transcrire, je disais :

Christophe Colomb montrait au bcut de son doigt souverain un univers !

Décidément, il devait avoir un doigt souverain ^ ce Génois-là. M. Fréchette a voulu dire du bout de son doigt.

Le lauréat dans la Patrie du 14 octobre répondit à mes remarques par ce qui suit :

(Qu'est-ce que l'épluchage de M. Chapman peut faire aux vers de M. Fréchette?

Il y a longtemps qu'il les pille.

Maintenant il les houspille.

1 1 est payé par la Miner ce pour ajouter cette syllabe.

M. Fréchette se défendait de mes attaques — comme il s'en défend aujourd'hui — en cherchant à faire croire au gros public que je pillais ses vers.

Or, en 1890, six ans après, Charles Fuster vint

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me donner raison en corrigeant, pour le citer, le deuxième vers de la strophe que je viens de reproduire, et l'on peut lire, à la page 250 des Poètes du Clocher, les lignes suivantes :

" Le livre s'ouvre sur un hymne à l'Amérique. On me permettra de transcrire, sans éloges, et en remettant les critiques à plus tard :

Tu lui montrais comme Moïse,

J)}( ho ni de ton doigt souverain

'' Suivent — continue Charles Fuster — quelques vers moins fermes, affaiblis par l'abus des épithètes et que je ne crois pas devoir transcrire."

Le poète français a été très prudent — puisqu'il voulait louer M. Fréchette — quand il s'est abstenu de citer des vers plus faibles que ceux qu'il était obligé de corriger pour les présenter au public parisien, et, tout humble écrivain que je suis, je me permets de le féliciter sur sa prudence.

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