INTERVIEW
Pour compléter mon petit travail, je me suis renau auprès de M. Fréchette, et voici mot pour mot notre conversation :
M. Sauvalle. — Je me suis permis de venir vous demander quelques nouveaux renseignements au sujet du livre de Chapman. Est-ce qu'un interview vous ennuirait ?
M. fréchette. — Aucunement, mais je ne crois bas avoir rien à ajouter aux document imprimés que j'ai déjà mis entre les mains de M. Rouilaud et des vôtres relativement au même sujet. Ne sont-ils pas suflisants ?
M, Sauvalle. — Suffsants pour démontrer que le Chapman s’est gavé dans vos livres comme un étourneau dans un boisseau d'avoine, c'est vrai; mais n’auriez-vous pas un mot à dire des accusations de plagiat portées contre vous-même par cet individu et par s'abbé Baillargé ?
M. Fréchette. — À quoi bon ? j'ai fair connaître pour ce qu'il ést l'abbé Baillargé, dont tout le monde rit djourd'hui. Pauvre agresseur battu, il & venge comme il peut, le saint prêtre! Quant à l’autre, si vous étiez du pays, vous sauriez qu’il est assez connu à Montréal et à Québec, depuis nombre d'années, pour être tout à fait inoffensif.
M. Sauvalle — Eh bien, Monsieur, c’est précisément parce que je suis étranger que je viens vous prier de parler. ne serait-ce que pour la
satisfaction de la colonie française au Canada, qui n’est pas au courant du passé, et qui vous a, vous le savez, en si haute estime.
M. Fréchette. — En ce cv. , Monsieur, vous pouvez interroger ; malgré mes répugnances à m'occuper d’un pareil sujet et d'un ail oiseau, je suis prêt à vous répondre.
M. Sauvalle. — D'abord, savez-vous ce qui a pu déterminer chez l'individu cette haïne fé6roce ?
M. Fréchette. — Rien de précis, Monsieur ; ce n'est pas ma faute si l’on s'est moqué de lui à l’Académie française, où j'avais réussi ; la derpière fois qu'il ma parlé, il se trainait à genoux...
M. Sauvalle. — À genoux ?
M. Fréchette. — TLittéralement à genoux, Monsieur, je n’exagère pas d’un iota. [] me demandait pardon, se reconnaissait coupable d’infamie -— ce fut son expression — et me conjurait en pleurant de ne pas accuser son cœur mais sa tête, abrutie, disait-il, par l’abus des alcools. J'e l'ai calmé, renvoyé, ct, naturellement, j'ai donné ordre à ma servante dene plus l’introduire chez moi. Quelques mois plus tard, je le rencontrai à l’encoignure des rues Craig et Saint-Gabriel. Il était dans une crise d'épanchements nerveux : il offrait la main à tout le monde. Tout le monde tournait le dos, j'en fis autant. a l’a indisposé, je suppose.
M. Sauvalle, — Vous a-t-1l jamais parlé de ses plagiats ?
M. Fréchette. — Sans dde. et plusieurs fois même. L'histoire racontée par M. Desaulniers, à ce sujet, est strictement vraie. ‘ J'espère que vous ne m'en voulez pes pour vous prendre un vers par-ci par-là, me disait l'individu qui m'ac-
er D Tr 5
+ et :
* cuse aujourd'hui de l'avoir plagié ; je ne puis pas faire autrement ; il faut que j’imite même la tournure de vos pièces. Ça re vous en ôte pas, à vous ; et, à moi, ça me fait une petite réputation.”
Il m'appelait ‘ grand cœur ”, dans ces circonstances-là, comme il m’appelait “grand poète’ dans ses pièces. Et, confiant dans mon indifférence au sujet de mes vers, il ne se gênait point. Chaque fois que je publiais une pièce, on était sûr d'en voir apparaître la doublure, quelque temps après ; c'en était devenu une farce. Il me suivait à la piste — adoptant, par derrière moi, non seulement mes expressions, mes idées, mais encore mes sujets, mes opinions, mes titres, jusqu'aux rythmes dont je me servais, le cadre, la charpente, tout. Si je divisais mes pièces par des chiffres, il divisait les siennes par des chiffres. Si je les divisais par des étoiles, il les divisait par des étoiles. Si je faisais des strophes, il faisait des strophes. Si j'écrivais en rimes plates, il écrivait en rimes plates. Un hiver, il me prend envie de travailler des sonnets, voilà mon homme à gâcher des sonnets. Quand j'ébauchais du paysage, il barbouillait du paysage ; quand j'abordais l’épitre, il se lançait dans l’épitre. Et quand j'essayai du récit, il fit comme moi. il essaya.
(Ici le poète esquisse un malin sourire, et continue ) :
M. Fréchette. — Cela est tellement vrai, que j'ai dû, quand je les ai mises en recueil, moditier nombre de mes pièces pour dépister ce fleur sans pareil. Ainsi mon petit poème qui, dans les Feurs boréales, porte le titre de Renouveau, débutait originairement par ce vers :
| É DR sh NE idée 2e à dus
Je passius, j'autre jour, dans la lande déserte.
Quelque temps après l'apparition de cette pièce, l'homme que je plagiais en publiait une parodie qui débutait par ce pestiche :
L'autre soir, je marchais sur la plage déserte.
Je dus modifier, et ma bluette se lit maintenant :
Il faisait froid. J’errais dans la lande déserte, etc.
Un autre cas. Vous avez remarqué qu’il m’accuse de lui avoir volé ce vers tout entier, par où débute mon Jroquoise :
Nous sommes sur les bords du Saint-Laurent sauvage,
Eh bien, ma pièce, publiée pour la première fois en 1861, commençait ainsi :
I1 fait nuit : tout s'endort dans la forêt sauvage ; Le Saint-Laurent ouvrant l’orbe de son rivage.
Pourquoi l’ai-je changée ? C’est que mon admirateur, en 1875, publiait une pièce intitulée l'Algonquine au lieu de l’Zroquoise — un hasard évidemment — qui commençait à son tour par ces deux vers :
Le soir s’est abattu sur les forêts sauvages. Couvrant de ses baisers les rocs de ses rivages.
Et ça marchait ainsi à peu près jusar’à la fin.
Un jour, l’auteur me demanda : —: Avez-vous lu mon A!gonquine ? — Votre Algonguine ou mon Iroquoise ? — Ah! vous vous êtes reconnu ? — Un peu, oui ; au commencement surtout. (Ce fut là une des circonstances où l'individu me fit les aveux dont je vous parlais il y a un instant.) Mais qu'à nr ne tienne, lui dis-je, si jamais je remets au jour ce péché de jeunesse, comme j'aurai à le refondre un peu, je modifierai surtout les
premiers vers, — Que mettrez-vous ? —- N’im-porte quoi ; ceci, par exemple :
Nous sommes sur les bords du Saint-Laurent sauvage.
Un bon commençant, fit mon interlocuteur.
Je ne me rappelai cette conversation que longtemps après la publication des Fleurs boréales, quand Lusignan me fit remarquer, dans les.
Québecquoises de mon rival (un autre sourire malin), une pièce qui commençait par ce vers.
original :
Nous sommes sur les bords du Saguenay sauvage.
Voilà ! Un léger démarquage de date avait suffi : le tour était joué. Incapable de faire un. vers, c'est connu, j'avais dû en voler un tout fait à...
M. Sauvalle. — Oui, je comprends cette hésitation ; il vous répugne de nommer l'individu, c’est tout naturel. Mais que dites-vous de l’unedes accusations sur laquelle il insiste le plus ?
M. Fréchette. — Laquelle ?
M. Sauvalle. — Il prétend que votre Voix d'un exilé ne serait qu'une imitation des Chdtiments de Victor Hugo.
M. Fréchette. — I] a raison, et c'en est une bien pâle, je l’admets.
M. Sauvalte.— Alors ?
M. Fréchette. — Alors, les imitations ne se-raient pas permises ? Ni les traductions, je suppose ?
M. Sauvalle. — À moins qu'on ne le dise.
M. Fréchette. — Ah ! à. moins qu'on ne le dise ?..… Eh bien, Monsieur, voici le poème pu-blié à Chicago en 1869, à l'imprimerie de l’Amé--
«rique, 162 Madison street ; lisez les dernières lignes de la préface, s’il vous plaît.
(En même temps, Le poète me passe une plame très finement imprimée. et en effet, à la n d’une préface poriant la date de décembre 1869, je lis ces lignes :
‘# Nous ajouterons même — ce dont tout le monde s'apercevra facilement, du reste — que l’idée de la Voix d'un “exilé n'est pas absolument originale : c'est autant une imitation des CAdtiments de Victor Hugo qu'autre chose.")
M. Sauvalle. — Ho ! ho !.… la canaille !.. Et
pensez-vous que votre accusateur connaissait -ce détail ?
M. Fréchette. — Certainement ! il sait toute la Voix d'un exilé par cœur ; — vous avez pu voir, qu’il l'avait assez pillée, du reste. Certainement qu'il connaissait ce détail, puisqu’un jour il ma même blâmé d’avoir mis cela dans ma préface.
‘“ Quand vous auriez traité un sujet traité par un autre poète, disait-il, cela ne constitue pas une imitation.” J'étais payé, d’ailleurs, pour ne pas ignorer la façon de penser du jeune homme sur les questions de ce genre. Pas de préjugés !
M. Sauvaile, — Savez-vous que c'est violent *ce que vous racontez là !
M. Fréchette. — À qui le dites-vous ? Mais -Cela ne surprendra personne, allez ! pas même l'abbé Baïllargé — qui, par parenthèse, ne me semble pas loin d’être trempé dans le même ba-
-quet.
M. Sauvalle. — CEipman — pardon, votre emprunteur — vous accuse aussi d’avoir, dans “une certaine pièce de théâtre, copié des fragments de dialogues dans un roman d'Elie Ber-
ithet intitulé: La Bastide Rouge.
M. Fréchette. — J'ai été beaucoup plus loin ; J'ai dramatisé tout le volume. Cette accusation, jen ai fait justice dans le temps, et je ne sache pas que j'aie été plus considéré comme un voleur depuis cette époque. Remettre au jour cette risible affaire n’est qu'une perfidie, toute jugée d'avance, qui témoigne surtout de l'impuissance où l’on est de trouver quelque chose de sérieux à me reprocher; et si je prends la peine d’entrer dans de nouvelles explications là-dessus, c’est tout simplement pour Racquit de ma réputation auprès de nos compatriotes de France établis récemment dans le pays, et qui m'honorent de leur estime.
Voici la chose en deux mots. En 1880, j'avais à l'étude un drame historique intitulé Papineau, et, mon associé Jehin-Prume et moi, nous nous demandions si la machine pourrait tenir l'affiche durant les six jours pour lesquels la salle était louée. C'était deux semaines seu'ement avant la première. Nous assemblâmes nos acteurs-amateurs, et il fut convenu que je dramatiserais la Bastide Rouge d'Elie Berthet, qu'on l’imprimerait et qu’on répèterait au fur et à mesure que je pourrais livrer un acte. Aucun mystère en tout cela : M. Prume, M. McGown, M. Chs Labelle, M. Brazeau, M. Louis Labelle, M. Dufour sont encore pleins de vie et peuvent endosser ma déclaration. Restait à décider si nous mettrions le nom d'Elie Berthet sur la brochure et sur l’affiche. On fut unanime dans la négative, attendu que le succès d’une pièce faite et montée dans ces conditions était loin d'être assuré, et que ç'eût été une injustice de faire courir aucun risque à l'auteur sans sa permission. Nus mimes simplement sur la brochure et sur l'affiche, comme cela se pratique très souvent en France,
quand il n’y a qu’un des auteurs de nommé : Le Retour de l'Exilé par Louis Fréchette (EN COLLABO- RATION }), avec l'entente que, si la pièce avait du succès, je déclarerais le nom du collaborateur. Ce que je fis, le soir de la deuxième ou troisième représentation, ainsi que les journaux du temps le constatent. G
Maintenant, qu'est-ce que plagier ? C’est faire comme celui dont nous parlions tout à l’heure, voler les écrits des autres, en pleine connaissance de cause, et les donner comme de son propre crüû. Or, en déclarant tout d’abord, sur l'affiche et sur la brochure, que je n'étais pas le seul auteur de la pièce, cela impliquait qu'il y en avait un autre que moi, n'est-ce pas ? Ne pas comprendre cela, c'est se montrer incapable de saisir une vérité de La Palisse. Si j'avais voulu faire croire que la pièce était tout entière de moi, je n'aurais pas déclaré l'avoir écrite en collaboration. M'’aurait-il fallu par hasard indiquer en marge ce qui était de moi et ce qui ne l'était pas ?
D'un autre côté, s’il sagit d'intérêts pécuniaires à débattre entre Elie Berthet et moi — ce qui a été fait, du reste — c’est une affaire qui me regarde, et le public n’a absolument rien à y voir.
En tout cas, quand, depuis une cinquantaine d'années au moins, tous les journaux du pays publient en feuilleton des centaines et des centaines de romans français — ceux d’Elie Berthet même — sans jamais payer un seul sou de droits d'auteur, ce serait s’éprendre d’un étrange scrupule tout à coup, que de me faire un crime, à moi, d’avoir mis à la scène une bluette comme la Bastide rouge.
Tous ces détails, Monsieur, peuvent être confirmés par des milliers de personnes, et en parti-
culier par les messieurs — tous bien connus — que je viens de vous nommer. Et voilà l’histoire e mon grand plagiat !
M. Sauvalle. — Ma foi, Monsieur, elle m'intéresse à ce point que je ne puis m'empêcher de vous demander celle des petits.
M. F:; ‘ette. — Ah! quant aux petits, par exemple, c'est une tout autre affaire. S'il sagit d’avoir plagié des prépositions et des adverbes, pour, avec, depuis, alors, pourtant, et des substantifs, le soleil, les coteaux, avec les oiseaux, les nids, la brise, les branches, les feuilles, l'écorce, les racines, quand je parle d’un arbre, je l’admets, mes rapines sont presque aussi nombreuses, que celles de Victor Hugo et de Lamartine ; car j'ai usé et abusé comme eux de tous ces accessoires. Il en est de même des rimes ; je n’en ai presque pas inventé ; à peine si je me souviens d’avoir, dans le but sournois qu'on m'a reproché de rimer avec ‘intrépide, composé le néologisme tépide, du latin tepidus, tepida, tepidum, (ceci est pour l'abbé Baillargé, car l’autre n’a jamais su décliner rose, la rose). Pour ce qui est des plagiats de cette espèce, je m'avoue coupable ; je n'ai, du reste, fait que cela toute ma vie : plagier le dictionnaire.
Autre chose est des phrases qui se ressemblent. Ici, il y a ce qui s'appelle la rencontre, la réminiscence involontaire, et le démarcage.
La rencontre constitue une simple curiosité, en littérature ? la réminiscense involontaire trop répétée constitue un manque d'originalité ; le démarcage, lui, est un vol calculé, et constitue le plagiat, c’est-à-dire le brigandage littéraire, une des choses les plus honteuses qui soient.
Or, voyons ce qu’on me reproche. Un vers qu’on dit emprunté à Leconte de Lisle, un vers
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que j'ai écrit en 1862, quand le peintre Falardean a visité Québec pour la première fois après son départ pour l’Europe. A cette époque, Leconte
de Lisle avait publié des vers, si l’on veut, mais
il était encore relativement inconnu même en France. Ce n’est qu’en 1875 ou 1876, qu'on a entendu prononcer son nom pour la première fois au Canada.
On me reproche aussi quatre mots que j'aurais volés à Mme de Girardin. Or, quand ces quatre mots de moi furent publiés dans le Journal de Québec, j'étais encore au collège, et ceux qui ont fait leurs études dans notre pays savent si les collégiens ont l'habitude de se plonger dans les œuvres de Mme de Girardin pour y chercher matière à plagiat.
Il y à aussi un hémistiche de Jose-Maria de Heredia que j'ai volé. Or mon hémistiche, à moi, se trouve dans ma pièce L'Espagne, imprimée dans les bulletins de la Société Royale, il y a neuf ans ; et les Trophées de ‘Tase-Maria de Heredia, le volume dans lequel on a déniché le vers désigné, a été publié seulement l’année dernière … Voilà l’honêteté de MM. Baillargé Ptre et Cie !
Inutile de multiplier les exemples et les explications, n'est-ce pas ? Ces ressemblances, ces coïncidences fortuites s'appellent des rencontres. On peut en découvrir à satiété chez les plus grands écrivains. Nier que ces rencontres solent possibles, c’est nier que deux hommes puissent avoir la même pensée ; c’est partant se montrer aussi inepte qu'ignare, car pour les éviter, il faudrait, avant d'écrire une ligne, feuilleter tout ce qui a déjà été écrit dans le monde, afin de ne dire que ce qui n'a pas encore été dit par un au-. tre. Vous connaissez les vers de Musset :
Rien n'appartient à rien, tout appartient à tous ; Il faut être ignorant comme un maître d'école, Pour se flatter de dire une simple parole
Que personne ici-bas n'ait pu dire avant nous.
En deho:: de ces rencontres, il y a les réminiscences involontaires — qui peuvent être reprochées comme un défaut, mais qui ne sauraient être criminelles, puisqu'elles sont involontaires. Quel est le poète au monde qui puisse se vanter d'avoir échappé à ces réminiscences ? En tout cas, ce rara avis, ce n’est pas chez nos humbles lettrés, qui n’écrivent que par hasard, qu’on doive le chercher. Que dis-je, nous sommes même condamnés ici à une banalité relative, tant sont clair-semés, chez nous, les lecteurs qui voient, dans l'originalité d’un écrivain, autre chose que de l’inexpérience et des fautes. Notre publie — il y a heureusement des exceptions — est tellement instruit en littérature, que l’abbé Baillargé m'a même reproché des licences poétiques autorisées par l'exemple de tous les maîtres.
Non, ici, les écrivains qui pourraient déployer plus d'envergure sont forcés de suivre modestement les Sentiers battus, sous peine de se voir étouffés bientôt sous les éteignoirs qu'ont à leur disposition tous les adorateurs de la tradition et des lieux communs.
Cela étant donné, passons à ce qui me regarde personnellement. Depuis 1857, j'ai dû écrire au moins 25,000 vers. Or, la baïillargerie en quête de vengeance, dévotement associée à la cuistrerie avinée et ramollie, a sué douze mois sur mes œuvres, pour y trouver... quoi ?..… Trois réminiscences bien constatées, une couple de ressemblances lointaines, et des mots … ah ! des mots,
par exemple, on en a découvert des masses.
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“Comme si les mots n’appartenaient pas à qui veut s’en servir !
Et même pour arriver là, que n’a-t-on pas fait ? On a mis ma signature à des vers que je n'ai jamais écrits — des vers composés probablement pour la circonstance (les compères sont ‘assez hardis et les vers assez bêtes pour cela) ; on m'a attribué des vers de Victor Hugo, et l’on a attribué à Victor Hugo des vers de moi ; on a signalé certaines expressions, certaines alliances ‘de mots relevées par-ci par-là dans des poètes à peu près inconnus ; et cela sans indication de sources, sans dates même. Allez donc contrôler cela !
Evidemment, les deux saints hommes n’ont compté que sur l'effet à produire auprès des lecteurs illettrés qu'un a essayé d’impressionner avec de grands mots, et des phrases comme :* # C’est à n’en pas croire ses yeux !”
Tas de farceurs ! Et c’est un prêtre qui préside à ce scandaleux déchatnement de haine, à ce débordement de saletés... Comme c'est édifiant ! Il est vrai que, même comme prêtre, l’abbé Baillargé — ses confrères le proclament avec enthousiasme — n’est pas ordinaire.
(Ici un autre sourire, cruel cette fois !)
M. Fréchette. — Je le répète, en fait de réelles réminiscences, on en a constaté trois dans toutes mes œuvres : un vers de Victor Hugo, un vers de Prosper Blanchemain et un vers de Crémazie Ce sont de véritables réminiscences, je n’en do te pas, car ces trois vers, imités ou intégral ment reproduits, je devais les avoir lus. Mais, franchement, là, pour m'exempter la peine de faire trois vers de plus dans mon existence, j'aurais volontairement, sciemment, dans le but de
tromper le lecteur, et pour me parer des plumes du paon, volé ces trois vers, qui sont très ordinaires après tout ! Il faut avoir du toupet et surtout l'âme faite exprès, pour s'imaginer faire gober cela au public.
Et encore, en ce qui regarde le vers de Blanchemain, je suis forcé de m'en rapporter à la parole de ces messieurs, sur laquelle pourtant, ayant pu mesurer déjà la hauteur de leur véracité, je ne voudrais certainement pas risquer cinq sous...
Quant au plagiat proprement dit, au démarcage, au vol manifeste, Monsieur, vous avez déjà démontré à vos lecteurs où se trouve le pirate, l'impuissant, le geai, ou plutôt le coucou de la poésie, comme vous l'avez si pittoresquement surnommé.
Il y a dans toute cette affaire des choses d’un risible achevé. J'ai raconté, comme fait histori. que, dans un article de journal, la mort du marquis de Belloy, à Chicago, telle que je la tiens de témoins occulaires. Or Eugène Sue ra: conte la fin tragique d’un autre marquis dans des circonstances analogues. Donc j'ai plagié Eugène Sue. |
Le pauvre imbécile ne réfléchit pas que, s’il y a plagiat, ce n’est pas chez moi, mais chez le marquis de Belloy, qui aura voulu se suicider comme le marquis d'Eugène Sue. La haine et l'envie aveuglent donc bien profondément !
Non, je ne suis pas un grand écrivain, j'en suis loin, Monsieur, de même que je suis loin d’être hors pair dans mon pays, comme vous avez eu le bienveillant tort de le dire en commençant votre étude sur le susdit coucou. Personne, du reste, ne saurait être grand écrivain ici, où l’on n’écrit qu’en amateur, et où l’on n’a à son service
dus, D Dir SRE NET CORRE OR CD A TUE, GONE LU TU LME Sr © EN ML 4 en : RE di p ie 48 Cd