‹ Le lauréat manqué [microforme]Chapitre 10 sur 14 · CHAPMAN · texte numérisé non relu

CHAPMAN

On était à cette heure en pleine Renaissance,

Et le roi chevaiier abdiquant l’espérance

D'éclipser Charles Quint, vainqueur de tout arts, à L'éblouissait avec les Lettres et les Arts. ‘4

Le coucou prétend que depuis la publication de de ses Québécquoises, il ne se nourrit plus que E à des grands maîtres. Il est évident, alors, qu'il range l’umi Fréchette parmi ces derniers, car à moins de le sucer jusqu’à la moelle, on ne peut guère s’en sustenter avec moins de sans-gêne. FA

Mais la preuve de sa sincérité lorsqu'il ‘4 avouait à Fréchette qu’il ne pouvait s'empêcher < de le plagier, c’est que, tout dernièrement encore, 2 lors du carnaval de Québec, pendant que son ne livre était sous presse, il à trouvé le oyen de È

prendre encore deux vers à son fourt 1r ordi- à naire. Li Voici les strophes qui contiennent ces deux 1 nouveaux specimens d’escamotage. ÿ Si j'avais plus d'espace à ma disposition, je ‘de. reproduirais toute la pièce, comme preuve que la 5

bêtise humaine est insondable, mais j'ai promis

On a fait un palais avec des blocs de glace. Le. Son portail esi orné d’étranges floraisons. à Du sommet transparent de sa tour l'œil embrasse & De séduisants aspects, d'immenses horizons. #

Le givre à ses flancs met de folles dentelures ; LE. L'aurore de rubis étoile son cristal ; “4 Et lorsque le couchant rougit ses crénelures, Ou dirait un tableau de conte oriental.

Or, si j'ai bonne mémoire, Fréchette a écrit de ces deux vers quelque part : *

ation que qu'il >aT à peut e.

qu'il cher Core, son n de ordi-

adeux n, je

e la omis

écrit

Des frimats cristallins l'étrange floraison.

Dans le cadre idéal d’un conte d’orient.…

Seulement Fréchette ne mettait pas ses étranges floraisons sur des portails, lui; et, uand il parlait de contes, s’il se permettait de les mettre dans des cadres, il esi assez sain d'esprit pour ne pas imaginer des fableaux de conte, oriental ou non.

Je disais au début que la rage de Chapman contre Fréchette datait de sa tentation avortée à l'Académie française.

Si l’on en voulait une preuve nouvelle, on la trouverait dans le liv re même que le pauvre diable a envoyé à l’Académie, et qui contient une pièce de vers de vingt et une strophes — parfaitement ridicules du reste — dédiée à l’homme sur qui il essaie de vomir aujourd'hui, et qu’il comblait alors de louanges.

Dans cette pièce, le maître palinodiste compare Fréchette à Hugo, l'appelle “grand poète”, le fait ‘“ grandir avec du feu dans la pensée et l'éclair dans les yeux.”

Il lui fait ‘“ bourdonner un suave essaim dans son âme distraite”, — je ne mens pas, ça y est !

Ï1 lui fait ‘ boire l'harmonie et l’illusion,”— ça y est aussi !

Ille fait ‘ bercer mollement dans un esquif où flotte une écharpe adorée,” — on n’a jamais pu savoir ce que cela veut dire.

Puis il lui fait ‘ broyer son mat par la foudre,” — hélas !

Il en fait un ‘“ génie qui ouvre au vent sacré son aile,’ — textuel.

Il le fait “ sangloter pendant que la réalité lui secoue l'épaule.”

I] le salue ‘ grande âme navrée.”

Il le fait ‘‘ acclamer de bravos frénétiques, et joncher de fleurs son chemin.”

I] le voit ‘ par ses accents exciter la France qui bat des maiïns,” et lui fait poser sur la tête par la ville de Paris “ une étoile qui mène à l'immortalité.”

Tout ça y est mot à mot !

Il ajoute — ce qui n’est pas surprenant après cela — que ‘“ notre enthousiasme avec raison s'honore ” d’un pareil homme.

11 parle de son‘ luth d'ange.”

I] le compare à “ l'aigle hardi à la vaste envergure.”

Enfin il acclame ‘“ sa voix suave et parfumée ! — ceux qui ne me croiraient pas peuvent se procurer le volume.

Voulez-vous encore du lyrisme de Chapman adressé à celui qu’il éclabousse aujourd’hui ? En voici :

Guerrier de la pensée à la voix mag:ifique, Tu reviens travailler à l’œuvre pacifique Pour laqueile longtemps tu fus trop méconnu ; Eu dépit des clameurs de ce siècle en délire, Tu reviens caresser les cordes de ta lyre…

Oh ! sois le bienvenu |

Oui, sois le bienvenu, poëte à l’âme fière,

Toi dont nous regrettions l'absence volontaire, Gloire de ton pays que ta muse illustra |.

Ta cause est noble et sainte et ta bouche inspirée ; Accomplis sans fléchir ta mission sacrée !

Et dans nos fastes d'or ton nom resplendira,

Nos fastes d'or !

Hélas ! cemme une toute petite lettre du secré-

taire de l’Académie française, M. Pingard, peut

faire changer les choses !.…

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