LA VIPÈRE ET LE SOCLE
Un jour, une vipère avait caché son nid — Un sale trou, par parenthèse, — Aux joints d'un socle de granit, Vieux comme le temple d'Ephèse.
Par sa nature, c'est la loi, Jusqu'à ce qu’un bon coup de talon vous le tue, Tout vrai reptile s'évertue A piquer l'imprudent qui l’introduit chez soi. Or la vipère dont il s’agit, sur ma foi, Pour cette espèce d’infamie Etait bien vipère et demie !
Tous les jours — ce que c'est que la haine d’un fou — La bête sortait de son trou, Et sifflant et bavant, le dard hors de la gueule, Le corps tout gonflé de venin, — ]mpuissante fureur de nain — Moucheron s'efforçant d'entamer une meule, Le petit monstre belliqueux Se repliait sur son ventre visqueux, Et -— pour mordre — d’un bond plus ou moins impossible, Se ruait sur la pierre avec acharnement,
En butte à cet assaut risible …— On le croira facilement — Le socle restait impassible.
— Ahl je te ferai bien demander grâce, val Crie un jour la vipère en une rage bleue,
Soudain la pécore creva :
Elle s'était mordu la queue,
On ne pouvait mieux peindre la situation ni mieux caractériser le paroissien à qui nous avons affaire.
Je clorai par une supposition.
Si l’intéressant M. Chapman avait raison, si tout le bagage littéraire de Fréchette n'était qu’un ramassis de niaiseries et de plagiats, ça ne vaudrait absolument rien, n'est-ce pas ? moins même que les Québecquoises et les Feuilles d'érable ; et alors il vaudrait mieux que tout cela disparût, n’existât pas, L’eût jamais existé.
Imaginons maintenant l'œuvre de Fréchette enlevée tout à coup des lettres canadiennes ; trouverait-on qu’elle pût être avantageusement remplacée par celle de Chapman ?
Oh ! la la !