‹ Le lauréat [microforme]Chapitre 10 sur 66 · l'ieille Histoire, page · texte numérisé non relu

l'ieille Histoire, page

Un fantôme blanc se dressa devant moi.

Il ressemblait au lys que la blancheur défend ;

Ses mains en se joignant faisaient de la lumière, ete.

En tout cas, M. Fréchette était loin. bien loin de soupéçonner qu'en essayant de pallier labomination où s’étalent, dans la folle aroine, deux compagnons de saint Antoine, il allait encore me fournir l'occasion de prouver qu'il west qu'un ridicule plagiaire.

J'ai été, pourtant, servi à soics,—pardon, à souhait —puisque dans le Chasseur noir de Victor Hugo, à la page: 302 des Châliments, édition Hetzel, on lit :

Tous les démons de saint Antoine

. Bondissent dans /4 folle aroine,

Où !la la!

Eucore pris, M. Fréchette, encore pris !

Pas veinard avec moi, le lauréat,

Rien d'étonnant, non plus : parmi toutes les pages qu'il a publiées il n’y en a pas dix qui soient siennes.

Comme on l'a vu par les précédents articles, M. Fréchette a plusieurs façons de plagier, et il semble les aimer, ces façons, d'un égal amour.

Parfois il vole les idées des autres, sans se donner la peine de les déguiser, les exprimant avec les

mêmes mots, les mêmes rimes,

Parfois il ouvre—comme dit Ernest Dupuy—/es jointures de l’alexandrin de l'auteur qu'il pille, y

change, à droite ou À gauche, un mot ou deux, et... crac, ça y est.

Le plus souvent il se contente, pour le vers qu’il veut tourner, de prendre un hémistiche à Victor Hugo et un autre à quelque poète moins connu,

À propos, je ne crains pas de dire que, si quelqu'un avait la patience de chercher dans les ouvrages des poètes modernes tous les hémistiches de droite et de gauche qui peuvent être reconnus dans les vers de M. Fréchette, il pourrait reconstruire presque en entier ses Fleurs boréales, ses Oiseaur de Neige, sa Légende d'un Peuple et ses Feuilles volantes.

Mais M. Fréchette ne s’est pas borné à rendre les idées des autres avec les mêmes expressions, les mêmes rimes, à changer quelques mots dans les vers qu’il convoitait ; il a poussé le sans-gêne—il fallait qu'il fût bien sûr de son public—jusqu’à glisser parmi ses bouts-rimés des vers pris tout ronds à Pierre et à Jacques.

Pour ceux qui seraient tentés de croire que je plaisante — mes affirmations doivent paraître si incroyables—je vais faire incontinent des citations qui ne rateront pas, je ne vous dis que ça:

VICTOR HUGO

L'été, quand il a plu, le champ est plus vermeil, Et le ciel fait briller plus frais au beau soleil Son azur lavé par la pluie. 1

1, Les Z'euilles d'Automne, 6ème strophe de la poésie XVII.

FRECHETTE

La tempête a toujours son lendemain vermeil.

La pelouse à des tons plus verts après l’averse, Et l’azur vif où nul nuage ne se berce

Ne sait pas refléter les rayons du soleil.

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