‹ Le lauréat [microforme]Chapitre 28 sur 66 · UNE TROUVAILLE · texte numérisé non relu

UNE TROUVAILLE

Lorsque le lauréat, voulant laisser comprendre au publie que M. l'abbé Baillairgé signait ma prose, publia le fameux apologne qui n'ouvrait la porte par où je suis entré lui arracher son masque de plagiaire, je dis à quelques intimes :

—Cette fable renferme une trop forte pensée pour qu’elle soit de Fréchette, et je paricrais qu’il Pa volée comme le reste.

—Vous n'êtes pas sérieux, remarquèrent tour à tour les amis.

—Je vous dis, moi, que Fréchette n’a pas tiré ça de sa tête.

—Mais croyez-vous—soyons de bon compte—que M. Fréchette viendrait répondre à une accusation de plagiat par une nouvelle escroquerie ?..., Iva toujours un bout....

—Je vous le répète, Fréchette n’a pas tiré ça de

76 LE LAURÉAT sa tête, et je vous le prouverai tôt ou tard, soyez en sûrs.

Et les amis de rire de mon eutêtement à soutenir que M. Fréchette devait avoir volé l’idée du Chêne et de la Chenille.

Cependant, malgré l’assurance et laplomb de mes contradicteurs, je me mis à chercher le thème de la dernière élucubration poétique du lauréat, — fouillant les coins ct les recoins d’une des plus importantes bibliothèque du pays.

Depuis un mois, sitôt que j’avais une minute de loisir, je courais y feuilleter classiques et modernes, mais chaque fois j'en revenais bredouille.

Découragé, j'allais, abandonner mes recherches, quand soudain il me v'nt à l’esprit de regarder dans la Patrie de 1881, pour voir ce que M. Fréchette pouvait bien répondre à M. Tassé, qui l’accusait d'avoir copié Elie Berthet.

J’ouvris donc au hasard le journal de M. Beaugrand, et je mis tout de suite le doigt sur ces lignes écrites à la date du 18 juillet :

M. Fréchette, se refusant catégoriquement de répondre aux injures de M, Tassé dans la Minerve, nous allons nousmême nous charger de la besogne, et vous ne perdrez rien pour attendre, M. Tassé,

Tiens! me dis-je, M. Fréchette agissait alors comme anjourd’hui : ne pouvant dire un mot pour

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se justifier, il se faisait défendre par un copain. Mais il y a donc toujours eu des Roullaud,

Eucouragé par la trouvaille que je venais de faire, je continuai à chercher, et j'avais à peine tourné deux feuillets du même journal, que je tombais—je

crus rèver—sur un article de fond au cours duquel le rédacteur disait à M. Tassé :

Il st un vicil apologue..….……. C’est celui du chêne et de Ia chenille, Une chenille rampe et bave sur le roi de la forûèt qui ne s’en aperçoit même pas. ‘“ Vois donc, lui dit-elle, je salis ton écorce, je souille ton feuillage, et que peux-tu contre-moi, toi, rien.”

* Ma foi, répondit le chêne, cela ne t’'empéche pas d'être chenille, et moi d’être chêne.”

Vous pouvez vous imaginer si je me hâtai de courir montrer à mes amis ce que je venais de dénicher, et vous dire la gaîté que ma découverte provoqua serait une impossibité. Encore aujourhui, il y a un de mes anciens contradicteurs qui veut absolument qne je sois sorcier.

Non, je ne suis pas sorcier, mais je connais mon homme, ct les articles qui vont suivre, joints à ceux qui ont paru, vont le prouver d’une manière qui ne laissera aucun doute à ce sujet, je vous en donne ma

Jet, parole.

En attendant, laissez-moi vous faire voir la fable que M. Fréchette a plagiée à quelque ancien auteur que je ne connais pas, et que le lauréat probablement connaît par ce qu’il en a lu dans la Patrie :

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