‹ Le lauréat (volume 2)Chapitre 71 sur 72 · LES VOIX D' OUTRE-MER · texte numérisé non relu

LES VOIX D' OUTRE-MER

boréales n'a eu qu'un des prix Montyon, voyons maintenant ce que Larousse dit de ces prix :

Prix Montyon. L'Académie a scindé on un grand nombre de prix la rente laissée par le célèbre philantrope à ea disposition pour qu'elle pût récompenser l'ouvrage le plus utile aux mœyrs. En réunissant les intérêts arriérés et les sommes provenant de prix non distribués les années précédentes, l'Académie décerne ordinairement trois, quatre ou cinq prix de 2000 à 2,500 francs, et de deux à cinq médailles de 1,500 francs à des ouvrages très divers. On voit figurer ensemble, parmi les ouvrages couronnés, des traités d'économie politique, des études littéraires et même des biographies d'artistes.

Comme on voit, le couronnement d'un volume de poésie dans la catégorie des ouvrages que Larousse mentionne n'a pas une bien haute portée littéraire.

Mais, puisque M. Fréchette s'est efforcé, par un trait ironique et plus ou moins spirituel de dépister ceux qui seraient tentés de croire au peu d'importance d'un prix Montyon, je vais lui montrer qu'il a •encore manqué là son coup, et cela, en publiant un passage d'une lettre queje reçois à l'instant du grand écrivain français, M. Edmond Biré, que les lecteurs du Courrier connaissent depuis longtemps, et à qui j'avais demandé quelle signification élogieusc il fallait voir dans le couronnement d'un livre par l 'Académie française.

Tous les ans, dit M. Biré, l'Académie couronne une trentaine de volumes, et dans le nombre il y en a toujours une bonne moitié qui sont parfaitement médiocres. Cela res-

semble un peu trop à ces distributions de prix des pensionnats de demoiselles, où, pour contenter tous les parents et achalander la maison, on donne des prix et accessits à toutes les petites filles.

Bien que le prix décerné à M. Fréchette soit, selon M. Biré, quelque chose comme un prix de petite tille, le Polybiblion, revue bibliographique qni fait autorité en France, laissait entendre, dans son numéro de juin 1881, que le poète canadien n'avait pas même mérité un tel prix.

S'il est une chose pour laquelle il soit convcnablede manifester du respect, disait le Polybiblion, c'est le jugement de l'Académie, quoiqu'elle se trouve trop souvent portée à récompenser dans un auteur sans talent de bonnes intentions morales.

En couronnant le poète canadien, auteur des Fleurs boréales, elle a cté guidée non seulement par l'honnêteté du livre, mais encore par sa provenance transatlantique.

Peut-on d'une manière plus polie dire à un homme qu'il n'a pas de talent et que son volume aurait été jeté au panier si M. Fréchette eut été un Français de là-bas?

Peut-être aurions-nous préféré rencontrer un talent plus personnel, plus original, plus canadien. Ainsi, M. Fréchette chante la découverte du Mississipi, la majesté des grands fleuves, le Saint-Laurent s' écroulant dans l'abîme gigantesque du Niagara. Ce sont des paysages cent fois plus grandioses que ceux du vieux monde; mais nous ne trouvons pas que le poète rende assez cette différence d'impression, ni que les tableaux se dessinent avec la précision exotique qu'a mise, par exemple, l'auteur des Poèmes barbares dans ses paysages de l'île Bourbon. Si le côté descriptif est faib /< \ le côté idéaliste ne V est pas moins.

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Malgré quelques belles strophes ça et la, nous ne trouvons point cette large conception de la nature et de ses rapports avec l'homme qui se recontre chez certains poètes, comme M. de Laprade, et donne à leur œuvre une beauté d'ordre supérieur et une véritable portée philosophique. Trop volontiers M. Fréchette se contente d'impressions toutes faites et rend plutôt l'émotion du voyageur vulgaire que du poète voyant et sentant autrement que la, foule.

C'est M. X. Marinier, qui, croyons-nous, en sa qualité <!<• voyageur, a découvert la poésie canadienne et s'est l'ait le patron de M. Fréchette.

L'Académie a décerné pour la première fois un de ses prix à une œuvre écrite en langue française par un sujet étranger. Elle a jugé que l'auteur appartenait à notre race et saisi cette occasion d'affirmer l'unité d'origine et de resserrer l'amitié de la France et du Canada,

Tout cela confirme eu tout point ce que j'ai toujours prétendu, que M. Fréchette n'a aucune originalité, qu'il n'est qu'un vulgaire versificateur, qu'il se contente d'impressions tontes jattes, et qu'il n'aurait jamais été couronné par l'Académie si M. X. Marinier n'eût pas été son patron et n'eût pas fait saisir par les immortels l'occasion d'affirmer Vunitê <r origine et de resserrer V amitié de la France et du Canada.

Et puis, qu'aurait dit l'écrivain du Polyhiblion si, comme nous, il eût étudié minutieusement l'œuvre du lauréat, s'il eût découvert que les trois quarts et demi de ses vers sont de grossières imitations, quand ce ne sont pas des vols ?

M. Paul Féval, le grand romancier, n'a pas été

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beaucoup plus tendre pour M. Fréchette, comme en fait foi cet extrait d'une lettre adressée à un ami de l'honorable M. J. Tassé et publiée dans la Minerve du 25 juillet 1881, à propos du vol de la Bastide rouge :

Ah ! sapcrlotte ! Cet infortune de M. Fréchette, il a savtpênlleusê ! ! J'en suis bien marri pour lui. C'était un joli talent, mais pas bien gros, où il y a la même différence entre lui et notre vieux sauvage d'Hugo qu'entre l'incendie de Paris et l'incendie d'une boîte d'allumettes.

Sans doute, il serait oiseux d'ajouter d'autres preuves à l'appui de ce que je soutiens depuis bientôt cinq mois.

Cependant, comme il existe peut-être encore des fanatiques qui persistent à voir en M. Fréchete un grand écrivain, je vais leur mettre sous les yeux ce que l'un de ses meilleurs amis, le poète et critique parisien, Charles Fuster, a dit, dans ses Poètes du Clocher, de la Légende d'un Peuple et da son auteur :

M. Louis Fréchette est, dit Fuster, sinon le premier, du moins le plus connu des écrivains canadiens

Notre auteur appartient à cette race robuste en qui la vigueur anglo-saxonne complète la vivacité gauloise. Epaules carrées, teint frais, cheveux blonds, regards francs, lunettes d'or, démarehe aisée, voix forte, — tel apparaît l'auteur de la Légende (V un. Peuple

Et tel je l'ai vu, tel je l'aime, car on n'a, en le regardant, en lui parlant, ni désillusion, ni mécompte : cet homme-là ne diminue pas son œuvre.

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Après avoir fait une longue analyse delà Légende d'un Peuple, en avoir reproduit quelques fragments qu'il a été obligé, comme on a vu, de corriger pour ses citations, Charles Fuster ajoute :

Je no suis pas un pédant, et serais désolé d'en devenir un. Je ne m'attarderai donc point aux remarques de détail, aux observations de style, aux chicanes superficielles. Le livre de M. Fréchette a ses défauts. (Quelques passages sont emphatiques ; la plupart rappellent trop, par leurs périodes oratoires et leurs beaux vers coulés en un moule uniforme, la manière et le procède de Victor Hugo.

Certes ! je crois bien que la plupart des vers de M. Fréchette sont coulés en un moule uniforme et rappellent trop la manière et le procédé de Victor ILugo : j'en ai fait voir un grand nombre qui avaient été volés tout entiers dans les meilleures pièces du maître, et l'on n'aurait, sans doute, qu'à chercher pour en trouver bien d'autres.

Je l'ai déjà dit, continue M. Fuster, certains épisodes absolument remarquables ont été négligés par notre poète ; il les reprendra plus tard, sans doute, et, pour un volume achevé, l'ouvrage lui-même n'est pas./?»/.

L'ouvrage du lauréat est tellement fini pour lui, il lui est si peu possible de reprendre les épisodes qui, selon Fuster, ont été négligés, que depuis que l'auteur des Poètes du Clocher a écrit les lignes ci-dessus, M. Fréchette a fait paraître une nouvelle édition de la Légende d'un Peuple et qu'il n'y a fait aucune correction.

Je ne voudrais pas mettre en pratique l'histoire du pavé de l'ours. Prétendre que M. Fréchette a surpassé Hugo, Lamartine. Leconte de Lisle. Laprade ou même Brizcux, ce serait exagérer.

Ce serait tellement exagérer que Charles Fuster n'a fait cette réflexion si pleine d'ironie que pour faire rire ses confrères parisiens et s'en faire pardonner les quelques petits éloges qu'il adresse à M. Fréchette.

Je le reconnais, notre autenrs'est vu servi à souhait par un sujet exceptionnel, un ensemble d'actions intrépides, de nuits héroïques, de sentiments qui nous étonnent, d'exemples qui

nous relèvent. Des éléments pareils, assemblés par quelque artiste que ce soit, formeront toujours une œuvre intéressante, sinon parfaite, et saisissante en sa nudité.

Effectivement, M. Fréchette avait un sujet exceptionnellement propre à être traité en vers, — l'histoire du Canada, — et cependant tout ce qu'il en a tiré est une nudité qui, pour sûr, est très saisissante.

Je ne sacre donc pas M. Fréchette grand écrivain ; je ne vois en lui, jusqu'à l'heure présente, qu'un lettré de talent, (remarquez bien, un lettré, pas un littérateur) un historien évocatcur, un patriote amoureux des blessure d<; sa patrie.

Il ne peut donc y avoir ici qu'un avis : toutes ces réflexions dans la bouche d'un écrivain oui veut du bien à M. Fréchette, que l'amitié tout naturellement porte à l'indulgence, constituent un éreintement en règle.

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D'ailleurs, est-il besoin des appréciations du Polybiblion ou de Charles Fuster pour éreinter M. Fréchettc?

Il suffit d'avoir vu ce qui a été révélé dans les précédents articles pour savoir qu'il ne peut plus être question de lui comme écrivain.

Comme tel, il est mort, bien mort, et il n'y a qu'une voix parmi les hommes bien pensants pour le reconnaître.

Il est mort, et nul ne pourra jamais l'exhumer du l'hypogée littéraire où il est enfoui avec tous ses plagiat.-, toutes ses inepties, toutes ses platitudes et toutes ses réclames de charlatan.

Il est mort, et pas un de ses anciens admirateurs n'aura le courage d'essayer a réhabiliter sa mémoire.

Il est mort, et quelques-uns des rares amis qui lui sont restés fidèles jusqu'à son parfait enfouissement? n'ayant pu le défendre, et pour cause, prétendent maintenant — le croirait-on ? — que j'ai accompli une œuvre antipatriotique en faisant la critique de l'œuvre du lauréat ?

Mais M. Fréchettc, lui-même, est-il un patriote !

Et qu'est-ce donc que le patriotisme ?

Le patriotisme, il me semble, est le culte qu'un citoyen professe pour son pays, pour le sol où reposent les cendres de ses pères, pour tout ce qu'il y a de

grand, de noble et de pur dans les annales et les souvenirs de sa race.

Le patriotisme ! c'est ce sentiment qui fait que le voyageur ne voit, dans ses courses lointaines, rien qui séduise son regard et parle à son âme comme les lieux — bien humbles quelquefois — où il a grandi, où il a appris à prier, à travailler, à remplir les devoirs qu'impose à chacun la destinée humaine.

C'est cette flamme dont brûle le cœur de tout homme qui, soit dans les travaux des champs, soit dans le domaine des lettres et des arts, soit dans l'œuvre de la religion, cherche toujours à accomplir, pour se rendre utile à ses compatriotes et aider à la marche civilisatrice de son époque, la plus grande somme d'efforts consciencieux et d'exemples édifiants.

C'est ce souffle tout-puissant qui, à un certain moment, soulève tout à coup un inconnu d'hier pour en faire un héros de demain, le pousse à tout sacrifier et à donner même sa vie pour le triomphe d'une idée ou l'honneur d'un drapeau.

Le patriotisme étant tout cela, et l'œuvre de M. Fréchette étant tout le contraire, je prétends, moi, qu'il y a patriotisme à le combattre.

Comment ! voilà un homme qui, toute sa vie, a vomi le fiel à pleine gorge sur tous ceux qui ne

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partageaient pas ses vues en littérature comme autrement, et je n'aurais pu, sous protexte que l'amour-propre national allait en être blessé, retourner contre M. Fréehette les coups qu'il m'a portés à, pi'opos d'une discussion où je n'étais nullement en

cause !

Gomment ! voilà un homme qui, un .jour, a dit à sa patrie : Non servi 'm ! et qui, une fois ses deux oreilles bien à l'abri des soufflets dans sa retraite de Chicago, :i écrit les choses les plus révoltantes contre nos gloires les plus pures ; qui a applaudi au meurtre de Darcy McGec ; qui a qualifié de charogne les restes d'un de nos premiers hommes d'Etat ; qui a récemment accusé M. l'abbé Taquin de s'être vendu aux Anglais lors des événements de 1837; qui a écrit à M. Edgar une lettre dont la teneur est un abominable outrage lancé à la face des Canadiensfrançais et des catholiques ; qui, depuis plusieurs semaines, déverse sa bave de plagiaire pris au collet sur le Père Laçasse ; et ce serait ne pas aimer son pays que de démontrer (pie cet homme — considéré par un certain publie comme notre poète national — n'est qu'un plagiaire, un grimaud et un imposteur î

A part les abominations dont je viens de parler, l'auteur de la Légende cran Peuple s'est rendu c m-

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pable envers son pays de torts aussi nombreux qu'irréparables.

Il est entré en Vandale dans le domaine de notre histoire, il y atout faussé, tout dénaturé, tout saccagé.

Il a, par son insignifiance et ses plagiats, rapetissé nos héros, jeté le ridicule sur les actes les plus sublimes de courage et de dévouement dont s'honore notre nationalité, troublé les sources où les poètes de l'avenir auraient pu puiser leurs inspirations pour chanter les gloires d'autrefois, faussé 1 imagination et le goût des élèves de nos collèges à qui la L''get,de d'un Peuple et les Feuilles volantes ont été données en prix, découragé et immobilisé bien des talents par ses succès immérités.

Et si, pour avoir eu le courage de répondre sous ma signature, visage découvert, à un homme dont la réputation d'écrivain était en apparence solidement assise; si, pour ne m'étre pas laissé écraser par un individu queM.Fréeliette avait chargé de le défendre; si, pour avoir arraché le masque derrière lequel le prétendu poète national cachait ses incroyables trucs, sa lourde insignifiance et sa colossale vanité ; si, pour avoir fait un exemple qui ne peut manquer de servir à notre avancement intellectuel, il me fallait toute ma vie entendre un groupe de fanatiques piailler sur mes talons, et m' exposer aux représailles que me promettent tout bas, à ce qu'on me dit,

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quelques vengeurs aussi rampants qu'influents en certains quartiers,- eh bien, j'ai assez-dc patriotisme, moi, pour subir patiemment ce qui pourrait nr arriver de fâcheux de ee côté-là, consolé et récompensé à l'avance par la satisfaction qu'éprouve tout écrivain qui a mis sa plume au service de la justice et de la vérité.

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