LES VOIX P'OUTRE-MER
poche, fit un pied de nez aux immortels et réinstalla les grisettes dans une édition subséquente, publiée en 1886,- — par pur amour pour la rime riche, comme de raison.
D'ailleurs, on n'a qu'à ouvrir Larousse pour savoir quelle sorte de prix les Fleurs boréales ont valu à leur auteur.
Parlant de quelques écrivains canadiens dans son suppplément, le grand encyclopédiste dit de M. Fréchettc :
L'Académie française lui accorda, en 1833, un prix do
:2,ô00 francs sur la fondation Mont von, bien qu'il soit de règle qu'un Français seul puisse concourir pour ce prix.
Tous les littérateurs du pays savent que c'est M. Xavier Marinier qui fit faire à l'Académie cette exception en faveur de M. Fréchcttepour témoigner sa sympathie aux Canadiens, qui ne lui avaient pas marchandé la leur lors de son passage au pays, pour reconnaître les efforts qu'ils ont déployés en voulant conserver leur langue sous le régime britannique, et, en tin, pour resserrer les liens qui unissent la France et le Canada.
A propos, voici ce que le Bon Combat disait dans son numéro du 1er mai de l'année dernière :
Nous prétendons que le couronnement de M. Fréchettc piar
L'Académie française est surtout une gracieuseté pour les Canadiens qui ont conservé leur langue parmi les Anglais.
LE LAUIïEAT
A cela M. Fréchette, ne pouvant alors prévoir que quelqu'un viendrait, un jour, faire connaître la véritable valeur d'un prix Montyon, répondit, avec l'imperturbable aplomb qu'on lui connaît, par les lignes ci-dessous :
Quant à mes vers, il est entendu que si l'Académie les a couronnés c'est qu'elle n'a pas hésité à sacrifier sa réputation pour faire plaisir aux Canayens— nue drôle d'idée tout de même que de vouloir récompenser tout un peuple avec un prix d'enfant, tellement ridicule qu'on ne l'offrirait pas à un poète de troisième ordre, un prix tellement insignifiant que c'en est une pitié.
M. Fréchette laisse entendre que, pour faire une gracieuseté à un petit peuple, il faut plus qu'un prix de vertu.
Pourtant la valeur d'un présent est clans la manière dont il est fait,— une simple fleurette peut parfois valoir un bijou, — et il est évident que ce n'est pas tant un des prix Montyon en lui-même qui devait honorer les Canadiens que l'exception faite par T Académie en faveur de l'un des nôtres, qui, comme étranger, ne pouvait prétendre à l'un de ces prix.
Et puis, comment l'Académie pouvait-elle sacrifier sa réputation en donnant à M. Fréchette un prix que, depuis un temps immémorial, elle décerne aux jeunes gens, à titre d'encouragement ?
La preuve étant faite que l'auteur des Fleurs