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Les Quatre vents de l'esprit, i4Îème vers des Cariatia

58 l.i: LAUREAT

trouvent clans les vers que j'ai signalés, l'autre jour, à la vindicte des travailleurs consciencieux, pas plus que j'accuse Victor Hugo — ec qui serait encore un très archi-comble — de vous avoir subtilisé, dans la dernière série de Toute la Lyre, qui vient de paraître, cet hémistiche que vous avez dans vos Fleurs boréales :

Vois le ><>ir qui descend calme et silencieux.

Aussi, malgré tous les efforts que vous avez faits avec votre Roullaud pour me faire trouver aussi coupable que vous, — ce qui d'ailleurs ne vous aurait pas disculpé, — vous n'avez réussi à rien prouver.

Autre chose aurait été si vous aviez pu faire de» comparaisons comme celles-ci, par exemple :

LECONTEDE LISLE

Grands aigles fatigués de planer dans les nues.

FRECHETTE Quand l'aigle est fatigué de planer dans la nue.

CHAI'MAN Nous sommes sur les l>or<ls du Sagucnay sauvage.

FRECHETTE Xous somnu s -m- le boni du Saint-Laurent Bauvage.

CREMAZIE Il est -"M- le soleil une terre bénie.

FRECHETTE Il < >i -..ii- ;< soleil une terre bénie.

ARCADES AMlîO

PROSPER BLANCHEMAIN Niagaras grondants, blondes Californies.

FRECHETTE

Niagaras grondants, blondes Californies.

CREMAZIE Peuples, inclinez-vous, c'est la France qui passe.

FRECHETTE A genoux, <>i prinu's '. <•'< st la Fiance qui ] assc.

VICTOR HUGO Qui dit : il faut monter pour venir jusqu'à moi.

FRECHETTE Et puis il faut monter jour aller jusqu'à toi.

Avant d'aller plus loin, je vous dirai, M. Fréchette, qu'il n'}T aurait eu rien de surprenant si vous aviez trouvé bien des réminiscences dans mes Québecquoises, — un volume que j'ai écrit de vingt à vingtquatre ans, alors que, sans études classiques, je n'avais lu, en fait de poésie, que vos productions dont je savais les trois quarts par cœur.

Au reste, je vous prie de croire que je considère mes Quêbecquoises comme le plus faible volume de vers qui ait été publié au ( anada.

Seulement, j?ai la présomption de vous faire remarquer, M. Fréchette, que mes Feuilles d'Erable accusent, à côté de mes Quêbecquoises, un progrès beaucoup plus sensible que vous n'en avez montré

outre la publication de votre premier recueil et celle de Pêle-Mêle.

A propos de mes Quêbecquoises, je me rappelle toujours ce que M. l'abbé G ingras — un poète de grand talent, que personne n'accusera jamais de plagiat, lui, — écrivait un jour à mon adresse :

Chapman a fait les Quêbeequoises, J'ai dit cela tout haut : sais-tu Ce que l'écho m'a répondu :

Chapman a fait des hoquoises. }

Oui, M. Fréehette, j'avais réellement fait des

Iroquoises, et sitôt que j'ai eu compris cela, je me suis mis à travailler, j'ai lu les grands maîtres, je me suis aperçu, en les lisant, que vous n'étiez qu'un fabricant de grossiers et fades pastiebes, et je vous ai envoyé, comme on dit, vous.... promener.

Mais revenons, s'il vous plaît, à votre Roullaud.

Tour montrer la faiblesse des accusations que vous lui faites porter contre moi, je vais comparer avec les hémistiches que je ne vous reproche pas quelques-uns de ceux que votre défenseur m'accuse de VOUS avoir pris :

CHAPMAN Un doux bruissement d'ailea parfois courait.

Mais <>ù L'on croil ouïr, doux bruissements d'ailes.

i /// foyer de mon presbytère \\w\u- strophe de Impertinence à l'ea

ARCADES AMBO fil

CHAPMAN

U& < ntourent la Motte et ses lourds bataillons.

FRECHETTE < 'omnie une esclave au flanc «le ses lourds bataillons.

CHAPMAN I.( fusil à l'épaule, et l'écume à la bouche.

FRECHETTE /.' mousquet à l'épaule, ou la pagaie au poing,

CHAPMAN Gut rrier de la / ensée à la voix magnifique.

FRECHETTE Protect* urs de nos droits, guerriers de la pensée.

CHAPMAN Et le vent parfumé des solitudes vierges.

FRECHETTE Oui, doux siècles ont fui : la solitude vierge.

Encore une fois, M. Fréchette, vous aurez beau faire, vous ne réussirez point à intervertir les rôles. à me faire passer pour un plagiaire : surtout vous ne pourrez pas plus vous disculper des accusations dont vous êtes écrasé, que votre Koullaud n'a pu le l'aire après la dénonciation du poète parisien. Vous pouvez en faire tous les deux votre deuil.

Quant au pain que j'ai, mangé au service de M. Beaugrand et (pie vous me reprochez, vous faites erreur, M. Fréchette.

Ce pain, je le dois à M. Thomas Fortin, professeur de droit à l'université McGill, un compagnon d'enfance ; le premier il est allé avec moi voir M. le propriétaire de la Patrie, cpii m'a donné tout de suite du travail, et cela avec si peu de répugnance, qu'au bout d'un mois il m'accordait le double du traitement convenu.

C'est encore M. Fortin qui m'a mis en rapports constants avec l'honorable M. Robidoux, un vrai littérateur, celui-là, un humble, qui ne sera pas plus accusé de plagiat que M. l'abbé Gingras, et qui m'a donné le pain que je romps aujourd'hui.

Oui, c'est à ces deux nobles cœur que je dois la position que j'occupe aujourd'hui, et je suis heureux, M. Fréchette, que vous m'ayez fourni par votre Roullaud l'occasion de faire savoir la gratitude que je leur garde, de les remercier publiquement de m'avoir tendu tous deux la main dans des circonstances où j'avais tant besoin de protection.

En attendant la publication de mon prochain article, M. Fréchette, je vous conseille de changer de Roullaud, surtout d'en prendre un qui ne soit pas dans les cas réservés, et dont on ne puisse dire en le voyant avec vous : Arcades <nnbo. l

i Après la publication de l'article qu'on vieut de lire, ni M. Roullaud 'i, M. Fréchette n'ont donné signe de vie.

M. Fréehette s'est efforcé toute sa vie d'imiter Victor Hugo, en politique comme en littérature, seulement, il faut le dire, à la manière du molosse qui voudrait copier le lion.

En 1851, Victor Hugo, après avoir fulminé contre le coup de force du prince Bonaparte, fut obligé de quitter la France, se réfugia en Belgique, puis de là s'enfuit en Angleterre.

A Jersey, dans sa retraite de Marine- Terrace, le poète, débordant des imprécations vengeresses du satirique, écrivit les choses les plus ignobles et les plus révoltantes qui aient jamais jailli d'une plume trempée dans le fiel et la fange, contre les têtes dirigeantes de son pays, contre Mgr l'archevêque de Paris, contre Pie IX, etc. Il y prédit une foule d'événements qui, malheureusement, se sont accomplis ; et plusieurs écrivains français s'accordent à dire que les Châtiments ont largement contribué à la

m: lauréat

chute du second Empire et aux infortunes qui ont fondu, il y a une vinertaine d'années, sur la vieille mère patrie.

Dans son exil,— comme le lion, après avoir longtemps rugi dansla morne solitude du désert, devient parfois très calme et semble se recueillir, — l'auteur des Châtiments, à de certains moments, se calmait, et, pris de cette maladie à laquelle personne n'échappej la nostalgie, attendri par ce sentiment qui survit dans tous les cœurs, l'amour de la patrie, il déposait la lyre à la corde d'airain pour prendre le pipeau, et il adressait 11 ses amis restés en France des élégies d'une indicible mélancolie et (Tune idéale beauté.

C'est dans un de ces moments où le souvenir de la patrie absente le hantait avec tant de persistance, qu'il adressa à Lamartine une pièce dans laquelle vibre le plus largement son âme de poète, pour rappeler à son émule leurs débuts dans la carrière des lettres, le féliciter des succès poétiques qu'il remportait depuis que le vent révolutionnaire avait !ni leurs barques, pour le prier de ne pas oublier. dans ses triomphes, celui qui autrefois oubliait sa pmpre tempête pour chanter l'azur de son ciel.

Eu 1866 M. Fréchettc, après avoir, lui aussi, fait de la politique, après avoirtourné le dos à son bureau d'avocat, jonché de papiers toul à fail étrangers à sa clientèle, quitta sa ville natale pour aller planter sa U /'/ sous h soh il de Vétrangi r.

A Chicago, dans son Exile s Hermitage, un autre Marine- Terrace, M. Fréchette écrivit la Voix .d? un

Exilé, cette diatribe imitée des Châtiment.?, dans laquelle il expliquait que ses ennemis politiques étaient de triples voleurs et des assassins, se comparait au Christ chassant, à coups de fouet, les vendeurs du temple, et prédisait une foule de choses qui ne sont pas arrivées.

Vengeur, j'ai sous les yeux un immortel exemple,

.l'ai vu l'Homme de Paix, sur les dalles du tenr île,

Terrible, et le fouet à la main.

A moi, ce fouet sacré, ce fouet de la vengeance! Arrière, scélérats ! arrière, vile engeance !

Je vous appliquerai le fer ronge à 1* épaule, Et je vous mordrai jusqu'au sang '

X'est-cc pas qu'ici Ton reconnaît bien en M. Fréchette le molosse qui. l'écume de la rage à la gueule, cherche à mordre le passant !

Et puis, que penser de l'autour de la Voix d'un

Exilé laissant entendre que le Christ, la mansuétude même, aurait comme lui appliqué le fer rouge à répaule et mordu jusqu'à a sang !

Quelquefois, quand la rage faisait un instant trêve chez l'exilé de Chicago, M. Fréchette, toujours pour singer son fétiche, adressait à ses amis du Canada des pièces qu'il imitait des chefs-d'œuvre du Maître. et il écrivit, un jour, à l'adresse de M. Pamphile

Tenmv une ode dans laquelle il lui parlait de leur jeunesse, de leurs premières armes dans la lice de la poésie, le félicitait du couronnement de sa Découverte dit Canada par l'Université Laval.

Jîref, tout ce qui différenciait les vers de Victor HuffO à Lamartine de ceux de M. Fréeliette à M. Lemay, c'est que les premiers disaient à l'auteur des Méditations : " Songe k moi dans tes triomphes " î tandis que les seconds demandaient au traducteur ù'Evangcline : — " Songes-tu à moi qui tant de fois t'ai applaudi ? "

C'était toute la différence, et des fragments pris dans l'ensemble des pièces de Victor Hugo et de M. Fréeliette vont prouver tout de suite mon assertion :

VICTOR HUGO

Voilà quelle était ma pensée, Quand .sur le ilôt sombre et grossi Je risquai ma nef insensée. ]

Echangeant nos signaux fidèles, Et nous saluant de la voix, Pareils à deux sœurs hirondelles, Nous voulions, tous deux à la fois, Doubler le même promontoire, Remporter la môme victoire

FRECHETTE

Pourtant, naguère encore, suivant la même étoile, Nous n'avions qu'une nrf, nous n'avions qu'une voile,

î. Les Contemplations, poésie IX.

Xos luths comme nos cœurs vibraient à l'unisson ; Fortes de vingt ans. c'étaient luttes sans trêve, C'était à qui de nous ferait le plus beau rêve; C'était à qui de nous ferait la plus belle chanson.

VICTOR HUGO

Tandis que la foudre sublime Planait tout en feu sur l'abîme.

Nous chantions, hardis matelots.

FRECIIETTE

Nous rêvions, nous chantions, c'était là notre vie.

Tu charmais les zéphirs, je narguais la bourrasque. VICTOR HUGO

Bientôt la nuit toujours croissante.

Ou quelque vent qui V emportait M'a dérobé ta nef puissante Dont l'ombre auprès de moi flottait.

C'est mon tourbillon, c'est ma voile!

C'est l'ouragan qui, furieux, A mesure éteint chaque étoile Qui se hasarde dans mes cieux ;

C'est la tourmente qui m'emporte

FRECHETÏ ? et

L'orage m'emporta loin de la M sïde rive

Où ton esquif flottait touioKVs à la dérive,

Bercé par des flots bleiv pleins d'ombrages mouvants.

Et depuis, balloté pi' 1 mer écornante,

Hochet de /' ouragan, jouet de la tourmente,

J'erre de vague en vague, à la merci des vents.

VICTOR HUGO

Seul je suis resté srus la nue.

Depuis l'orage continue,

Le tem] > ( >t noir, le vont mauvais. L'ombre m'enveloppe et m'isole, Et si je n'avais ma boussole, Je ne saurais \ as où je vais.

FRECHETTE

J'aimais, cl je croyais à l'amitié fidèle ;

Tout me parlait <l*os] oir, quand le sort, d'un <-<inp d'aih .

Brisa mes rêves d'or, ma boussole et mon cœur.

Comme vous voyez, j'ai fait une légère erreur au moment de faire mes citations.

Oui, il y a une différence ici ; c'est que Victor Hugo a gardé sa boussole et que M. Fréchctte, lui, a perdu la sienne avec autre chose.

Il est facile aussi de voir qu'il n'a plus, depuis quelque temps, rien pour s'orienter.

Mais continuons à comparer :

VICTOK HUGO

Mille acclamations sur l'onde Suivront toujours ta voile blonde I>;.'.l!ante en mer comme un l'anal, Saiingealit 1 vent qui t'enlève, Puis sc))paluîi lieront sur la grève .lus<|u';'i tom/etour triomphal.

FREfrHETTE

Oui, je suis loin, ami! mais softycnj u>< rafales M'apporten! des lambeaux de claij ours triomphales, Va j'écoute, orgueilleux, ton nom que l'on redit.

VICTOE HUGO

A lors (l'un cœur tendre cl fidèle, A ne. souviens-toi «le l'ami

Que toujours poursuit à coups d'aile Le vent dans ta voile endormi.

Songe que <lu sein de l'orige, Il t'a vu surgir au rivage, Dans un triomphe universel, Et qu'il oubliait sa tempête Pour chanter l'azur de ton ciel.

FRECHETTE

Alors je me demande, en secret, dans mon âme, Si tu songes parfois, quand la foule t'acclame, A celui qui jadis tant de l'ois t'applaudit.

Et voilà l'originalité de M. Fréchette, l'originalité

qui distingue le rimeur du véritable poète !

Et dire que le lauréat, qui n'a aucune imagination, qui .s'approprie des vers tout ronds des grands maîtres français, qui n'est pas capable de faire la moindre piécette sans avoir nu modèle sous les yeux, a eu le toupet de faire représenter, à Montréal, l'Exilé, un mélodrame en prose où se trouvaient tons les éléments scéniques et littéraires d'une œuvre d'art.

Cela renverse, n'est-ce pas ? et cependant c'es^ bien vrai ; c'est vrai pour cette prose dramatique comme pour les vers qu'il a volés un peu partout, or je me hâte de faire quelque^ Stations à l'appui de ma dénonciation :

F A; Hi:TTK

Auguste. — Eh bien, i; n je renouerais volontiers d'anciens rapports d'amitié ' \uivou sert à boire). Mettez deux verres ; je n'ai pas L'hii-Ditudc de boire seul. (S'adressant à

Adrien). Quelqu'un voudra bien me tenir compagnie, j'espère.

ELIE BERTHET

— Eh mais! dit-il négligemment, je n'ai pas l'habitude de

boire seul! apportez un autre verre, monsieur l'auber"

giste, quelqu'un ici voudra bien me faire l'honneur de me tenir compagnie.

FBECHETTE

Auguste. — Un peu. Si, après avoir doublé trois ibis le Cap Horn, et cinq fois le Cap de Bonne-Espérance, on peut se dire marin; si. après avoir fait quatre fois sa fortune dans le commerce maritime, on peut se dire commerçant, je suis certainement l'un et l'autre. Mais laissons cela, si vous voulez bien, et causons d'autre chose'. Y a-t-il longtemps que vous habitez Sillery ?

ELIE BERTHET

Vraiment, si, après avoir doublé trois fois le Cap Horn et cinq fois le Cap ele Bonne-Espérance, on peut se dire marin ; si, après avoir fait quatre fois sa fortune dans le commerce maritime, on peut se dire commerçant, je suis certainement l'un et l'autre. Encore aujourd'hui bien des gens ne me nomment que le Nabab. Mais laissons cela, mon cher hôte* continua-t-il d'un ton indifférent, et causons d'autre chose' Vous demeurez trop près de la Bastide rouge jour ne pas connaître son maître actuel ?

FRE( IIETTE

Cayou. — Le domaine? Je crois bien qu'il existe encore. A peu près un quart de lieue d'ici, sur la côte, un peu au sorrois. M. Jolin, le propriétaire, passe jamais devant ma porte -mus faire un salut.

ELIE1 îKRTHET

mi

— La Bastide rouge'/ repli»,, j .'. ubergiste d'un air capable, «•lie est à une demi-lieue d'ic* /nguard, le propriétaire,

ne passe jamais devant l'aube\ndrc < '*'. arrêter quand il va à

Marseille. in.

VICTOE IIL'GO LE PETIT 71

— Fort l»i*Mi ; ce M. Pierre Linguard est suis doute un homme riche, considéré ?

FRECHETTE

Auguste. — Et ce M. Jolin est sans cloute un homme riche, considéré.

ELIE BERTHET

Au moment où L'aubergiste ouvrait la bouche pour répondre, sa femme lui cria en patois : — Prends garde à toi, Bécasson, et tourne ta langue sept fois il s'agit d'un

voisin.

Josephte, bas à Cayou. — Prends garde à toi, mon homme; tourne ta langue sept fois, tu snis

ELIE BERTHET

— Pour ce <]iii est d'être riche, répliqua Babet en remplissant de nouveau son verre, il n'y a pas d<- doute à cet égard.

FRECHETTE

Cayou. — Ah! pour être riche, vous Pavez dit. Y a pas un

plus gros bourgeois que lui dans tous les environs.

AUGUSTE. — Et cependant, il y a vingt-deux ans. il n'était qu'un simple commis de la maison DesRivières. Ne s'est-on pas étonné que tous les biens de cette famille aient passJ entre les mains de ce Jolin.

ELIE BERTHET

— Je sais, je sais, interrompit le voyageur; et cependant maître Linguard n'était, il y a vingt ans, qu'un pauvre c «nmis dans la maison de A. Fleuriaux. armateur à Marseille. Ne s'est-on pas étonné que tous les l>ien< de cette famille aient passé ainsi entre les mains de ce Lin rua rd?

V\r ù 1IETTE

Josephte, bas à CaV.m. — Oayou, tourne ta langue s^pt fois, tu <ais.

ELLE BERTHET

—Tourne t ;i langue sept fois, mon homme! cria de nouveau Babet avec inquiétude.

Cayou. — l'ai vu ça tout de suite que vous étiez canayen. Et vous venez vous établir dans ces pays, je suppose.

EUE BERTHET

.!;• ; arierais, Monsieur, continu a-t-il, qu'il n'y a pas long- Ccmps que nous êtes débarqué, on devine ça.

FRECHETTE

' ' kjste. — .1 la mlula ! dis trinquent). Mais, Corpo di Baccho ' vous ne m'avez pas dit comment ce vieux coquin (le Jolin a fait fortune.

ELIE BERTHET

— Mais, Cnrpo (H Baccho ! reprit-il joyeusement en s'emparant lui-même de Ja bouteille, vous ne m'avez pas dit, camarade, comment le vieux coquin de Linguard avait fait fortune ? A votre santé !

fis trinquèrent et burent.

rRECHETTE

Cayot. — Commeni il a l'ait sa fortune? C'est pas aiséà dire, ça. Le vieux DesRivièrcs était mort ; le fils Auguste, un mauvais sujet qui s'était mêlé aux troubles de 37, avait été exilé. Jolin montra i\<^ actes prouvant qu'il avait acheté ci payé comptant toutes h s ] ropriétés. Ça parut drôle; mais lea actes étaient en règle ; la signature était bonne ; on finit par n'y plus penser. De] nia ce temps-là, Jolin s'est toujours enrichi ; il a amassé piastre sur piastre, cl ii s'est retiré au Domaine, où il a vécu comme un ours.

ELIE BERTHET

— Comment il n fait sa fortune ? répliqua l'aubergiste, qui

commençai! à s'animer, ce n'est pas facile à coin] rendre. Le

YKTOU IIIT.O LK PETIT

vieux Fleuri aux était mort ; son fils Auguste, un mauvais sujet, un libertin fini, fut oblige de quitter Je pays t la suite d'une vilaine aventure. Après son départ, Linguard .montra des actes prouvant qu'il avait acheté et payé comptant des propriétés considérables de M. Fleuriaux. Ta parut drôle, mais Jes actes étaient en règle, la signature était bonne, et on finit par ne plus parler de cette Affaire. Depuis ce temps, Linguard prospère encore, il a entassé écus sur écus, il s'est retiré à la Bastide rouge, où il vit économiquement dans la retraite.

Louis Veuil lot, parlant de Fauteur des Châtiments,

écrivait, un jour, ce qui suit dans les OJeurs de Paris :

Il assure à diverses reprises que ses vers sont un pilori. qu'il l'ait la fonction de bourreau, que ceux qu'il marque sont marqués à jamais. C'est une prêt ention de poète qu'avait eue déjà un fameux marqueur nommé Barthélémy, lequel. je crois, n'a marqué personne autant que lui-même. Pour mon compte, je passe à M. Hugo de prendre ce plaisir, — que je conçois bien. Mais il devrait craindre son intempérance et n'y pas mettre tout le monde, à ce terrible pilori. Je m'y vois en compagnie de Tic IX. Je pense que Pie IX s'en tirera et me déclouera ; et je m'en irai dans la suite de Pie IX, laissant une réputation pour le moins aussi respectable que celle d'About, Lapouillc et Philibrand.

M. Fréchette, toujours pour mimer sou maître, a Touln, lui aussi, marquer ses ennemis, et il a écrit sur un haut personnage canadien ces vers :

Tu voulais avant tout que ce nom fût notoire; Eh bien, sois satisfait ; tu vivras dans l'histoire, Mais cloué sur un pilori !

Les événements ont prouvé que M. Fréchette

devait extravaguer le jour où il laissait tomber de son luth vengeur les vers qu'on vient de lire ; et oe

pilori qu'il voulait dresser à la mémoire d'un homme qui a fait honneur à sa nationalité, lui sert à présent.

Oui, M. Fréchctte est cloue au pilori des plagiaires, et, quelque- effort qu'il puisse taire, il ne pourra jamais s'en arracher.

UNE TROUVAILLE

Lorsque le lauréat, voulant laisser comprendre au public que M. l'abbé Baillairgé signait ma prose, publia le fameux apologue qui m'ouvrait la porte par où je suis entré lui arracher son masque de plagiaire, je dis à quelques intimes :

— Cette fable renferme une trop forte pensée pour qu'elle soit de Fréehette, et je parierais qu'il Ta volée comme le reste.

— Vous n'êtes pas sérieux, remarquèrent tour à tour les amis.

— Je vous dis, moi, que Fréehette n'a pas tiré ça de sa tête.

— Mais croyez-vous — soyons de bon compte — que M. Fréehette viendrait répondre à une accusation de plagiat par une nouvelle escroquerie ?. . . . Il y a toujours un bout ....

— Je vous le répète, Fréehette n'a pus tiré ça de

sa tête, et je vous le prouverai tôt ou tard, soyez en sûrs.

Et les amis de rire de mon entêtement à soutenir que M. Frécfictte devait avoir volé l'idée du Chêne et de la Chenille.

Cependant, malgré l'assurance et l'aplomb de mes contradicteurs, je me mis à chercher le thème de la dernière élucubration poétique du lauréat, — fouillant les coins et les recoins d'une des plus importantes bibliothèque du pays.

Depuis un mois, sitôt que j'avais une minute de loisir, je courais y feuilleter classiques et modernes, mais chaque fois j'en revenais bredouille.

Découragé, j'allais, abandonner mes recherches. quand soudain il me vint à l'esprit de regarder dans la Patrie de 1881, pour voir ce que M. Fréchette pouvait bien répondre à M. Tassé, qui l'accusait d'avoir copié Elie ]>erthet.

J'ouvris donc au hasard le journal de M. I>L>augraud, et je mis tout de suite le doigt sur ces lignes «'•«•rites à la date du 18 juillet :

M. Fréchette, se refusant catégoriquement de répondre aux injures de M. Tassé dans la Minerve, nous allons nousméme nous charger de la, besogne, et vous ne perdrez rien pour attendre, M. Tassé.

Tiens ! me dis-je, M. Fréchette agissait alors comme aujourd'hui : ne pouvant dire un mot pour

UNE TROUVAILLE

se justifier, il se faisait défendre par un copain. Mais il y a donc toujours eu des Roullaud.

Encouragé par la trouvaille que je venais défaire, je continuai à chercher, et j'avais à. peine tourné deux feuillets du même journal, que je tombais — je crus rêver — sur un article de fond au cours duquel le rédacteur disait à M. Tassé :

Il est un vieil apologue C'est celui du chêne et de la

chenille. Une chenille rampe et bave sur le roi de la forêt

qui ne s'en aperçoit même pas. i: Vois donc, lui dit-elle, je salis ton écorce, je souille ton feuillage, et que peux-tu contre-moi, toi, rien."

•• Ma lui. répondit le chêne, cela ne t'empêche pas d'être chenille, et moi d'être chêne."

Vous pouvez vous imaginer si je me hâtai de courir montrer à mes amis ce que je venais de dénicher, et vous dire la gaîté que ma découverte provoqua serait une impossibité. Encore aujourd'hui, il y a un de mes anciens contradicteurs qui veut absolument que je sois sorcier.

Xon, je ne suis pas sorcier, mais je connais mon homme, et les articles qui vont suivre, joints à ceux qui ont paru, vont le prouver d'une manière qui ne laissera aucun doute à ce sujet, je vous en donne ma parole.

En attendant, laissez-moi vous faire voir la fable que M. Fréchettc a plagiée à quelque ancien auteur que je ne connais pas, et que le lauréat probablement connaît par ce qu'il en a lu dans la Patrie :

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