XVI INTRODUCTION
Elle a, cette languie, l'harmonieux accent des
vieux Latins, le brio du parler des llélènes, la limpidité de Ponde, la richesse et l'éelatdu diamant.
Elle a, avee son sel attique, l'amertume, mais aussi ht profondeur de la mer ; elle a la chaleur du soleil, les éclats de la foudre, les roucoulements de la colombe et l'envergure de l'aigle ou du condor.
Et puis, l'idiome d'un peuple, c'est la manifestation de sa foi, de ses tendances, de ses ambitions, e1 une société qui laisse mourir sa langue est condamnée
à mourir avee elle.
Groupons donc tous nos efforts pour conserverie verbe dans lequel s'incarne notre race et qu'on a tenté souvent de nous ravir !
Héritiers de l'esprit français, de cet esprit si fécond, m subtil et si pénétrant, nous pouvons nous créer un brillant avenir dans le domaine de la pensée ; et je ne crains pas de dire que tôt ou tard, si nous le voulons, une ville bas-canadienne deviendra la capitale intellectuelle de l'Amérique, comme Paris est la métropole intellectuelle du vieux continent.
UNE FABLE
M. Fréchette m'adresse dans la Patrie, en ma •qualité de premier souffleur tiens la troupe Baillairgè, une fable, qu'il a fait signer par son cornac, le propriétaire du National, et dans laquelle le lauréat se compare, avec sa modestie bien connue, à un chêne qui dresse ses rameaux dans l'espace, etc.
Ce roi de la forêt artistique me rappelle un autre chêne auquel M. Fréchette comparait un vénérable prêtre du diocèse de Trois-Rivières dans une poésie de circonstance qui a paru dans V Electeur du 19 août 1890.
Aussi, rien d'étonnant que ce dernier chêne me revienne à la mémoire : il est le cousin germain d'un arbre — Y Erable — que j'ai cultivé avec sollicitude et fait connaître aux lecteurs du Monde le 16 janvier
Quelques citations, pour comparer, feront comprendre mieux qu'une colonne d'explications les liens d'affinité qui unissent les deux géants dont je-
veux parler:
CHAPMAN
Il est plein de sève et de force; Vouragan ne peut le plier ; Pourtant les fibres de son torse Sont aussi souples que l'acier.
FRECHETÏE
La sève des puissants filtrait sous son éeorce ;
Pourtant, quand la rafale ébranlait ses arceaux,
Le vieux géant n'avait — suave dans su force —
Que des murmures doux comme un ehant de berceaux.
CHAPMAN
11 peut protéger de son ombre Le troupeau le plus populeux ; En été, dos oiseaux sans nombre Ciiant eut sur son front onduleux.
FKECHETTE
-■s rameaux touffus flottaient des ombres doua K\ quand midi flambait, largement abrité, Maint frottpeaw,sommei liant dans la fraîcheur des mouss Bous Ba voûte oubliait les ardeurs de Vête.
CHAPMAN
\j< ,,',.<»', m. r s'en vieillKilt e!l l'ouïe
Saluer SCSI beaux rameaux verts, Et. dans l'ombre qu'il leur déroule Jusqu'au soir lui disent des vers.
UNE FAIJLE
FRECHETTE
Tons 1rs petits oiseaux l'aimaient ; sous s;i fouillée, Grives et rossignols, mésanges et pinsons, Penchés au bord des nids, de l'aube à hi veillée,
Lui payaient leur écot en joyeuses chansons.
CHAPMAN
Il est bon autant que robuste ; Il berce au vent le nid moelleux, Et dépouille sa tête auguste Tour couvrir le gazon frileux.
FRECHETTE
Et le grand chêne, droit comme un vieillard auguste, La tête dans l'azur, les bras au firmament, Semblait sourire au eiel qui l'avait fait robuste, Et bénir le Très-Haut de l'avoir fait élément.
La seule différence qu'il y a ici, n'est-ce pas ? c'est que mou érable est bo/i, et que le chêne de M. Fréchette est. . . .clément.
Au reste, les citations que je viens de faire sautent assez aux yeux pour se passer de commentaires.
Je ferai cependant remarquer en passant que M. Fréchette ne fait pas une comparaison juste quand il dit que le grand chêne était droit comme un vieillard auguste.
En effet, on peut bien comparer un homme, resté droit malgré le grand âge, à an chêne ; mais on ne peut comparer avec justesse un arbre à un vieillard qui, bien qu'auguste, peut être affreusement courbé.
Le chêne de la fable de M. Fréchctte — avec lequel sa modestie s'est vue forcée de s'identifier— me
rappelle encore un autre chêne qui, comme tous les chênes, porte des glands, — dont sont très friands les pourceaux, — le chêne du lauréat dis-je, me remet à l'esprit une bucolique que M. Fréchette publiait à la date du 7 septembre 1871, à la page 431 de VOpinion Publique, et dans laquelle figurent avec avantage deux compagnons de saint Antoine.
Cette poésie, qui portait le titre de Souvenirs Je jeunesse, se lisait ainsi :
• ?tait un lieu charmant, une roche isolée, Seule, per lue au loin dan« la bruyère en fleur. La ronce y rougissait, et le merle siffleur Y jetait les éclata de sa note perlée.
C'était un lieu charmant. Là, quand les feux du soir
Estompaient l'horizon d'une lueur mourante,
En écartant du pied la luzerne odorante,
Tout rêveurs, elle et moi. nous allions nous asseoir.
Ce qui se disait là d'ineffablement tendre, Nul langage ici-bas ne peut le répéter ;
La brise se taisait comme pour écouter ;
Des fauvettes, tout près, se penchaient pour entendre.
Propos interrompus, sourires épiés.
< les serrements de cœur que j'éprouvais près d'elle, .!<• me rappelle tout, jusqu'à mon chien fidèle Dont la hanche servait <!<■ coussin pour ses pieds.
.l'y r -tournai quinze ans plus tard. La folle avoine
UNE FABLE
De tons fades avait jauni le champ vermeil,
Et sur Ja roche, hélas ! sommeillaient au soleil Deux compagnons de saint Antoine.
Quelle profanation !
Et dire que cette monstruosité est d'un Canadien, qu'elle est passée inaperçue, qu'elle ira pas tué du coup M. Fréchette sous le poids du ridicule et du mépris !
Peut-on s'étonner, après cela, que notre public n'ait pas remarqué les vols que le Bon Combat heignale depuis quelque temps, et qui prouvent clairement que notre lauréat n'est qu'un audacieux plagiaire ?
Oui, c'est M. Fréchette qui, à l'âge de trente-deux ans, a eu l'imagination, le jugement, la fierté, et surtout la dignité de mettre des; compagnons de saint Antoine là où les fauvettes se penchaient pour écouter ce qui se disait iVineffablement tendre entre lui et son adorée.
Oui, mes chères lectricos, c'est M. Fréchette, que votre imagination vous taisait voir comme un poète, un chercheur d'idéal, qui a trouvé sur \a roche perd ne nu loin dans la bruyère en fleur deux pourceaux pour l'y remplacer avec celle à qui il avait murmuré, peut-être à genoux, le mot le plus suave que des lèvres puissent adresser à la créature comme à Dieu même : — Je t'aime !
1 E LAUREAT
M. Fréchette, en volant Victor Hugo, a écrit dans uz de neige :
Et puis il faut monter pour aller jusqu'à toi.
Assurément, je ne puis aujourd'hui répéter à M. Fréchette ce qu'il disait au lac de Belœil, qu'il confondait avec l'Arc de Triomphe, car il ne faut guère .-'élever pour aller jusqu'à lui.
La tache que Ton s'impose en s'occupant de M. Fréchette comme littérateur est certainement peu enviable. Soit ! Mais je l'accomplirai, cette tache, pour venger tous les écrivains canadiens que le lauréat a toujours essayé d'écraser de toute la hauteur de sa réputation usurpée. Et quand le B<>n Combat aura fini de fustiger le chêne Fréchette, qu'il lui aura fait tomber tous ses glands, c'est-à-dire ceux de Victor Hugo A; Cie, je prendrai, à mon tour, la gaule, je lui ferai choir jusqu'à sa dernière feuille, j'en ferai un troue qui ressemblera à ceux de cea arbres que les vers ont mangé- et que l'on dédaigne parce qu'ils ne peuvent plus servir même comme tbustible.