‹ Le lauréatChapitre 79 sur 101 · LE PREMIER DE LAN · texte numérisé non relu

LE PREMIER DE LAN

C'est le premier de l'an ! Allégresse partout ! On s'aime, on se caresse, on s'embrasse, on se choie.... Mais le premier de Tan, pour les petits surtout, Est un jour d'ineffable joie.

Pour les enfants la vie est un céleste accord ; Chaque nouvelle année au bonheur les invite ; A cet âge naïf on ne sait pas encore

Comme le temps s'envole vite.

Pour eux point de soucis, nul chagrin n'est profond ; Ces cœurs que rien ne blesse ont en eux leur dictame, Et pourtant qui dira ce qui se passe au fond Quelquefois de la petite âme?

Je connais des parents qui, sur leur seuil joyeux, Ayant vu s'arrêter le spectre au front livide, Des sanglots plein la voix, des larmes plein les yeux. Se penchent sur un berceau vide.

Le pauvre ange est parti, par la mort emporté ; — Pères qui m'entendez, Dieu vous garde les vôtres ! — Ils ne blasphèment pas, non, car en sa bonté Le ciel leur en a donné d'autres.

Tous trois sont là, groupés au milieu de monceaux De cadeaux radieux, — bonbons, tambours, épées, Chevaux de bois, soldats de plomb, frêles berceaux Où dorment de roses poupées.

< )h ! les bons cris de joie ! oh ! la franche gaîté !

Doux échappés du ciel, que je voudrais décrire Ce timbre d'innocence et de sérénité

Qui sonne en votre éclat de rire !

Le cœur gonflé, le père ose à peine parler ! Et, tandis qu'autour d'eux le frais essaim se joue. La pauvre mère est là, triste, et qui sent couler Deux grosses larmes sur sa joue.

— Allons, dit le brave homme, en couvrant de baisers Les petits innocents à la voix de mésanges, Ces jouets sont à vous ; prenez et divisez

Entre vous trois, mes petits anges.

()r, comme l'on faisait quatre parts, étonné : — Pour qui, dit le papa, cette autre part entière? — Et, levant ses grands yeux :— C'est, répondit l'aîné, Pour petit frère au cimetière.

Louis Frechette.

Page 1