‹ Le lauréatChapitre 78 sur 101 · UNE RÉPLIQUE · texte numérisé non relu

UNE RÉPLIQUE

ment la réplique des deux copains que nous apporte la Patrie, de samedi dernier :

Le poète ordinaire de la baillargerie, le pauvre Chapman, puisqu'il faut l'appeler par son nom, n'est pas un chançard.

Jusqu'aux typognrphcs delà Vérité qui lui jouent de mauvais tours ; c'est bien le comble de la déveine.

Honteux comme un renard qu'une poule aurait pris (ceci est un plagiat éhonté), il se débat comme un diable dans l'eau bénite de Tardivel, sous les cuissons des petites cîritcs que nous lui avons dites.

Or il écrit : " la suite au prochain numéro," et le typographe, né malin, lui fait dire : " la fuite au prochain numéro."

" Se raccrocher à une faute typographique, en pareille circonstance, ce serait déjà un aveu compromettant pour M. Fréchette, car ce serait proclamer qu'il est dans l'impossibilité de relever les défis de son adversaire. Que dire alors du procédé de MM. Fréchette et Sauvalle, qui, n'ayant pas de faute typographique à laquelle ils puissent se raccrocher, en inventent une, ou plutôt — car ces gens-là ne peuvent rien inventer — en rééditent une qui traîne dans les mots pour rire depuis des années î

" C'est à peine croyable, MM. Fréchette et Sauvalle ont tout simplement menti. M. Chapmau avait écrit, à la fin de son article, non pas : " Là suite au 'prochain numéro" mais : à suivre. Et notre typo-

graphe a mis à suivre, tel que M. Chapman l'avait écrit. Chacun peut s'en convaincre en consultant la Vérité <le la semaine dernière, première colonne, cinquième page.

" En être réduit à mentir pour se faire une contenance ! Pauvre M. Fréchette, que vous êtes bien vide, et surtout que vous êtes bien vidé !"

Oui, M. Fréchette est bien vidé, et il ne reste plus maintenant qu'à empailler cet aigle littéraire dont le vol, naguère encore, le portait si haut, si haut.

Pour taire croire que ce n'était pas lui qui écrivait contre moi les articles que signait Sauvalle, M, Fréchette — quel farceur î — s'est fait interview* r par le paravent numéro deux, tout comme il se fit interviewer par le bon Marc quand ^elui-ci signa l'autobiographie du poète national dans les Hommes du Jour.

Seulement, M. Fréchette avait oublié, au moment où il écrivait l'entrevue qu'on lira plus loin, que dans son autobiographie il laissait Sauvalle le tutoyer et lui taper sur le ventre, comme le prouvent les lignes suivantes empruntées aux Hommes <ln Jour :

—Sais-tu ce qui m'amène, Fréchette ? Tu ne devineras jamais. Il faut que je fasse ton portrait.

— Comment ? Es tu devenu photographe ?

— Xon, ce n'est pas cela : je suis chargé par la direction

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des Homme* du Jour d'écrire ta monographie; on m'a même demandé ta vie.

—Hein ?

— Disons ta biographie, mais je n'ai consenti qu'à essayer ton portrait ; veux-tu poser ?

— Ce n'est guère dans mes habitudes.

— Je le sais ; aussi, je n'insiste pas ; seulement tu vas nie laisser toute liberté de saisir mes lignes, de guetter mc3 nuances, et pour cela de te faire parler un peu. de parler beaucoup moi-même, et aussi de circuler à loisir dans touto ta maison, de la cave au grenier, en véritable inquisiteur.

— Mais cela n'intéressera personne.

— Tu te trompes. As-tu lu de Goncourt et sa Maison il' un Artiste ? C'est lui-même qui passe en revue ses bibelots et qui dit : ': En ce temps où les choses dont le poète latin a signalé la mélancolique vie latente sont associées si largement par la description littéraire moderne à l'histoire de l'humanité, pourquoi n'écrirait-on pas les mémoires des choses au milieu desquelles s'est écoulée une existence d'homme ?

— C'est bon, tu m'as convaincu, j'y consens, mais tu m'es témoin que c'est à mon corps défendant.

Sauvalle avait convaincu M. Fréchette !

Le compère était à son corps défendant !

Non, il n'y a rien qui approche pour le cocasse une pareille fumisterie.

Aussi, faudrait-il être revêtu d'une triple cuirasse

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de sottise pour ne pas s'apercevoir que tout ce que disent la Sauvalle et son ami a été écrit de la propre main de M. Fréchette, que l'entrevue de l'autobiographie et celle des articles du paravent numéro deux ont été inventées l'une et l'autre par le poète national pour tacher de blaguer mieux le public.

Au surplus, deux expressions typiques, le cœur grand ouvert ou largement maert, la main largement ouverte ou largement tendue^ deux expressions que M. Fréchette ne lâche jamais, avec lesquelles il est, comme on dit, en amour, vont prouver surabondamment mon assertion à ceux qui savent par mon Lauréat que le poète national est toujours à bout de ressources et ne cesse de rabâcher.

Dans sa première lettre à M. l'abbé Baillargé le lauréat disait :

C'est au moins ce que M. l'abbé Xantel a paru comprendre, et je ne lui ai pas mhiajé (sic) une main largement ouverte.

Dans la biographie de l'honorable M. Laurier, que M. Fréchette a publiée, quelque temps avant la sienne, dans les Hommes du Jour, on lit :

Dans ses relations sociales Laurier ne perd rien de son prcsti.ue. Affable et hospitalier chez lui, d'un commerce charmant chez les autres, la main et le cœur largement

ouvert* à tous, etc.

Au commencement d'un article que Fauteur

à'Originaux et Détraqués publia dans la Pati ie du

17 mars de cette année:

L'éclat de rire qui jaillit clair et sonore des lèvres largement ouvertes ne peut monter que d'un cœur vibrant et»

lui aussi, largement ouvert.

A la fin de la préface écrite par le poète national pour les Refrains de Jeunesse de M. J.-W. Poitras :

Je salue les Refrains de Jeunesse, et tends une main

largement ouverte à leur très sympathique auteur.

Dans la notice nécrologique de M Jos. Duhamel, publiée dans la Patrie du 27 octobre dernier :

Obligeant à l'extrême, doué d'une charité inépuisable, jamais ami no fut plus sincère et n'eut le cœur plus largement ouvert.

Voyons maintenant si les choses qu'on trouve dans la biographie de M. Fréchette, publiée dans les 1 loin mes du Jour, ne sont pas suffisantes pour établir que c'est lui-même qui a écrit cette biographie :

J'escalade lestement les deux étages, et sur le palier je trouve mon excellent compagnon d'autrefois, qui me tend une main largement on in te.

-m émotion, comme sa gaieté, est communicative ; le ea ur toujours ouvert, la main promptement tendue, etc.

Louis, le fils niné. si délicat <t si bien élevé ; Jeanne,

l'aînée des filles, déjà grandelette, aux yeux largement ouverts, etc.

Mais ce sont les étoiles françaises qu'on y accueille le plus somptueusement et à cœur plus largement ouvert, etc.

Une autre citation — prise encore dans la première lettre de M. Fréchette à M. l'abbé Baillargé :

Si les coups — et par malheur il ne peut guère en être autrement — ricochent un peu sur certains de vos confrères, ceux-ci ne devront pas s'en prendre à moi. mais à la corneille qui s'est mêlée d'abattre des noix, etc.

Comparons à présent les lignes suivantes, détachées de la biographie du lauréat^ signée, pour la frime, par Marc Sauvalle :

Mais autant il est indulgent pour l'ignorant involontaire et sans prétention, autant il déteste les faux savants ou les pédants qui pataugent devant lui, au milieu des hellcslettres, comme des corneilles abattant des noir, etc.

Tous ces rabâchages — qui n'appartiennent qu'à M. Fréchette — sont, n'est-ce pas, assez probants pour démontrer que le Vinrent a fait son propre éloge dans les Hommes 'In Jour.

Oui, il est évident pour celui qui connaît le style rococo de Marc Sauvalle que c'est le poète national qui s'est portraituré dans la publication de M. Louis Taché, comme aussi c'est lui-même qui vient de se donner un brevet d'honnêteté comme écrivain dans les deux derniers articles du paravent numéro deux.

En tout cas, quand Marc Sauvalle parle à M. Fréehette dans la fameuse biographie, il est familier avec lui jusqu'à lui dire qu'il ne se gênera pas de circuler à loisir dans sa maison, delà caveau grenier, tandis que, dans la dernière conversation qu'il prétend avoir eue avec le lauréat à mon endroit, il lui parle le front bas et l'échiné courbée.

Mais laissons donc parler les deux copains, pour juger de cela :

M. Sauvalle. — Je me suis permis devenir vous demander quelques nouveaux renseignements au sujet du livre de Chapman. Est-ce qu'un interview vous ennuierait ?

M. Fréehette. —Aucunement, mais je ne crois pas avoir rien à ajouter aux documents imprimés que j'ai déjà mis entre les mains de M. Roullaud et des vôtres relativement au même sujet. Ne sont-ils pas suffisants?

M. Sauvalle. — Suffisants pour démontrer que le Chapman s'est gavé dans vos livres comme un étourneau dans un boisseau d'avoine, c'est vrai ; mais n'auriez- vous pas un mot •À dire des accusations de plagiat portées contre vous-même par cet individu et par l'abbé Baillargé?

M. Fréehette. — A quoi bon? j'ai l'ait connaître pour ce qu'il est l'abbé Baillaigé, dont tout le monde rit aujourd'hui. Pauvre agresseur battu, il se venge comme il peut, le saint prêtre! Quant à l'autre, si vous étiez du pays, vous sauriez qu'il est assez connu à Montréal et à Québec, depuis nombre d'années, pour être tout à fait inoffensif.

Si Sauvalle était du pays, il saurait (pie je suis

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assez connu à Québec et à Montréal pour être tout à fait in offensif î

Mais Marc me connaît depuis six ans; et, pas plus tard que le deux ou trois avril dernier, nous nous sommes rencontrés, à Montréal, en face des bureaux de la Minerve, et là le compère m'a félicité d'avoir mis M. Fréchette à sa place ; il m'a même remercié d'avoir fait que depuis quelque temps le lauréat dégonflé a cessé à? éclabousser — ce fut son mot — les gens qui ont le tort d'avoir moins de tokens que lui.

Mais revenons à nos deux copains, et prêtons l'oreille à ce charmant duo :

M. Sauvalle. — Eh bien, Monsieur, c'est précisément parce que je suis étranger que je viens vous prier de parler, ne serait-ce que pour la satisfaction de la colonie française au Canada, qui n'est pas au courant du pas^é, et qui vous a, vous le savez, en si haute estime.

M. Fréchette. — En ce cas, Monsieur, vous pouvez interroger ; malgré rues répugnances à m'occuper d'un pareil sujet et d'un pareil oiseau, je suis prêt à vous répondre.

M. Sauvalle. — D'abord, savez- vous ce qui a pu déterminer (liez l'individu cette haine féroce?

M. Fréchette. — Rien de précis, Monsieur ; ce n'est pas ma faute si l'on s'est moqué de lui à l'Académie française, où j'avais réussi, la dernière fois qu'il m'a parlé, il se traînait à genoux...

M. -Sauvalle. — A genoux '!

Suivent quelques insinuations qui déshonorent celui qui les formule et auxquelles un homme hien élevé ne répond pas.

Apres s'être ainsi soulagé quelque peu de la bile que mes critiques lui ont fait faire depuis quelque temps. M. Fréchette continue :

Il nrappelait " grand cœur," dans ces circonstances-là. comme il m'appelait " grand poète " dans ses pièces. Et, confiant dans mon indifférence au sujet de mes vers, il ne se gênait point. Chaque fois que je publiais une pièce, on était sûr d'en voir apparaître la doublure, quelque temps après ; c'en était devenu une farce. Il me suivait à la piste — adoptant par derrière moi non Feulement mes expressions, m es idées, mais encore mes sujets, mes opinions, mes titres, jusqu'aux rythmes dont je me servais, le cadre, la charpente, tout. Si je divisais mes pièces par des chiffres, il divisait h a siennes par des chiffres. Si je les divisais par des étoiles, il les divisait par des étoiles. Si je faisais des strophes, il faisait des strophes! Si j'écrivais en rimes plates, il écrivait en rimes plates. Un hiver il me prend envi-3 de ciseler des Bonnets, voilà* mon homme à gâcher des sonnets. Quand j'ébauchais du paysage, il barbouillait du paysage; quand j'abordais l'épître, il se lançait dans Fépître. Et quand j'essayai du récit, il lit comme moi... il essaya.

Il est vrai que j'ai éeril sur des sujets analogues

à ceux qu'avait déjà traités M. Fréchette; mais je

n'y ai certainement pas plagié le poète national; et

quelques-unes de mes pièces, (pie je vais mettre ru

ard des siennes, vont prouver que l'accusation

qui vient d'être portée contre moi est absolument fausse.

Qu'on en juge :

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