LE DÉDAIN D'L'X PLAGIAIRE
Plagier Larousse, passe encore; mais en être réduit à plagier M. Chapman, c'est désolant pour le poète-lauréat.
Pour prouver que M. Fréchette a bien plagié M. Chapman, je cite les sonnets de celui-ci et les vers que le Journal du Dimanche a publiés.
Ses citations faites, Perse ajoutait :
Comme vous voyez, par les italiques, M. Fléchette a emprunté à M. Chapman ses Mé;'s, ses vers, ses mots et jusqu'à ses rimes.
Y a-t-il eu entente entre les deux poètes ? Est-il convenu que M. Chapman empruntera à M. Fréchette ses idées, ses vers, ses mots et ses rimes dans la prochaine poésie qu'il publiera ?
Je l'ignore. Mais toujours est-il que cet échange serait bien aussi drôle que l'échange que la Patrie et la Miner ce font depuis quelque temps de leurs caractères.
Avant de faire comparer les vers de M. Fréchette avec les miens, je ferai remarquer — avec une modestie moins connue (jue celle du chêne de la Patrie — que je n'ai pas jugé mes sonnets, Joies et souffrances d'hiver, dignes de figurer dans mes Feuilles cV Erable tandis que le Bonhomme Hiver s'étale crânement dans les Feuilles volantes, où le lauréat a eu le soin, par exemple, pour faire disparaître un peu les traces de son plagiat, de ne pas rééditer la dernière partie de la pièce en question.
Cela dit, je laisse les deux poètes parler alternativement, me contentant d'indiquer çàetlà les endroits où le Maître semble avoir eu un peu plus ou un peu moins d'admiration pour son disciple.
LE LAL'KEAT
CHAPMAN
Le ciel est radieux ; le soleil de janvier
Fait miroiter au loin les coteaux pittoresques Où de joyeux essaims d'enfants chevaleresques
Glissent sur leurs traîneaux prompts comme l'épervier.
FKECHETTE
Quand le soleil luit, la neige est coquette ; Mol et lumineux, son tapis attend Le groupe rieur qui sur la raquette Au flanc des coteaux chemine en chantant.
Le Maître avait cru qu'en mettant sur les coteaux
des raquettes au lieu de traîneaux il cacherait son
jeu. Malheureusement le jeu a tourné contre lai, à
cause de mes yeux de lynx* pour parler comme
M. Frecliette.
Mais reprenons nos citations des vers du Maître et du disciple :
CHAPMAN
Sur le cristal glace des fleuves gigantesques, Les patineurs, montés sur leurs lames d'acier,
acent en tournoyant do folles arabesques, On luttent de vitesse avec quelque coursier.
FRECHETTE
I);iiis les soirs sereins, l'astre noctambule Plaque vaguement d'un reflet d'acier La clochette d'or qui tintinnabule Au harnais d'argent du fringant coursier.
Je voua avouerai, Maître, qu'ici vous ne m'avez vole d'idées, et que vous vous êtes contenté de me subtilise!- deux rime.-.
F.i: DÉDAIN D'UN PLAGIAIRE 13
Je me permettrai, toutefois, de répéter mon dernier quatrain, pour voir si je ne pourrais pas trouver par cette répétition quelque chose de plus grave contre vous :
CHAPMAN
Sur le cristal glacé des fleuves gigantesques. Les patinai rs, montés sur leur? lames d'acier, Tracent en tournoyant de folles arabesques. Ou luttent de vitesse avec quelque coursier.
FRECHETTE
Au feu du soleil ou des girandoles, Emportée au vol de son patin clair.
Mainte patineuse, en ses courses folles,
Sylphe gracieux, fuit comme l'éclair.
Ah î par exemple, ici, Maître, c'est effrayant comme vous m'avez tailladé ! La patineuse pour les patineurs, les courses folles pour les Jolies arabesques. . . .
Un peu plus, et vous enleviez le. .. .morceau.
Et puis, comme V éclairée? est vieux, ça, M. Fréehette. La rue Saut-au-Matclot est d'hier à côté de ce lieu commun-là.
A part cela, vous rabâchez, Maître, vous rabâchez, attendu que vous avez déjà dit dans Janvier des Oiseaux de neige :
Dans les salons ambrés,, nouveaux temples d'idoles. Aux accords de l'orchestre, au feu des girandoles
La promeneuse, loin de son boudoir tépido,
lira vaut sous les peaux d'ours les morsures de l'air,
Au sou des grelots d'or de son cheval rapide,
A nos yeux éblouis passe comme un éclair.
En tout cas, j'aime mieux votre patineuse que votre promeneuse, parée qu'en faisant 'passer celle-ci comme un éclair, vous dites, Maître, quelque chose qui frise les vérités de M. de La Palisse, puisque son cheval est rapide.
Mais tous ces commentaires retardent inutilement les citations, et je prends la ferme résolution de n'en plus faire.
Au demeurant, ai-je besoin de mettre pins en relief les escroqueries de M. Fréchettc ? J'ai été volé comme dans un bois.
Reprenons donc le fil de nos comparaisons, et suivons-le sans nous arrêter un seul instant :
CHAPMAX
Au théâtre, le soir, chaque stalle est garnie, Et la foule, l'oreille ouverte à l'harmonie, Des saints enivrements boit les flots parfumés,
Pendant que, dans le bal, la valse étourdissante1 Snr le parquet baigné de flamme éblouissante Emporte dans ses liras bien des couples
FBECHETTE
Un rayon, là-bas, aux vitres rougeoie ; L'on entend des sons (l'orchestre lointain ; C< Boni ces deux sœurs, la dame et la joie, Qui vonl s'amuser jusques au matin.