DEVANT DEUX T< >M I
Il n'a pas écrit des vers à Sarah Bcrnbardt, lui !
Et puis, il a ses droits, que diable : ses droits que son père u'a pas oublié de lui transmettre religieusement dans l'intérêt de la grande cause.
" Voilà la tenue de M. Fréchette en présence de
cette tombe cntr'ou verte, devant laquelle tons les partis se sont inclinés avec respect.
" C'est la tenue d'un gavroche ou d'un saltimbanque.
" Il ne s'agit pas ici de monarchie et de république. Nous sommes de ceux qui ne croient plus guère à l'avenir de la monarchie traditionnelle en France.
"Mais il s'agit d'un grand exemple de force morale, de courage, de résignation, de foi vive et tranquille ; il s'agit d'un prince mort en exil, d'un chef de famille léguant aux siens, avec le souvenir de vertus, des enseignements et des conseils empreints d'une majesté et d'une grandeur souveraines !
" Et M. Fréchette, qui pourrait au moins se taire, ricane et insulte !
" Encore un enfant du miracle de disparu, s'écriet-il avec une joie stupide !
" Voilà la noblesse de sentiments, voilà l'élévation d'idées, voilà la générosité d'âme de M. Fréchette.
" C'est le fond du cœur qui se montre, et ce fond n'est pas beau. 9
i: Il y a quelques semaines, M. Fréchette se trouvait auprès d'une autre tombe, celle d'un malheureux dont les aventures publiques et privées se sont dénouées par un suicide, loin de l'épouse et des enfants abandonnés, sur le monument funéraire d'une femme qui n'avait pas été la sienne.
"Et cette fois, devant le tertre du/ cimetière d'Ixelle où repose le cadavre de ce suicidé, M. Fréchette s'inclinait ; il était ému, respectueux, et il emportait religieusement comme une relique sacrée une fleur fragile poussée sur cette triste et misérable tombe.
" Ce contraste, dont M. Fréchette nous a donné Le spectacle, le peint sous de déplorables couleurs. Voici deux morts, l'une chrétienne, héroïque, grande et sainte ; l'autre impie, criminelle, scandaleuse et lamentable : M. Fréchette donne une larme de Bympathie à la dernière et un grossier outrage à la première.
" Le plus cruel ennemi du lauréat découronné n'aurait pu lui faire subir une plus terrible exécution morale que celle qu'il vient de s'infliger de ses propres mains.''
Ce n'est pas la première fois que M. Fréchette a écrit comme un maroufle à. propos des hommes et des choses d'outre-mer. Il y a une dizaine d'années,
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pour chercher à plaire à la République français
; faire nommer chevalier de la Lésion d'honneur, il a essayé — comme on l'a vu dans mon livre L< Lauréat — de souiller la mémoire des anciens rois de France dans un pamphlet ordurier plagié dans Larousse. Et malheureusement cette avanie lui a valu la rosette de chevalier.
Dans une occasion un peu plus récente, le poi national a agi d'une manière non moins odieuse. Pour tacher d'avoir du roi Alphonse XII une décoration quelconque, il a, dans une pièce en grande partie imitée de tout ce que Hugo. Musset et Gautier ont écrit sur l'Espagne, jeté de la houe à. cette même République française, parce qu'il avait pris fantaisie à quelques boulevardiers en délire" de huer, à son arrivée à Paris, le monarque espagnol, à l'occasion de sa nomination comme colonel d'un régiment de uhlans.
Mais heureusement Alphonse XII était perspicace pour deviner le mobile qui avait tait agir M. Fréchette, connaissait assez la langue française pour juger de la valeur de la pièce de vers qu'il lui avait adressée, et pour ne pas décorer le poète national pour des vers aussi hypocrites et aussi plats que ceux-ci, par exemple :
Depuis quand est-ce donc par des charivaris Vie la Fiance reçoit l'hôte qui la visite ?
Retournons-nous aux temps du Borusse et du Scythe ? Ton beau titre de peuple éminemment courtois, Des sots, pour l'abdiquer, monteraient sur les toits.
O folie ! est-ce là de la vertu civique ? Tu renoncerais donc, sublime République, Si belle en tes succès, si noble en t<s revers. Désormais A donner l'exemple à l'univers ?
Ce prince, chef élu d'un grand peuple éclairé, Devait passer chez toi comme un être sacré. •C'est un monarque, soit ; en est-il moins un homme? Et puis Néron lui-même, à l'étranger, c'est Rome.
Oh ! non, vaillante Espagne, en ces hideux excès Je ne reconnais point le noble sang français. Ce n'est pas là, non plus, la République fi ère < 2 li î disait à chacun des peuples : Sois mon frère !
Maintenant dites-moi, mes amis, ee qu'il faut ]> us or d'un républicain qui injurie la République pour une faute qu'elle n'a pas commise, et qui se fait le défenseur de la monarchie pour une décoration qu'il convoite. Dites-moi si, en jetant l'injure à ]:i face dea républicains de France auxquels il devait de hi gratitude pour la décoration qu'ils lui avaient donnée, en comparant à Néron Alplion>o X 1 1 qu'il faisait mine de venger, M. Fréchette pouvait jouer plus lâchement et plus stupidement le rôle de valet. Dites-moi lequel, du flagorneur ou du saltimbauque, on doit le plus mépriser dans la personne du lauréat !