UN REVENANT
Pour se donner une contenance, après la ru le semonce qu'il reçut de M. Chapais à propos du comte de Paris et du général Boulanger, — le poète national, à l'instar des gamins grimaçant aux gens bien élevés qui les ont réprimandés pour leurs polissonneries, se mit à faire des pieds de nez aux rédacteurs du Courrier du Canada et de la Vérité.
Mal lui en prit, car M. Tardivel lui servit une salade qui faillit l'étouffer, qu'il ne pourra jamais digérer complètement, et dont on peut juger par les ligues suivante-, détachées de la Vérité du 3 novembre dernier :
" Dans la Patrie du 20 octobre, M. Fréehette,
pour se vanter, pose au revenant. Son article intitulé : Un revenant, commence ainsi :
" Vous pcnsaz peut-être qu'il s'agit de mon retour d'Europe ? Voua n'y êtes pas. C'est beaucoup plus sérieux. Je
reviens da l'autre monde, ni plus ni moins, — de l'autre monde, où mes amis T.irdivel et Thomas Chapais m'envoient de temps en temps... Tardive!, lui, ne se gêne pas, il m'assassine. A chaque instant j'apprends que le saint homme «l'a assassiné... Thomas Chapais... ne m'assassine pas, lui. il me sui id< ."
"Et M; Fréchette termine sa colonne do facéties en se demandant si Ton pourrait jurer en cour de justice que Tardivel a sa raison.
" Tout cela pour prouver que M. Fréchette n'est pas mort, qu'il se porte même à merveille.
•• Eh bien ! le poète ne réussira pas, par quelques farces et quelques gambades, à tromper le public sur la gravité de son cas.
'• Il n'est pas mort, puisqu'il gambade ; mais un homme mort vaudrait mieux que lui, car un mort n'est jamais ridicule, taudis que M. Eréehette l'est.
" On se souvient du voyage que M. Fréchette fit en France, il y a huit ans, croyons-nous. Alors, n'étant pas connu, il passa pour quelqu'un, là-bas comme ici. On lui ht part' ut bon accueil. Il recevait des compliments, des invitations : les hommes de Lettres ;i la mode le reconnaissaient comme nu <!<■> leurs. De loin, la réclame aidant, c'avait vraiment l'air d'une ovation.
" En 1894, M. Fréchette retourne en Europe.