NOTES
' L’Atrium. — L’atrium, cette partie en quelque manière la plus importante, au moins la plus caractéristique (le la maison romaine, était une sorte (ie grande salle ouverte dans le milieu de sa partie supérieure par un espace vide appelé compluvium, laissant entrer la lumière j là le patron recevait ses clients et leur donnait audience placé à l’entrée du tablinum’^, lequel était élevé de quelques marches au-dessus de V atrium. Les différentes pièces qui entouraient celui-ci étaient destinées aux étrangers et aux personnes attachées au service de la maison. Mazois, dans la description du palais de Scaurus, le confond à tort avec le cavœdium.
^ Lne area. — Le nom d’area, que Pline donne ici à une petite cour, avait chez les Romains plusieurs significations; c’était quekjuefois le sol sur lequel on bâtissait un temple, un monument quelconque, d’autres fois aussi la place même qui environnait ou précédait l’édifice.
^ Les vitres (jui la ferment. — Les Anciens se servaient pour fermer leurs galeries et leurs fenêtres d’une pierre transparente (lapis specularis). Il est probable que cet usage a précédé l’emploi du verre, et qu’ils ont continué de se servir de l’un et de l’autre moyen, selon le plus ou moins de lumière dont ils avaient besoin.
4 Un cavædium. — Le cavædium était la cour principale de la maison; ses dispositions étaient très-variées, puisque Yitruve en cite cinq espèces, qui se distinguaient par les noms suivants : toscanicim, tetrastylon, displuviatum, testudinatum, Corinthium; le milieu de cette cour était toujours orné de fontaines jaillissantes entourées de fleurs et d’arbustes qui devaient lui donner l’apparence d’un jardin plutôt que celle d’une cour.
* Un assez beau triclinium. — Le triclinium, qui est représenté chez nous par la salle à manger, a pris son nom du nombre des lits sur lestpiels on mangeait en se tenant couché, et peut-être aussi de ce qu’il n’y avait originairement sur chaque lit place que pour trois personnes; car plus tard on y put placer jusqu’à quatre et même cinq convives. C’est en faisant allusion au nombre de trois qu’on disait que celui des convives ne devait pas dépasser celui des Muses, et ce fut eu faveur de l’addition des Grâces aux âluses que les lits s’élargirent d’abord de manière à recevoir quatre personnes. Ces lits étaient quebpiefois portatifs, mais plus généralement à demeure, comme celui qui a été retrouvé sous la treille de la maison de .Salluste à Rompéi.
6 Cœnatio. — Ce mot semble être employé quelquefois dans le même sens que le mot triclinium, et Yitruve nous apprend que les salles ainsi désignées étaient aussi très-souvent appelées œci ou exedræ ;
“ Cette pièce était située dans la partie de Vatrium qui faisait face à l’entrée de la maison. Son nom, qui vient de tahida, a fait penser quelle était garnie de planclies et d'armoires, et destinée à la conservation des archives. Yitruve donne ses dimensions relativement à l’atrium.
copandant Pline, dans sa description de la maison de Toscane, dit : juncfaqiie et quotidiana, amïcuruinquo cœnalio ; ce qui paraît attribuer au mot cænatio un sens moins gcnc'ral qu’à celui de triclinium.
’’ Un sPHÆRiSTERiUiM. — Lc spJiœristerium était un lieu destiné chez les Anciens aux exercices où l’on employait la balle ; il paraîtrait cependant, par la description du sphœristerium de la maison de Toscane, que celui-ci était consacré à d’autres exercices , ce qui se trouve d’ailleurs parfaitement d’accord avec les vers de Martial ;
Non pila, non follis, etc.
COTÉ s’élève une tour. — Les tours qui faisaient partie des maisons des Anciens n’offrent qu’une analogie très-indirecte avec nos belvédères; elles avaient bien aussi la plate-l'orme d’où la vue pouvait se promener sans obstacle sur le paronama environnant; mais on reconnaît, par la description de Pline, que la grandeur et le nombre des pièces que renfermaient les tours de sa maison du Laurentin devaient leur donner un aspect extérieur d’une certaine importance plus grande que ne semble l’indiquer les peintures de villas capricieuses où des monuments de ce genre sont représentés.
11 n’est pas question de tours dans la description delà maison de Toscane: elles faisaient donc quelquefois défaut, et Yitruve, qui aurait pu nous fournir quelques renseignements généraux précieux, garde le silence sur ce sujet. L’ode d’Horace à Mécène” et l’épître de Sénèque'', dans laquelle il parle de la villa de Scipion, coiLstatent, quoique dépourvues de détails, que l’emploi de ces appendices si pittoresques dans les villas des Anciens était du moins fréquent.
® Dont les fenêtres reg.vrhent le vestiriluji. — Les doutes qui se sont élev^és parmi les savants sur la signification des mots vestibulum et atrium ont été parfaitement explicjués dans la restitution du Laurentin publiée par Haudebourt (note du chapitre Xà’l). Lc lecteur pourra y recourir au besoin et reconnaître que, comme je l’ai déjà dit, le mot vestibulum doit signifier une place découverte en avant de la maison.
De l.v vous TROUVEZ LTS CRYPTOroRTiouE. — Le mot cryptoporticus est un composé du mot grec xpuTrvoç et du mot latin porù'cus, dont la réunion signifie littéralement galerie souterraine et voûtée; il existe encore plusieurs ruines de ces sortes de galeries; on cite entre autres celles de la villa Adriana, celles plus importantes en richesse de la maison de Cdodius , sur la montagne d’ Albano, et celles de la maison de Diomède à Pompéi.
Ces galeries, qui étaient destinées principalement à offrir des lieux de promenade parfaitement garantie pendant le jour des ardeurs du soleil, étaient décorées de riches peintures, de statues ou de bustes d'hommes célèbres.
Dans la maison de Toscane, Pline parle encore de deux cryptoportiques dont l’un, placé sur la hauteur {in edito posita) , offrait dans la partie inférieure une seconde galerie presque souterraine et entièrement privée de l’air extérieur.
Le casin du jardin. — 11 semble que Pline applique également le nom de diceta à ce que nous désignons chez nous par le mot appartement , et au petit bâtiment de plaisance dépendance obligée des villas que les Italiens appellent casino, et (jui a beaucoup d’analogie avec ce que nous nommons pavillon.
Un HELioc.vjiiNus. — Ce mot, (pii ne se trouve dans aucun auteur ancien, a sans doute été composé tout exprès par Pline pour exprimer l’espèce de salon chautfé par le soleil , qu’il place dans son casin des délices.
^ (Oilr x\ix , liv. 3.
hpilrc 86.
De nombreuses, d’immenses recherclies ont été faites depuis plusieurs siècles sur les mœurs et les usages des Anciens.
Les écrits des historiens, les vers des poètes, les épitaphes des tombes ont été consultés, analysés , disséqués pour trouver un passage , un vers , un mot contenant quelque révélation ; puis on a ouvert les sépulcres, fouillé les ruines, remué le sol, et les statues , les bas-reliefs, les mosaïques, les ustensiles, les armes elles bijoux ont aidé les savants à dissiper à peu près toutes les obscurités des écrivains, épaissies trop souvent par les copistes, par les commentateurs, par les traducteurs. Aujourd’hui on est parvenu à décrire avec une remarquable exactitude le costume des divers personnages historiques, les divers actes de la vie publique, les fêtes, les spectacles, la stratégie , les triomphes; mais la vie intime est demeurée en quelque sorte murée, du moins n’en sait-on que certains détails, et est-on loin encore de pouvoir faire , pour tout ce qui la compose, ce que le savant auteur de Sabina a fait pour la toilette d’une dame romaine. Cet auteur , dans son ouvrage aussi attrayant qu’instructif, a levé un coin du voile ; le reste est demeuré à l’état de fragments décousus , quelquefois assez contradictoires, parce qu’il n’est pas toujours possible d’apprécier les différences relatives qui tiennent aux différences des temps et des rangs mal indiquées.
S’il est vrai , ce que personne, nous le supposons, ne contestera, que l’architecture est toujours et en tous lieux l’expression la plus certaine et la plus complète des besoins, du caractère, des habitudes de la société de son époque, il doit être également vrai que l’investigation de la maison privée doit servir à relier, à coordonner ces renseignements épars, à les expliquer les uns par les autres, à combler les lacunes, à composer un tableau d’ensemble dont l’œil peut dès lors embrasser toutes les parties.
Vitruve et Pline-le-Jeune sont les deux auteurs qui nous ont donné les indications les plus précises : l’un dans son Traité de l’architecture, l’autre dans les Descriptions qu’il nous a laissées de ses deux villas de Laurente et de Toscane, descriptions faites avec toute la minutieuse complaisance d’un homme amoureux de ce qu’il possède. Les détails sont tels
que les érudits, presque toujours complètement étrangers à l’art de l’arcliitecte , ont cru longtemps les comprendre parfaitement jusqu’à ce que la découverte des ruines d’IIei'culanum et de Pompéi ent fait reconnaître combien la science du lettré, destituée de l’expérience pratique de l’artiste , peut être insuffisante pour résoudre des problèmes de cette sorte. Vingt mètres cubes de poussière, enlevés de l’emplacement de ces deux villes malheureuses , en ont plus appris tout à coup sur l’architecture domestique des Anciens, ont mieux commenté Pline et Yitruve que toutes les ingénieuses théories des antiquaires spéculatifs ; et cependant tout n’a pas encore été dit, tout n’est pas encore expliqué, il s’en faut de beaucoup, et l’on s’en aperçoit à chaque instant.
C’est dans cette matière principalement qu’on doit regretter amèrement que la découverte de l’art de la gravure se soit fait attendre si longtemps, ou que du moins les Anciens n’aient pas conçu l’idée d’illustrer leurs manuscrits à la manière des calligraphes du moyen-âge. Que d’enseignements précieux ils nous eussent transmis, que de tâtonnements, que d’erreurs ils nous eussent évités! A la vérité Vitruve nous dit lui-même qu’il avait joint à son œuvre des figures pour mieux en faire comprendre le sens. Mais l'ien ne nous assure que toutes les copies qui ont pu être faites de son manuscrit les aient reproduites. Du moins celle qui est parvenue jusqu’à nous en était-elle dépourvue.
J’ai parlé de l’amoureuse complaisance avec laquelle Pline décrit ses deux maisons de campagne ; il se délecte à promener pour ainsi dire son lecteur par la main de cour en cour , de chambre en chambre ; dans celle de Laurente il indique les expositions , les communications, les points de vue aux quatre points cardinaux. Il semblerait donc en efïet qu’en le suivant comme un cicerone parfaitement sûr, et en s’appuyant d’ailleurs sur Vitruve pour compléter ce que pouvait passer sous silence l’homme étranger à la technologie, rien ne soit plus facile que de recomposer le plan de cette délicieuse villa. Eh bien! je donne ici cinq restitutions faites à des époques bien éloignées les unes des autres, depuis 1015 jusqu’à 1858; elles diffèrent tellement entre elles, ainsi que peut le reconnaître l’homme le moins exercé, qu’on pourrait nier que le même programme ait servi à leurs auteurs; elles s’écartent tellement du texte en plusieurs points importants, que j’ai cru [)ouvoir en hasarder une sixième dans laquelle je me suis efforcé de suivre notre auteur commun avec la plus scrupuleuse exactitude ; je puis même dire que le travail que je livre ici au public est en quelque sorte une septième étude; car celle que j’ai exposée au Salon de 1851, et qu’il est censé reproduire, a subi, d’après de bienveillants conseils dont je me suis empressé de profiter, de notables changements.
Je crois être parvenu maintenant à donner la traduction la plus fidèle possible de la description de Pline, sauf quelques détails insignifiants que j’abandonne volontiers à la
critique; je ne me fais pas un mérite d’avoir vaincu tant de difficultés; les savants, les artistes dont le travail a précédé le mien , m’avaient singulièrement aplani les voies , même par leurs erreurs , en m’enseignant à les éviter. J’ose donc concevoir l’espérance d’avoir donné enfin aux hommes d’étude, aux artistes, et à tout lecteur curieux de se rendre compte des mœurs et de l’art d’un peuple qui a laissé de si imposants, de si brillants souvenirs , un specimen de tout ce qui constituait une maison romaine opulente, de ses dispositions principales, et enfin de l’habileté avec laquelle les architectes de ce temps privilégié savaient combiner les principes du beau avec les exigences de l’utile , et tirer parti des beautés de la nature pour ajouter à celles de l’art et multiplier les jouissances de la vie privée.
La comparaison de la charmante villa objet de ce travail avec tout ce que nous ont révélé les découvertes faites à Pompéi , avec les précieuses données que Vitruve nous a transmises , montre combien tous ces artistes de l’Antiquité étaient fidèles aux sages règles , aux saines traditions, qui percent partout.
On sera moins surpris de la multiplicité et du peu d’accord des essais de restitution qui ont été tentés, lorsqu’on saura qu’il n’existe plus le moindre vestige susceptible de venir en aide aux interprétateurs de la lettre à Gallus. On trouve bien quelques débris sur le sol oii est censée avoir existé la villa qu’elle décrit, car ce point même est demeuré peu certain; mais, ainsi que l’observe Haudebourt, celui de mes prédécesseurs à qui je dois le plus, et qui a visité les lieux, le temps et les recherches qui ont été faites ont jeté une telle confusion parmi ces débris, déplus, de nouvelles constructions ont tellement dénaturé l’aspect des lieux et rendu ces ruines inexplicables , que ce serait, à mon avis, une peine infructueuse que de tenter de nouveau de rétablir l’habitalion de Pline à l’aide des restes qu’on voit maintenant sur le sol.
Il rappelle à ce sujet dans une note la découverte faite par l’abbé Fea, au milieu de ces décombres , de deux fragments de briques portant des timbres d’une époque postérieure à Pline. On voit par là qu’il ne suffirait pas de rencontrer des murailles antiques pour se croire autorisé à les considérer comme des fragments authentiques de sa maison , et que leur antiquité même pourrait ne servir qu’à égarer celui qui s’y confierait.
J’ai fait précéder, ainsi que je l’ai déjà dit, ma restitution de celles essayées par les principaux auteurs qui se sont exercés sur ce sujet. La plus ancienne, celle de Scamozzi, est de 1G15 , par conséquent postérieure d’environ quinze siècles à la lettre même. Les deux suivantes sont de 1699 et 1796; près d’un siècle s’intercale entre la première et celle de Scamozzi , un second siècle entre cette première et celle qui la suit. Les deux autres, plus rapprochées d’intervalles sont, l’une de 1818, l’autre de 1858. Chacune de ces époques si remarquables par les modifications du goût et des connaissances, les dernières surtout.
durant lesquelles les études archéologiques prennent une activité inaccoutumée et enrichissent , avec une rapidité inconnue des siècles précédents, la science de l’antiquaire architecte de lumières nouvelles, peut être considérée , à la manière des géologues, comme une couche superposée au sol primitif; et l’on voit d’un seul coup-d’œil quelle suite de stratifications l’idée a dû traverser pour se faire jour.
Scamozzi est, je crois, le seul parmi les architectes italiens du xvii" siècle qui ait publié une restitution du Laurentin : son plan a toute la simplicité des plans antiques, et sous ce rapport , quoiqu’il ait été peut-être jusqu’à la froideur , il est infiniment supérieur à ceux de Félibien et de P. Marquez; mais il faut reconnaître aussi qu’il s’est complètement affranchi des difficultés qu’offre la lettre de Pline en supprimant le xyste, le casin des délices , et en ajoutant deux portiques latéraux dont il fait deux cryptoportiques, tandis que Pline ne parle que d’un.
Félibien s’est plus rapproché de la description que ne l’a fait Scamozzi; mais je crois (ju’il s’est trompé dans la signification du mot andron , qu’il traduit par cour ou il n'entre que des hommes; ce mot ne peut signifier ici autre chose que passage entre deux murs; le sens de la lettre est très-clair à cet endroit , puisque c’est ce passage même qui est la cause du silence qui règne dans la chambre à coucher [cubiculum noctis).
Remarquons d’autre part que ce plan de Félibien, peu versé dans l’étude de la vraie Antiquité , a une physionomie tout empreinte du style de Louis XIII. Le caractère de l’époque où vivait l’auteur a déteint sur son œuvre.
Pietro Marquez , savant archéologue, mieux versé que Félibien dans la science de l’ancien art romain , a prouvé cependant que l’étude de Vitruve, si approfondie qu’elle soit, ne suffit pas pour accomplir une œuvre qui exige de plus une élude sérieuse de l’art architectural et des constructions réelles des Anciens ; on était encore trop peu avancé dans cette dernière étude lorsque Marquez entreprit sa restitution , pour que celle-ci mérite un examen sérieux : aussi ne l’ai-je reproduite (jue comme comj)lément du travail que je publie.
Après la mort de Dufourni , en 1818, Vaudoyer, qui l’avait remplacé momentanément comme professeur à l’école d’architecture de Paris , avait eu l’heureuse idée de donner la lettre de Pline pour sujet de concours d’émulation ; ce fut M. Macquet , devenu depuis un de nos habiles arcbitectes, qui obtint la première médaille. Si sa restitution n’est pas une traduction parfaitement fidèle de la lettre, elle est du moins conforme au programme donné par Vaudoyer , qui avait cru devoir faire de graves changements dans le texte pour le mettre plus à la portée des élèves. Je ne la donne donc encore que pour mémoire.
Ilaudebourt a publié en 1858 une restitution du Laurentin. 11 a voulu en quelque sorte, lui-même le dit dans sa préface, suivre une marche parallèle à celle que Mazois avait adoptée pour sa description du palais de Scaurus; la narration d’IIaudebourt ne manque
ni d’intérêt ni d’érudition ; la simplicité de son plan , plus complet que celui de Scamozzi , a de même certaine physionomie antique qui doit le faire remarquer; mais je pense que cet habile et savant artiste s’est trompé sur deux points très-importants; il a fait du cryptoportique une équerre , afin de faire venir à la suite, selon le texte, le casin des délices au bord de la mer. Mais Pline , si minutieux pourtant dans sa description , ne dit rien qui justifie ce pli de la ligne du cryptoportique , et l’auteur que je discute ne s’est permis cette déviation qu’entraîné par une interprétation un peu trop littérale, à mon sens, de ces expressions : a pedibus mare, sans faire attention que Pline le place très-explicitement en tête du xyste. J’expliquerai plus bas mon sentiment sur ce qui regarde le cryptoportique et la situation réelle de Vhéliocaminus ou casin des délices.
Il m’a semblé d’un médiocre intérêt de rappeler ici les diverses interprétations des mots alriiim et vestibulum; je préviens seulement le lecteur que si j’ai choisi celle qui fait du vestibulum une place en avant de la maison , c’est parce que Pline se sert du mot atrium en se dirigeant vers le triclinium , et que dans son retour vers l’entrée il se sert du mot vestibulum; il m’a semblé peu probable, en présence de la distinction que quelques auteurs, même anciens , ont faite entre la signification des deux mots , que Pline s’en soit servi alternativement pour exprimer une même chose.
Le portique qui précède Vatrium a , dans ma restitution , une grande ressemblance avec celui d’une des maisons de Pompéi qui regardent la mer et qui touche, si elle n’en fait partie, celle dite de Cicéron; ce portique n’est pas décrit, mais je n’ai rien vu d’extraordinaire à ce que Pline passât sous silence toutes les dispositions qui étaient d’un usage trop habituel pour être remarquées; ce portique se confond d’ailleurs en quelque sorte avec Vatrium , dont les dépendances ne sont pas non plus décrites.
J’ai adopté la forme demi-circulaire pour l’area parce que , ainsi que l’a observé de Sacy , si la forme du portique qui entoure cette cour avait été celle d’un O , Pline aurait eu à sa disposition une foule de mots pour l’exprimer , sans être obligé de recourir à une lettre de l’alphabet, et qu’il n’en est pas de môme à l’égard de la forme figurée par la lettre D.
Des cinq espèces de cavœdnm décrits par Yitruve, j’ai choisi le toscan comme plus conforme au texte de Pline ; on voit en effet qu’en suivant sa marche vers le triclinium et son retour vers Vatrium , il cite deux fois les deux portiques de l’area sans parler de ceux qui auraient entouré le cavœdium s’il eût été corinthien ou tétrastyle.
Cet avant-propos n’est pas destiné à suivre la description de Pline pièce par pièce , ce qui serait superflu, puisque je reproduis sa lettre même, et qu’il est facile de recourir pour chaque mot à la légende du plan ; mais je dois m’arrêter sur ce qui regarde les parties
demeurées l’objet de quelques doutes pour les commentateurs; tels sont le cryptoportique, le xyste et le casin des délices.
J’ai pensé que le cryptoportique devait être droit et non coudé, ainsi que l’a fait Haudebourt; la raison de cette disposition donnée dans ses notes est que, dans la description du cabinet du casin (zollieca), il est dit : à ses pieds l’on voit la mer. Supposant qu’il s’agit des pieds de la personne qui regarde , il a dû, pour satisfaire à cette interprétation, mettre le casin tout au bord de la mer ; et comme il est dit expressément que cet édicule est au bout du cryptoportique , que d’une autre part ce cryptoportique est forcément parallèle à la mer et à distance , il s’est vu obligé de souder à sa galerie une rallonge [)erpendiculaire, afin de remplir le programme qu’il s’est donné.
Mais ainsi que je l’ai déjà observé, et qu’on le voit plus amplement dans la lettre même, le cryptoportique étant parallèle au xyste, très-proche puisqu’il y projette son ombre avant midi , et le casin des délices étant au bout du xyste , il ne reste point de place, quoi qu’on fosse , pour le développement du retour de l’équerre. D’ailleurs Pline , parlant de l’orientation de cette galerie parallèle, n’aurait, ce semble, gardé le silence sur la galerie perpendiculaire dont l’exposition se trouve dilférente ; mais comment expliquer le a pedibus mare? II fout lire le passage entier pour le bien comprendre : « J’y ai ménagé (dans le casin) , du côté qui regarde la mer, un cabinet charmant (zotheca) qui, au moyen d’une cloison vitrée {specîilarilms) et de rideaux, peut à volonté se réunir à la chambre ou en être séparé ; il y a place pour un lit et deux chaises; à ses pieds on a la mer, derrière soi les villas, en tête les montagnes. » (.1 pedibus mare, a tergo villæ , a capite silvce.) Je sais bien que de Sacy
traduit « à ses pieds on voit la mer . ; » ce qui a fait supposer qu’on est immédiatement
au-dessus; le reste de la traduction est la conséquence de l’introduction des mots on voit dans la phrase : « derrière soi on a les maisons de campagne, et, devant, les forêts. » Dans le membre de phrase latin , il me semble qu’il faut singulièrement forcer le sens pour lui faire dire : On a devant soi les forêts , après avoir dit qu’on a la mer à ses pieds ; pour moi je m’imagine que Pline, parlant d’une chambre à coucher et du ht qui l’occupe, décrit la position agréable de l’homme étendu sur ce ht, qui peut avoir en effet la mer à ses pieds, les forêts à sa tête, ce ([ui est parfaitement conforme à la topographie du pays, et les villas au dos’ en supposant l’homme couché sur le côté droit, qui est la position la
‘ .le ne sais si je inc trompe, mais il me semble qu’il pourrait bien y avoir ici une faute de copiste, et qu’au lieu delire villæ, il faudrait lire villa; alors ce serait à sa propre maison que IMiiic tournait le dos, et le reste du commentaire devient d’une exactitude évidente; mais en excluant même toute supposition d’altération, le pluriel mitœ ne peut-il exprimer l’ensemble des bâtiments qui composent la villa?
plus ordinaire, qui devait l’être surtout chez les Romains, accoutumés à se coucher ainsi sur leurs lits de table, celle qui était la plus naturelle à un homme étendu sur un lit de repos (car ce lit de la zothèque n’était autre chose), oii il lisait, écrivait peut-être, et dewait éviter de regarder la fenêtre éclairée par le soleil, où la vue était d’ailleurs bornée par les bâtiments, tandis que par la fenêtre de droite elle pouvait se promener sur le jardin et le paysage environnant.
En traduisant comme je le fais, toute équivoque cesse sur l’emplacement du casin des délices, le plan s’arrange de lui-même avec une merveilleuse facilité, conformément au texte.
Après avoir tâché d’expliquer le plus simplement qu’il m’a été possible les dispositions principales cjue j’ai adoptées pour ma restitution du Laurentin , je dédie ce résultat d’assez longs travaux à ceux de nos confrères qui sont restés fidèles aux traditions de l’art grec et romain , à titre d’hommage et comme témoignage de reconnaissance pour l’accueil bienveillant qu’ils ont fait à mes compositiom antiques.
Je termine par une observation que j’ai entendu faire et qui m’a fra[)pé par son extrême justesse : c’est qu’il n’y a pas de coutume plus i»ropre à répandre et à perpétuer de fausses idées sur les usages , les mœurs et les arts des peuples anciens , (pie celle de traduire les mots désignatifs par des mots correspondants. Les différences des mœurs , celles qu’offre le génie particulier de chaque langue, ne permettent que rarement de rencontre)' des équivalents parhiitement synonymes; ajoutons que plus rarement encore le traducteur possède la science de l’archéologie à un degré suffisant pour ne pas faire de grossiers contre-sens. Je me suis donc permis de rétablir dans la traduction de Sacy tous les niots du vocabulaire archéologique auxquels il avait substitué des expi’essions françaises, selon la coutume du temps où il écrivait.
J. ROUGHET.
Nota.— Je dois à l'obligeance de MM. les directeurs du Magasin pittoresque le portrait de Pline-le-Coiisul , (pii orne le titre de cet ouvrage. Ce portrait est reproduit d’après le buste en marbre blanc (pii a été trouvé à Côine . patrie de cet homme célèbre.
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