‹ Le Laurentin, maison de campagne de Pline le jeune, restituée d'après la description de PlineChapitre 18 sur 22 · HOSPITIUM · texte numérisé non relu

HOSPITIUM

« Derrière cette pièce il y a deux chambres dont les fenéhres regardant • le Testibule , vestibulum , et donnent sur le jardin d*atilitë. »

N sortant de cette pièce , Pline me fit entrer dans deux autres qui donnent sur le portique et le vestibule ( i ) , que nous traversâmes à notre arrivée pour entrer dans l'atrium. De là on voit un grand jardin ,

(1) Ces pièces ont vue sur le vestibule de la maison, t^estibulum, — Si Ton suit la marche tracée par Pline dans sa lettre, on voit qu'il décrit d'abord l'atrium, la cour semi-circulaire, la grande cour, la salle des festins^ d'où Ton voit , dit-il , d'un côté la mer, dont les flots battent les murs, et de l'autre , à travers les portes de toutes les pièces jusqu'alors parcourues , l'aspect de la c&mpagne et des montagnes à l'horizon. — Ce qui prouve d'une manière évidente que tous ces lieux se suivaient immédiatement et en ligne droite. Il décrit ensuite l'aile gauche jusqu'à l'angle formé par la bibliothèque , et de ce point il indique que le logement des esclaves occupe le reste des bâtiments situés de ce côté. Revenant de là à la salle à manger, il trace le plan de 1,'aile droite

â08 LE LAURENTIN

peuplé d'arbres fruitiers, qui forment le principal revenu du Laurentin ; de là aussi on aperçoit la grande avenue

et son retour latéral sur la cour jusqu'à l'atrium , d'où il est parti, et en cet endroit il dit que les dernières chambres ont vue sur le vestibulum. Est-ce une fausse dénomination donnée à Tatrium, ou la maison était-elle précédée d'un vestibule, dont il n'aurait pas parlé au conmiencement de son épitre? C'est ce qu'il faut examiner.

Aulu-Gelle, qui vivait sous l'empereur Adrien, c'est-à-dire peu de temps après Pline, dit que de son temps des hommes , qui ne manquaient pas cependant d'instruction, entendaient par vesti« bulum la partie de la maison appelée communément atrium} et il cite à ce propos un passage de G. Gœcilius Gallus, qui, dans son livre de Significadone verborum quœ ad Jus civile , dit que ce qu'on appelle vestibule ne fait pas partie de la maison et n'est pas compris dans son enceinte , mais qu'on entend par-là l'espace qui se trouve au-devaût de la porte : « Antejanuam domus vacuum^ » et qu'il faut traverser depuis la rue pour y arriver ; les deux parties de la maison qui sont à droite et à gauche de la porte, allant aboutir à la rue qui se trouve ainsi séparée de la porte elle-même par ube avant-cour.

Plus loin Aulu-Gelle ajoute .* « On a donc appelé vestibule ces vastes espaces qui se trouvent devant les maisons. » (Aulu-G., XVI, 6.),

TTest-on pas autorisé à croire par ce passage que les anciens entendaient par vestibule une place située au-devant de «la maison? Ge qui me confirme dans cette opinion, c'est la lettre de Gicéron à Atticus (liv. lY, ïlp. 3), dans laquelle il raconte qu'étant poursuivi par les sicaires de Glaudius , il se réfugia dans le vestibule de Tatius Damionis, où ceux qui l'accompagnaient purent alors le défiuidre avec succès. Il dit aussi dans son discours : Pro Cœcind: « Quœro , si te hodie domum tuam redeuntem

qui traverse le parc. Elle est formée d^une double rangée de pins qui s'agitent au moindre vent , et produisent un

coacti homines et armati , non modo limine tectoque œdium tuarum, sed primo aditu vestibuloque prohibuerint,,.. C'est- . à-dire : « Eh bien ! je te le demande , si aujourd'hui même, au moment où tu rentres chez toi , une troupe d'hommes armés te repoussait , non-seulement de la porte et de l'intérieur de ta demeure, mais encore de la première entrée et du vestibule. . . » Il est évident que dans l'ordre suivi par l'orateur le vestibule précède l'entrée, comme la porte précède l'intérieur de la maison.

Suétone, l'ami de Pline, dit que le vestibule du palais de Néron était si vaste, qu'il renfermait trois portiques , chacun d'un mille de longueur, et au milieu une pièce d'eau immense , qui semblait une mer entourée d'édifices. On voyait aussi dans cette enceinte le colosse de Néron, qui avait cent vingt pieds de hauteur. ( Suét., Nér., 30.) Ce dernier passage suffit pour me confirmer dans mon opinion; car on ne peut imaginer une salle qui contiendrait trois portiques ayant chacun un mille d'étendue , une immense pièce d'eau, et un colosse de cent vingt pieds. Le vestibule était donc une place qui précédait la porte d'entrée, place ornée souvent de portiques , de statues ; et je dis, ainsi que Gallus, que c'était à tort que quelques personnes confondaient V atrium avec le vestibulum. Ce dernier était un espace clos et déterminé en avant de la porte ; et comme une des étymologies de ce mot indique qu'il s'y trouvait un autel domestique y celui de Vesta (Ov., Fast,, VI, 301 , 599); ainsi qu'un espace propre à la promenade ( Plaut., Mostellaria, III, 2, 130) : viden' vestibulum ante œdes hoc ? et ambulacrum? cujus modi! ) % il faut croire que le vestibule était une espèce de cour antérieure, fermée de barrières ou de portiques, mais découverte.

2t0 LE LAURENTIN DE PLINE.

bruit qui se confond de loin avec les vagues de la mer. Des massifs de buis et de lauriers marient leur ombrage avec celui des pins , et donnent , par leurs formes variées, un nouveau charme à cette perspective.

Les deux pièces où nous nous trouvions sont assez grandes , bien meublées , et assez richement décorées.

Ce sont des chambres d^amis , elles ont leur entrée sur Fatrium.

On sait aussi que les rues de Rome étaient très-étroites , tortueuses et malpropres. Ces inconvénients justifiaient ces places réservées en avant des palais, auxquelles on avait donné le nom de vestibules. En effet , est-il probable que les Romains , qui passaient leurs journées au Forum, exposés à toutes les intempéries de Tair, eussent clos ces p]ac€ts formées au-devant de leurs demeures, tandis que l'atrium même était un lieu ouvert 7

Pline d'ailleurs était trop instruit en architecture pour se tromper de la sorte, et pour donner à l'atrium le nom de vesti" bulum^ qu'il ne devait pas porter.

Comme l'on sait qu'on plaçait presque toujours un portique en avant des maisons de quelque apparence, et que Pline lui-même dit qu'il y avait un vestibule que l'on apercevait des pièces pjpoches de l'entrée, je me suis cru suflSsamment autorisé à en mettre un à la porte de son Laurentin.

Page 1