CHAPITRE XVII
CRYPTOPORTICUS.
• De là T01U tronret nne galerie qu'à m grandeur et à m magnincence
• OD pourrait prendre pour nn édiGce public. Elle est percée de
• fenêtres dei deux cAlë«, mais de celui de la mer le nombre en
• eit pltu grknd. Quand le temps ett calme et serein , on les ouvre
• toutes; si lèvent doDue d'un cÂté, on ouvre les fenêtres de l'autre. ■ Devant cette galerie est un parterre parfumé de violettes. Le» rayon»
• dn soleil frappent sur la galerie , qui en augmente ta chaleur par ' la réverbération , et en recueillant les rayons du soleil elle pré-
senre encore de raqnîloQ. Aîqu , d'une part elle retient la chaleur, de l'autre elle garantit du froid. Enfin cette galerie vous défend aussi du sud , de sorte que de difierents côtés elle ofire un abri contre les vents opposés. L'agrément que l'on trouve pendant l'hiver en cet endroit augmente pendant l'été. Avant midi, l'ombre de la galerie s'étend sur le parterre ; après midi , sur la promenade et sur la partie du jardin qui en est voisine. Selon que les jours deviennent plus longs ou plus courts, l'ombre, soit de l'un, soit de l'autre côté, décroît ou s'allonge. La galène elle-même n'a jamais moins de soleil que lorsqu'il est le plus ardent , c'est-à-dire, quand il donne aplomb sur la voûte. Elle jouit encore de cet avantage que , par les fenêtres ouvertes , elle reçoit et transmet la douce haleine des zéphyrs, et que l'air qui s'y renouvelle n'y devient jamais épais ni malfaisant. »
N sortant de ces deux pièces on descend quelques marches qui conduisent dans un magnifique crjrptoporticus {i) ou galerie, qui/ selon la remarque de Pline , a plutôt Tair d'appartenir à un monument public
(1) Le mot de cryptoporticus est un composé du mot grec xpuTTToç» et du mot latin porticus; et leur réunion signifierait à la lettre portique souterrain. Mais ce mot grec peut signifier également yoûté; d'où Ton doit conclure, d'après la description de Pline, qu'on donnait le nom de cryptoporticus à toutes les galeries voûtées, parce que c'était de cette manière qu'on construisait celles qui se trouvaient situées au-dessous du sol. Il est encore évident que cette galerie n'était pas souterraine , puisque par son élévation elle projetait de l'ombre , soit sur le parterre, soit sur la promenade, selon l'heure du jour, et que par son ex-
qu'à une habitation particulière. Les murs en sont fort épais et construits en briques, et ]a voûte est décorée de caissons en stuc diversement coloriés ; les faces latérales sont revêtues de marbre jusqu'à une certaine hauteur, et au-dessus ornées d'élégantes peintures. Les bustes des plus célèbres philosophes et des plus grands orateurs de Rome et d'Athènes surmontent des cippes placés à droite et à gauche y et entre lesquels sont établis des bancs de marbre. Le sol est recouvert d'une mosaïque, représentant divers sujets mythologiques. Au bout de cette galerie je vis une statue en airain de Gorinthe , dont je m'approchai pour l'examiner avec plus de soin.
— Je l'ai achetée ces jours passés , me dit alors Pline.
position au soleil elle conservait à Tintériéur une température uniforme dans toutes les saisons. Néanmoins j'ai pensé que le sol devait en être tenu plus bas que celui du jardin, comme ceux qu'il décrit dans sa maison de Toscane ; et à cet effet j ai indiqué plusieurs marches à descendre pour y arriver.
On croit voir dans des ruines situées sur la montagne d'Albano les restes de la ^laison de Clodius, et reconnaître un cryptoporticus construit en briques, dont la voûte, ornée de caissons en stuc , annonce une grande richesse de décoration. Dans sa maison de Toscane Pline parle epcore de deux cryptoporticus qui liaient les appartements, l'un, in edito posita, était élevé;, l'autre, siibterranca , était souterrain.
Elle est petite , mais belle et bien travaillée , au moins suivant mes lumières, qui , sur aucun sujet, ne sontf pas bien étendues, et sur celui-ci moins que sur tout autre. Je crois cependant pouvoir juger à peu près du mérite de cette statue ; comme elle est nue, elle ne cache aucun défaut et montre toutes ses beautés.
C'est un vieillard debout; les os, les muscles, les veines, les rides même ont quelque chose de vivant. Voyez comme tout est d'une vérité frappante : ces cheveux rares et plats , ce front lai^e , ce visage étroit , ce cou maigre , ces bras lauguissamment abattus , ces mamelles pendantes , ce ventre enfoncé. Au seul aspect du dos on peut reconnaître un vieillard , autant qu'il peut Tétre , n'étant vu que par derrière. L'airain , à en juger par sa couleur, est fort ancien. Enfin, à mon avis, il n'est rien dans cette statue qui ne soit fait pour arrêter les yeux des connaisseurs et charmer ceux des ignorants. C'est ce qui m'a engagé à l'acheter, tout médiocre amateur que je suis ; non dans le dessein d'en parer ma maison , car je ne me suis pas encore avisé de lui donner de semblables embellissements , mais pour orner quelque lieu remarquable de notre patrie ( i ). Elle n'est
(1) Pline, Ep, , liv. III, 6.
donc ici que jusqu'au moment où j'aurai définitivement décidé de son sort.
Je place dans cette galerie (i), continua-t-il , les plantes qui craignent le fîx)id ; aussi est-ce autour de nous un printemps perpétuel. Ici , ni le souffle glacial de Borée , ni les dévorantes ardeurs de Sinus , n'exercent leur pernicieuse influence ; mes amis se rendent dans cet agréable lieu conmie dans le sanctuaire des Muses, et nous y passons des journées entières à discourir ensemble. Aussi quittent-ils avec plaisir leurs affaires pour s'y réunir, et discuter sans aigreur. Car, je l'avoue , j'ai du goût pour toutes les doctrines philosophiques , j'accueille et j'estime toutes les différentes sectes.
Aussi cette galerie m'est-elle doublement chère; je
(1) Pline, en parlant de œtte galerie, en donne exactement l'exposition ; ce qui pourrait donner à penser qu elle était droite et non coudée, ainsi que je l'ai indiqué dans mon plan. Mais comme il dit plus loin : « Deinceps cryptoporticus » , après la galerie et dans le parterre est un pavillon d'où l'on voit la mer à ses pieds, a pedibus mare , il en résulte que d'un bout la galerie part des pièces qui sont proches de l'entrée, et aboutit à un casin au pied duquel bat la mer. Il est évident alors que cette galerie devait être coudée, puisqu'elle rejoignait ce casin; à moins de supposer que le parterre ne fût comme un promontoire avancé sur la mer; mais si ce fait eût existé , Pline n'eût probablement pas manqué de le dire.
puis y jouir de la promenade quelque temps qu'il fasse, et je me soustrais ainsi à l'empire tyrannique des saisons, à l'inconstance du. ciel. Remarquez-vous aussi que de ces fenêtres , élevées au-dessus du sol , il tombe une
lumière plus douce, qui semble , descendant de si haut , venir directement du ciel , et qui dispose l'àme au recueillement et à la méditation (i)?
Cette galerie entoure le parterre que vous venez de voir ,' et le protège contre le vent d'est, qui, au printemps , brûle parfois les fleurs et détruit la récolte. Hàtons-nous cependant d'arriver au bout de cette promenade, nous y trouverons le pavillon que j'appelle mes délices.
(() Ces galeries solitaires ne sont-elles pas une cause de ce calme qu'on remarque dans les écrits des anciens? Gicéron retrouvait dans ses longues galeries la paix qu'il avait perdue au commerce des hommes. (Ghftteaubriant.)