‹ Le lavis en extrême Orient. Traduction de Charlotte MarchandChapitre 17 sur 27 · MAÎTRES DE L'ÉPOQUE SOUNG (CHINE, 11° —13° SIÈCLE · texte numérisé non relu

MAÎTRES DE L'ÉPOQUE SOUNG (CHINE, 11° —13° SIÈCLE

dans une œuvre d'art, manifeste cette vie de son âme, traduit par cela même la vie universelle. "Du ch'i-yun résulte nécessairement le shêng-tung." En somme, les mots, au lieu de rendre ces abstractions plus claires, les obscurcissent. Plus on parle, moins on dit. "Le sens qu'on peut déterminer, n'est pas le sens éternel; le nom qu'on peut prononcer, n'est pas le nom éternel." On peut affirmer que l'art de l'Extrême Orient, tout comme sa philosophie, est impossible à comprendre si on ne le vit pas soi-même. L'impression la plus profonde qui se dégage des anciens chefs-d'œuvre, reste un miracle inconcevable. N'arrivent de miracles qu'à ceux qui en sont dignes.

Tout ce qui précède a trait au lavis de l'école subjective, qui, en Chine puis au Japon, a été cultivé comme art libre, c'est-à-dire non comme un métier par les hommes de la secte zèn ou par ceux qui se trouvaient sous son influence. Cet art devait déjà avoir atteint la perfection à l'époque T'ang (618 — 915), car les plus anciens lavis qui nous soient parvenus datent de l'époque Soung (920 — 1278) et le montrent en possession de tous ses moyens. Les maîtres de l'époque Soung, comme Kouo-Hsi(ll' siècle), Yu- chien, Mi-Feï (11*= — 12'= siècle), Hsia-Koueï (12' — 13*= siècle), Mou-hsi (13° siècle), Liang K'aï (13°siècle), n'ont jamais été surpassés, ni en Chine, ni au Japon. Sous le règne des empereurs tatares (1280 — 1628), qui avaient supplanté la dynastie Soung, le lavis reste toujours florissant. Les paysages de Kao Yan-Houi, par exemple, sont dignes en tous points des œuvres de ses devanciers. C'est seulement à l'époque Ming (1368 — 1628) que cet art décline en même temps que le zénisme, pour dégénérer finalement en une technique plus ou moins brillante, où l'on chercherait vainement les qualités spirituelles d'autrefois. Pourtant, au début du 16° siècle, la peinture à l'encre était encore capable de produire une œuvre aussi profondément sentie que le paysage de neige de Chiang Soung (pi. 65). 11 serait oiseux de donner ici la longue liste des maîtres du lavis chinois. D'ailleurs, nous ne connaissons malheureusement que le nom de la plupart d'entre eux. Quant à ceux dont nous possédons quelques œuvres, on apprend bien mieux à les connaître par ces œuvres mêmes que par les rares passages, souvent peu spirituels, qui, dans la littérature chinoise, ont trait à leur vie et à leurs productions. De toute façon, on ne pouvait raconter grand'chose de leur vie;

32 MAÎTRES DE L'ÉPOQUE ASHIKAGA (JAPOf. 14' —16" SIECLE)

la plupart d'entre eux ayant été des moines zèn, elle 'est passée dans la sn

tude des monastères. Ce manque de renseignements bi graphiques est d'aillci

un bien plutôt qu'un mal, du moins pour ceux à qui es œuvres d'un arti

importent plus que les événements de sa vie. Des œvres d'art détachées

toute relation humaine ressemblent à ces pierres prcieuses que l'éros

dégagées de leur gangue de pierre, et qui brillent d'u éclat d'autant pî

qu'elles sont isolées. Les écrits d'art chinois, historiqus ou critiques, pro

du reste que souvent l'étude de la littérature n'est d'aucne aide pour la

hension des œuvres d'art. De Mou-shi, que les artites et les cov

japonais admirent comme le maître le plus génial de la pinture à l'encre

de ses œuvres qui ont été conservées au Japon attest t

de Mou-shi les historiens d'art chinois de son temps iJique;

tout: "qu'il a été prêtre bouddhique, qu'il a peint de^^gons, >

singes, des grues, des oies sauvages, des paysages eRres h~

brossait en quelques traits au gré de sa fantaisie, que ses c

sobres et simples, mais brutales et rébarbatives, réelleient g

gréables." (Giles, p. 130.) Et s'approche-t-on mieu.de l't

Koueï ou d'un Liang K'aï, en apprenant que tous de

l'Académie royale Han-lin et qu'ils ont été décorés t

Les meilleurs lavis connus de l'ancienne peinture chi

conservés au Japon, où, depuis l'époque Ashikaga, il^

ment appréciés et collectionnés avec passion. 11 est

d'évaluer le nombre des lavis qui en Chine ont survé(

lutions ou autres catastrophes. On n'y en a découvei

soutenir la comparaison avec les trésors dont le Japor

gueillir.

Tandis qu'en Chine, son pays d'origine, l'art générait, il refleurissait et s'épanouissait au Japoi zénisme. Le premier maître japonais du lavis, T. ' par ses peintures satiriques d'animaux, n'éta; de la secte tendaï. On ne trouve ensuit, début de l'époque Ashikaga, lorsqi donna au lavis un essor d'une telk telle beauté, que la peinture na%naie ( l'époque Ashikaga ( 1 337— 1 573j»M^h . :

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