‹ Le lavis en extrême Orient. Traduction de Charlotte MarchandChapitre 20 sur 27 · ÉPOQUE ASHIKAGA (14-=— 16' SIÈCLE · texte numérisé non relu

ÉPOQUE ASHIKAGA (14-=— 16' SIÈCLE

de ces deux artistes: "Sesshou doit son renom à la sobriété et à la maîtrise de soi, caractéristiques de l'esprit zèn. De ses tableaux se dégagent un calme et une sûreté que ne nous fait sentir aucun autre artiste. Sesson respire au contraire la liberté, la légèreté, la gaieté, autre face essentielle de l'idéal zèn. La vie semble avoir été pour lui un passe-temps; son âme énergique prenait plaisir à toute manifestation de mâle exubérance." (Okakoura, The Ideals of the East, p. 180, 181.) Du reste, laissons la parole aux œuvres de Sesson ellesmêmes. Naturellement, tous les peintres de cette époque féconde ne sont pas sortis directement ou indirectement de l'école de Sôkokouji. Beaucoup, et non des moindres, se sont inspirés directement des vieux maîtres chinois, tel Keïshoki (ou Shôkeï), qui exécuta de magnifiques paysages et de puissantes figures bouddhiques au couvent de Kenchôji à Kamakoura, ou encore Soga Yasokou (15' siècle), à qui nous devons le type le plus noble de Dharma, au Yôtokouin du Daïtokouji près Kiôto (pi. 82). On compte également parmi les indépendants Miyamoto Nitên (1582 — 1645), aussi fameux escrimeur que peintre rénommé, ou encore Shôkwadô, haut dignitaire de la secte shingon (1583 — 1639) qui, malgré son apprentissage auprès de Kano Sanrakou, s'inspire directement des œuvres de l'époque Soung.

Aucun de ces artistes probablement n'a exercé son art comme une profession. Dilettantes dans le sens le plus noble du mot, ils ont créé leurs œuvres par inspiration, pour eux-mêmes ou pour des amis dont les idées s'accordaient avec les leurs, sans se préoccuper des désirs du public payant. Mais étant donné la profonde influence que le zénisme exerçait sur les chogouns et leurs cours, et par conséquent sur la noblesse entière, il était inévitable que l'art zèn devînt "à la mode" dans un cercle plus étendu. Bientôt le lavis fut considéré comme la plus noble et la plus précieuse des œuvres d'art. Toute personne appartenant à la classe élevée et instruite voulut en avoir dans son tokonoma; les paravents et les cloisons mobiles des palais et des maisons des riches se couvrirent de grandes compositions à l'encre, à l'imitation de celles qu'on avait vues dans les monastères zènistes. Pourtant l'art libre des hommes zèn ne voulait ni ne pouvait satisfaire à cette mode. 11 fallait pour cela que la peinture à l'encre fût regardée comme un métier et un commerce, ce que réalisa l'Académie Kano, dont les membres, peintres officiels des cours, exécutèrent des lavis pour les chogouns et la noblesse jusqu'à la fin du règne des Tokougawa. Kano Masanobou (1453—1490), troisième grand élève de Jôsetsou et

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artiste très subtil, qui mérita d'être recommande a Ashikaga ïoshimasa grand Sesshou, est moins le véritable fondateur de cette école que son fils Motonobou (1476 — 1554), membre le plus célèbre de cette famille d'artistes. Kano Motonobou, qui fut élevé aux plus hautes dignités à la cour du chogoun Ashikaga, n'est certes pas le plus grand peintre japonais, comme le proclament les critiques d'art officiels de l'époque Tokougawa, il est cependant sans aucun doute un artiste de grand talent. Ses lavis, qui ne constituent d'ailleurs qu'une partie de son œuvre considérable, présentent en général une excellente composition et une brillante technique; quelques-uns, comme la tempête de neige du Myôchinji près Kiôto (pi. 143), semblent même comparables, à première vue, aux créations des Sôami, Sesshou ou Sesson. Pourtant, plus on compare ses œuvres à celles de ces grandes maîtres, plus on se rend compte qu'il leur manque précisément ce qui chez eux produit l'effet le plus puissant: la profondeur d'âme. Les tableaux de Motonobou sont d'excellentes créations artistiques, ce ne sont pas des merveilles. 11 est vrai qu'on ne peut fournir des merveilles sur commande, et Motonobou avait des commandes aussi nombreuses que pressées. Comme lui, ses successeurs ont remplacé l'inspiration géniale des anciens maîtres chinois et japonais par une technique solide et consciencieuse, cette technique qu'un homme doué et qui a fait de sérieuses études a toujours à sa disposition dès qu'une commande l'exige. Plus tard, il y eut encore parmi les Kano des artistes sachant bien manier l'encre: Eîtokou (1543 — 1590), dont les meilleurs productions sont cependant les peintures monumentales, éblouissantes d'or et de couleurs, qui ornaient les appartements de cérémonie de son protecteur Hidéyoshi; ou le virtuose Tanyou (1602 — 1674), dont les paysages de pluie et de brouillard possèdent le charme rêveur de certaines poésies japonaises; ou bien l'original Morikaghé (17''siècle), le fin Naonobou (1607 — 1680), et f-fanabousa Itchô (1652 — 1724), qui, à cause de ses œuvres caricaturales, fut expulsé de l'école, bien qu'il en ait été un des élèves les mieux doués et les plus vivants. Mais, dans leur ensemble, les productions de l'école Kano devinrent de plus en plus formalistes et vides, et finalement le plaisir des grands seigneurs, qui se sentaient obligés de les acquérir, dût être très mitigé, car pendant ces derniers deux siècles les lavis de cette école se distinguèrent surtout par une correction et une monotonie, étonnantes même pour un art académique.

A l'époque Tokougawa, le lavis n'a d'ailleurs nullement été le monopole

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