‹ Le lavis en extrême Orient. Traduction de Charlotte MarchandChapitre 21 sur 27 · INDEPENDANTS ET DILETTANTES · texte numérisé non relu

INDEPENDANTS ET DILETTANTES

des Kano. Des artistes se rattachant à d'autres écoles ont fait des lavis aussi bons sinon meilleurs. On peut citer Sôtatsou (17*= siècle) et Kôrin (1661 — 1716) qui, s'inspirant de Kôetsou, ont vivifié le style désuet de l'école Tosa et l'ont amené à une puissance décorative grandiose. Leurs peintures à l'encre les ont rendus célèbres à juste titre; les tons en sont en effet d'une beauté réellement captivante, mais, chez ces peintres aussi, on chercherait vainement l'esprit qui animait l'ancien art zèn.

Profitant de la fatigue provoquée finalement par les tours de force, aussi adroits que futiles, des artistes de l'école Kano, un genre particulier de peinture à l'encre, qui avait pris naissance en Chine à l'époque Ming, s'introduisit et se répandit au Japon, genre qui s'oppose délibérément à la peinture de métier, arbore l'étiquette de dilettante, méprise la virtuosité, et n'attache d'importance qu'à l'idée philosophique ou poétique. Cette "peinture de lettrés" (en chinois wên-jên-houa, en japonais bounjinga) n'a certes pas été cultivée uniquement par des amateurs. Des professionnels comme Tani Bounchô (1762 — 1841), Chikouden (mort en 1835) ou bien Bouson (1716 — 1783) ont réussi à imiter avec une habilité raffinée la maladresse naïve de la peinture de dilettantes, mais dans son ensemble elle n'est effectivement pas autre chose que ce qu'indique son nom. Ses productions méritent cependant une attention plus grande que celle qu'on leur a jusqu'à présent accordée en Europe, car, précisément, cet art d'amateurs nous montre à quel point est répandu en Extrême Orient le talent pour la peinture. Parmi quantité de productions assez faibles on trouve un nombre surprenant de conceptions très originales, qui, par leur esprit, sont certainement plus proches des œuvres des anciens maîtres que ne le sont, par leur technique, les derniers produits de l'école Kano. Le coup de pinceau n'est généralement pas d'une grande virtuosité, mais de cette imperfection même émane un charme singulier; la puissance et la variété des tons laisse le plus souvent beaucoup à désirer, mais presque jamais le trait n'est vulgaire. C'est que ces dilettantes étaient des Extrême Orientaux, et des Extrême Orientaux lettrés, c'est-à-dire des hommes qui savaient manier le pinceau à écrire, et n'étaient ni sans aptitudes ni sans exigences calligraphiques.

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