LAVIS OBJECTIF
T'ous les genres de lavis dont nous avons parlé appartiennent à l'art subjectif, qui se propose essentiellement de traduire des états d'âme. La peinture objective à ses débuts n'a presque jamais renoncé à la couleur. Ce n'est que lorsque la peinture subjective fut devenue à la mode, que les artistes de tendance objective commencèrent à peindre à l'encre de Chine, mais ils l'employèrent d'une manière toute différente. Pour les artistes de tendance subjective l'encre était le moyen d'expression indispensable à l'essence et au but de leur art; ceux de tendance objective par contre renoncèrent aux couleurs sans y être conduits par une nécessité intérieure résultant de l'essence même de leur art. Si parfois ils s'en sont passés quand même, il y a eu à cela d'autres raisons; d'une part, les lavis étaient plus estimés par l'aristocratie et par les personnes instruites; d'autre part, et c'était peut-être la raison principale, l'amour-propre les poussait à montrer qu'ils pouvaient avec les moyens restreints du lavis, arriver aux mêmes résultats que par les couleurs. Ils ont en effet utilisé l'encre dans le même esprit et dans le même but que la couleur, c'est - à - dire pour représenter les objets de la manière la plus caractéristique, ce qui, en Extrême Orient, veut dire de façon aussi fidèle qu'expressive. Et ils ont réussi à faire des choses admirables. Un pin, un bambou, tels que les a peints à l'encre Marouyama Okyo, fondateur et principal peintre de l'école naturaliste (1733 — 1795), paraissent aussi réels, aussi colorés que s'ils avaient été exécutés avec les plus riches couleurs. En disant qu'Okyo n'a pas produit de bons lavis (Taki, On Oriental India-Ink Painting. Kokka, N° 203, p. 651), le critique japonais pense évidemment aux lavis subjectifs qui n'étaient pas en effet du domaine du peintre naturaliste. Okyo est peut-être le meilleur représentant de l'école objective japonaise. Mais de son temps et postérieurement bien des artistes l'ont à peu près égalé, par exemple l'excentrique Rosetsou (1754 — 1799) et le sinicant Gankou (1749 — 1838). On trouve encore actuellement au Japon, dans les expositions, plus d'un bon lavis de ce genre, mais plus rien ne subsiste du grand art des anciens maîtres zénistes, si ce n'est, çà et là, une trace effacée, dans un tableau bounjinga.