‹ Le LémanChapitre 15 sur 88 · CARTES · texte numérisé non relu

CARTES

le plaisir de la présenter à la Société helvéticpae des sciences naturelles dans sa session d’août 1890. (')

La carte hydrographique du Léman est ou sera publiée :

1° En réduction photo-lithographique de la carte d’ensemble originale à l’échelle de 1 : 50 000«, par les soins du bureau topographique fédéral.

2° A l’échelle du lever original au 1 ; 25000e dans l’atlas Siegfried, feuilles 430, 430 bis et ter, 437, 437 bis et ter, 438 bis et ter, 440, 440 bis, 443, 445, 445 bis, 440, 447, 448, 451, 450, 404, 466, 467. Le relief est figuré par des courbes isohypses (d’égale altitude) équidistantes de 10"'. Dans les parties intéressantes, des courbes de 5™ d’équidistance sont intercalées. Les cotes d’altitude absolue sont calculées d’après la donnée que le repère de la Pierre du Niton est à l’altitude de 376.86"i. Nous avons vu que l’altitude absolue de ce repère doit être abaissée à 373.5“ ; il y a donc une correction générale de — 3.4“ à apporter à toutes les cotqs de cette carte.

3“ Dans une carte spéciale que prépare M. l’ingénieur Delebecque au 1 : 50 000e avec isobathes équidistantes de 10“, le niveau moyen étant RPN — 1.56“.

4° .l’en ai tiré une carte au 1 : 100 000® avec isobathes (courbes de même profondeur) équidistantes de 25“ rapportée au niveau moyen du lac adopté pour l’établissement de la carte soit à RPN — l.SO"". J’ai obtenu de M. le colonel Lochmann l’autorisation de faii'e reproduire sur l’original des cartes suisses de l’atlas Dufour le dessin des côtes et d’y introduire la figure du relief du lac. Le travail lithographique a été fait par MM. Kümmerly frères à Berne. Je le ioins à ce volume.

5» jM. a. Delebecque en a tiré une carte au 1 : 150000® avec isobathes de 25“ sous le niveau moyen RPN — 1.56“. Elle a été publiée avec un texte explicatif dans les Annales des ponts et chaussées de France.

IL Méthode dn lever hydrographique.

Les ingénieui’s du bureau topographique fédéral, appelés successivement à dresser les cartes hydrographiques des lacs suisses, ont porté

(') Arch. de Genève XXIV, 401, 1890.

HYDROGRAPHIE

à un haut degi’é les méthodes de sondage et de lever de ces cartes. Je crois utile de décrire ici leui’s procédés, qui ont été appliqués dans toute leur perfection pour le lever de la carte du Léman, au i : 25 000® (a’tlas Siegfried) par M. J. Hôrnlimann, ingénieur du bureau topographique fédéral dans les -eaux suisses, et par M. A. Delebecque et les agents du bureau des ponts et chaussées de l’arrondissement de Thonon, pour les eaux françaises.

L’opération (i) du lever de la carte se décompose pour chaque point en deux manœuvres, la mesure de la profondeur de l’eau, ou le sondage, et la détemiination de la position du point.

Pour le sondage, les ingénieurs suisses emploient actuellement un fil d’acier de G.S”™ de diamètre, de la fabrique Felten et Guillaume, à Mülheim sur le Rliin. Ce fil possède une force de traction de 100''» à la rupture. Avec un si petit diamètre, 300'“ d’un tel fil représentent une superficie de 75<*“>2 seulement; cette surface est lisse et les frottements dans l’eau sont très faibles.

A l’extrémité libre du fil est attachée une tringle de fer qui traverse un ou plusieurs boulets de fonte. Pour les faibles profondeurs un poids de est amplement suffisant ; pour les fonds de 150'" et plus, on y ajoute un second boulet de Si's, ce qui porte à 10'‘s le poids du plomb de sonde.

Le fil s’enroule sur le tambour d’un treuil établi d’après les dessins de M. l’ingénieur Haller de Berne (flg. 9). C’est un solide bâti de . fonte qui porte le tambour, avec ses manivelles, le compteur et les poulies de renvoi. Le tambour est actionné par une manivelle, avec un ou deux engrenages, suivant le poids du plomb de sonde ; un seul homme suffit à la mettre en mouvement. Le tamboui' porte un frein puissant pour modérer ou arrêter la descente de la sonde. Les poulies au nombre de trois dirigent le fil en dehors du bateau et le laissent hbreinent tomber dans l’eau. Une de ces poulies est calibrée de telle manière que la circonférence de sa gorge soit exactement d’un mètre. Son axe s’engrène avec un appareil à compteur qui indique le nombre de tours de roue, et de dixièmes de tour, permettant ainsi d’apprécier la profondeur à un décimètre près. Un ingénieux système de bascule fait désembrayer la roue du compteur à l’instant où le plomb de sonde,

(') /. Hürnlimann, Ueber Seetiefen messungen. Schw.-Bauzeitung. B" VII 1886.

en touchant le fond, cesse de peser de son poids sur la poulie équilibrée autour de laquelle s’enroule le fil.

Dans le littoral, les très faibles profondeurs sont mesurées à l’aide d’une latte graduée qu’on plonge verticalement dans l’eau.

La barque qui porte l’appareil à sondages, le Sondeur, est du type de la cochère, bateau plat, non ponté, sauf une petite chambrette à la proue ; elle a deux mâts dont l’un est voilier et porte une voile latine, l’autre est une règle graduée qui sert de mire à la stadia et en même temps de mât pour les signaux. Quatre avirons servent de moteur au

(Fig. 9.) Appareil a sonder du bureau topographitiue fédéral.

Sondeur. L’équipage est composé de l’ingénieur hydrographe, d’un mécanicien et de quatre rameurs.

Le bateau est dirigé sur la ligne des profils par un ingénieur établi sur la grève, qui vise le navire à l’aide d’une alidade et le ramène sur l’alignement par un jeu de signaux convenus.

HYDROGRAPHIE

L’établissement du point se fait par deux méthodes différentes, suivant la distance à la rive.

l’our les faibles distances, inférieures à 1400™ (à 1500™ par un bon éclairage) la position du bateau est déterminée par l’ingénieur à la côte à l’aide d’une visée de l’alidade à stadia. A l’appel d’un .signal du Sondeur qui arbore une flamme convenue, l’opérateur de la rive vise la direction au moyen de l’alidade et la trace sur sa planchette ; et en même temps il apprécie la distance par une lecture à la stadia des marques équidistantes peintes sur le mât du bateau. Direction et distance connues, il peut immédiatement reporter sur la planchette la position de la barque. En même temps l’ingénieur à bord du Somlem- apprécie la direction à la rive par un angle mesuré au sextant entre deux points trigonométriques de la terre fenne; comme il suit sur sa carte la position du profil où il travaille, il peut établir approximativement la position du point sondé, quitte à la vérifier plus tard sur la planchette de l’opérateur à la côte.

Pour les distances supérieures à 1400™, la mesure à la stadia est trop insuffisante. L’ingénieur à terre se borne à marquer sur la planchette la direction exacte du bateau au moment du sondage; la distance et la position définitives du point sont déterminées à bord du Sondeur par l’entrecroisement de deux ou trois angles mesurés au sextant sur des signaux trigonométriques connus.

Le degré d’exactitude de ces diverses opérations est plus que suffisant, et, d’après l’estime de M. llôrniimann, l’incertitude dans la position du point ne dépasse pas les erreurs inévitables qu’on peut faire dans le dessin lui-même de la carte.

L’ingénieur qui travaille sur le bateau trace sur la carte, immédiatement après chaque soudage, la position approximative du point sondé. En en comparant la profondeur avec celle des points voisins, il peut juger si le sondage mérite confiance, ou bien, s’il y a des accidents importants du sol il peut multiplier les coups de sonde pour en éturdier les détails.

I.e lever d’une carte hydrographique se fait dans des conditions tout autres que l’établissement d’une carte orographique terrestre. Par le fait de l’opacité absolue de l’eau sous une épaissetu' de quelques mètres, l’ingénieur hydrographe ne voit pas le sol dont il doit découvrir les inégalités ; il agit à l’aveugle. Les ingénieurs suisses ont adopté pour programme un réseau normal de profils équidistants, régulière-

ment distribués, mais ils ont reçu pour consigne de multiplier les coups de sonde en dehors des profils sitôt que la complication du relief l’exige.

Quant à l’établissement lui-même de la carte, il est procédé comme suit. Une série de profils principaux distants de 500 mètres sont tracés normalement à la ligne générale de la côte, en travers du lac ; sur ces profils, des points sont sondés tous les 50™ pour les faibles profondeurs, tous les 100™ pour les pi'ofondeurs moyennes, tous les 200, les 300, les 500"' pour les’grands fonds du lac. Près de la rive des profils intermédiaires sont étendus jusqu’à la distance de mille ou quinze cents mètres en avant. Quand une partie devient intéressante, le nombre des points à sonder est multiplié à la discrétion de l’ingénieur hydrographe.

C’est ainsi que dans la plaine de grande profondeur du Léman le nombre des coups de sonde ne dépasse guère 5 par kilomètre : tandis que devant les bouches du Rhône j’ai compté sur la carte d’Hôrnlimann jusqu’à 110 coups de sonde dans un kilomètre carré.

Nous avons dit que le nombre total des sondages qui ont servi au lever de la carte du Léman a été de 11 955, ce qui représente près de 21 points par kilomètre carré.

Les cartes hydrographiques suisses sont publiées à l’échelle du 1 : 25 000'' dans l’atlas Siegfried ; le relief du sol est dessiné par des courbes isohypses faisant suite à celles du terrain émergé, rapportées au niveau de la mer. Je rappelle ici la correction de — 3.4"' qui doit leur être apportée par suite des erreurs' faites à l’origine dans l’étalilissement de l’altitude absolue du repère de la Pierre de Niton, base de l’hypsornétrie suisse. Ces courbes isohypses ont une équidistance de 10">. Pour les points particulièrement intéressants des courbes intermédiaires sont dessinées en pointillé fin ; les courbes de chaque centaine de mètres se distinguent parce qu’elles sont dessiné&s en pointillé grossier. Quelques cotes absolues sont indiquées sur les points saillants au-dessus ou au-dessous du niveau général, quand leur relief n’est pas suffisamment donné par les courbes.

11 est un perfectionnement dans l’établissement de ces cartes que j’ai proposé en 1890, (') mais que je n’ai pas encore pu faire adopter. Je le recommande à l’attention des hydrographes.

(0 Protokolle der Vollziigskommission derfüuf Uferstaaten fur die Herstellung einer Bodenseekarte, V' Sitzung. Lindau, mai 1890. p. 10.

Pour la bonne utilisation d’une carte hydrographique il est important de savoir quels sont les points sondés ; la confiance que l’on doit accorder aux courbes isohypses dépend de cette connaissance. En admettant que l’attention la plus scrupuleuse ait été apportée au tracé des courbes, il est certains cas où l’on pourrait modifier notablement ce tracé en satisfaisant également aux résultats des coups de sonde. D’une autre part si les sondages ont été très multipliés sur une partie délicate, le relief tracé par les courbes a une grande sûreté ; si les coups de sonde sont peu nombreux, des inégalités importantes peuvent avoir échappé à l’hydrographe. Enfin un coup de sonde donné très près d’une courbe isohypse assure à la position de cette courbe une parfaite sécurité ; si le sondage est à une plus grande distance de la courbe, celle-ci devient plus incertaine. Suivant les circonstances, les conclusions que le géologue ou le géographe sont autorisés à tirer du dessin de la carte peuvent être notablement dilï'érentes.

Or il est impossible dans la publication d’une carte d’indiquer tous les points sondés avec leur cote d’altitude; cela chargerait trop le dessin et cela serait trop déplaisant à l’œil, .l’ai proposé de satisfaire à la fois aux exigences esthétiques du dessin et aux désideratas de ceux qui ont à étudier ces cartes, en signalant chaque coup de sondage par un simple point noir, sans inscription de cote. La cote de ces points pourrait se déduire par interpolation enti’e les courbes isohypses voisines, et celui qui aurait à étudier les détails de la carte, saurait immédiatement quelle confiance il doit attacher aux courbes tracées; quitte à lui il retrouver, sur la minute originale de la carte, la cote exacte des points dont l’importance justifierait une pareille recherche. J’estime ce perfectionnement nécessaire pour les cartes hydrographiques dont le lever est fait à l’aveugle, sans que l’ingénieur vise lui-même les détails de fond ; l’apparence extérieure des cartes en soufl'rii-a peut-être un peu, mais leur valeur intrinsèque en sera notablement accrue. (*)

Quelle est l’exactitude que l’on doit attribuer aux cartes hydrographiques ? Quelle est la confiance que l’on peut leur accorder ? Cette

(h J’ai le plaisir d'apprendre que M. le colonel Lochmann, chef du bureau topographique fédéral, a bien voulu suivre ce procédé pour la carte hydrographique du Léman, eu reproduction photo-lithographique au 1 : .SOÜOO'. Cette carte, destinée à l'étude scientifique et technique, satisfera à tous les désideratas que nous pouvons exprimer.

question a une haute importance pour celui qui a à les utiliser et qui doit, d’après le relief dessiné sur la carte, tirer des conclusions sur la nature des accidents qui y sont représentés. Il y a lieu à ce point de vue de distinguer trois opérations dilïérentes, à savoir :

La tâche de l’ingénieur hydrographe. Le degré d’exactitude de la cai’te tient à la précision avec laquelle le lever a été fait. Les erreurs possibles dans le sondage viennent ;

a De la coirection de l’appareil dont tous les détails doivent être vérifiés avec soin ; en particulier le diamètre exact de la poulie d’enregistrement de la profondeur a une importance capitale. Sous ce rapport nous pouvons dire que les deux appareils employés pour l’établissement de la carte du Léman, celui de M. Hôrnlimann et celui de M. Delebecque, ont été mis simultanément en action sur la plaine centrale du Léman par 309'" de profondeur; les différences observ'ées entre les résultats des deux instruments n’ont pas dépassé 0.3'". De ce fait l’exactitude de la carte du Léman est presque parfaite.

h Des erreurs de lecture, et des erreurs dans la position des points. L’exactitude dépend de l’attention et de l’habileté de l’ingénieur.

c Des erreurs de mesures dues à la dérive du bateau pendant le sondage; entraîné par le vent et les courants du lac, le bateau peut se déplacer notablement entre l’instant où la profondeur est mesurée et celui où le point est déterminé. Ou bien, par le fait de la dérive, le fil de sonde peut n’être pas parfaitement vertical ;(') son inclinaison, qui ne peut se vérifier que dans les 2 ou 3‘" où l’œil suit la ligne, échappe à l’observation de l’opérateur. A ce point de vue il convient d’éliminer tous les sondages faits par des jours de vent, ou de forts courants sur le lac.

(1) Avec les anciennes lignes en corde de chanvre on de soie, dont le diamètre était relativement fort et la surface rugueuse, les frottements sur l’eau n’étaient nullement négligeables ; la sonde pouvait faire une courbe de chaînette et, alors même qu’elle était verticale aux yeux de l’opérateur dans sa partie supérieure, elle pouvait indiquer une profondeur notablement trop forte. Cet inconvénient n’est plus à craindre avec les lignes de fil métallique, qui ont moins d’un millimètre de diamètre et dont la surface est parfaitement polie ; une tension suffisante permet d’en assurer la rectitude absolue. Mais il reste toujours la possibilité d’un écart de la verticalité, et l’erreur de ce fait est loin d’être négligeable. Pour une longueur de 300'“ une déviation de la verticalité entraîne une erreur en trop dans la profondeur :

Ecart de 1° erreur en trop de profondeur 0.05™.

HYDROGRAPHIE

Pour que l’opérateur puisse reconnaître immédiatement les erreurs trop grossières, le mieux est qu’il trace autant que possible sa carte à mesure qu’il procède aux sondages; en dessinant sin- place, d’une manière provisoire, cela s’entend, les courbes isohypses, il voit bientôt celles dont la marche est anormale, et les points qui demandent à être vérifiés. La répétition immédiate d’un sondage est peu dispendieuse ; une répétition ultérieure est le plus souvent presque inexécutable.

Mais même en admettant la plus grande attention et la meilleure conscience chez l’opérateur, celui-ci n’en est pas moins dans une situation fort délicate. Il agit à l’aveugle ; il ne voit pas le fond sur lequel il travaille, je ne puis me' lasser de le répétei’, et sa sonde peut négliger certain détail d’importance majeure, qu’il aurait mesuré s’il avait vu le sol à découvert. C’est là qu'il faut à l’ingénieur du tact, une véritable seconde vue qui lui fasse deviner les accidents possibles entre les points dont il a la profondeur exacte. Sous ce rapport l’expérience acquise par l’opérateur est d’une importance souveraine ; un vieux maitre sondeur, comme Hôrnlimann, jouit d’avantages inappréciables, car il comprend mieux avec quelques coups de sonde i.solés les allures du fond que ne le ferait un hydrographe novice avec des centaines de sondages.

La tâche du dessinateur consiste à tracer d’une manière intelligente les courbes isobathes entre les points dont la profondeur e.st donnée par les sondages. L’interpolation entre les points de sonde indique la position plus ou moins certaine des courbes en quelques lieux, mais entre ces lieux leur tracé n’est que probable. Quand un accident du sol, un ravin, une colline saillante se retrouvent sur plusieurs profils, il n’est pas difficile d’en donner le relief. Mais quand un seul point de sonde est là pour signaler un accident, quand il manque les points voisins qui en affirmeraient l’authenticité, nous recommandons au dessinateur la plus grande prudence. Il vaudrait mieux négliger dans le tracé un accident du sol que de figurer un relief auquel le lecteur attribuerait peut-être une grande importance, et qui ne serait que le fait d’une erreur de sondage. — Je citerai comme exemple les deux entonnoirs que les feuilles 438 bis, édition, et 438 fer de l’atlas Siegfried avaient dessinés sur la plaine centrale du lac Léman. L’un et l’autre établis sur un seul coup de sonde n’ont pas été retrouvés dans des sondages plus serrés et plus précis de la révision ultérieure de la carte. Si le dessinateur de cette carte y avait mis la prudence que je

recommande ici, il m’aurait évité la longue dissertation dont je me suis rendu coupable à propos de ces deux dépressions imaginaires, dans mon étude sur la carte hydrographique du lac. (*)

La tâche du lecteur de la carte hydrographique est aussi difficile; il y a une véritable étude à faire pour nous déshabituer des notions de confiance absolue que nous avons dans l’usage des- cartes hypsométriques terrestres. Au premier abord nous sommes tentés d’attribuer aux courbes isohypses sous-lacustres la même certitude qu’à celles d’une carte terrestre; chaque infle.xion de ces courbes nous paraît également précise et assurée. 11 n’en est rien ; le tracé des courbes est seulement probable ; il n’est pas certain. 11 est incontèstable que, dans ses grandes lignes, le relief figuré par la carte est parfaitement sûr, et que nous pouvons en tirei’ des conclusions générales de haute valeur ; il est incontestable aussi que certaines parties, même très accidentées, qui ont été criblées par de nombreux coups de sonde, offrent le même degré de certitude. Mais d’autres détails cfiii ne sont signalés que par un ou deux sondages n’ont pas du tout la même précision ; leur tracé n’est que probable, approximatif. Malheureusement avec les procédés actuels de publication de cartes qui ne donnent pas tous les coups de sonde, il est impossible de juger entre les parties qui sont absolument certaines et celles qui ne le sont pas. Pour arriver à une notion assurée, il est nécessaire d’avoir recours aux minutes originales.

Je me hâte d’ajouter que pour ce qui regarde la carte du lac Léman, elle a été levée avec tant de soins, les ingénieurs suisses et français, qui y ont consacré tant de peine, ont multiplié les sondages avec tant de conscience et d’intelligence dans toutes les parties difficiles et douteuses, que nous pouvons lui attribuer la plus grande valeur d’exactitude, et nous fier en toute sécurité aux détails qui y sont figurés. Après une étude longue et attentive de notre belle carte, je puis déclarer que je n’ai pas trouvé un seul point du relief figuré qui m’inspirât de l’inquétude ou de l’incertitude.

Avant d’aborder l’étude générale de la carte du lac j’ai encore deux points à signaler.

Le premier regarde l’appellation à donner aux courbes horizontales

(') Archives de Genève, LII,~p. 9, sq. 1875.

HYDROGRAPHIE

équidistantes qui figurent le relief. Dans les cartes de l’atlas Siegfried, ce sont des courbes isohypses, soit de même altitude, rapportées au niveau de la mer ; l’on est parti de la supposition que le repère de la PieiTe du Niton est à l’altitude 376.86"'. Comme nous l'avons dit il y a lieu d’apporter à cette altitude et par conséquent à celle de chacune des courbes isohypses qui en sont déduites une correction de — 3.4™. Les isohypses de l’atlas Siegfried ont une équidistance de 10'". Pour ma description je me servirai de préférence des courbes isobathes soit courbes d’égale jirofondeur rapportées au niveau moyen du lac. Ma carte au 4 : 100 000" est établie sur ce système avec équidistances des isobathes de 25'".

Le second point est le niveau moyen du lac qui a servi à la détermination des profondeurs, soit à l’établissement des courbes isobathes. Ce niveau est celui admis par les ingénieurs suisses et français, 1.56"' au-dessous du repère de la Pierre du Niton (RPN — 1.56'") soit à l’altitude absolue 375.3'" quand on donne à RPN la cote 376.86"'; Le plan du niveau RPN — 1.56"' diffère de trop peu du niveau moyen des eaux du lac, (') lequel est du reste variable suivant l’état des débouchés du Rhône de Genève, pour que j’aie songé à m’écai'ter de cette valeur qui a passé depuis longtemps dans l’usage général.

ni. liC relief en creux du lac I^éiiiau.

Pour utiliser la carte hydrographique, à l’échelle du 1 : 25 000®, que nous devons aux ingénieurs suisses et français, je pourrais faire de deux manières la description du relief du lac. En premier lieu d’une manière empirique en étudiant simplement les profils longitudinaux et transversaux. En second lieu d’une manière systématique en divisant le relief en régions et en cherchant à les caractériser. Pour éviter des double-emplois et pour simplifier, je m’en tiens à la seconde méthode. Le lecteur pourra retrouver la plupart des faits que j’ai à décrire ici dans la carte au 1 : 100 000® avec isobathes de 25"' qui accompagne ce volume ; mais il ne doit pas oublier que les détails précis ont été tirés de la carte originale à l’écheUe de 1 : 25 000® avec équidistance des courbes de 10™ qui a servi de base à cette étude.

(') Depuis la convention intercantonale de 1883, ce niveau moyen est RPN — l.fiO"".

LE RELIEF EN CREUX DU LAC LÉMAN

Il y a lieu avant tout de séparer nettement dans le lac deux régions, la région littorale et la région profonde. La région littorale que je limiterai à la courbe isobathe de 25°> (ou isohypse de 350'“), est fort compliquée et très intéressante. Sa structure est la résultante du jeu alternatif de l’érosion des rives, de l’alluvion des affluents, de l’action des vagues. Elle mérite une étude attentive, dans laquelle nous aurons à considérer aussi bien la nature et la structure du sol que son relief. Je lui consacrerai un paragraphe spécial.

Ici je me borne à constater que sa largeur et son importance sont fort différentes d’une région à l’autre du lac. Sur les côtes rocheuses et à talus inclinés comme celles de Lavaux et la rive de Savoie, du Bouveret à Evian, sa largeur est nulle ou très faible. Ailleurs, en particulier devant la plaine du Rhône et près de Genève, elle atteint une étendue considérable et dépasse même un kilomètre de largeur. J’aurai à expliquer la raison de ces différences.

Je commencerai par la région profonde.

En laissant donc de côté pour le moment le littoral et en me limitant ici à la région profonde, je constate tout d’abord que le lac, au point de vue de son relief comme dans sa forme extérieure, se divise tout naturellement en deux parties, le Grand-lac et le Petit-lac. Je les étudierai successivement.

1“ Le Grand-lac.

La partie orientale du Léman, depuis les bouches du Rhône jusqu’au détroit de Promenthoux, est un bassin unique et indécomposable ; il n’est point séparé en cuvettes distinctes ; aucune barre ne le découpe ni dans sa longueur ni dans sa largeur. Pour le décrire je considérerai successivement le plafond du lac et ses talus.

Les talus d’un lac -sont les bords immergés du bassin, plus ou moins inclinés, qui, partant ile la rive, aboutissent à la plaine des grandes profondeurs ou plafond du lac.

Le P 1 afo n d du lac est la plaine plus ou moins égale qui constitue le fond du bassin. Etant donnée la forme allongée du Léman, nous pouvons, indépendamment de toute notion sur son origine, le comparer à une vallée. Le plafond du Léman sera donc le thalweg de la vallée. (‘)

(*) Le plafond d'un lac n’est pas nécessairement un thalweg : ainsi les plafonds des lacs de cratères, ceux des çliotts du Sahara, etc., ne sont ni des fonds de vallées d’érosion, ni des fonds de vallées de plissement.

HYDROGRAPHIE

Nous allons étudier ces deux parties, d’un coup d’œil général, en négligeant d’abord les accidents locaux sur lesquels nous reviendrons plus tard.

Les talus. Dans le Grand-lac les talus sont fort diversement inclinés. Dans le Haut-lac ils ont leur maximum de pente dans la région orientale ; à l’occident du prolil Ouchy-Evian leur déclivité est beaucoup plus douce. En même temps leur hauteur varie; elle dépend de la profondeur du plafond dans la région considérée; elle est moins considérable aux deux extrémités du bassin, elle est à son maximum dans la région centrale.

Un talus peut être constitué ou bien par des parois rocheuses ou bien par des éboulis. Dans le premier cas il peut présenter toutes les irrégularités de murailles verticales, de terrasses, d’escaliers, de ressauts ou de replats dus aux accidents des rochers. Dans le second cas sa pente a une courbe régulière ; la déclivité est à son maximum dans les pai’lies supérieures et vient en s’adoucissant se rejoindre avec la plaine horizontale du plafond.

Les talus en éboulis peuvent encore diflérer suivant la nature des éboulis. Ou bien ce sont des alluvions meubles dont les matériaux désagrégés s'étalent sur le talus en se dispersant suivant la grosseur des fragments ; alors la pente est très régulière. Ou bien ce sont des terrains glissant en masse, et alors la pente est plus irrégulière et plus inégale. Nous allons trouver des exemples de ces divers types.

Le Léman ayant la forme d’une vallée, ses talus peuvent se diviser en talus terminaux et en talus latéraux. Nous aurons donc :

Le talus terminal oriental, le long de la plaine du Rhône;

Le talus terminal occidental aboutissant à la barre de Promenthoux.

Ces deux talus terminaux seront plus utilement décrits quand je traiterai du plafond du lac; ils sont en effet l’origine et la fin du thalweg du Grand-lac.

Le talus latéral septentrional, le long de la côte suisse, commence à Villeneuve et se termine à la pointe de Promenthoux.

Le talus latéral méridional, le long de la côte savoyarde, commence au Bouveret et se termine à la pointe d’Yvoire.

Les allures des deux talus latéraux sont à peu près les mêmes. L’un et l’autre sont plus inclinés, très inclinés même, dans la partie

LE RELIEF EN CREUX DU LAC LÉMAN

orientale, en pente beaucoup plus douce dans la partie occidentale du Grand-lac. Abouti-ssant l’un et l’autre au plafond du lac, leur hauteur suit les mêmes variations que la profondeur de celui-ci; elle n’est que de 75™ à leur origine sur la plaine du Rhône ; elle atteint progressivement 300™ vers le milieu de la longueur du Grand-lac, à Ouchy-Evian, pour décroître progressivement jusqu'à la barre de Promenthoux où elle ri’est plus que de 00™.

Le plafond du lac étant dans la partie occidentale du Grand-lac rejeté sur la côte de Savoie, le talus latéral méridional est plus incliné (jue le septentrional. Cela est surtout apparent entre les profils Ouchy- Grande Rive et .\ubonne-Thonon.

En général ta pente du talus est assez régulière ; il n’y a que peu de ressauts et de terrasses ; celles-ci ne sont que locales. Aucune d’elles ne représente un niveau, horizontal ou incliné, reconnaissable sur l’ensemble du lac ou sur.une notable partie du talus ; il n’y a donc pastrace d’une ancienne ligne de rivages à un niveau inférieui’ à la nappe actuelle du lac. Nous pouvons en déduire une notion importante pour l’histoire ancienne du lac : Depuis que la vallée du Léman est occupée par le lac, la hauteur de ses eaux n’a jamais été, pendant un temps suffisant pour produire des atterrissements reconnaissables, à un niveau plus bas que le plan limite inférieure de la région littorale.

La pente moyenne des talus, leur largeur et leur hauteur totale audessus du plafond du lac sont données dans le tableau suivant. Là où il y a des inégalités de pente j’indique la pente maximale. Là où il y a des deltas saillants je prends, pour mon point de départ à la rive, la ligne générale des côtes et non la pointe basse alluviale. Autant que possible j’ai suivi la ligne de plus grande pente. J’ai laissé les talus des deltas pour une étude ultérieure.

Côte suisse.

La'çgeur du talus.

ni.

Hauteui’.

Pente moyenne.

Pente maxim.

Chillon,

Territet,

Yernex,

Bassets,

Pointe de Peilz,

Corsier,

Rivaz,

Trey torrents.

Largeur du talus.

Hauteur.

Pente moyenne.

Pente maxim.

Côte suisse.

Lutry,

Ouchy,

Morges,

St-Prex,

Chanive,

Golfe de Rolle,

Côte de Savoie.

Bouveret,

Fenalet,

1^111 "W. de St-Gingolph,

Locon,

Meillerie,

Tour-ronde,

Château de Blonay,

Evian,

Amphiori,

Bouches de la Dranse,

Thonon,

Coudrée,

J’ai indiqué la pente des talus en tant pour cent, 0.08 — 8 "/oj en tant pour mille, 0.008 zz 8 “"/oo) suivant l’usage adopté généralement, à la suite des ingénieurs des ponts et chaussées. Pour ceux qui préfèrent se servir de degrés d’inclinaison, voici les principales pentes en degrés exprimées en tant pour mille :

^ /oo

lOo

LE RELIEF EN CREUX DU LAC LÉMAN

Ces chiffres ne parlent pas à l’esprit des personnes qui sont peu habituées à évaluer la déclivité des pentes. Je viendrai à leur aide par la figure 10.

Soient les lignes HH' et HV l’horizontale et la verticale ; la ligne HA représente une pente de 1.37, la pente maximale du talus du lac sous les murs de Gliillon. La ligne HB une pente de 1.00, de cent pour cent, soit une pente un peu plus forte que le talus moyen de Chillon.

La ligne HC une pente de 0.75 ou 75 “/s- La ligne HD une pente de 0.50 ou 50 7o i pente moyenne devant le Locon et Meillerie. La ligne HE une pente de 0.25, la pente moyenne du talus devant ïei'ritet, Vernex, Rivaz, Corsier, etc. La ligne HF une pente de 10 “/oi pente moyenne devant Lutry, Ouchy, Evian. La ligne HG une pente de 5 <>/„, la pente moyenne du talus de la partie occidentale du Grand-lac.

Quant à la nature môme des talus, j’essaierai de l’interpréter comme suit :

La pente maximale d’un talus d’éboulement sous l’eau n’est jamais supérieure à41“, soit 0.87, d’après les recherches de Thoulet,(') même dans les conditions les plus favorables à la stabilité, calme absolu du milieu liquide, rugosité extrême des matériaux, etc. Tout talus de plus forte inclinaison implique nécessairement des parois rocheuses. Nous pouvons donc affirmer rjue devant Chillon (-) où la pente moyenne du talus est de 1.37, et devant le Fenalet près St-Gingolph où la pente est de 1.16, il y a des parois rocheuses. Je suis disposé à croire d’après les allures de la carte qu’il y a quelques assises rocheuses devant la pointe de Peilz, devant la Tour-de-Peilz, devant Rivaz et le Dézaley, et (*)

(*) Etudes expérimentales sur l’inclinaison des talus de matières meubles. Nancy, 1887.

(^) Sous les murs de Gliillon j’ai mesuré à 18™ du roc sur lequel est bâti le château, un fond de 37™ ; à 23™, 41™ de fond. Il y a là évidemment des parois rocheuses plus ou moins verticales.

( Fig. 10.) Ponte dos talus.

HYDROGRAPHIE

peut-être aussi devant la terrasse rocheuse irrégulière qui s’étend de Clarens à la Tour-de-Peilz.

Tout le reste des talus du Haut-lac, quoique fort inclinés par places, me paraît formé d’éboulis meubles. La muraille formant sous-sol peut être rocheuse, mais elle est probablement, partout ou presque partout, recouverte d’éboulis de cailloux, galets, sables et alluvions lacustres.

Quant aux talus très peu inclinés de la partie occidentale du Grandlac, avec des pentes qui n’atteignent pas 0.10, ils peuvent être des talus de glissement de terrains qui se sont effondrés en masse, étant donnée l’irrégularité de la pente, ou bien, ce qui est peut-être plus probable, les restes des anciens accidents irréguliers du sol avant l’invasion du bassin par les eaux du lac, ces accidents étant émoussés par l’alluvion lacustre.

Nous reviendrons plus loin sur les talus des deltas de rivières qui forment un accident de type général sur l’ensemble des talus du lac.

Le flufomh — Le plafond du Grand-lac se divise tout naturellement en trois parties qui sont, en allant de l’est à l’ouest, ou de l’origine du lac à sa sortie :

La rampe descendante partant des bouches du Rhône et aboutissant à la plaine des grands fonds.

La plaine centrale ou plaine de grande profondeur.

La rampe ascendante partant de la plaine centrale et aboutistissant à la barre de Promenthoux.

Et d’abord la plaine cenh'ale est un vaste trapézoïde que nous pouvons limiter par la courbe isobathe de 300'“. Elle occuiie à peu près le milieu de la J ongueur du Grand-lac ; sa longueur est de ISi"" depuis le profil Tour ronde- Villette au profil Amphion-Morges. Son bord mé-..^ ridional est parallèle à la rive savoyarde ; son bord septentrional est parallèle au bord savoyard dans toute la partie orientale jusqu’à Ouchy ; elle mesure dans cette région 0.5'”“ de large. A partir d’Ouchy son bord suisse descend obliquement et va rejoindre le bord méridional en faisant avec lui un angle de 30". Son bord oriental est perpendiculaire à l’axe du lac et aux bords latéraux. Sa superficie est d’environ

Cette plaine est admirablement plate. Ses bords continuent la pente des talus et des rampes orientales et occidentales sur une largeur d’un Idlomètre au plus, et le centre tout entier est absolument hori-

LE RELIEF EN CREUX DU LAC LÉMAN

zontal avec une profondeur de 307 à 309'". Cette hoi’izontalité est très remarquable. Je la compare à une table de billard, et ce n’est pas exagéré. Dans une expédition que lit M. llôrnlimann le 25 mai 1886 à la recherche du point de plus grande profondeur du lac, expédition à laquelie j’eus le plaisir d’assister, nous avons donné 10 coups de sonde sur un espace circulaire de 2.5'"" de diamètre ; de ces sondages, 9 nous ont donné une profondeur variant entre 309.4 et 309.8"'; un seul nous a donné 309.2'" ; en prenant 309.6'" comme moyenne, nous n’avons pas, sur une superficie de 5'""'^, des inégalités de sol dépassant 20 centimètres. Et encore, étant reconnue l’impossibilité où nous sommes de suivre de l’œil le fil de sonde et d’en vérifier la verticalité absolue, cet écart de 20""' est-il presque dans les limites des erreurs d’observation.

Depuis lors cette plaine a encore été sondée à maintes reprises par les ingénieurs suisses et français dans le lever régulier de la carte ; leurs sondages ont confirmé ces données. Puis dans deux circonstances une étude spéciale de cette plaine centrale a été faite, avec un luxe exceptionnel de précautions, pour en assurer la profondeur avec la plus gi'ande précision :

Le l"'' et le 4 octobre 1888 les deux bateaux sondeurs de MM. Hôrnlimann et Delebecque se sont donné rendez-vous et ont opéré conjointement, côte à côte. Six sondages ont donné les profondeurs suivantes :

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