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Nous expliquerons la formation de cette plaine quand nous aurons appris à connaître le ravin sous-lacustre du Rhône et la' descente de l’eau du fleuve dans les grands fonds du lac.
La rampe descendante ou rampe orientale du plafond du lac commence à la plaine du Rhône et aboutit à la plaine centrale des grandes profondeurs. Suivant le point de vue auquel on se place on peut la faire partir ou bien de Villeneuve oü les courbes isobathes profondes avancent le plus loin dans le sens de la longueur du lac, ou bien des bouches du Rhône où le delta progressif du Rhône a son centre d’activité. C’est cette dernière manière de voir que j’adopterai pour ma description actuelle.
Si nous prenons comme origine de cette rampe descendante le bord de la région littorale, par 25™ de profondem*, à 500» en avant de la rive devant l’embouchure du fleuve, nous voyons le profil en long du lac s’abaisser d’abord rapidement ; sur une longueur de 800» le fond s’affaisse de 75», ce qui donne une déclivité assez grande, de 0.09. La pente s’adoucit ensuite progressivement : sur les 51^» suivants elle n’est plus que de 0.025, sur les 8^» suivants elle n’est plus que de 0.009; elle vient mourir en pente nulle à sa jonction avec la plaine de grande profondeur dont la limite est à 151^» des bouches du Rhône. H y a là une pente de déclivité décroissante d’une grande régularité, d’une grande beauté ; son incünaison moyenne est de 0.020.
Un fait très apparent dans ce plafond du lac en rampe descendante,
(*) Je fais intervenir dans ce calcul la correction de — 3.4“ du repère de la Pierre du Niton (voir p. 22).
HYDROGRAPHIE
c’est sa formation en cône aplati dont le sommet est aux bouches du Rliône. Les premières courbes isobathes, jusqu’à 100"' de profondeur, présentent un sommet arrondi, saillant devant l’axe du fleuve, et s’avancent suivant des courbes fort proéminentes en arrière, à droite et à gauche, dans les golfes de Villeneuve et du Bouveret. L’embouchure du fleuve étant reportée très fortement à gauche, tout près du Bouveret, le golfe valaisan est beaucoup plus étroit et moins profond que le golfe vaudois à Villeneuve. Ce dernier est encore apparent jusqu’à 300"’ de profondeur devant Cully ; le golfe du Bouveret cesse d’être marqué à 225"' de fond, à moitié distance entre St-Gingolph et le Locon. Plus loin dans le lac, les com'bes isobathes deviennent presque parfaitement perpendiculaires au grand axe du Léman; le plafond forme une plaine presque exactement horizontale dans ses profils transverses ; la saillie du cône d’alluvion du Rhône, là où elle est le mieux marquée, devant Chexbres, ne s’élève pas à plus d’une dizaine de mètres au milieu de cette plaine. La plaine descendante du plafond du lac, si plane transversalement, est bordée de chaque côté par les talus latéraux très inclinés que nous avons décrits, talus qui viennent se couper à angle presque vif avec le plafond du lac. — T, a décroissance progressive de déclivité, la saillie de l’axe du fleuve sur le fond, la jonction à angles vifs avec les talus latéraux, tout dans ces allures indique avec évidence un comblement progressif, par les alluvions du fleuve, d’une vallée originairement beaucoup plus profonde.
Signalons dans ce vaste delta submergé du fleuve, qui forme le plafond en rampe descendante du lac, la présence du ravin sous-lacustre du Rhône que nous décrirons plus tard.
Le plafond de la rampe orientale est dirigé en descendant N. 75» W.
La rampe ascendante ou rampe occidentale du plafond du lac commence à la plaine centrale des grands fonds et aboutit à la barre de Promenthoux. Elle diffère absolument de la rampe orientale.
En premier lieu sa pente est plus faible : elle n’est que de 14.3 ""/oo» tandis qu’en moyenne la pente de la rampe descendante est de 20 »7oo-
En second lieu sa pente est uniforme, presque partout la môme, tandis que la pente de la rampe orientale, très forte au début, va progressivement en diminuant d’inclinaison.
En troisième lieu, tandis que la rampe descendante présente la
LE RELIEF EN CREUX DU LAC LÉMAN
forme très évidente d’un cône d’alluvion immergé dont le sommet aboutit aux bouches du Rhône, cône d’autant mieux marqué que l’on se rapproche de ce centre d’action, le plafond de la rampe ascendante a de tout autres allures : A son origine dans les grands fonds de la plaine centi-ale, jusque devant les Dranses, le plafond est très étroit, sans largeur; les deux talus du lac viennent se réunir sous un angle à peine émoussé ; c’est une vallée sans plaine au fond. Plus loin, à partir du profil les Fontanettes-les Dranses, le plafond s’élai-git en se divisant en deux branches, (‘) deux ravins séparés par une éminence mousse, de près d’une dizaine de mètres de hauteur; ces deux ravins sont reconnaissables jusqu’au profil Rolle-Anthy ; le ravin savoyard est un peu plus profond que le ravin suisse. Le point le plus saillant de ce dos — il est trop large, li*"' environ, trop peu haut, au plus 10'“, et ti’op peu abrupt pour que j’ose l’appeler une arête — est sur la hgne embouchure de l’Aubonne-Anthy, à peu près à mi-lac. Plus à l’ouest l’éminence centrale disparaît, et le plafond du lac, fort élargi, représente un vaste cirque qui remonte vers la barre de Promenthoux.
Le cirque vient aboutir à la barre de Promenthoux et, à sa ionction avec elle, se creuse un ravin nettement dessiné, de telle sorte que le col de la barre est fort bien marqué du côté du lac.
Le talus septentrional de la rampe ascendante a sa ligne de plus grande pente -dirigée S. 35o E., devant St-Prex; en approchant de la barre de Promenthoux elle se détourne en se relevant vers l’est.
Le talus méridional a sa ligne de plus grande pente à peu près directement vers le nord devant Amphion et les Dranses ; en approchant de la barre de Promenthoux la pente de ce talus se dévie de même vers l’est. Il en résulte que, à partir de Rolle, la rampe ascendante avec les talus tend à prendre la forme d’un cirque regardant vers l’orient.
Le plafond de la rampe occidentale a son axe ascendant dirigé S. 75o W.
L’axe de la vallée, que nous ferons passer par le ravin méridional qui longe le dos d’ûne médian, est sensiblement reporté du côté de la Savoie. Tandis qu’il passe à de la côte suisse devant Buchillon, il n’est qu’à 3'''» de la pointe de la Dranse. Si nous faisons abstraction de la saillie accidentelle de ce promontoire d’alluvion récente, l’axe
(1) Ce détail n’est apparent que sur la carte à courbes équidistantes de 10'”.
HYDROGRAPHIE
du plafond peut être dit passer à 5'‘“ de la ligne générale des côtes savoyardes.
J’illustrerai encore la différence très importante qui sépare les régions du Grand-lac dans la forme de leurs profils en travers. Dans C M les régions orientale et centrale les
\ 7 talus très inclinés AÛennent se sou-
\ / der à angle vif sur une plaine cen-
trale horizontale. C’est ce que montre la fig. 14 qui donne le profil CuUy - Meillerie , au 1 : 200 000e l’échelle des dimensions verticales étant 8 fois plus forte.
Dans la partie occidentale les talus sont peu inchnés et viennent aboutir presque sans transition à un thalweg sans largeur. C’est ce que montre la fig. 12 qui donne le profil St Prex-Ampliion à la môme échelle que la fig. 11.
(Fig. 11.) Profil CuUy-Meillerie.
Echelle horizontale 1 ; 200 000», verticale 1 ; 26 000».
(Fig. 12.) Profil St Prox-Amphion.
Echelle horizontale 1 : 200 000», verticale 1 : 25 000».
Pour terminer je donnerai la profondeur du Grand-làc dans ses diverses parties.
Au large de Chillon
— Veytaux
— Montreux
— Clarens
Pi’ofil Vevey-St Gingolph
St Saphorin-Locon
Cully-Meillerie
Yillette-Tour ronde
Ouchy-Evian
Morges-Amphion
St Prex-Pointe de la Dranse
Chanivaz-Thonon
Rolle-Anthy
Dully-Coudrée
Barre de Promenthoux
LE RELIEF EN CREUX DU LAC LÉMAN 55
2“ Le Petit-lac.
Tandis que le Grand-lac est un seul bassin, unique, uniforme, de grande dimension, large et profond, le Petit-lac est constitué par une vallée peu profonde, peu large, décomposable dans sa longueur en une série de cuvettes ou fosses. Celles-ci sont, il est vrai, peu marquées, ^t les barres qui les séparent sont peu saillantes; mais elles n’en sont pas moins évidentes et, de leur fait, le bassin du Petitlac a un caractère très différent de celui du bassin principal du Léman.
Malgré celle séparation en fosses successives, le Petit-lac forme dans sa longueur une vallée unique; le plafond de chacune des cuvettes fait suite à la cuvette précédente.
Les talus du Petit-lac sont généralement peu inclinés; nous n’y trouvons nulle part de pente indiquant une paroi rocheuse, comme nous en avons vu quelques-unes dans le Haut-lac. Cependant en certaines localités, devant Hermance, devant Chevran, nous avons des pentes de 40 pour cent, ce qui est déjà un talus d’assez belle déclivité : en général l’inclinaison des talus est inférieure à 10 pour cent.
Partout les talus viennent se terminer en pente douce, graduellement décroissante à leur jonction avec le plafond. Nous en concluons que nulle jiart l’action de comblement de la vallée ne dépasse en activité l’action de formation des talus par voie d’éboulis.
Le plafond du Petit-lac diffère dans ses allures de celui du Grandlac. Tandis que dans ses profils transverses ce dernier représente, comme nous l’avons vu, ou bien une vallée aplatie, coupée à angles vifs par des talus latéraux, ou bien une vallée étroite, ligne de jonction des plans inclinés des deux talus latéraux, dans le Petit-lac le plafond est une vallée large, plus profonde
EcheUe verticale, i:eooo«. aü milieu que sur les bords, et se relevant vers les talus en pente progressivement croissante. J’en donnerai un exemple dans la fig. 12 en représentant le profil Coppet-Chevran, à l’échelle du 1 ; 62 500®, les dimensions verticales étant exagérées 12.5 fois.
Je caractériserai les trois types de profils que nous avons dans le Léman par les termes suivants, en les accompagnant d’une figure schématique qui précisera mon idée ;
Dans le Haut-lac le profil est trapézoïde (fig. 13 A).
HYDROGRAPHIE
Dans la rampe occidentale du Grand-lac il est triangulaire (flg. 13 B).
Dans le Petit-lac il est semi-ovalaire (flg. 13 G).
Si nous suivons le plafond du Petit-lac en descendant du côté de Genève nous trouvons la série de bassins secondaires suivants, que je caractériserai par les cuvettes ou fosses et par les barres qui les séparent.
Et d’abord la barre de Promenthoux (flg. 14). A la jonction du Grand et du Petitlac, dans le détroit de 3.5''"' qui sert de limite aux deux parties du lac, le bassin du Léman montre, en prolongation de la rampe ascendante du plafond du Grand-lac, un col sousde 66.4™ à sa partie la plus déprimée. (^) Ses et arrondis, aussi bien dans le profil longitudinal dont les pentes sont très douces et très allongées, que dans le profil transverse relativement étroit et resserré. Nulle part nous n’y trouvons une arête saillante ou aiguë. Le sommet du col est à mi-lac, sur la ligne qui joint la pointe de Promenthoux à celle de Nernier.
Quand nous étudierons le sol du lac nous constaterons la présence, près de cette barre de Promenthoux, d’une moraine glaciaire submergée, la moraine d’Yvoii’e, et nous aurons alors à discuter l’origine de la barre.
Ce qui justifie l’appellation de barre que je lui ai attribuée, c’est qu’elle fait saUlie sur le fond du lac.
Au-delà de la barre, devant Nyon, nous trouvons une première cuvette de 76.5™ de profondeur, soit de iO.l™ plus profonde que le col de la barre de Promenthoux. La fosse de Nyon est limitée au
(') Je suis toiijours étonné du défaut de précision des géographes quand ils indiquent la profondeur d’une passe ou d’un seuil sons-marin. Je trouve des données dans ce genre : « La crête de la passe d’entrée de la Méditerranée entre le cap Trafalgar et le cap Spartel varie de lüO à SuO*"; elle est on moyenne de 275'“ seulement. » Une telle indication est absolument insuffisante. La profondeur d’une passe ëst un chiffre aussi précis que l’altitudo d’un sommet de montagne , c’est une valeur analogue à celle de l'altitude d’un col entre deux vallées. La profondeur d’uno passe est la cote bathymétrique du point le plus bas du profil transverse de la passe, qui est en même temps le plus élevé du profil en long.