‹ Le LémanChapitre 18 sur 88 · C. Petit-lac · texte numérisé non relu

C. Petit-lac

(Fig. 13.)

Schéma des profils du Léman.

lacu.stre large, profond contours sont mousses

LE RELIEF EN CREUX DU LAC LÉ5IAN

S.-W. par une seconde barre, peu saillante aussi, entre Colovray et la pointe de Messery, avec une profondeur de 63.2™.

Une deuxième cuvette, la fosse de Tougues, a son fond devant Tougues avec une profondeur de 70.4™.

La barre qui la limite du côté de Genève est devant Hermance avec un fond de 64.5'“ ; elle limite la troisième fosse devant le village de Chevran, dont te fond est par 70.7™ soit à 3'*™ près îi la même profondeur que la cuvette de Tougues. Le fond de la fosse de Chevran est à 1500™ seulement de la rive gauche, à S*"" de la rive suisse.

Un peu au nord de cette dépression, à mi-lac devant Goppet, la carte au 1 ; 25 000® dessine par une courbe isohypse fermée une petite

(0 Sur cette carte partielle j’ai tracé les courbes isohypses avec un métré d’équidistance sur toute la partie centrale du col du détroit ; sur les bords elles eussent été trop serrées et je leur ai donné une équidistance de 10"'.

HYDROGRAPHIE

cuvette accessoire, fosse de Goppet; elle ne s’enfonce que fort peu, de 1.5” seulement, au-dessous de la plaine générale, à 66.3"‘ de profondeur.

De la barre de Promenthoux au profil de Versoix, la profondeur du Petit-lac, indépendamment de ces barres peu saillantes est donc d’une profondeur assez uniforme variant de 63.2™ à 76.5™; les plus grandes inégalités ne dépassent pas 13.3™.

Dans toute celte partie le plafond du lac a sa ligne de plus grande profondeur, l’axe du lac, rejetée du côté de la Savoie, à Va environ de la largeur du lac.

Mais à partir du profil Versoix-Anières le lac perd rapidement de la profondeur ; un accident intéressant que nous aurons à décrire sous le nom d’îlot submergé des Hauts-monts, devant la Gabiule, rétrécit notablement le plafond du lac, et une barre beaucoup plus haute que la précédente ramène le plafond entre Genthod et Bellerive à 47.0™.

Au delà de cette barre est une dernière fosse peu profonde, 50.4™, au large de Bellevue.

De là le fond se relève graduellement jusqu’au Banc du Travers qui termine le lac sous 3"' d’eau.

Je résumerai comme suit la profondeur du Petit-lac dans ses points

principaux :

Col de la barre de Promenthoux, ' 66.4™

Fond de la fosse de Nyon, 76.5

Col de la barre de Messery, . 63.2

Fond de la fosse de Tougues, 70.4

Col de la barre d’Hermance, 64.5

Fond de la fosse de Chevran, 70.7

Fosse accessoire de Coppet, 66.3

Col de la barre de Genthod, 47.0

Fond de la fosse de Bellevue, 50.4

Col du Banc du Travers, 3.0

Pour donner une idée du relief du Petit-lac, je supposerai que le niveau de l’eau du Léman soit abaissé de 67™ par un émissaire souterrain du Grand-lac, arrivant ainsi à la cote d’altitude absolue de 308.3™. Le lac ainsi vidé laisserait trois étangs étagés entre la barre de Promenthoux et Genève, à savoir :

LE RELIEF EN CREUX DU LAC LÉMAN

1“ L’étang de Nyon avec une longueur de

une profondeur maximale d’eau de

une altitude au-dessus du nouveau niveau

du lac

2° L’étang de Tbugues-Chevran-Coppet,

longueur.

altitude sur le nouveau lac.

profondeur dans la fosse de Tougues,

— de Coppet, '

— de Chevrah,

3° L’étang de Bellevue, longueur.

altitude relative.

profondeur maximale.

CO

En terminant cette description générale du relief en creux de la région profonde du lac Léman, je voudrais essayer de donner une juste impression des dimensions relatives du lac. Nous sommes toujoui’s disposés à exagérer les hauteurs verticales par rapport aux longueurs horizontales, à les estimer trop fortes ; les hauteurs et les profondeurs paraissent à leur avantage et l’on apprécie le plus souvent le creux d’une vallée, la hauteur d’une montagne comme plus grands qu’ils ne le sont en réalité. Voyez par exemple les anciens rehefs des pays montagneux, où les hauteurs verticales étaient en général exagérées de deux ou trois fois leur valeur ; les auteurs croyaient avoir représenté exactement la contrée, ou tout au moins en avoir donné une impression fidèle. Si le bassin que l’on étudie est rempli d’eau, et si l’œil cherche à évaluer la déclivité du talus, nous sommes en outre portés à en exagérer la pente par le fait de l’opalinitô du liquide; cette opalinité,’ ou défaut de limpidité, fait fuir à la vue les profondeurs, et la hauteur verticale en est faussement amplifiée.

Il nous semble à tous que noti'e lac est un vase très profond. En réalité il est un bassin d’eau de bien peu d’épaisseur. Sa profondeur de 309“ n’est que le de sa longueur, 73.2''“, ou le de sa largeur de 13.8''“. Si l’on faisait à l’échelle de la carte fédérale au 1 : 100 000® un modèle exact du lac, sa profondeur ne serait que de 3"'™. Ce serait l’épaisseur d’une lame d’eau répandue hbrement sur une table de marbre.

Si je voulais représenter par un dessin à l’échelle réelle le profil en

HYDROGRAPHIE

long du lac, étant donnée la largeur de 10™ dont je puis disposer dans ce livre, la profondeur ne serait figurée que par une ligne de 0.4™™, l’épaisseur d’un trait de plume. Je renonce à essayer de donner ici ce profil en long.

Le profil en travers est plus facile à figurer, vu la moins grande longueur de la dimension horizontale; la fig. 15 représente, aussi exactement que je puis le faire dans des dimensions aussi minimes, le profil en travers Lutry-Tour ronde, au 1 : 100000e. (<)

(Fig. 16.) Profil Lutry-Tour ronde. 1 : 100(X)0«. (2)

Accidents locaux. Après cette esquisse générale du bassin du lac, j’ai à signaler quelques accidents locaux, apparents sur la carte hydrographique. Je me bornerai ici à en faire la description géographique, réservant les conclusions définitives sur la nature et l’origine de la plupart d’entre eux aux chapitres où je traiterai de la nature du sol et de l’origine géologique du lac Léman.

1“ Les cônes d’alluvion des difi'érents fleuves, rivières et torrents qui se jettent dans le lac. Chaque affluent apporte son alluvion dans le lac : les parties grossières, les galets et les sables se déposent dans la région littorale, devant l’embouchure et sur ses côtés et tendent à faire progresser le delta émergé; à mesure que celui-ci avance, la

(*) Je préfère autant que possible ügurer les profils à leur échelle naturelle, sans exagérer les hauteurs verticales. Au premier abord de tels profils donnent des effets surprenants, je dirai même choquants; nous avons tellement l’habitude d’apprécier les hauteurs verticales en les exagérant menlalement que, lorsque nous les voyons représentées à l’écheUo réelle, elles nous semblent diminuées, déprimées. Mais une fois qu’on a pris la peine de corriger celte mauvaise habitude en figurant les verticales à leur échelle réelle, à la môme échelle que les horizontales, on arrive certainement à une mcillem'e et plus juste appréciation dos valeurs relatives et du relief vrai. C’est ce que l’on a pu constater sur les modèles en relief des montagnes. Depuis que, suivant les leçons du professeur A. Heiin, de Zurich, les topographes sidsses figurent dans leurs reliefs les hauteurs à la môme échelle que les longueurs, les Imfeld, les Simon ont obtenu les effets remarquables do représentation réelle de la nature que nous avons admirés dans les dernières années.— Quand je n’indiquerai pas spéciaicment que dans mes profils les hauteurs ont été exagérées (comme cela a eu lieu pour mes fig. lü et il) il sera donc entendu que l’échelle des hauteurs est la même que l’échelle des longueurs.

C-*) C’est par erreur que sur le cliché du côté savoyard l’on a inscrit les lettres G't'-'R; il devait y avoir T. R. (Tour-ronde.)

LE RELIEF EN CREUX DU LAC LEMAN

pente du talus augmente et finit par dépasser les limites de l’état d’équilibre d’une masse meuble sous l’eau; les assises supérieures s’éboulent alors et s’étalent sur la pente du talus, ce qui fait progresser le cône dans les profondeurs du lac. Une auti’e partie, l’alluvion impalpable, est plus ou moins longtemps en suspension dans l’eau et est transportée plus ou moins loin avant de se déposer au fond du lac. Il en résulte que devant le cône d’éboulement d’alluvion grossière du torrent, il se forme un cône d’alluvion impalpable qui le continue en une pente douce ; celle-ci va en mourant se confondre avec le plafond du lac. Plus l’alluvion est grossière, plus le cône immergé a ses talus inclinés.

De ces cônes d’alluvion lluviale, le plus important et le plus considérable est celui du Rhône; dans la partie émergée le delta du fieùve a formé la plaine du Rhône et continue à progresser en raccourcissant le lac dans sa longueur ; dans le lac il forme un talus d’éboulis qui descend en pente rapide devant l’embouchure du fleuve, puis il se continue au loin par les dépôts de son alluvion impalpable tout le long de la rampe descendante du plafond, et jusque dans la plaine centrale. Je développerai ce point plus loin, et je prouverai que l’étendue de ce cône d’alluvion peut se suivre jusqu’à 251^"’ de distance dans le lac, que tout le plafond du Haut-lac, y compris la plaine centrale, est formé par ce cône. Je n’ai pas à revenir ici sur la pente générale de ce cône d’alluvion et sur les modifications locales qu’elle présente ; je les ai suffisamment décrites quand j’ai parlé du plafond du lac, page 53; je les représente ici (fig. 16), par une coupe du delta immergé, jusqu’à 4^"' du rivage.

J*. .iie.

(Fig. 16.) Cône d^alluvion sous-lacustre du Ehône. 1 : 50 000*.

Les cônes d’alluvion des autres rivières sont apparents sur la carte géographique par le delta émergé qui fait saillie sur les rives, sur la cai’te hydrographique par leur cône d’éboulis qui fait saillie sur les talus du lac. Les lignes isobathes s’incurvent devant ces cônes en formant une concavité extérieure qui interrompt leur courbe générale convexe de lignes enveloppantes. Le talus d’éboulement de ces cônes a une pente qui s’élève à 0.40 et même à 0.47 soit 25o d’inclinaison, ce dernier cliilïre étant mesuré sur le cône de la Veveyse, devant l’embouchure du torrent.

HYDROGRAPHIE

Je l’épète ici ce que j’ai dit de la faible inclinaison absolue des pentes de ces talus d’ébouleraent ; ils paraissent à l’œil posséder une très forte déclivité, en réalité la pente est très modérée ; la figure i 7

représente à l’échelle réelle la pente du cône d’alluvion immergé de la Veveyse, l’un des plus inclinés du lac.

Le plus important de ces cônes fluvio-lacustres latéraux du lac est celui de la Dranse, qui fait une saillie de 2'“" environ sur la ligne générale des côtes entre Thonon et Amphion ; son delta émergé a une superficie de plus de j l’incurvation des courbes isobathes se fait sentir jusqu’à 200"' de profondeur.

Viennent ensuite les deltas de la Veveyse, de la baye de Montreux, de la Venoge, de l’Aubonne, de la Promenthouse, de la Versoie, etc. Chaque torrent, chaque ruisseau, en apportant son alluvion au lac, forme son delta grand ou petit, qu’avec un peu d’attention on reconnaît sur la carte géographique et hydrograpliique du lac.

Notons cependant que le delta de la Venoge, qui sur la carte géographique du lac paraît énorme, est en grande partie constitné par un éperon de roches anciennes. Les couches de la molasse aquitanienne sont apparentes dans les falaises qui bordent au sud le village de St- Sulpice, entre l’ancienne abbaye et la pointe de la Venoge, d’une part, au-dessous du village de Préverenges d’une autre part ; les boues glaciaires se retrouvent sur la côte de Préverenges presque jusqu’à la pointe de la Venoge. L’alluvion fluviale moderne entre pour très peu de chose dans l’établissement de ce promontoire saillant.

On constatera avec intérêt sur les cartes hydrographiques à grande échelle, et même sur celle au 1 ; 100 000", les allures très difl'érentes des cônes immergés du Rhône d’une part avec sa pente très douce, de 1 % seulement dans le premier kilomètre, se prolongeant très loin sous les eaux du lac jusque dans la plaine centrale, et des antres affluents d’autre part, la Dranse, la Veveyse, la baye de Montreux, la Morge de St-Gingolph, etc., avec leur talus très incliné. Cette différence tient essentiellement à la nature de l’alluvion, relativement très fine

LE RELIEF EN CREUX DU LAC LÉMAN

dans le Rhône, qui est entraînée par le courant très avant dans le lac, très grossière dans les affluents torrentiels, qui est déposée immédiatement à l’embouchui-e. Les figures 16 et 17 font, voir aussi fort bien cette différence de type.

2° Le ravin sous-lacustre du Rhône. La carte hydrographique du lac de Constance levée en 1883 dans les eau.x suisses, en 1889 dans les eaux allemandes, par M. l’ingénieur J. Hôrnlimann, du bureau topographique fédéral, a révélé un fait tout nouveau et très intéressant de géographie physique. Le Rhin (') à son entrée dans le lac continue son cours dans un vaste ravin sous-lacustre, creusé dans le cône submergé, ravin qui a été suivi fort loin de l’embouchure, jusqu’à 11km (10 distance, en suivant les contours du ravin (la longueur rectiligne n’est que ravin qui descend jusqu’à de grandes profondeurs dans le lac, devant Langenargen, jusqu’à 205“ sous la nappe des eaux. Dans son profil de plus grand développement, il mesure 600"' de largeur et 70“ de profondeur au-dessous de ses berges ; à mesure qu’il s’avance vers la plaine centrale sa profondeur se réduit à 10“, puis il finit par mourir.

En 1885, M. Hôrnlimann, en levant la carte hydrographique du Haut-lac Léman, s’est appliqué à retrouver des faits analogues; il a multiplié ses sondages et ses profils, et la feuille 466 de l’atlas Siegfried (fig. 18) montre d’une manière brillante la répétition de la même structure découverte auparavant dans le lac de Constance.

Le ravin sous-lacustre du Rhône (-) a été suivi dans le Léman jusqu’à 9.5'<“ de distance rectiligne de l’embouchure du fleuve, à 10.25^“ en suivant les méandres du lit; sa largeur varie de 500 à 800“. La profondeur de la tranchée, qui atteint 50'" à 0.81^'" de la bouche du Rhône, est encore de 10“ au-delà de St-Gingolph par 230“ de fond ; elle est encore visible sur l’isobathe de 255“, mais disparaît au-delà. (3)

Le ravin est constitué par un sillon creusé dans le cône d’alluvion

(h Atlas Siegfried, feuilles 71 et 81. — Levers par M. .1. Hôrnlimann de la carte hydrographique du lac de Constance, établie par le consortium des cinq Etats riverains.

0) F.-A. Forel. Le ravin sous-lacustre du Rhône. Bull. S. V. S. N., XXIII, 85. Lausanne, 1887.

0 Pour étudier le ravin dans ses détails consultez les cartes à grande échelle ; mais ses allures générales sont déjà parfaitement évidentes dans ma carte au 1 : 100000" grâce aux courbes intermédiaires que j’y ai intercalées en ce point.

(Fig 18.) Le ravin sous-iacustro du Ehône. 1:S6(XI0". Equidistauca des isohypsoa lü™. (1)

(') Cette figure est la reproduction, en réduction par la zlncograMire, d’une partie de la carte originale de M. J. Hôrnlimann. Les isoliypsos ont une équidistance de 10'". J’y ai indiqué les coups de sonde par un point noir, selon les propositions formulées à la page 38.

LE RELIEF EN CREUX DU LAC LÉMAN

immergé, ou plutôt par deux digues latérales faisant saillie de chaque côté d’une tranchée. Le talus interne de ces digues, celui qui regarde le ravin, est heaucoup plus incliné que le talus externe qui rejoint en pente douce la surface générale du cône d’alluvion; entre les digues, le fond du ravin est à peu près au niveau de cette surface, tandis que dans. le cas du Rhin il est sensiblement plus profond.

Le ravin n’est pas rectiligne, il est plusieurs fois contourné en courbes adoucies, alternant de dmection, véritables méandres d’un lit de fleuve. Il est à peu pi'ès parallèle à la ligne du rivage sud du lac, qu’il suit presque exactement à deux Idlomètres en avant de la côte, du Bouveret à St-Gingolph. Au-delà de St-Gingolph, devant le Locon, il s’éloigne de la rive savoyarde et s’infléchit dans la direction de Lausanne.

Sur les digues latérales du ravin, l’on voit en plusieurs points de petites éminences qui s’élèvent notablement au-dessus du relief général des digues. La plus considérable est sur la digue de droite, à 1250“' de la bouche du Rhône, par 75"' de fond ; son sommet est de 20"' plus élevé que la crête de la digue qui le précède ; la base du cône a environ 200'" de largeur. La drague de M. llôrnlimann a rapporté un échantillon du sol en ce point et l’a trouvé' être du sable lavé, sans mélange de vase. Le cône est situé à la partie convexe de l’un des contours du ravin, et l’on peut admettre que cette localité est le siège de l’emous puissants du fleuve sous-lacustre qui circule dans la tranchée. Un petit ravin qui le contourne du côté du N.-E. est peut-être l’indice d’une division du courant sous-lacustre. Les autres points saillants sont moins prononcés ; l’un d’eux cependant, au large de St-Gingolph, par 162'*' de fond sur la rive droite du ravin, représente encore un pointement de 5 à 6"* sur le sol environnant.

Un ravin analogue, mais beaucoup plus petit, est \'isible devant l’embouchure du canal qui porte le nom de Vieux-Rhône, et qui est probablement une ancienne bouche du fleuve. Il semble qu’on pourrait deviner les indices de deux autres ravins, très effacés et difficiles à reconnaître, creusés dans le talus du lac, entre le Vieux-Rhône et Villeneuve.

Quand nous aurons cité un ravin secondaire constaté par M. Hôrnhmann devant le village d’Altenrhein, au lac de Constance, dans une situation analogue à celui du Vieux-Rhône, nous aurons tous les faits connus jusqu’à présent de ravins sous-lacustres des fleuves glaciaires.

HYDROGRAPHIE

Il n’a rien été retrouvé de semblable à l’embouchure de la Reuss dans le lac des Quatre-Cantons. M. Hôrnlimann, qui avait découvert le phénomène l’année précédente dans le lac de Constance, l’a recherché attentivement dans les sondages qu’il fit en 1884 pour l’établissement de la carte hydrograpliique du lac des Quatre-Cantons ; il n’en a pas constaté trace. (')

Je chercherai plus loin à établir la nature et le mode de formation de ces ravins sous-lacustres ; mais je ne pourrai, d’une manière utile, en donner la théorie que lorsque j’aurai étudié les eaux du Rhône, et je la renvoie à un' chapitre ultérieur.

3® Dans les talus du Haut-lac j’ai à signaler sur la côte suisse :

« Entre Clarens et la pointe de Peilz, une structiu’e assez compliquée. La région littorale forme une ten’assc rocheuse qui s’avance fort loin, jusqu’à 500“ au large de la Maladaire ; elle est très inégale, irrégulière; elle serait trop longue à décrire et je renvoie à la feuille 464 de l’atlas Siegfried. Les talus de cette terrasse sont irréguliers et présentent entre autres deux points saillants, l’un devant la Maladaire, •visible surtout dans les profondeurs de 100 à 120“', l’autre au large de la pointe de Peilz, apparent jusqu’au pied du talus, à 175“ de fond. J’attribue cette complication de structure et ces irrégularités à des saillies rocheuses des murailles du lac ; elles ne sont pas encore égalisées par les éboulis des talus littoraux.

b De la pointe de Peilz au fond du golfe de Vevey-la Tour, le talus est tellement incliné jusqu’à la profondeur de 100“ que je crois en ce point à l’existence d’une muraille rocheuse ; cette muraille se continue devant la pointe de Peilz en une saillie ou éperon visible sur les courbes de 150 à 175“ de fond.

c Entre le Creux de Plan et Rivaz, la côte, très déclive, a des variations locales de pente qui sont probablement l’indice de terrasses rocheuses.

cl Au large du Désaley, le pied du talus, dans les profondeurs de 250 à 275“, montre un éperon très apparent qui se prolonge jusqu’à 2i‘“ de la rive ; il n’est pas fort élevé, sa sailhe n’étant guère que de 10“ ; mais il amène de grandes incurvations des courbes isohypses et

(') Je ne parle |)as de l’embouchure de l’Aar dans le lac de Brienz. Quand en 1866 MM. W. Jacky et Lindt ont levé la carte hydrographique de ce lac, le fait de ces ravins sous-lacustres n’était pas encore connu, et il peut avoir échappé à l’attention d’observateurs non prévenus.

LE RELIEF EN CREUX DU LAC LÉMAN

il est fort é%Rdent sur la carte au 1 : 25 OOQe. Est-ce un glissement de terrain, est-ce une saillie du sous-sol? Nous l’ignorons.

e Au large de Villette, à 2'‘“ de la rive, dans les fonds de 250™, sur la rampe du talus, il y a un accident plus caractérisé encore. Un éperon saillant, analogue à celui du Désaley, est surmonté par un pointement qui se relève de près de 11"' au-dessus de l’arête qui le rattache au talus général. Si le lac abaissait son niveau de 250'", il y aurait là une petite île émergeant de 10.9"' au-dessus des eaux.

f Devant Lutry, à 500'" en avant, devant Pully, à deux places près du rivage, il ÿ a de petits accidents indiquant probablement des parois rocheuses plus ou moins saillantes sous l’alluvion du lac.

Si je résume l’impression que me donne l’étude de la carte du lac pour le talus de Villeneuve à Ouchy, il me paraît que ce talus, fort incliné, fort accidenté, doit être considéré comme une paroi rocheuse à terrasses locales irrégulières, tantôt partiellement recouverte par les ébouhs des galets de la rive qui y forment un talus à déclivité régulière, tantôt à nu sous une couche, peut-être très faible, d’alluvions lacustres. Les cônes d’alluvion des torrents font saillie sur cette côte par des talus réguliers qui descendent jusqu’au plafond du lac.

Si l’on veut avoir l’image de cette côte immergée, que l’on considère la côte émergée qui la domine ; les flancs de Lavaux donneront une excellente idée de ce qui doit exister sous l’eau. Le sol sous-lacustre doit être la continuation de la terre ferme avec quelques différences, entre autres ;

a Les talus d’éboulement sous l’eau sont tantôt plus, tantôt moins inclinés que ceux à l’air libre. Cela varie selon les localités.

h Le sol à l’air est plus accidenté que le sol immergé. Le premier est soumis à l’érosion de l’eau courante qui en accentue les irrégularités ; le second est sourtiis à l’alluvion de l’eau stagnante qui en comble les dépressions.

4° Dans le fond du golfe de Morges, entre Morges et la pointe de la Venoge, je vois un ravin assez bien dessiné qui entre dans les terres jusqu’à la profondeur de 75'". Il est limité à l’ouest par un saillant qui semble au premier abord être le cône d’alluvion de la rivière la Morge ; mais cet affluent est trop faible et d’unqtrop petite puissance de transport pour expliquer un cône immergé aussi accentué, et qui s’avance aussi loin de l’emboucbure (jusqu’à près de3>‘“' delà rive). Il est bordé à l’est par la côte de Préverenges et la pointe de la Venoge ; sur cette

HYDROGRAPHIE

côte les couclies mollassiques, les argiles glaciaires et l’énorme moraine de gros lilocs visibles dans le littoral montrent que nous avons affaire à un ancien sol des murailles du lac et non à un delta d’alluvion récente comme on pourrait le supposer à première vue, en ne consultant que les cartes géographiques et liydrographiques. Je suis disposé à considérer la fosse du golfe de Morges comme étant peut-être un reste encore apparent de l’ancienne vallée de la Venoge qui passait probablement avant l’établissement du lac actuel, entre Echandens et Préverenges, à un niveau relatif très inférieur.

5° Dans le talus du Haut-lac sur la côte savoyarde je n’ai aucun accident à signaler. Sauf la pai’oi rocheuse de F énalet près de St-Gingolph, ce ne sont partout que des talus d’ébouleraent très régulièrement inclinés.

6" Dans le talus de la partie occidentale du Grand-lac, aussi bien sur le versant suisse que sur le versant savoyard, il y a un assez grand nombre de petites inégalités peu saillantes qui sont apparentes par les sinuosités des courbes isobathes ; elles ont peu d’importance et aucune d’elles ne mérite une description spéciale (voii’ les feuilles 436, 436 bis et ter, 437, 437 bis et ter de l’atlas Siegfried). Il me paraît probable que ces irrégularités des talus sont des restes des inégalités du sol émergé, avant la formation du lac; les talus formaient les flancs d’une vallée ouverte à l’air libre ; ces flancs de vallée étaient ravinés par les érosions pai-tielles ; l’alluvion lacustre n’a pas encore comblé ces sculptures des murailles primitives du lac.

Les deltas de rivières de cette partie du Léman, formant leur cône d’éboulement sur un talus général très peu incHné, n’avancent que peu dans le lac, et l’incurvation des courbes isobypses ne se prolonge pas comme dans le Haut-lac jusqu’au plafond du thalweg.

Sur les flancs du cône immergé de la Dranse, il y a deux petits ravins bien marqués, l’un à droite, l’autre à gauche de la bouche actuelle de la Dranse. Faut-il y voir des ravins sous-lacustres analogues à celui du Rhône, et de même nature que lui ? Je n’ose pas me prononcer. Mais je ferai remarquer que la Dranse, n’étant pas alimentée par des glaciers et des neiges éternelles, est loin d’avoir en été une température aussi basse que le Rhône et que son eau, par conséquent moins dense, doit moins régulièrement descendre dans les grands fonds. (‘)

(‘) Voir plus loin la théorie de la formation des ravins sous-lacustres du Rhône.

LE RELIEF EN CREtIX DU LAC LÉMAN

1° Dans le Petit-lac nous n’avons à signaler, outre les cuvettes et les barres déjà décrites, qu’un seul accident, mais il est très fortement prononcé et très évident. C’est ce qu’on appelle les Hauts-monts, au large de Gorsier, à peu près à 1/3 lac sur la rive gauche. C’est un promontoire sous-lacustre qui se détache de la pointe de Bellerive en se dirigeant obliquement à l’axe du lac, -directement vers le nord. Son sommet, qui est sous 7.4™ d’eau, est plus élevé de 7.8™ que l’arête mousse qui le relie au rivage; il forme donc un îlot submergé. Un talus de 24 pour cent de pente borde les Hauts-monts du côté du nord; sur les autres faces ils sont moins escarpés. Cet îlot souslacustre est recouvert d’un grand nombre de blocs erratiques ; près du sommet, l’un d’eux, connu sous le nom de Pierre des Hautsmonts, n'est recouvert que de 7.4™ d’eau. L’on avait d’abord pensé que l’ilot était une moraine glaciaire. Mais le major Pictet qui a étudié, cette localité avec grand soin lors de l’établissement de la carte, a constaté que le squelette de l’îlot est de mollasse. (‘) Si le lac abaissait son niveau de 15'» les Hauts-monts formeraient une île qui sortirait de l’eau de 7.6™ .

En résumé, le lac Léman, considéré dans le relief en creux de sa région profonde, forme un seul bassin.

Il est divisé en deux parties : le Grand-lac et le Petit-lac.

Le Grand-lac est un bassin unique, large, profond, beaucoup plus profond dans sa région centrale que dans ses régions terminales, lesquelles constituent deux rampes régulières.

La rampe descendante du plafond du lac est formée par le cône d’alluvion du Rhône.

La plaine centrale est remplie par l’alluvion impalpable du Rhône et des autres affluents.

La rampe ascendante montre le relief primitif du bassin sans altération notable.

Le Petit-lac est peu large, peu profond, de profondeur assez uniforme ; il est divisé dans le sens de sa longueur en une série de cuvettes peu marquées.

Le lac subit dans la région du Haut-lac un comblement progressif

(') A. Favre. Description géologicjne du canton de Genève, II, 39. Genève, 1880.

HYDROGRAPHIE

dans le sens longitudinal par l’effet de l’avancement du cône d’alluvion du Rhône.

Sur ses côtes, le lac tend à être découpé par les cônes d’alluvion des affluents latéraux. Un seul est assez puissant pour être cité, c’est celui de la Dranse.

Le bassin du lac montre quelques accidents dus à l’orographie primitive de la vallée, mais ils sont peu importants et peu saillants.

Si quelques-unes de ces propositions peuvent paraître insuffisamment démontrées par la description que nous avons faite, elles trouveront leur justification pleine et entière dans les paragraphes et chapitres ultérieurs, oü j’aurai souvent à revenu’ sur ces faits.

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