Du sol d'érosion
Là où l’érosion est dominante, elle empêche le dépôt des alluvions ; elle met à nu les murailles du lac, et même les attaque ; dans ces régions, le sol du lac mérite le nom de sol d’érosion. Je le constate sous des formes diverses :
l" Dans les parois verticales des rochers qui constituent en certaines places le talus du lac, à quelque profondeur qu’on les rencontre. Ces parois peuvent être des calcaires (Chillon, le Fénalet), des poudingues (Lavaux) ou des mollasses. L’inclinaison de la paroi de rochers est telle que l’alluvion du lac ne peut y adhérer, et le roc restant à nu au contact de l’eau, subit très lentement une action de dissolution chimique. Pour les parois de rochers qui s’approchent de la surface de l’eau, l’action mécanique des vagues intervenant, l’érosion est sensiblement plus énergique.
2" Dans les côtes soumises à l’érosion, il se forme par l’action du lac une falaise qui domine la grève ; cette falaise est creusée dans les couches géologiques anciennes qui sont ainsi successivement attaquées. En même temps la grève est travaillée pai' Faction mécanique des vagues et par Faction chimique de l’eau, de manière à ce que, s’émiettant en particules de plus en plus fines, elle est petit à petit entraînée dans le domaine du lac. La côte, dans ces l’égions, se creuse toujours plus, et la beine envahit toujours davantage le domaine de la teri’e ferme (beine d’érosion).
La côte, ainsi érodée, peut présenter sur notre lac les natures suivantes :
HYDROGRAPHIE
a Roche solide, difficilement attaquable; calcaire, poudingue ou mollasse. Le choc des galets charriés par les vagues arrondit ces surfaces rocheuses, et leur donne des formes moutonnées, analogues au premier aspect aux roches moutonnées des assises polies par les glaciers. Un peu d’attention permet du reste de distinguer sûrement ces deux modes d’action. Exemples, côte de Préverenges, Fraidaigues, Cliillon, etc.
b Quelquefois la roche est formée de couches inégalement résistantes, et l’on voit le banc supérieur peu attaqué, tandis que la couche qui le supporte est érodée par ses bords, dissoute ou dissociée. La roche supérieure, manquant alors d’appui, s’affaisse par bandes successives qui se fractionnent en quartiers de dimensions irrégulières, ces morceaux restant plus ou moins dans leur position relative, aussi longtemps que le choc des vagues ne les disperse pas. .T’en connais un bon exemple au-dessous de Préverenges, où la roche dure est un calcaire puant de la mollasse, et la roche tendre qui le supporte une marne. J’en pourrais citer d’autres encore en les cherchant au bord du lac de Neuchâtel.
c Lorsque le sol primitif était une moraine glaciaire, les parties impalpables et mobiles, argiles et sables sont emportées par les vagues ; les cailloux et les blocs restent sur place en recouvrant le sol irrégulièrement, selon le hasard de leur position dans la moraine. Blocs et cailloux l'estent ainsi disséminés au milieu de la beine. Le plus bel exemple que je puisse citer est la magnifique moraine qui s’étend de la tuilerie de Préverenges à la pointe de la Venoge ; le nombre et la grosseur des blocs y sont tout à fait remarquables. On peut encore citer une belle moraine visible dans l’eau près de Géligny, au sud du débai-cadére des bateaux à vapeur, celle d’Yvoire, etc. C’est ce que j’ai appelé les moraines liüorales.
d Enfin, le sol primitif était marneux, argileux ou sableux ; sous l’action de l’érosion tout est enlevé, et il ne reste rien sur place.