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III. liC Rhône du Talai

Le Rhône est le principal affluent du Léman ; on peut même dire, si nos hypothèses sur la genèse du lac sont exactes, que le Léman n’est qu’un élargissement et un approfondissement accidentels du lit du fleuve. C’est lui qui, de beaucoup, fournit la plus grande masse d’eaux affluentes; c’est lui qui règle le régime limnimétrique du lac. Il mérite donc d’être étudié attentivement.

Son bassin d’alimentation est de d’après les mesures de la

commis.sion hydrométrique suisse.

Celui des affluents directs, ou petits affluents, étant de 2034'‘'‘'2, le bassin du Rhône forme plus des 7 dixièmes (0.72) du bassin total d’alimentation du lac.

De cette superficie de 5383'‘''>-, il y a

en nature de glaciers lOOO'f»^

en nature de rochers, sables, champs, etc., 4400>‘™2 environ.

Le cinquième environ du bassin du Rhône est donc formé de glaciers et neiges éternelle.s, ce qui est une proportion énorme. (‘)

Ces neiges éternelles sont attaquées seulement par la chaleur de l’été qui les fait fondre activement. Il en résulte, comme pour tous les fleuves alpins, un régime spécial caractérisé par les traits suivants : en hiver, minimum des eaux qui descendent à l’étiage ; au printemps,

(') Parmi les lacs suisses, il n’y a que le lac de Brienz dont le bassin d’alimentation soit relativement plus riclie en glaciers. Sur les GlOiira^ qu’il représente, il y en a en nature de neiges et glaciers, soit un quart environ. (Commission

hydrométrique suisse.)

HYDROLOGIE

crues violentes par la fonte des neiges basses ; en été, maximum prolongé de hauteur du fleuve ; en automne, crues passagères en cas de grandes pluies chaudes.

Je donnerai deux exemples du débit du fleuve. M. l’ingénieur A. Bürkli-Ziegler, de Zurich, m’a communiqué des tracés graphiques permettant de trouver le débit en fonction de la hauteur des eaux, mesurée au pont de Chessel (Porte du Scex) observations de 1879-84, et au pont de Collombey, observations de 1874-77. J’en ai profité pour calculer le débit du fleuve dans les années 1879 et 1886. J’en donne ici les valeurs mensuelles en mètres cubes à la seconde, moyenne entre les deux cliifïres obtenus dans les douze séries d’observation. (‘)

Déhit du Rhône.

janvier

sec

sec

février

mars

mai

juin

juillet

août

septembre

octobre

décembre

La justesse suffisante des calculs est prouvée par la concordance à peu près exacte des moyennes annuelles des deux séries de valeurs. C’est ainsi que pour l’année 1879 les calculs faits d’après les observations du pont de Colombey ont donné pour valeur moyenne 200'“'*s"^ d’après celles de la Porte de Scex 190"''* s»®. Ces chiffres se résument en un débit moyen de 195"»'^ pour 1879, année de grandes eaux, (-)

(*) Cf. F.-A. Foret. Le ravin sous-lacustre du Eliône. Bull. S. V. S. N., XXIII 85 sq. Lausanne 1887.

P) Que les eaux de 1879 aient été extraordinairement fortes, cela est prouvé par la hauteur extraordinaire des eaux du Léman, qui a été pendant cette année pour la moyenne annuelle 426"'"' au-dessus de la normale » le maximum 504 » » • »

» » minimum 493 » • » »

E.-d. Foret. Contrib. à la limnimétrie du Léman. V'"" série Bull. S. V. S. N. XVII, tableau xxi, p. 311. 1881.

LE RHONE DU VALAIS

de 14‘2"''< pour 1886, année à peu près normale. Comme moyenne probable, j’admettrai 150™^

•150m.'isoc comme valeur moyenne de débit du Rhône valaisan me paraît un chifi're assez plausible. En effet, si nous le multiplions par le nombre de secondas de l’année, nous arrivons à un débit total annuel de 4730 millions m:! qui, divisé par la superficie du bassin 5383'^'"-, donne une hauteur d’eau de 878mm, étendue à la surface du bassin d’alimentation du Rhône.

Comparons ce chiffre à celui que nous donne la chute de pluie annuelle sur le bassin de réception du fleuve. Si nous planimétrons la partie de notre carte des pluies (pl. III, p. 304) qui appartient à ce bassin, nous trouvons, toutes réserves faites sur l’incertitude de la carte, une valeur moyenne pour la hauteur d’eau annuelle de 801'“m. Cette valeur est plus petite que celle que nous obtenons par le calcul du débit du Rhône 878™™. Comment expliquer cette différence? Cette différence est d’autant plus frappante que, de la chute d’eau annuelle, nous aurions à soustraire la quantité certainement considérable enlevée par l’évaporation et qui ne revient pas au Rhône. Mais si, en revanche, nous faisons intervenir la quantité d’eau (‘) déposée par condensation directe sur les corps froids et spécialement sur les neiges et les glaces, nous aurons l’explication de l’anomalie apparente. La condensation directe, qui n’apparaît, pas sous forme de pluie, qui échappe par conséquent au pluviomètre, est plus forte que l’évaporation dans un pays si riche en glaciers que le Valais. La somme algébrique de la chute d’eau annuelle, de la condensation directe et de l’évaporation, peut donc, sans que nous ayons à trop forcer les chiffres, nous amener à des valeurs qui correspondraient assez bien à un débit du Rhône de 150™'*

Le débit du Rhône, à son entrée dans le lac, est évalué par M. R. Lauterburg (^) aux chiffres suivants :

(b La condensation de la vapeur d'eau sur une surface glacée peut donner des (luantités d’eau assez importantes, ainsi que nous l’avons montré, M. Gli. Dufour et moi-même par nos expériences de 1870 sur le glacier du Rliône (Bull. S. V. S. N. X, 021, 1870.) Nous sommes arrivés, dans les conditions les plus favorables, à des valeurs de 0.15“"' pour l’épaisseur d’eau déposée par iieure à la surface du glacier. Si le même dépôt s’effectuait sur l’ensemble des 1000 des glaciers du bassin du Rhône, cela représenterait une quantité de 1.50 000“i d’eau par heure, soit un débit de 42“^ S"'.

t") R. Lauterburg. Versuch zur Ausstellung einer Uebersiolit der schw. Stromabflussmengen p, 0.5. Born 1870,

HYDROLOGIE

minimum 9'"'*

basses eaux moyennes 57 eaux moyennes 199

hautes eaux moyennes 737 maximum 1692

Ce dernier chifïre me paraît trop fort ; je me fonde sur deux faits pour justifier cette critique.

A. Le graphique Bürkli-Ziegler donne 1074"'3 sec comme débit probable du Rhône lorsque ses eaux sont au pont de Gollombey à la cote 4.4"> du fluviomètre. Or les plus hautes eaux que j’aie su trouver dans les observations hydrométriques suisses sont celles du 2 juillet 1879, qui sont restées à la cote 4.1'“ de cette même échelle.

B. La crue du Léman la plus rapide que nous connaissions (en dehors de celle de 1888, laquelle était due uniquement aux affluents directs du lac et à la fermeture du barrage de Genève) est celle du 24 au 25 mai 1878, pendant laquelle le lac est monté de ISS'”!" en 24 heures. Un calcul analogue à celui de la page 357 me donne pour le débit total des affluents du lac 1475'“3 s"'. (*) Dans ce cas-là, une notable partie de la crue doit être attribuée aux affluents directs du lac qui étaient extraordinairement gonflés par la pluie ; (-) le Rhône n’a pas été exceptionnellement fort, et, en réalité, il n’a atteint ce jour-là au fluviomètre du pont de Gollombey que la cote 3.0'", ce qui correspond à un débit de 552'“-* d’après le graphique Biirkli-Ziegler. Mais le fait que nous n’avons pas, depuis l’ère des observations limnimétriques authentiques, de crue du lac supérieure à celle qui nous occupe, et que cette crue n’a amené un débit total des affluents que de 1475'"'* *■"■, m’empêche d’admettre comme probable un débit maximal du Rhône seul de 1692'“'* comme le veut M. Lauterburg.

Je connais les jaugeages suivants faits dans le Rhône du Valais :

17 mai 1843

3 février 1858 8 avril 1863

Vallée P) St-Maurice liantes eaux 350

• » basses • 58

F. Burnier et L. Dufour P) Porte du Scex 27

J Gay G') . » 55

(*) F.-d. Forel. Contribution à la limnimétrie du Léman. LV"' série. Bull. S. V S. N., XVl, 645, 1880

U) A Genève il est tomlié ces jours-là une hauteur d’eau de 57"’"'.

(") Comptes-rendus Acad de Paris, XIX, 930, 1844.

(-') Bull. S. V. S. N. VI, C, 1858.

G) D’après M. Cli. Dufour cité dans A. Favre. Recherches, I., 15.

LE RHONE DU VALAIS

H-15 septb. 1868

.1. Gay

Porte du Scex

ni3 sec

28 avril 1874

Bernard (')

18 juin 1874

7 juillet 1874

21 juillet 1877

Legler {^)

29 mai 1887

,1. Epper (“)

La pente du Rhône en Valais est slssez irrégulière : il présente par place des rapides et ailleurs de longs paliers où la pente est presque nulle. Voici quelques chiffres moyens calculés d’après les cotes de l’Atlas Siegfried en partageant la vallée dans sa longueur et en divisant le cours du fleuve en rapides et en pentes douces; la pente est donnée en millièmes de la longueur du trajet.

1" rapide

de Gletsch à Oberwald

longueur

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