barrage ouvert
barrage ouvert
302"“^ son
barrage fermé,
-157111.1 scr
Dans la période nouvelle, depuis la régularisation du régime du lac, depuis l’organisation des engins de 1883-1887, qu’avons-nous à notre disposition pour le débit du lac ?
Dans ce nouvel état de choses, l’occlusion du Rhône est parfaite lorsque tous les barrages sont fermés ; le libre passage de l’eau est assuré loi’sque les barrages sont ouverts. Il semblerait donc que l’on puisse établir des rapports simples enlre la hauteur du lac et le débit, de l’émissaire dans ces deux états des bari'ages. Mais dans la pratique jusqu’à présent adoptée, les faits sont plus, compliqués. Dans le régime des grandes eaux, le barrage à ildeaux est ordinairement tout ouvert; mais à côté de cela les vannes accessoires, écluse Séchehaye, vannes de l’ancienne machine hydraulique, sont tantôt ouvertes ou fermées : il est bien peu de jours où le directeur des eaux de Genève n’ordonne (pielque modification à l’état du barrage. Dans le régime des basses
LE RHONE DE GENÈVE
eaux, l’état du barrage est beaucoup plus constant et l’on pourrait facilement établir les relations d’écoulement en fonction de la hauteur du lac ; mais cela n’aurait que peu d’intérêt.
•le me contenterai donc de donner d’après les calculs de M. Legler le débit du Rhône par le bai'rage à rideaux du bras droit du fleuve toutes vannes ouvertes. La hauteur de l’eau dans le port de Genève est me-
surée au lirnnimètre du .Jardin anglais.
Ilaiitonr do l’eau
Débit du llhône
dans le port de Genève.
par le bras droit du fleuve.
338cu3 SCC
Ces chiffres ne donnent ni les quantités d’eau qui s’écoulent par les turbines de la machine hydraulique, ni celles que débitent les vannes accessoires (écluses Séchehaye, roues Cordier, écluse de décharge) ; ces quantités sont essentiellement variables, et il serait trop long de chercher ici les formules' qui les représentent.
Il faut donc renoncer à trouver dans l’état actuel des choses une relation simple entre la hauteur du lac et le débit de l’émissaire. Le Léman est aujourd’hui un étang d’usine dont le régime est artificiellement réglé par les intérêts et les nécessités des machines hydrauliiiues de Genève ; la hauteur de ses eaux n’est plus régie parle jeu libre des faits naturels. Je ne m’en plains pas, je le constate.
Il est cependant facile de trouver le débit de l’émissaire. Des observations fluviométriques sont faites journalièrement h une échelle située en aval du barrage, au-dessous de l’u.sine hydraulique delà Coulouvrenière. Des jaugeages, mesures directes et calculs de MM. Turrettini et Butticaz, ont donné les éléments d’un tableau graphique où le débit du Rhône est indiqué en fonction de deux éléments variables : de la hauteur de l’eau à l’échelle fluviométiâque aval dos turbines et de la pente de l’eau dans le fleuve, entre les turbines et le confluent de l’Arve. Cette pente est si faible depuis que le lit du Rhône a été dragué et régularisé — sur une longueur de lÜOO™ environ, elle n’est que de 20''"' aux basses eaux, de 50'’'" aux hautes eaux — que sa valeur est d’influence considérable sur le débit du fleuve. Ce tableau, dont les
HYDROLOGIE
bases fondamenlales sont encore actuellement à l’étude, permettra^ quand il sera définitif, une évaluation très simple et parfaitement exacte des quantités d’eau qui s’écoulent hors du Léman. Ce sera un travail de longue haleine, et dont les résultats ne seront à notre disposition f[ue dans les années à venir. Les chiffres que nous allons donner d’après les premières années d’étude montreront le grand intérêt qifi sortira de ce travail.
Essayons maintenant d’utiliser ces chiffres actuellement à notre disposition pour évaluer le débit effectif du Rhône de Genève, la quantité d’eau qui s’écoule hors du lac.
Tin premier calcul consistera à prendre les hauteurs moyennes du lac pour la période la plus rapprochée des époques de jaugeages, et, en leur rapportant les débits du Rhône, à en tirer la valeur annuelle moyenne de l’écoulement du lac. Pour les hauteurs moyennes du lac nous devons nous adresser à une longue série, car les variations annuelles et cycliques sont fort grandes comme nous le verrons plus tard. D’une autre part, nous ne pouvons nous écarter trop de l’époque des jaugeages, car ainsi que nous l’avons vu, les variations dans les conditions de l’écoülement du ffeuve sont considérables, et celles-ci ont changé souvent fort rapidement. Je prendrai un moyen terme entre ces deux exigences, en choisissant pour les hauteurs du lac les moyennes mensuelles des années 1861 à 1880, et en les rapportant aux valeurs du débit du Rhône déduites des jaugeages de 1873 et 187-4. Le tableau suivant donnera les chiffres obtenus par ces calculs;
Mois.
Hauteur du lac.
Débit moyen.
Débits mensuels m
Janvier
133"'^ soc
Février
Mars
Mai
Juin
Jiiillet
Aotrt
Septembre
Octobre
Novembre
Décembre
Somme totale 8 291 808 000
LE RHONE DE GENÈVE
8300 millions de mètres cubes, telle serait la quantité d’eau qui s’écoulerait année moyenne du Léman. Mais ce calcul est très incertain. L’incertitude vient :
D’une part des variations possibles dans les conditions d’écoulement du neuve aux diverses époques de cette période de vingt ans.
D’une autre part des irrégularités d’une année à l’autre dans l’époque des manœuvres du barrage de Genève, .l’ai attribué aux mois de novembre à avril le débit du Rhône, barrage fermé, mais il y a eu certainement dans cette saison nombre de jours et de semaines pendant lesquels, vu la hauteur accidentelle du lac, le barrage a été partiellement ou totalement ouvert ; au commencement et à la fin de la saison d’été, il y a eu j)arfois des fermetures partielles ou totales du barrage. Je ne puis dire si ces erreurs en sens opposés se compensent, et je dois à mou grand regret reconnaître l’incertitude grave qui compromet ce chifl're moyen de l’écoulement du Rhône à Genèvei
Nous avons, pour quelques années seulement, la valeur exacte de la quantité d’eau écoulée par le Rliône de Genève, à savoir :
4“ Pendant 14 mois, du 18 octobre 1873 au 31 décembre 1874, le Bureau vaudois des ponts et chaussées, pour donner une base précise aux projets (|u’il étudiait de la régularisation du Léman, a fait faire des lectures journalières à différentes échelles Iluviométriques, placées par ses soins dans le port de Genève et le Rhône. Nous utilisons dans ces séries les observations de l’échelle Q située à la Goulouvrenière, en aval du barrage, à côté du profil des jaugeages Pestalozzi et Legler ; à l’aide d’un tableau graphique où les valeurs des jaugeages sont ordonnées en fonction de la h.auteur du fleuve, nous pouvons en déduire les débits de l’émissairè à une date donnée, et en moyennes mensuelles et annuelles.
‘■1" Depuis l’établissement de la nouvelle machine hydraulique de la Goulouvrenière, la hauteur de l'eau du fleuve est observée chaque jour par les .soins de M. l’ingénieur G. Butticaz, directeur du service des eaux de la ville de Genève. Depuis le milieu de l’année 1881), les travaux de dragage du lit du Rhône aval de la Machine ont été achevés, et depuis ce moment l’on a pu con.stater une relation régulière entre la hauteur de l’eau dans le fleuve et le débit de celui-ci. Pour détei’miner cette relation, il est nécessaire de tenir compte de la pente superficielle variable du fleuve ; suivant la hauteur des eaux de l’Arve,
HYDROLOGIE
4ii
récoulement du Rhône est plus ou moins entcavé, la pente superlicielle variant de 20 à 50*'™. Le débit de l’émissaire varie donc en fonction premièrement de la hauteur de ses eaux, secondement de la valeur de sa pente. M. le directeur du service des eaux de Genèvè a eu l’obligeance de me communiquer les valeurs journalières et mensuelles du débit du Rhône ù, partir du 1®*' mai 1880.
•le dispose des valeurs mensuelles du débit de l’émissaire du Léman pendant 14 mois des années 187:1-74 et :16 mois des années 1889-92 ; au total 50 mois, .le puis donc en tirer une valeur provisoire du débit annuel du Rhône. Cette moyenne sera corrigée quand un nombre plus grand d’observations y auront été adjointes. Lorsque cette moyenne sera déüiiilive, nous pourrons la considérer comme égale à la valeur moyenne du débit des affluents du lac; pour le moment, vu la brièTOté et la complication de la période que nous utilisons, l’effet de retenue positive ou négative du lac y e.st trop important pour que, sans autre, nous puissions attribuer ces chiffres du débit de l’émissaire au débit des affluents du lac.
Mais nous arriverons à déduire ce dernier, le débit des affluents, en ajoutant au débit du Rhône de Genève la valeur positive ou négative de l’eau accumulée dans le bassin du lac. Voici un exemple du calcul que j’ai fait pour le mois de janvier 1874.
Le lac était au linmimètre de Vevey :
le 1er janvier 1874 à la hauteur de 1.080"> le Ier février — — 0.948
il a donc baissé de 132'""', ce ([ui pour une superficie du lac de 582.4'“"- représente un excès de débit de l’émissaire de 76 876 OOO'"'! Le mois ayant 31 jours, cela fait par jour 2479 000""*, et par seconde 29""*. Le débit du Rhône de Genève ayant été, pendant le mois en question, en moyenne de 110'"'* ""r, si j’en soustrais 29™'* "r", j’arrive à 81""*'"'c pour le débit moyen des aflluents(‘) pendant ce mois de janvier 1874.
,1e donne dans le tableau suivant les valeurs mensuelles du débit, en mètres cubes à la seconde, de l’émissaire /? et des affluents M pour les 50 mois dont nous possédons les éléments. Pour les trois années 1874,
0) Par affluents, il faut entendre le débit du Rliône du Valais, celui des affluents directs du lac, la pluie tombée sur le lac, et l’eau condensée à sa surface, moins la quantité d’eau enlevée par l’évaporation.
LE RHONE DE GENÈVE
1890 et 1891, qui sont complètes, je puis donner en outre les moyennes annuelles. (')
Moyennes
.1 Difl'.
Janvier
Dévrier
im
Mars
Mai
Juin
5of»
Juillet
Août
Septembre
Novembre
Décembre
8fi
leti
Moyennes
riôü 2.53
Alors même que je ne dispose ([ue de peu d’années d’observations — quatre seulement — , vu le très grand intérêt de ces chifïres, j’en ai •cherché les valeurs moyennes. Dans les dernières colonnes de mon tableau je donne les moyennes mensuelles des débits de l’émissaire et des affluents. Je le répète, ces chilTres ne sont que provisoires et seront corrigés dans la suite, et peut-être sensiblement modifiés.
Cependant nous pouvons espérer que les moyennes générales que j’ai obtenues et qui me donnent pour le débit moyen annuel
des affluents du lac ne s’écartent pas beaucoup du chifl're définitif. En effet, si nous considérons les chutes de pluie des années en question, nous trouvons dans les observations de Genève pour la quantité annuelle : ' .
(') Pour les moyennes annuelles, j’ai tenu eonipte do la difftTonee de longueur 4es mois.
(^) Dans le fascicule 1 des mémoires publiés par la section des travaux de la ville de Genève, sous le titre d'I' misai ion des forces iiioirices dit Hhùne, M. Legler a donné un tableau complot des débiLs journaliers de l'émissaire et de.s aflluenls pour l’année 1874. .l’en ai tiré dos moyennes mensuelles qui ne s’écartent pas troj) de celles que je publie dans ce tableau ; la moyenne annuelle de Logler, de 2’Jl'"^ aussi bien pour les affluents que pour l’émissaire, est, à 3 mètres près, le cbiffre auquel je suis arrivé par mes propres calculs. Les différences entre les deux séries de valeurs proviennent des hauteurs limnimétriques utilisées, JI. Legler se basant .sur son échelle D, et moi sur le limnimètre do Vevey.
HYDROLOGIE
en 1874 en 1890 en 1801
654'“™ d’eau météorique.
moyenne des 3 années (‘) 858“'™ d’eau météorique
ce qui n’e.st pas trop éloigné do la normale de 1826 à 1890, laquelle est 834™'“. Nous avons donc eu la chance pour nos années de compai-aison de rencontrer une année très sèche, 1874, une année assez humide, 1800, et une année très pluvieuse, 1891. Il est donc probable que les chillres trouvés pour le débit des aflluents ne sont pas très éloignés de ceux que nous donneraient une très longue suite d’années.
Utilisons donc la valeur de 252'"''*‘'‘' que nous avons obtenue poui‘ le débit moyen des affluents du lac. Cela nous donne pour le débit total annuel 7 964 000 OOO'»'*.
Nous avons trouvé d’autre part, en rapportant les hauteurs moyennes du lac (1861-1880) au débit moyen de l’émissaire (voyez p. 442), que ce même débit annuel moyen des affluents devait s’élever à 8291 808000™:*.
Ces cliifTres ne s’écailent pas trop l’un de l’autre, et j’estime qu’une valeur de 8 milliards de mètres cubes peut être acceptée provisoirement comme représentant le débit annuel probable de la totalité des affluents du lac.
Comparons ce chifïre à celui que nous donne la chute d’eau météorique. Nous avons évalué (p. 301) à 909'“''' la hauteur moyenne annuelle de la chute d’eau sur l’ensemble du bassin d’alimentation du Léman, y compris le lac. Ce bassin mesurant 7994.5*‘™2, une telle chute représente un volume de 7267 millions de mètres cubes d’eau.
Nous trouvons donc une divergence étonnante dans les résultats de ces calculs. La quantité d’eau tombée sous forme de pluie et de neige sur le bassin d’alimentation est plus faible que la quantifé d’eau qui s’écoule à Genève. Avant de discuter la signification de cette anomalie apparente, renouvelons les réserves que nous sommes obligés de faire sur l’exactitude de nos chiffres. La valeur annuelle de la pluie est incertaine, essentiellement par le fait de rinsuflisance des observations pluviométriques dans le va.ste territoire du V'alais. La valeur annuelle de l’écoulement du Rhône de Genève est incertaine par le fait du trop petit nombre d'années d’observations à notre disposition. Sans parler
(') Les li antres mois qui ne rentrent pas dans le cadre des trois antres, années nous donnent il est vrai un excédent de 216'”'” sur la normale, cjni relèveassez sensiblement ce cliillre, et l'amène é SlTI""” d’eau de plnie par an.
LE RHONE DE GENÈVE
(les mille causes d’erreurs d’observations nombreuses et diverses, faites [)ar des agents diflerents et souvent par des méthodes différentes, nous avons donc dans nos chiffres fondamentaux une incertitude que nous devons reconnaître en la déplorant.
Cependant, tout en attendant avec impatience les corrections que de nouvelles expériences nous apporteront, je ne prévois pas qu’elles changent le sens de la divei'gence actuellement indiquée. 11 y a longtemps que je suis en présence de ces chiffres ; i! y a plus de 20 ans que j’ai, dans un premier e.ssai,(') tout à fait primitif, tenté de faire une telle comparaison. Ce travail de jeunesse, qui foui’millait de causes d’erreur, je l’ai déjà reconnu depuis longtemps, (-) m’amenait à un résultat du même genre que celui qui nous étoime aujourd’hui, excès de l’eau écoulée à Genève sur la chute de pluie dans le bassin d’alimentation. Depuis lors ce problème n’a cessé de me préoccuper; je l’ai repris vingt fois en utilisant toutes les données nouvelles qui venaient en ma possession ; toujours le résultat était dans le même sens. J’ai fini par me convaincre (peut-être serai-je corrigé par l’avenir) qu’il y a là un fait naturel : le débit de l’émissaire du Léman est supérieur à la quantité d’eau qui tombe sur son bassin d’alimentation sous forme de pluie ou de neige. Si ce fait était réel, il faïuh'ait l’expliquer.
Une première explication pourrait se. chercher dans la déviation dans le bassin du Rhône de tout ou partie des eaux provenant d’autres bassins, ses voisins. Sur les frontières méridionales et dans toute la partie alpine (■’) du bassin, il n’y a rien qui fasse soupçonner une pareille éventualité. Mais dans la région noi'd et nord-occidentale du lac, les
(') F.-A. Foret. (Comparaison du débit du Rhône à Genève sur la hauteur il’eau météorique. Bidl. S. V. S. N., X, 445. Lausanne 1871.
Cq Voir la note de la page 644 Bull. S. V. S. N., X. Lausanne 1871.
(*) Au moment de terminer l'impression de ces pages, j’arrive même à soupçonner (pie le chilfre de. 799.")'-"'- du bassin d'alimentation du Léman devrait être assez sensiblement diminué II a été rne.smv sur l’allas Dufour qui attribuait au bassin du Rliône le glacier de la Rlaino-morte, au sud du Wildstrubol; ce glacier, do ID'"-, appartient certainement, d'apivs la feuille 473 de l’atlas Siegfried, au bassin de. la Simme, dans lequel il se déverse par le glacier de Hützli. D'une autre piart le Daubensee et son liassin d’alimentation, y compris le grand glacier de Liimmorn, représentant ensemlde SOtmS, a été attribué au Vahds; or d’après l’opinion de JL A. de Torrenté, de Sion, il doit ver.ser ses eaux jiar des émissaires souterrains dans la vallée delà Kander. JI. l’ingénieur R. Lauterburg, do Berne, se basant sur un rapport de JI. G. Ischer, à Jlett, l’auteur de la partie liernoise et do la feuille XVII do la carte géul(>gi((ue suisse, estime également (pie le Daubenseo SC déverse dans le Kandorthal. Dapros cela il y aurait certainement une dizaine et pi’obablement une quarantaine de kilomètres à enlever au bassin du Rliône , et, de ce fait, le désaccord signalé serait encore plus marqué.
HYDIÎOLOGIE
conditions géographiques semblent la rendre admissible. La vallée de Joux, à une altitude de 1000'" et plus, par conséquent de 600'" supérieure à la nappe du l.éman, n’a pas d’écoulement apparent de ses eaux ; la majeure partie des eaux du lac de .Toux arrive par des émissaires souterrains, cela semble bien prouvé, à la source de l’Oi’be à Vullorbes. Mais il serait possible qu’une partie de ses eaux vint se déverser par des canaux souterrains traversant la première chaîne du .lura, dans les sources de la Venoge, del’Aubonne, de la Promentliouse et de la Versoie, affluents du Léman. Cela n’est pas probable ; les sources semblent représenter le drainage naturel du fleuve oriental de la montagne; aucune d’elles n’a, ni par le volume de ses eaux, ni par leur température, le caractère d’un émissaire important du lac de .loux ; puis la chaîne du Jura forme une voûte, une anticlinale, difficilement perméable à des eaux souterraines. Cependant la question ne doit pas être écartée a priori ; si je suis bien informé, elle doit être mise prochainement à l’élude, à propos d’une demande de concession des eaux d’écoulement du lac de Joux. D’une autre part, le lac de Neuclwtel est à l’altitude de 435"' ; par conséquent, tout le plateau qui s’y déverse pourrait, par des canaux souterrains, évacuer ses eaux dans le Léman, de 60"' inférieur en altitude aux lacs du pied du Jura; mais nous ne connaissons aucune source importante que nous devions attribuer à cette origine. — Ces eaux venant de bassins Amisins entreraient-elles dans le Léman sous forme de sources sortant dans le fond du lac? Les pécheurs parlent souvent de sources sous-lacustres ; mais aucune d’elles n’est, à ma connaissance, démontrée. Le seul point où l’on pourl'ait en soupçonner avec quelque probabilité, la moraine sous-lacustre d’Yvoire, ne nous a pas fourni d’ftidices plausibles (v. p. 143).
Cet ordre d’explication écarté, il ne nous reste, pour rendre compte de l’anomalie signalée, qu’à invoque]' une prédominance, sur les faits d’évaporation, de ceux de conden-sation à la surface des corps froids. A'ous avons déjà indiqué le principe de celte action p. 36'1 ; mais son .grand intérêt nous entraîne à y revenir un peu plus explicitement.
Les eaux qui s’écoulent par un fleuve sont la somme algébi'ique de trois facteurs ; l’eau météorique tombéesous forme de pluie ou de neige à la surface du bassin d’alimentation — l’eau condensée directement sur les corps froids, l'osée, givi'e — la quantité enlevée par l'évapora- Xion ; cette dernière représente une quantité négative.
L’évaporation enlève dans l’air une quantité considérable d’eau.
LE RHONE DE GENEVE
Dix années d’oljservations siccimétriques, faites à Lausanne, par M. L. Dufour, ont donné une épaisseur moyenne de 738'«'« (') pour la couche d’eau évaporée annuellement, sur un bassin de deux mètres carrés ; c’est une quantité qui approche de celle de la chute d’eau météorique moyenne de Lausanne, 976'“'“ ; un tel bassin n’écoulerait pour ainsi dire pas d’eau par son émissaii’e. Mais ces observations, les meilleures que nous possédions dans notre l'égion, excellentes dans les conditions où elles ont été faites, ne sont certainement pas applicables à l’ensemble du bassin du Rhône. La quantité d’eau évaporée sur une surface compliquée comme le pays drainé par le fleuve, formée en grande majorité de rochers, de sable, de terrains en friche ou en culture, doit être relativement beaucoup moins considérable que celle qui se dégage d’un bassin d’eau, peu profond, se réchauffant puissamment au soleil d’été, caressé par l’air desséché de la terre ferme environnante. C’est probablement plusieurs centimètres, pçut-être un ou deux décimètres d’épaisseur d’eau, qui sont enlevés annuellement à la surface du bassin d’alimentation du Léman ; c’est certainement beaucoup moins que les 7 décimètres observés par Dufour dans sa station de Lausanne. Mais si la quantité d’eau tombée, en pluie et en neige, sur le bassin du Léman, était insuffisante pour nourrir à elle seule le Rhône de Genève, cette quantité étant notablement diminuée par l’évaporation, il nous faudra trouver une source d’apport d’eau qui compense et audelà ce délicit. C’est dans la condensation sur les corps froids que nous la cherchons.
La rosée, qui se précipite à l’état liquide sur les gazons et autres corps solides à rayonnement puissant, représente parfois une assez forte quantité d’eau ; mais elle ne doit pas entrer ici en ligne de compte ; elle n’arrive guère à l’émissaire, la plus grande partie de cette rosée étant évaporée à l’air dans la journée subséijuente. Le givre, espèce de rosée gelée qui prend un développement parfois si considérable sur les forêts des montagnes, peut être plus efficace pour l’alimentation des sources ; il représente souvent la valeur d’une bonne chute de neige. 0 Quant à la rosée qui se précipite sur les corps humides, sur l’eau, sur la neige, sur la glace, elle s’additionne à leur masse
(') HuU. S. V. S. N. XIII, 444 et G84, Lausanne, 1874.
(■^) Le givre, qui forme souvent sur les glaciers et sur les neiges une couche de plusieurs millimètres et même de centimètres d’épaisseur de cristaux serrés, représente une valeur d’eau condensée qui n’est certainement pas négligeable.
HYDROLOGIE
aqueuse, et est une source importante de l’alimentation des fleuves. Les expériences que nous avons faites, M. Ch. Dufour et moi, en 1870 et 1871, soit à Jlorges, soit au glacier du Rhône (*) ont prouvé que, suivant les circonstances, la quantité d’eau condensée à la surface des corps glacés, peut s’élever à une épaisseur de 0.1 à 0.5">“ par heure. La conden-sation a lieu à la surface des lacs et cours d’eau, des neiges et glaciers, quand leur température est au-dessous du point de saturation de l’air ; cette éventualité n’est pas très fréquente pour le lac, comme nous le verrons plus tard : elle est au contraire presque constante, dans les jours chauds du moins, sur les neiges, glaces et torrents glaciaires. Les neiges de la plaine en hiver, les neiges et glaciers de haute montagne pendant toute l’année, les torrents glaciaires pendant la saison chaude, sont des condensateurs puissants, qui soutirent directement à l’air une quantité considérable d’eau, laquelle échappe aux mesures des pluviomètres. Or, les neiges d’hiver représentent pour le bassin du Léman 7500'‘"'2, les glaciers et neiges éternelles 1000'“"-, le lac Léman 580'*'"-, les torrents et rivières 4 îi 5i“"2. Ces vastes surfaces seraientelles capables, parleur condensation directe, de compenser et au-delà le déficit d’eau causé par l’évaporation, et de satisfaire à l’excès d'eau fjue nous trouvons en évaluant le débit du Rhône de Genève? Je me borne à poser cette question, attendant de l'avenir la confirmation ou la correction des données fondamentales du problème. Quand les chiffres seront définitifs, alors seulement ce sera le moment de donner des conclusions sur la théorie du phénomène.
Il est encore un fait que je veux signaler dans les valeurs annuelles de l’eau fournie par les affluents du lac : c’est la faible différence que présente le débit des affluents du lac, entre une année sèche et une année humide. 4874 était une année très sèche ; elle n’a donné que 654'""' d’eau à Genève; 1891 était une année humide, la chute de pluie a été de 1006'"'" ; le rapport entre les chutes d’eau est de 65 D’une autre part la somme totale des affluents du lac a donné pour 1874 un débit moyen de '222'"'’ pour 1891, 248"''’ ; rapport entre ces deux
chiffres 89 "/o. Il semble donc que l’amplitude des variations des pluies s’atténuerait notablement dans les quantités d’eau écoulées par les rivières. .Mais avant de discuter sur le rôle modérateur que représente-
(') Loc. cit. (p. ifCl).
LIIINIMÉTHIE
rait ainsi le territoire du bassin d’alimentation, il est prudent d’attendre la conlirmation de ces indications, par un nombre plus grand d’années de comparaison.
Le Léman a un volume de 89 milliards de mètres cubes; il s’écoule année moyenne environ 8 milliards par le Rhône de Genève. Le .séjour moyen de l’eau dans le lac est donc de 11 années environ. C’est là une durée certainemeht assez prolongée pour que les eaux, différentes aux diverses saisons, des divers affluents du lac aient le temps de se mélanger et se pénétrer réciproquement, pour que l’eau perde ses caractères d’eau fluviatile et acquière les propriétés d’eau lacustre.