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Avant d’en tirer des moyennes générales et des conclusions, nous devons critiquer nous-mêmes notre coordination, et chercher dans quelles limites elle est exacte. Voici quelques observations qui nous serviront à ce sujet.
1« L’équation du limnimètre Nicod-Delom, établi en 1816 à Vevey, peut se tirer de deux manières : ou bien par une comparaison des maximums annuels communs aux observations de Mestrezat, de 1816 à 1824. Cette comparaison me donne pour le zéro du limnimètre Nicod-Delom 7X -L 4.309'", différence avec la coordination Forel — 32""" ; le zéro étant supérieur, cela donne à ma coordination des valeurs de 32""" trop élevées. Ou bien, par une comparaison avec les observations simultanées au limnimètre du Grand-Quai de Genève, en apportant à celles-ci une correction convenable pour la pente de la sortie du lac, en moyenne annuelle 25'""'. J’arrive ainsi pour le zéro du limnimètre de Vevey à ZL -j- 4.398'" ; dilTérenco avec la coordination Forel -1 57inm. (,na coordination serait ainsi de 57'"'" trop basse.)
Voici les chiffres originaux des minimums et maximums lus de 1816 à 1840 au limnimètre Nicod-Delom, en pouces et lignes de Berne :
(') Biüi. S. V. S. N. t. xvri. p. m
(^) Archives de Genève, Vil, 463, 1S82, XIX, 267, 1888, et années suivantes.
LIJINI.MÉTRIE
Minimums
Maximums
Minimums
Maximums
CO
2" La planche Develey . Dans un mémoire du professeur Develey, de septembre 1825, dont nous avons une copie faite de la main de Nicod-Delom de Vevey, (■-) est une planche où sont rapportées graphiquement et numériquement les hautes eaux de 1816 à 1825, d’après les observations de Vevey, sur le croquis des deux pierres du Niton et le plan du niveau Shuckburgh. Rien n’indique le procédé du repérage entre Vevey et Genève, mais le travail semble très soigné. Nous en tirons les cotes suivantes que je compare à ma coordination : (*)
Maximums.
Planche Develey.
F.-A. Forel.
Différence.
CO
Dilïérence moyenne + 2.5"'"'
(*) Les chiffres entre parenthèses sont les cotes extrêmes qui nous sont donnéesà des époques où les observations étaient incomplètes.
(^) Collection des manuscrits de S. Nicod-Delom, propriété de M. M. Morel, avocat, à Lausanne.
HYDROLOGIE
Ma coordination serait de 2.5'"™trop basse. Si nous écartons de cette comparaison le maximum de 1822, pour lequel il y a manifestement une erreur grave, (') l’erreur est plus forte, et ma coordination est de 18""" trop basse.
3" Les observations de J. Favre, notaire, à Rolle. Nous pouvons comparer les lectures faites au limniinètre Nicod-Deloin, de Vevey, avec celles de J. Favre, notaire à Rolle, faites sur une échelle fixée au mur du jardin Flick, (actuellement jardin Lappé). Favre avait déterminé sur cette échelle la position du niveau Shuckburgh, (maximum de 1775), soit au moyen de nivellements exécutés par Roger, juge à Xyon, amateur, comme Favre, des études naturelles, soit par une lecture .simultanée, opéi'ée le 17 aoCit 1824, par Alfred Eynard, à la Pierre du Niton de Genève, et par Favre à Rolle. J’ai retrouvé dans les noies (-) de Favre 47 lectures comparables à celles du limnimètre Nicod-Delom, à savoir : 3 en 1822, 2 en 1824, 21 en 1826 et 21 en
J’en ai profité tout d’abord pour vérifier que l’équation du limnimètre Nicod-Delom n’a pas changé entre ces dates extrêmes ; en effet, la dilïérence entre les deux séries d’observation ne varie pas systématiquement ; il y a des écarts provenant, soit de dénivellation de l’eau, soit d’erreur de lecture, l’écart maximum étant 91™'®; mais étant donné l’irrégularité des faits à observer, les deux séries sont remarquablement parallèles.
En second lieu, j’en ai tiré l’équation du limniinètre Nicod-Delom, en supposant exact le niveau Shuckburgh, tracé à Rolle, et l’ai trouvé être ZL -f- 4.369'", ce qui est de 28""® plus élevé que la cote que je lui ai attribuée dans ma coordination. Mais l'avre et Eynard, en établissant leur niveau Shuckburgh, ont négligé la pente du lac qui devait certainement avoir une valeur sensible entre le banc du Travers et la pierre du Niton; je n’essaie pas d’apporter cette correction aux calculs, car j’estime que l’établissement d’une ligne de niveau de Rolle à Genève, basée sur une seule lecture de la hauteur des eaux du lac est trop incertaine. Mais je constate que cette comparaison m’amène à un
(h L’erreur est dans la planche Develey. En elïet, pour Mestrezat les maximums de 18‘M à 1853 .sont à la même cote; pour Nicod-Delom, il y a l^""" d’écart; à la machine hydraulique de Genève, le maximum de 1852 est de 95 pouces, celui de 1823 de Ol ponces ; la planche Develey fait entre ces deux maximums une différence de 128'"'".
Ch Notes manuscrites de Favre, Roger et Eynard, bibliothèque de Rolle.
LIMNDIÉTRIE
résultat assez satisfaisant ; elle indique cependant que mon équation du limniinètre Nicod-Delom serait de quelques centimètres trop basse, que par conséquent les cotes que j’ai tirées des observations de cet instrument devraient être relevées d’autant.
4P Le nivellement de l’ingénieur cantonal vaudois A. Pichard, du 9 avril '1829, (') établit que l’eau était, au port Tingry (1700™ en amont du banc du Travers, rive gauche) de 25,1 pieds vaudois, sous son plan de comparaison passant à 20 pieds sui' le fond de la fosse carrée de la petite pierre du Niton ; ce creux étant à RPN — 0,477™, cela établit l’eau du lac à ZL + 0.999™. Le limniinètre de Vevey marquant ce jour-là 143 pouces de Berne, cela porte le zéro du limnimètre Nicod-Delom à 4.488'”, et ma coordination serait de 147™™ trop élevée.
D’autre part, ce même nivellement nous donne l’eau au pied de la Pierre du Niton à 26 pieds au-dessous de son plan de comparaison. Cette cote de l’eau sous la Pierre du Niton amènerait le zéro du limnimètre Nicod-Delom à 4.218™, et ma coordination serait de 123™™ trop basse, à supposer que la pente de sortie du lac fût nulle. Quelle était la valeur de cette pente'? Etait-elle de 9 pouces vaudois, 0.27™jusqu’à la Pierre du Niton ? cela semble impossible à admettre, .le l’appelle qu’en basses eaux, la pente jusqu’au Jardin anglais n’est actuellement que de 1 à 2' ™.
J’invoquerai pour expliquer ces divergences des erreurs de lecture ou des dénivellations accidentelles du lac. Quoi qu’il en soit, ma coordination tient entre ces deux écarts.
5" J..e minimum de '1826 a été extraordinairement bas ; on avait enlevé tout le barrage pendant 12 jours, comme nous l’apprend une note de G.-II. Dufour (1849). Dans les registres de la municipalité de Morges, en date du 10 avril 1826, nous Usons : « L’abaissement des eaux est si remarquable au printemps de 1826, que les anciens ne se rappellent pas de l’avoir vu au.ssi bas. » Le secrétaii'e municipal S. Pache, fit mesurer par deux pêcheurs la largeur des grèves mises à sec devant plusieurs points de la ville, et les chiffres donnés prouvent le niveau prodigieusement peu élevé de ces eaux. Cela correspond bien aux cotes que donne notre coordination, qui attribue 0.306™ au minimum de 1826, et fait remonter jusqu’à 1779, pour trouver un minimum plus bas que celui-là, par 0.241™.
(') Document des archives des Ponts et Chaussées, Lausanne.
HYDROLOGIE
Il est vrai que dans son mémoire de 1837, Dufour dit que les eaux de 1826 n’ont été que 9 pouces inférieures au bouton de M.-A. Pictet, ce qui porterait leur cote à 0.760"', et impliquerait une erreur de 0.456™ dans notre coordination. Mais je dois croire à une faute d’impression ou d’observation dans cette indication de Dufour ; car la cote de ce minimum à la machine hydraulique a été de 27 '/a pouces, soit ZL+ 0.141"', ce qui indiquerait, avec le chiffre de Dufour, une pente de 0.619m entre la Pierre du Niton et la machine hydraulique, ce qui est inadmissible. (<)
6« Dans les années 1816 et 1817, le Léman a eu des crues énormes qui ont vivement attiré l’attention des riverains, inondés sur tous les bords du lac. Un grand nombre de marques ont été faites dans différentes localités qui nous permettent un repérage assez certain. Je vais les indiquer ici, car elles nous donnent une critique intéressante de notre coordination.
a Les observations de Mestrezat, à son échelle du Creux de Plan, Vevey, me donnent les hauteurs : ISld 2.807"'
h Les marques Pache-Martin, de Morges. La hauteur des maximums de 1816, 1817 et 1846 étaient inscrites par des marques horizontales gravées sur le mur du jardin Pache-Martin, au port de Morges, vis-à-vis de la Douane. Ces marques ont été effacées en 1852 par un l'écrépissage malencontreux ; mais auparavant, les propriétaires, les notaires S. Pache et S. Martin, avaient eu soin d’en l’elever la hauteur au-dessus du sol. (-) Nous avons retrouvé en 1880 le sol intact •SOUS le remblai qui le recouvre, et par un nivellement exact nous avons déterminé la hauteur ab.solue de ces traits qui était :
Maximum de 18/7 2.939"'
» de 181/; 2.882
. » de 1816' 2.828
e Les marques du port de Nyon. Dévant la Douane, sur le mur de droite de l’escaliei- (jui descend au lac sont deux barres hoiizontales, tracées dans une pierre de calcaire jaune. On les tient à Nyon pour indiquer les hautes eaux de 1816 et 1817. Le quai n’ayant été bâti qu’en 1820, ces marques n’ont pu être faites que par une compa-
(') .4u 1'"' avril 1837, G.-H. Dufour a trouvé pour la pente du Rhône, entre le Grand quai et la machine hydraulique, O.'iOii'" seulement : il est impossible qu’en 1826 celte jiente ait été do 0.6'".
(-) Voir pour les détails F.-A. Forel. Limnimétrie V, p. 27.
LIMNDIÉTRIE
raison après coup, ce qui, joint à l’incertitude de leur détermination, ôte beaucoup de leur valeur.
Toujours est-il que d’après un repérage fait par moi-môme le 2 avril 1881, ces marques ont les hauteurs limnimétriques suivantes :
La plus élevée (attribuée à ISl 7) 2.823"’
La plus basse (attribuée à I8J(! et dSiO) 2.788 d Les notes de J. Favre, de Rolle, dont j’ai parlé page 486, nous donnent des dates précises sur la hauteur des grandes eaux de 1816 et 1817. l..es voici en résumé :
Les lectures simultanées de Favre et Eynard, le 17 août 1824, ont établi la hauteur du sommet du mur Flick à 4.15 pieds vaudois sur le niveau Shuckburgh soit à ZL + 3,742"’
Les hautes eaux du 17 juillet 1817 à 2.93 pieds sous le mur Flick, aujourd’hui jardin Lappé, soit ZL + 2.863 Les hautes eaux du 19 août 1816 à 0.26 pied sous le ma.ximum de 1817, soit ZL 2.785
e La Planche Develey nous indique la hauteur des eaux d’inondation de 1816 et 1817 rapportée au niveau Shuckburgh et aux sommets des deux Pierres du Niton. Voici les valeurs que j’en tire :
Petite pierre Grande pierre Xivean Sliuckburgli. du Niton. du Niton.
Hauteur du repère ZL -j- 2.494’" .
Maximum de 1816 2.787
f Les lectures faites au limnimètre Nicod-Delom donnent pour les hautes eaux de
1816 65 pouces de Berne 1..588'"
le zéro du limnimètre étant en haut. Suivant que j’adopte pour l’équation du limnimètre Nicod-Delom les valeurs ZL -|- 4.309"' donnée par la comparaison avec l’échelle Mestrezat, ou ZL -P 4.398"' obtenu par la comparaison avec le limnimètre du Grand-quai de Genève, ou ZL -P 4.341"' de ma coordination, j’ai pour les eaux d’inondation des deux années en question les cotes suivantes :
Coordination avec
Mestrezat. le Grand-cpiai. F.-.4. Forel.
Zéro Nicod-Delom ZL -P 4.309"’ 4.398’" 4.341"’
Maximum de 1816 2.721 2.810 2.753
4SJ0
HYDROLOGIE
Si, eiilin, je fais intervenir le fait qui me paraît certain que, entre l’année 1816 date de la construction du litnnimètre Nicod et l’année 1818, il y a eu un affaissement d’environ 4 pouces de Berne (98""") du terrain ou de la maçonnerie du limnimètre, j’arrive à apporter une correction importante aux lectures originales de ces deux années ; au lieu de 65 et 62 pouces je lirais au limnimètre Nicod :
Maximum de 1816 61 pouces
En admettant qu’il y ait eu 166 pouces de différence de niveau entre les zéros des limnimètres Nicod et Mestrezat, et en adoptant pour ce dernier l’équation ZL -|- 0.241'", cela me donne en définitive les cotes probables :
Maximum de 1816 2.813'“
En résumé, nous avons par ces divers procédés la hauteur des eaux d’inondation de 1816 et 1817 aux cotes suivantes de l’échelle normale du lac :
Observations Mestrezat
Marques du Port de Morges (Pache-Martin)
Marques du Port de Nyon
Notes J. Favre, de Rolle
Planche Develey (niveau Shuckburgh)
Observ'ations Nicod-Delom (coordination Mestrezat)
— (coord. L. Grand-quai)
— (correction Forel)
Moyennes
Le zéro du limnimètre Nicod-Delom que j’ai adopté dans ma coordination à ZL -|- 4.341"' me donnant les cotes de 1816 par 2.753"', de 1817 par 2.826"', mon zéro serait d’après ces chiflres de 46 ou 40'""' trop bas, et les valeurs que j’en ai tirées devraient être relevées en moyenne de 43""".
— Je rappelle ici le fait, déjà signalé page 242 ; i! semblerait que les hautes eaux de 1816 et 1817 auraient été plus élevées du côté de Genève que dans le Grand-lac. Les coordinations faites à Genève à l’occasion du procès du Léman arrivent à des chiffres beaucoup plus
LIMNIMÉTRIE
élevés que ceux que je trouve par les observations ci-dessus développées. (')
a Dans la Réponse de Genève, planche IV, tableau graphique :
Maximum de 187 2.995™
— de 7877 3,017
b M. H. de Saussure a déduit (La question du lac, p. 20) d’observations et de témoignages recueillis à Genthod que les eaux de 1816 et 1817 se seraient élevées à 20 ou 30' ™ au-dessus du repère de la Pierre du Niton.
c E. Plantamour, dans son mémoire de 1881, relève encore les maximums de 1816 et 1817 et leur donne les cotes 3.093 et 3.098™ au .lardin anglais, hauteur à laquelle il faudi'ait encore ajouter la pente du lac jusqu’au Jardin anglais.
d Enfin les témoignages unanimes d’une vingtaine de vieillards âgés de 80 ans et plus qui ont paru devant le tribunal fédéral dans la séance du 20 juin 1882, ont tous déclaré qu’en 1816 et 1817 les eaux avaient couvert la Pierre du Niton la plus basse. Tout en faisant la part de quelques exagérations bien explicables quand on fait appel à des souvenirs aussi lointains, il me paraît que c’est un fait établi que dans l’une de ces deux années, 1817 probablement, l’eau a dépassé le repère de la Pierre du Niton.
Il y a une grande difiérence enti’e ces deux séries de chiffres. D’une part les observations faites dans la partie orientale du lac laissent les maximums de 1817 et surtout celui de 1816 à 10 ou 20’ “ au-dessous de RPN. D’une autre part, les souvenirs encore présents de témoins oculaires disent qu’à Genève les hautes eaux ont couvert la Pierre du Niton. Les premières sont aussi certaines que peuvent l’être des faits aussi éloignés ; les secônde.s ne peuvent être suspectes, vu la solennité du lieu oîi le témoignagea été produit.
Peut-on expliquer cette divergence par des dénivellations locales dues à la bise qui aurait refoulé les eaux à Genève ; (-) faut-il faire in-
(') Les lectures faites au limriimétre à flotteur de la Machine hydraulicpie donnent pour le maximum de ISKi lU) V4 pouces du pied do roi, pour le maximum de 1817, 119 V-i pouces. Le zh-o du limnimétre étant à ZL — 0.00"', ces cotes représentent une ha\iteur d’eau de ZL et 2..')80"'. A cos valeurs, il faut ajouter la
pente de l’eau depuis le banc du Travers jusqu’à la Machine hydraulique. Il n’est pas proijable que cette pente ait dépassé 80 à 10’'", ce qui rapprocherait ces chiffres de notre coordination plutôt que de celle des Genevois.
P) Les observations météorologiques de l’époque s’opposent à cette explication.
tervenir des seiches qui auraient temporairement submergé la Pierre du îsiton? Ou bien faut-il avoir recours à un mouvement géologique' local qui depuis 1817 aurait soulevé la région de Genève ou abaissé la région du Grand-lac ? Je n’ose vraiment pas choisir entre ces explications d’un fait inexplicable.
— Quoi qu’il en soit, en laissant ouvei't ce pi’oblème de la divergence entre les observations genevoises et les observations vaudoises des maximums de 1816 et 1817, je crois pouvoir conclure, en me basant sur les comparaisons et contrôles dont nous disposons actuellement, que, pour les époques antérieures à 1840, les coordinations de ma limnimétrie sont justes, probablement à quelques centimètres près, avec une tendance à être un peu trop basses. G’est la même conclusion à laquelle e.st arrivé, par une toute autre méthode, (') M. l’ingénieur A. Burkli-Ziegler, de Zurich, expert du Tribunal fédéral chargé de l’étude de la limnimétrie dans le procès du l.éman.(-)
Pour les années postérieures à 1840, nous avons un grand nombre de contrôles à notre disposition. U serait oiseux de les énumérer et de les discuter. Notre limnimétrie est aussi exacte que peut l’être un résumé d’observations de cette nature. Sa préci.sion augmente à mesure que l’on se rapproche des époques contemporaines ; elle est parfaite depuis l’ère des limnographes, à partir de 1870.