‹ Le LémanChapitre 84 sur 88 · LI.MNIMÉTRIE · texte numérisé non relu

LI.MNIMÉTRIE

électriques, sans grand vent, mais avec pluie diluvienne, a éclaté sur le bassin du Léman et de ses affluents directs, et y a versé une masse considérable d’eau; la pluie ayant duré 24 heures et cessé le lendemain à peu près à la môme heure qu’elle avait débuté, nous pouvons compter pour la chute des 24 heures la somme des lectures pluviométriques des deux journées consécutives ; cela nous donne les chiffres que nous avons résumés page 296, soit en moyenne :

Sur la côte suisse du Léman 122.8mm d’eau.

— savoyarde 164.0 —

Sur le lac et le bassin des affluents directs 143.4 —

La pluie a été localisée sur la plaine suisse, le Jura et les Préalpes suisses et savoyardes ; le Valais a presque entièrement échappé à . l’orage.

Sous l’action de cette pluie d’intensité excessive, le lac a subi une crue considérable ; elle est constalée par toutes les observations faites à tous les limnimètres du lac. Voici les chiffres du limnographe de Sécheron d’une part, et la moyenne des chiffres des limnimètres de Vevey, Ouchy, Morges, Rolle, Nyon, Coppet.

Limnimètres vaiidois.

Limnograplio de Sécheron.

1 octobre

Si j’analyse les tracés du limnographe de Thonon , je trouve les allures de la crue et j’en détermine la valeur horaire ;

Valeur horaire (le la crue.

du 2 oct.

• 2iis

au 2 oct.

lOI'S

lOhs

De ces chiffres on voit qu’au moment de la hausse la plus rapide du lac, la crue a eu une valeur moyenne de 13'""' par heure et cela pendant 6 heures de suite, ce qui exclut l’idée d’une dénivellation locale.

Si nous cherchons sur les tracés limnographiques la crue la plus forte en 24 heures, nous trouvons ;

HYDROLOGIE

tracé de Tlionon, du 2 au 3 octobre à 6''* 238"'"'

tracé de Sécheron, 3 au 4 — à 2'' ^ 254

Le chiffre de Genève est le plus élevé; mais de fortes seiches ayant compliqué la lecture des ti-acés, je préfère m’en tenir au chiffre du limnographe de Thonon.(i)

La hauteur totale de la crue du 2 au 4 octobre a été

d’après les limnimètres du Grand-lac 304"'"'

— le limnographe de Sécheron 371

moyenne 308'""'

dont la moitié représente la crue en 24 heures 184'""'

C’est incontestablement la plus forte crue historique du Léman. Cette hausse extraordinaire du lac doit être attribuée en partie, mais seulement en faible partie, à la fermeture des barrages de Genève. En eflet, l’Arve avait subi l’action du même orage, et s’était mise en crue d’inondation, dépassant la hauteur des plus hautes eaux des trente dernières années. A la .loncLion, au confluent du Rhône et de l’Arve, les eaux atteignaient la cote RPN — 2.03"' soit ZL 4- 0.97"'; c’est-à-dire qu’elles étaient plus élevées que les eaux d’hiver du lac ne l’étaient souvent dans les époques anciennes. Si le lac avait été à ces cotes inférieures, on aurait pu voii- se renouveler, ce jour-là, le phénomène historique de l’entrée de l’Arve dans le Léman, dont nous avons parlé, page 395. Le lac étant le 2 octobre à la cote 1.09'", cette éventualité n’était pas à craindre. Mais la crue de l’Ai've était menaçante à deux autres points de^vue. U’une part les rives du Rhône en aval de Genève étaient inondées; la ville de Seyssel, en particulier, poussait des cris d’alarme, et les devoirs de bon voisinage exigeaient une intervention, si intervention était possible. D’autre part, les hautes eaux de l’Arve faisaient i-efluer l’eau dans le bief aval de la machine hydraulique de Genève, et diminuaient tellement la chute motrice, en la réduisant à 0.9"', que le jeu des turbines était arrêté, et l’alimentation industrielle et hygiénique de Genève était supprimée. Dans ces conditions, la direction des eaux de la ville a cru pouvoir prendre sur elle de fermer le barrage à rideaux ; en limitant le débit du Rhône, elle diminuait d’autant la quantité d’eau qui inondait Seyssel et les villages

(') Co tracé a été interrompu clans la nuit du 2 au M octobre deS)''*ù 10'"", la crue trop rapide ayant fait sortir le crayon hors du papier enregistreur. Mais cela ne nous arrête pas pour fixer exactement les heures de la crue maximale qui a commencé avant cet accident.

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riverains du fleuve ; en arrêtant l’eau dans le bras droit du fleuve, elle relevait l’eau dans. le bras gauche, et augmentait un peu la force motrice utilisable. Le barrage à rideaux a été fermé le 2 octobre à 8'' " et ouvert seulement le 4 octobre à 8'' Pendant ce temps, l’eau s’écoulait encore par les vannes de (i turbines et par quelques orifices accessoires. Voici les valeurs du débit de l’émissaire dans ces journées critiques; je les dois à M. l’ingénieur G. Butticaz, directeur des Eaux de Genève.

1 octobre

71' matin

4 soir

7 matin

6 soir

D’après ces chilTres, après la fermeture du barrage à rideaux, le débit du Rhône qui était avant la crue de esttombéàlOO™-**"''

environ, pour se relever à 400 et 460"'''’‘'^‘' lorsque les barrages ont été de nouveau ouverts. On peut donc dire que si le barrage était resté ouvert pendant la crue, il y aurait eu(') le 3 octobre, un débit de 2.50 à 300»>'*‘‘«>' plus élevé que celui qu’a présenté l’émiss.aire du lac. De ce fait la crue du lac aurait été diminuée de 37 à 4.5n>ni 24 heures. Au

lieu d’être de 238>nmj elle n’aurait plus été que de 180 à 200'"™ en 24 heures. C’eût été encore la plus forte crue connue du Léman.

Tenons-nous en aux chiffres observés; nous en tirerons quelques valeurs intéressantes :

1" Etant connue la superficie du Léman de 582.4>'™‘-, la crue du 2 au 4 octobre de 368™™ représente un volume de 214 millions'""^ entrés en 2 jours dans le lac en excès de l’eau écoulée par l’émissaire de ‘Genève.

2o La crue du 2 au 3 octobie à 6''* de 238™"' représente un volume de 139 millions'"^' d’excès d’entrée des affluents, soit un excès de' débit des affluents de 1607'"-*'*"''. Pendant ce temps, le Rhône de Genève laissait passer encore 100™-* Le débit total des affluents dans ces 24 heures était donc -en moyenne de 1707'"'*'"^^‘’.

3" Nous arrivons à un chiffre plus fort encore si nous pi-enons les

(') Nous ne tenons pas compte, U est vrai, du remous des eaux de l’Arve, qui aurait certainement diminué notablement le débit du Rhône.

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heures de la crue maximale, le 3 octobre de 1 0'' à i'' * où le lac montait de 13'”™ par heure. A ce taux, l’excès d’entrée des affluents était, de 2103ra:tst'(-^ et en y ajoutant les 100™ ^ écoulés par l’émissaire, nous arrivons à un débit total de ces mêmes afhuenls de 2203"'''*»''’.

4° Ce chiffre de 2203™-' représente la somme de trois valeurs ; l’eau tombée en pluie sur le lac, l’eau apportée par le Rhône du Valais, l’eau des affluents directs du lac. Essayons de le décomposer.

Le Rhône du Valais n’a subi qu’une crue insensible. D’après les observations fluviométriques de la Porte du Scex que je dois à M. l’ingénieur cantonal de Rivaz, le fleuve ne s’est élevé que de 30 à 35'’™ au plus; c’est que tout le Valais, en amont de St-Maurice, est resté presque indemne de pluie. Des hauteurs du fleuve, eu utilisant le graphique Bürkli-Ziegler (v. p. 360), j’évalue le débit du Rhône du Valais dans la journée du 3 octobre à environ 250"'3"’''.

La pluie tombée sur le lac peut être évaluée. Nous avons comme moyenne des chutes d’eau dans les huit stations riveraines du Léman dans la journée du 2-3 octobre, 143.1'»™, soit pai' heure 60»™ d’eau. Une couche de 60»™ sur la supeilicie du Léman représente 35 millions™'* soit une chute de 970™'*“'»'.

Dans les heures de plus forte crue, le 3 octobre 1888, alors que le lac montait à raison de 13™'» par heure, le débit des affluents se dé-

composait donc comme suit :

Pluie tombée sur le lac 970“i**

Rhône du Valais 250

.Vffluents directs du lac 983

total 2203»'** S'»'

Etant données les circonstances de l’orage du 2-3 octobre, ce chiffre de 983™** ““ pour le débit total des petits affluents du lac doit être considéré comme étant très près du maximum possible. Tous les affluents étaient .simultanément enflés ; ce n’est pas à dire que chacun d’eux,, pris isolément, ne puisse présenter de crue de débordement supérieure à celle de ce jour-là. Mais comme effet d’ensemble, il sera rarement dépassé.

5» Nous pouvons tirer encore de ces chiffres une notion intéressante sur le pouvoir de retenue de la terre en cas de pluie diluvienne. Nous savons qu’il est tombé dans la journée en question en moyenne 122.8™'» d’eau sur la partie suisse du bassin des affluents dii-ects du Léman, partie qui mesure 1173i‘»i-; il est tombé 164.0'"™ d’eau sur la

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partie savoyarde, de 8(31 En multipliant ces cliilTres, nous arrivons à une chute d’eau de

Sur le bassin suisse 144 millions'"'*

— savoyard 141 —

ensemble !285 millions'"**

soit par seconde 3304 >"**. Or nous savons qu’au moment de la plus forte crue du lac les affluents directs du Léman apportaient un volume de OSS"'**"'" seulement. Oe dernier chiflre n’est que le soit moins d’un tiers, du total de 3304"“** d’eau tombée sur le bassin ; le reste, soit 71 ^O) plus des deux tiers, s’arrêtait dans le sol pour s’y inliltrer et pour s’écouler lentement, plus tard.

La crue du 14-15 juin 1889 a fait monter le lac, d’après les tracés de Sécheron, de 153""" en un jour ; (*) elle est donc la troisième des grandes crues du lac. La chute de pluie qui l’a occasionnée, orage de pluie, sans phénomènes électriques, a été forte, mais n’a pas atteint l’intensité do celle du mois d’octobre précédent ; on signale des valeurs pluviométri(jues de Ol"""' à Lausanne, 86 à Morges, 83 à Cossonay, 75 à Gimel, 73 à Cully, etc. Les autres stations descendent à 60, 50, 40'"'". L’Arve a subi en même temps une forte crue, et la ville de Seyssel, craignant une catastrophe, a fait demander par télégraphe la fermeture du lac. La ville de Genève a cru devoir obtempérer à ce désir, et la crue du lac a été, de ce fait, considérablement exagérée dans sa rapidité et son amplitude. D’après les calculs de M.Th.Turrettini, l’apport total des affluents a été dans cette journée de 1330'"** (-)

De ces exemples je conclus :

a Les plus fortes crues du Léman, sans l’intervention des barrages de Genève, atteignent le taux de IS'"' en 24 heures (25 mai 1878).

b La fermeture des barrages de Genève exagère notablement l’amplitude et la rapidité des crues (2-4 octobre 1888, 15 juin 1889).

c La plus forte crue historique du Léman a été celle du 2-4 octobre 1888, à raison de 368""" en deux jours, de 238""" en 24 heures, de 13'"'" par heure au moment de la hausse la plus rapide.

Tariatioii eu décrue. La décrue du lac est beaucoup plus régulière que la crue ; elle est fonction de la hauteur du lac et de l’état d’où-

(') Au limnographe de Thouon, la crue du 14 au l.o juin, à midi, a été de 148"''".

(-) Archives, Genève. XXIIl. KB. 1890.

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verture de l’émissaire. C’est au commencement de l’automne, les affluents commençant à se réduire (si le temps est sec et froid), et le débit de l’émissaire étant encore considérable, vu le niveau encore élevé du lac, que la décrue est la plus forte. Voici les allures de cette décrue, dans son moment de plus belle régularité, pendant 5 années consécutives.

Décrue

Décrue

totale.

journalière

1876 du

2 septembre

au 28 septembre 579"'“

17 octobre 1255

Quelle est la valeur maximale de la décrue du lac en un jour? Si, pour éviter l’action distui-bante des dénivellations locales, je prends la moyenne des hauteurs lues sur les tracés des deux limnograplies de Morges et de Sécheron, je trouve pour la plus forte décrue de l’automne ;

du 6 au 7 septembre

Le maximum de décrue, dans ces 5 années d’observation, a donc été de 42““ en 24 heures. Cette valeur con-espond à un excès de débit de l’émissaire de 283“^ *''<•.

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