‹ Le Léman, monographie limnologique (volume 2)Chapitre 105 sur 157 · IRIS · texte numérisé non relu

IRIS

d'après différents auteurs ('). La pellicule a beaucoup moins d'une demi-longueui- d'onde et la décomposition do la lumiore blanche ne peut pas se produire.

Une apparition de couleurs iiisées analogues à celles que nous pioduisons artificiellement en versant de l'essence de térébentine sur l'eau, a été observée à plusieurs i-eprises sui- le lac. Wartmaiin lui a donné le nom d'//-/.s.

E. Wartmann en a décrit un premier cas observé près de Genève le 2 novembj-e 1868. (-)

Un second exemple a été vu par le même observateur le 11 lévi-ier 1872, au bord de la côte de Cologny, près Genève (^). « A 2 heures 5 minutes, étant au bas de la côte de Cologny, j'aperçus en plein lac, à environ deux kilomètres et demi vers le N.-N.-O., un spectre très lumineux étalé en ligne droite sur la surface de l'eau et présentant le rouge du côté du soleil comme l'arc-en-ciel intérieur. Continuaiit à marcher vers le Nord, je ne tardai point à voir paraître un second spectre parallèle au premier dont il était séparé par un espace sombi-e et incolore. Bientôt un troisième iris, encore plus rapproché de moi, et pai'allèle aux deux autres, vint enrichir ce spectacle. De 2 à 3 heures, les iris se développèrent en se modifiant. »

A trois heures, voici la description du phénomène. « Un premier iris se dessinait à mille mètres dans la direction du Nord. A n'" de moi. deux arcs irisés dessinaient les sommets de leurs branches elliptiques séparées de 7 à 8'". Nées à ma gauche d'une base commune, ces branches se contractaient sensiblement à mesure qu'elles se rapprochaient, et tournant à droite, elles allaient se r-ejoindre à 130™ de distance. L'ombre produite par un bâton vertical coïncidait avec le grand axe commun des deux branches. La clarté de la branche extérieure l'emportait sur celle de sa voisine. Toutes deux avaient le violet en dedans ; cette couleur était remarquablement vive et saturée. A mesure que l'œil parcourait leur développement à de plus grandes distances, ces arcs augmentaient d'éclat et paraissaient se dilatei'. Au N.-E., vers leiu- terminaison la plus éloignée, ils étaient semblables à des mii'oirs métalliques SU]- lesquels toutes les teintes du spectre flamboyaient avec une

(1) Voyez, ci-dessus, page 246.

(2) Arch. de Genève, XXXV, 189. IHG'.J.

( ') Arcfi. de Genève, XLIII, p. 263. 1872.

intensité sans pareille. Je n'ai jamais vu de spectacle plus saisissant, et ne puis expi-imei- la splendeur qu'il empruntait à son développement gigantesque, à la magnilicenco de sa coloration, ainsi qu'au calme absolu (le l'atmosphère et de la surface li(|uide sur la<|ii(^lie il reposait. »

M. AVartmaiiii cite une ti'oisième observation d'iiis vue sur le lac, près de Genève aussi, le 5 juillet 1871. par M. \V. \aliei-. Le phénomène lumineux s'étalait comme une bande orientée du N. au S., occupant une longueur de '•200"^ sui- une ligne allant de la pointe de Bellei-ive ait port de Genève.

Voici ime obsei'vation très intéressante que je dois à l'obligeance de E. Javelle, aloi-s professeur au collège de Vevey.

« C'était le jeudi '28 décembre 1876, nous approchions de Rolle en bateau à vapeur; il était une heure api'ès midi ; le temps était beau, le ciel à peu près pur, le lac ridé. Comme je regardais la rive vaudoise, mon attention fut attirée par un arc-en-ciel d'une vivacité admirable ; il semblait étalé en ligne droite devant nous, à la surface de l'eau, dans la direction du nord, ce qui par l'effet du raccourci, lui donnait la forme d'un rectangle aux contours indéfinis... 11 augmentait d'intensité à mesure que nous avancions; il semblait si bien être étalé sur l'eau même et la revêtir de ses couleurs, qu'à l'instant où le bateau l'atteignit, je le voyais à 15 ou 20 pieds devant moi. On aurait dit que la proue entrait dans un fluide rouge et orangé. A ce moment, nous passions à travers une fontaine t[-ès étendue et parfaitement caractérisée. »

M. Wartmann attribue la production de l'iris à l'existence à la surface de l'eau d'ime quantité considérable de matières pulvérulente? flottant sur la nappe li(fuide, et y formant une sorte de réseau assez imiforme. Autour de chaque corpuscule flottant, la surface de l'eau éprouverait une déformation capillaire ; l'anneau circulaii'C ainsi engendré constituerait une sorte de prisme à arête horizontale, et les rayons solaires s'y disperseraient.

Je ne suis pas en mesure de contirmer ou de réfuter par des observations personnelles cette théorie du physicien de Genève. Malgré une recherche attentive toutes les fois (pie j'ai vu le lac couvert de poussièi'es. je n'ai jamais pu observer l'iris avec l'amplitude décrite par Wartmann.

Je suis pour ma part plutôt disposé à ratliil)ii(M- aux phénomènes de

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