III. Lies rayi»!!!^ brillant!^ de l'image du soleil
J'ai observé au bord du Léman, en mai 1894, un très joli phénomène que je veux décrire rapidement.
Sui- un lac immobile, éclairé par un soleil brillant, je vois autour de l'image du soleil qui se i-éfléchit sur le miroir de l'eau, apparaître à intervalles irréguliers, et dans des positions quelconques, des traits de feu, rectilignes ou à peu près rectilignes, de V2 à l*"™ de longueur, qui convergent vers le centre de l'image de l'astre. Ils ne sont pas liés à cette image ; chacun d'eux est une apparition spéciale, indépendante du loyer principal qui éblouit mon œil. Ces traits sont très ténus et sans durée appréciable; rien n'annonce leur venue. Ils se voient jusqu'à une assez grande distance de l'image du soleil, jusqu'à 10 ou ^20" peut-être.
(1) Voir page -i't').
Pour les obsefver plus lacileineiit. je les regarde h liavers un veri-e torleiiient coloi'é (jui pfotc'ge ma vue contre réelal. trop violent de la lumière solaii'e réiléchie.
Pai- des observations et expériences trop longues à relater ici. je me suis assuré que ces traits de feu sont dus à des bulles minuscules de gaz qui s'élèvent dans l'eau et viennent éclater à la surface. Chaque bulle, dans l'espace qui entoure l'image du soleil, donne un de ces traits de feu. (rest au ninuicnl de l'éclat de la bulle (]ue le phénomène lumineux apparaît.
J'ai retrouvé des apparitions analogues, mais sous foi-me de traits de feu beaucouji plus grands, (ilus larges, très minces au milieu de leur longueur, terminés en massue aux deux extrémités, quand j'ai cherché l'image du soleil sous la pluie d'un jet-d'eau dans un étang. Plus la goutte d'eau (jui tombe dans l'eau est forte, plus le trait de feu est grand. Les étincelles de ces traits de feu dans ce cas apparaissent dans un champ plus étendu que dans le cas pi-écédent, jusqu'à '20 ou 30" du centre de l'image du soleil.
Dans l'ini et l'autre cas, le trait de feu est évidemment sur le plan même de la sui-face de l'eau; il ne se développe ni dans l'air susjacent, ni dans les couches d'eau sous-jacentes.
Mon collègue et ami M. le prof. II. Dufoui-, à Lausanne, au(iuel j'ai décrit le phénomène, m'en a proposé l'explication suivante qui parait exacte. Au moment où la bulle de gaz arrive à la surface de l'eau, elle soulève celle-ci en un cône surbaissé, qui peut refléchir les rayons solaires jus(iu'à une distance assez grande du point central où se fait la réflexion normale sur le plan lioi-izontal de l'eau. Sur la petite éniinence ainsi soulevée, la réflexion a lieu suivant une des générati'ices du cône surbaissé, à savoir sur celle qui appartient au plan de révolution dont l'axe e.st donné par le soleil d'une part, et son point principal de réflexion sur le lac, pour la position de notic n-il. d'autre part Dans ces conditions, l'image du soleil cpii se pioduit sur le cône est une droil<' dirigée connne un rayon veis le centi'e (|ui (^st l'image principale du soleil.
Dans le cas d<'s ti'ails de f(Mi (•aus(''s par la chiile sin- l'eau d'une goulle d'eau, la r('ll('xi()ii est analogue au cas des bulles de gaz, avec cette dillérence qu'elle ne se produit pas sur lui (-(ine soulevé, mais sur un cône enfoncé. Sauf ce point, l'explicalioii on est la même.