IMAGES DE C.IIAHLES DUFOUR
l\. l>éroriiiati4»ii de l'iiiiaffe rélléoliic sur la surface si>liéroï<lale du lao. Images <le Cliarle>^ ]>ur<>ur.
Lorsque la réflexion a lieu sur la surface du lac suivant un angle excessivement faible, l'image d'im objet de la côte opposée se rétlécbit sur une longueur telle que la r-otondité de la terre intei-vient d'une manière sensible, et que le miroir du lac, au lieu d'être plane, devient un miroir convexe. Sur un miroii* convexe, l'image réfléchie i-este renversée, mais en même temps elle est déprimée.
M. le professeur Ch. Dufour, qui le pi'emier a étudié ce pliénoméne, a soumis au calcul le cas suivant (') : supposons que nous sommes à Morges, l'œil à 20"' au-dessus du lac. Nous regardons le clocher de Montreux à 35'^™ de distance ; le clocher est haut de 60'", sa base est à 40'" au-dessus du lac, son sommet à 100"\ L'image du pied du clocher se fait sui- le lac à 142i0"' de Morges, l'image du sommet à 8490'". Cette image occupe sur le lac une longueur de 5720"'. Or le clocher vu de Morges paraîtrait sous un angle de 5' ,54" et son image sous un angle de l',43", c'est-à-dii-e qu'elle serait à peu près 3 7^ fois plus faible. Ce serait assez pour la rendre presque méconnaissable. L'image serait ainsi défoi-mée et réduite dans sa hauteur verticale entre le tiers et le quart.
Lorsque M. Charles Dufour lit à la Société Vaudoise des Sciences naturelles sa première communication sur cette question, ni lui ni moi ne pûmes appuyer le calcul sur des observations dii-ectes, et l'un et l'autre nous mîmes en doute la possibilité de constater le phénomène dans la nature. Pour que l'apparition soit possible, il faut en effet que les conditions thermiques de l'air et de l'eau soient telles qu'il n'y ait ni réfractions anormales ni mirages, ce qui est rare ; il faut en même temps que la surface de l'eau soit calme sur une étendue considérable ; il faut enfin qu'un observateur, suffisamment attentif et assez bien orienté sur les images produites à la surface du lac, se trouve là pour surprendre le phénomène.
L'observation cependant en a été faite quelques jours après, le 2
{<) Bull. S. V. S. N.. XTII. 303.
OPTIOLK
aviil ISTi) ; pendant que de Morges j'examinais à la lunette une barque (jui naviguait entie Ouchy et Evian, je vis tcès nettement au-dessous de la barque l'image renveisée du bâtiment, très fortement déprimée; les voiles donnaient par i-éflexion un triangle ayant à peine le tiers en hauteur de l'image réelle. C'était quelque chose de semblable à la iîg. 123. Le lac resta assez longtemps calme pour que je pusse allei- avertir
M. Diifnur (M lui l'aii'e aduiiiei- la démonstration
(Fig. 12a) Réflexion des
voiles d'une barque sur la directe de 06 que la théorie lui avait fait prévoir.
nappe sphéroïdalo du lac. ,, x u <. • ^ ». ^i .„
^^ ^ Sur un autre bateau, qui prenait un charge-
ment de sable à la pointe de la Venoge, plus rapproché de Morges par conséquent, nous voyions quelques hommes qui se mouvaient sur le pont de la barque; leurs images de réflexion étaient étranges; M. Diifoiii' disait avec raison qu'on aurait dil un bateau inano'uvré par ini é(|uipage de chiens.
Depuis loi's cette déformation de l'image de réflexion a été vue par moi-même une trentaine de fois ('); j'ai pu la faire constater par mon ami le D^' Morax, de Morges. M. llaoul Pictet l'a reconnue d'après notre desciiption. Enfin M. A. Uiccô, de Païenne, l'a découverte à nouveau en 1888, en (Hudiant Fimage dw soleil ipii se couche à riioriznu dans la
mer Méditerranée ; il a même pu prendre des photographies de ces images. (-) Le 20 novembre 1888, M. Riccô a répété la même observation sur des bar-
(Fig. 124.) Images do Ch. Dufour.
Barque marchande, à Ouchy, vue de
t'higny, sur Morges, 2 juillet 18S7.
(Fig. 12-").) Casino d"Amphion, vu de Chigny. 24 .juillet 1887.
(|ues naviguant dans le golfe de Palerme; dans une couiinunication (pi'il m'a adressée le lendemain, il adoplo la compai'aison de
(') F.A. Fiu-i'l. Imat,'es réiléchies ]):ir hi nnppe sphéroïihile du Li''uian. C R. Acad. Se. ParisCVIir, (Î5(). 1X8S.
(•■!) C. R. .\cad. Se. Paris (JVIIl, .7.(0. S octulirc IS88.
IMACIES I)K CHAHLES DUFOUH
M. Diiloiir, et me dit (jiie l'image i-é(lécliie des hommes de ces barques semblait celles de chiens ou de gnomes.
Nous sommes donc cinq nbsei'vateurs ditréronts qui avons constaté la réalité de cette déformation, et avec M. Dufour, nous pouvons en tirer une nouvelle preuve de la l'otondité de la terre, (^ette démonsti'ation n'est du reste pas banale, et n'est pas à la portée de chacun.
Je donne aux ligures l'24, l!25 et i'-2i\ le croquis de quelques-unes des images ainsi déformées que j'ai observées moi-même sur le lac Léman.
* •• (Fig. 126.) Yacht de plai-
11 sera commode de préciser par un nom l'ap- sance, vu de Chigny,
parition intéressante que nous venons de décrire. •)aout i&s,.
Je désignerai sous le terme d'Image de réflexion de Charles Dufour
le phénomène dont la découverte théorique par mon vénéré maître et
ami a devancé l'observation dii'ecte dans la nature.