VII. DéilivelIatioliM f<^in]>oraireM
Dans les pai-agraphes précédents, j'ai traité des dénivellations qui maintiennent d'une manière constante la liauteur du lac plus ou moins élevée sur telle rive que sur telle autre. J'arrive aux dénivellations temporaires par lesquelles le niveau moyen, altéré déjà par les causes constantes, est, accidentellement et pendant un temps limité, dévié de son état d'équilibre.
D'après leur origine je les divise en deux groupes, suivant que leurs causes déterminantes sont asti'onomiques ou atmosphériques.
VIII. I>éiiivellatioiB!it leiiiporairtNS à causes astronomiques.
Marées.
L'attraction des astres détermine sur l'océan les dénivellations temporaires semi-journalières, connues sous le nom de marées.
Existe-t-il des marées sur notre lac ? La question peut se poser. En effet, si théoriquement les marées n'ont lieu que dans une masse d'eau illimitée recouvrant sans interi'uption la surface d'un globe, cependant on en a constaté dans des bassins d'eau qui, sans relations largement ouvei'tes avec l'océan, occupent une fraction relativement bien peu considérable de la surface du monde.
Ainsi la Méditerranée a incontestablement des marées et leur amplitude peut même être assez forte; elles atteignent, aux grandes marées de syzygie à Livourne, 30'"\ à Venise 60 à 90 '^"', au fond du golfe delà Grande Syrte jusqu'à 2™. (')
« Le lac Michigan, » dit Reclus, « est la plus petite nappe lacustre où l'on ait constaté avec précision le retour régulier du flux et du reflux; l'amplitude de la marée y est, d'après le lieutenant Graham,
('} E. Reclus. La Terre. Paris IS6-2, II, p. 147
de 75n™ ('). » Or le lac Michigan, quoique mesurant environ 6U0''"' de longueur du nord au sud, n'en a guère que 150 dans son diamètre transversal de l'est à l'ouest, devant Miiwaukee. Il est vrai que si l'on prend son point le plus occidental au sud, et son point le plus oriental au nord, on arrive à une différence de longitude de près de 3 degrés. Pour le Léman, dont la plus grande longueur de l'est à l'ouest est de 72.3''"' (en ligne courbe), la diflerence de longitude des deux extrémités n'est que de 47 minutes ("). La latitude de notre lac et celle du grand lac américain étant à peu près les mêmes, nous pouvons facilement établir une comparaison entre ces deux dimensions et voir que le lac Michigan a une longueur de longitude quatre fois plus forte que le lac Léman. Or, si les marées du Michigan atteignent 75'"'", pourquoi n'en aurions-nous pas sur notre lac, plus faibles il est vrai, mais encore observables 7
J'ai dans les tracés de mon limnimètre enregisti-eui- de Morges des documents qui me permettent d'apprécier de moment en moment avec une exactitude minutieuse la hauteur du lac; je puis en faire des lectures comparatives avec une précision d'un millimètre au moins. S'il y a une marée semi-journalière sur le lac, pourquoi ne pourrais-je pas la reconnaître ?
J'ai essayé de faire cette étude de trois manières ditïérentes.
1» J'ai choisi une trentaine de jours à des époques (quelconques de l'année, en cherchant les jours où le lac était le plus calme au point de vue des variations de hauteur, des seiches et des vibrations, où je pouvais par conséquent mesurer avec le plus de certitude la hauteur exacte du lac; j'ai ensuite compté comme commencement de la journée l'heure du passage de la lune au méridien, et, d'heure en heure de cette journée lunaire, j'ai mesui'é la hauteur du lac. J'ai ensuite réuni les observations de ces trente joui's et j'ai additionné ensemble les chiffres représentant la hauteur du lac de la première heure lunaire, de la seconde lieure, etc., des divers jours d'observation. J'ai ainsi obtenu une série de hauteurs correspondant aux différentes heures lunaires. Dans la courbe représentant cette série, il m'a été impossible de reconnaître deux périodes de maximums et deux périodes de mi-
(') N. Càiilhcr ((ieopliysik II, 884).met en doute la réalité des marées du lac Michigan, et attriimerait volontiers les dénivellations observées à des seiches.