I.X. I>éiiiveIIatioas temporaires à eauses atmosphériques
Le niveau de l'eau d'un lac peut être troublé par une cause accidentelle temporaire provenant d'actions atmosphéri(}ues, et cela de deux manières.
Ou bien la dénivellation aura une certaine durée, une heure, un jour, elle sera soutenue, continue; l'eau s'élèvera progressivement à l'une des extrémités du lac; elle restera relevée tant que l'action continue la soutiendra, puis, l'action perturbatrice cessant, l'horizontalité primitive se rétablira, lentement et progressivement. Je désignerai ce phénomène sous l'appellation de dénivellations continues.
Ou bien la dénivellation sera un mouvement d'oscillation fixe, un mouvement de balancement de l'eau, laquelle s'élève alternativement à chaque extrémité pour redescendre ensuite. Ce sont des dénivellations rythmiques, connues sous la dénomination de seiches.
Le 12 juillet 1876, je faisais au limnimètre enregistreur de Morges les lectures suivantes :
8 heures du matin .... 2.599"»
(') Les mesures faites sur les tracés de Genève ont moins de précision que celles de Morges, vu l'importance l)eaucoup plus grande des seiclies dans la première •de ces stations.
10 heures du matin .... '2.015
En trois heures de temps, le lac s'était élevé, à Morges, d'une hauteur de 20""". Cette crue était-elle générale, était-elle locale? était-ce, en employant les termes que j'ai définis, une variation de hauteur ou bien une dénivellation?
Etant donnée la surface du lac de 582. 4'^'"^ une crue de 20'""i répartie sur l'ensemble du lac représenterait un excès de l'entrée sur la sortie de 11 V-^ millions de mèti-es cubes; cette ci-ue ayant duré trois heures, cela signifiei-ait un excès de l'entrée sur la sortie de 1070'"^ ^ec. D'après la hauteur du lac('), le débit du Rhône de Genève devait être, ce jour-là, d'environ 550'"^ '^•''^. 11 y aurait donc eu, dans la supposition d'une variation de hauteur de 20""" en trois heures, un débit des affluents de 1620'"^ ^'^ Or le débit moyen du Hhône du Valais, en été, étant de 400 à 500"'^ '^'^'^ (^), il y aurait eu, ce jour-là, un excédent de 1100'"' "■'■ ; le Rhône des hautes eaux aurait été plus que doublé. Y avait-il eu débâcle en Valais expliquant cette crue subite? Sur ma demande, M. le D'' Suchard, de Lavey, résuma comme suit l'état du Rhône : « Il y avait eu deux fortes crues, le 9 et le 10 juillet; mais, depuis lors, on remarquait une baisse constante du fleuve. » Quant aux affluents du lac autres que le Rhône, leur débit n'avait rien d'exceptionnel.
La crue du lac ne pouvant s'expliquer par un débit extraordinaire des affluents, pouvait-on en rendre compte par un arrêt de l'émissaire de Genève ? Mais un excès de 1070"'^ "'''' de l'entrée sur la sortie n'aurait pu être causé même par l'occlusion complète du Rhône, ce fleuve ne pouvant, vu la hauteur des eaux, débiter plus de 550 "^ ^' ''.
Il n'y avait donc pas moyen de supposer une crue générale du lac, une variation de hauteur; la hausse du lac était locale, c'était une dénivellation.
Deux jours après, le 14 juillet, nous avons eu à Morges la dénivellation en sens inverse : de 1 h. 20 à 3 h. 15 soir, soit en 115 minutes, le lac a passé de la cote 2.60.')"' à la cote 2.593"' ; il y a donc eu une baisse de 12'""'. Si cette baisse avait été une décrue générale du lac, elle aurait représenté un excès de la sortie sur l'entrée de près de 7 millions de mètres cubes et reportée sur 1 15 minutes, cela corres-
(2) TA, p. 360.
pondrait à un excès du débit de l'émissaire de 1000'"^ ^''^ Or le débit du lUiône de Genève n'était, ce jour-là, que de 550'" '^ ^'''■. Etant donnée la hauteur du lac, ce débit ne peut être modifié ni en plus ni en moins ; même à supposer l'arrêt subit et complet de tous les affluents du lac, nous ne saurions donc admettre la possibilité d'un excès de 1000'"^ "'■'■ dans le débit de l'émissaire. Nous ne pouvons donc admettre que la baisse du 14 juillet tut une décrue générale du lac ; c'était donc une baisse locale, une dénivellation.
Nous avons, dans ces deux exemples, affaire à des dénivellations; elles sont temporaires, car elles apparaissent à un moment donné et disparaissent quand l'action déterminante a cessé; elles ne sont pas rythmiques et n'ont aucun i-apport avec les seiches.
Si nous étudions les observations limnimétriques faites simultanément à deux stations différentes du lac, comme Vevey et Genève, ou Morges et Genève, nous y trouvons un défaut de parallélisme très évident, qui montre l'existence de dénivellations locales. Ces dilTérences de marche sont très sensibles si l'on compare les observations de deux limnimètres à flotteur; j'ai fait d'abord cette étude pour tous les jours des années 1871 à 1875, de Vevey à Genève, en faisant abstraction de la pente de la sortie du lac, variable avec les saisons ; j'ai trouvé que la différence de hauteur de l'eau variait avec la direction des vents ; j'ai estimé de 12 à dS""'" l'amplitude de ces dénivellations.
Je les ai ensuite retrouvées avec plus de certitude en faisant, en 1876, la compai-aison de la hauteur du lac mesurée à Morges avec mon limnimètre enregistreur, et celle du lac dans le port de Genève, mesurée par le limnimètre à flotteur du .lardin anglais. En apportant la correction de la pente de la sortie du lac, j'ai constaté des différences de hauteur, tantôt dans un sens, tantôt dans l'autre, pouvant atteindre un maximum de 10'"'. ( ')
Je les ai enfin étudiées avec la plus grande précision quand j'ai eu à ma disposition, grâce à l'obligeance de M. Ph. Plantamour, les tracés du limnographe de Sécheron, que j'ai pu comparer avec ceux de Morges.
Je donnerai un exemple de ces variations dans le tableau suivant qui indique pour trois mois de l'année 1877, août, septembre et décembre, la difl'érence de hauteur entre les deux stations ; le signe -|indique que la pente est dans le sens normal, que l'eau est plus haute
('j F.-A. Forel. Bull. S. V. S. N. XV 148. Contribntions à la limniiiu'tne du Léman. I XIIL Lausanne, 1878.
à Morges qu'à Sécheron ; le signe — , que la pente est renversée, l'eau étant plus haute à Sécheron qu'à Morges. En môme temps, j'indique pour chaque jour la direction et la force du vent, d'après mes notes personnelles, et d'après les observations de Genève. La lettre V signifie variable et correspond généralement à l'existence de brises locales.