EFFET DU LAC SUR LE FLEUVE
donc une cause de rel'foidissement du climat? Si le Léman n'existait pas, notre climat serait-il plus chaud ? — Peut-être, oui. Les hivers seraient plus froids, mais les étés seraient notablement plus chauds et la température moyenne en serait peut-être plus élevée. Mais le détriment que nous subissons en perdant ainsi cette chaleur enlevée, sans compensation, par le Rhône qui travei-se le lac est peu de chose en comparaison du bénéfice que nous donne le Léman comme réservoir de la chaleur estivale qui est rendue progressivement pendant la saison froide. Les milliards de calories enlevées par le Rhône de Genève, ne sont que la seizième partie de la chaleur dégagée par le lac pendant la saison froide de 1871)-1880 ; ce n'en est ainsi qu'une fraction très faible.
Si le Léman n'eût pas existé, si le Rhône augmenté de ses affluents fût arrivé à Genève au travers d'une plaine, sans y arrêter ses eaux dans la cuvette d'un lac, le Rhône y aurait-il bénéficié au point de vue de la chaleur, ou y a\irait-il perdu ? Pour répondre à cette question, transformons les chiffres de notre calcul. Les 251^* sec q^jg débite l'émissaire de Genève emportent un excès de 878 mille calories sur celles apportées dans le lac par la même quantité d'eau des affluents ; l'eau des affluents s'est donc réchauffée en moyenne de 3.5" pendant son séjour dans le Léman. Si le lac n'eût pas existé, si le Rhône du Valais eût continué son parcoui"s à travers une plaine basse jusqu'à Genève, ne se fût-il pas réchaufte autant et plus ? Quand je constate que le Rhône de l'été qui, pour la plus grande part est de l'eau de fusion des glaciers, partant par conséquent des Alpes à la température de 0", arrive au lac avec 10" et 12" de chaleur, je me figure que s'il eût prolongé son trajet en plaine pendant 73 kilomètres, du Rouveret à Genève, il eût continué à gagner de la chaleur, probablement plus que les 3.5" qu'il a acquis en stationnant dans le lac.
Il ne paraît donc pas que le repos que subit le Rhône dans le Léman ait notablement changé les conditions thermiques moyennes qu'il aurait eues si le lac n'eût pas existé. La variation de température de l'été à l'hiver eût été certainement plus grande, mais la température moyenne eût été probablement à peu près la même.
Encore ici, le lac agit comme un modérateur, aussi bien sur le Rhône qui le traverse que sur la climatologie générale du pays.