‹ Le Léman, monographie limnologique (volume 2)Chapitre 91 sur 157 · III. Npectre de clis^persioii cliroiiiatique dans l'eau · texte numérisé non relu

III. Npectre de clis^persioii cliroiiiatique dans l'eau

Nous avons vu dans le paragraphe précédent que les surfaces courbes des vagues produisent par réfraction sur les rayons solaires des déviations qui tantôt rapprochent ces rayons, tantôt les séparent; la surface convexe du dos de la vague agit comme une lentille convergente et accumule la lumière dans une couche plus illuminée; la surface concave du creux de la vague forme lentille divergente, et la couche d'eau qui en dépend est moins éclairée ou plus sombre.

Les vagues ont des surfaces cylindroïdes allongées ; le foyer de ces lentilles convergentes est donc une ligne qui se dessine en un trait br'illant sur tout écran opaque étendu dans l'eau à une profondeur convenable. La profondeur convenable variera du reste avec la forme delà vague et la hauteur du soleil; plus la vague sera mousse et aplatie, plus la distance focale sera grande ; plus le soleil sera haut sur l'horizon, plus la profondeur du foyer s'éloignera de la surface de l'eau. C'est ce que nous voyons fort bien sur la terrasse littorale immergée de

la beine. Lorsque l'eau est limpide, que le soleil brille au firnaament, et que la surface du lac est soulevée en vagues mortes, l'on voit se dessiner sur le fond de l'eau des lignes brillantes qui courent avec les vagues et représentent les lignes focales des surfaces cylindroides de réfraction. Lorsque la profondeur de l'eau est plus grande ou moins grande que la dislance focale, ces lignes se changent en bandes d'autant moins brillantes qu'elles sont plus larges, ce qui veut dire que l'écran est plus éloigné du point focal moyen.

Ces lignes brillantes cheminent avec les vagues ; elles se déplacent donc assez vite. Leur mobilité apparente est augmentée et compliquée par les réfractions différentes subies à sa sortie de l'eau, alternativement sur les faces opposées des vagues, par le rayon lumineux qui les apporte à l'œil. Ce rayon traverse tantôt la face de la vague inclinée vers l'observateur, tantôt la face opposée qui se relève en sens inverse; tantôt il est peu réfracté, tantôt il l'est beaucoup. L'image de la ligne d'illumination, comme du reste l'image de tout corps plongé sous l'eau, subit de ce fait des déplacements continuels, un sautillement dans le plan visuel perpendiculaire à l'arête des vagues.

Pour supprimer ces déplacements dus à la réfraction sur les faces des vagues, on n'a qu'à se servir de la lunette à eau décrite à la page 2 du tome le'-.

Ce sautillement de l'image, combiné avec la progression normale de la ligne d'illumination qui marche avec la vague, donne à l'apparition un aspect mouvementé très spécial.

Le cas où ces foyers d'illumination donnent les images les plus belles est peut-être celui d'une vague latérale de refoulement d'un bateau à vapeur marchant à grande vitesse sur la beine, si le lac est absolument calme et le soleil brillant. On voit alors au milieu de la vague, à surface unie avant qu'elle se brise et se recourbe en volute, comme un voile de gaze aux reflets d'aigue-marine, d'un éclat fort doux et d'un effet saisissant. J'ai admiré entr'autres ce phénomène près du port de débarquement de St-Sulpice et sur le banc du Travers à Genève.

En même temps que les rayons solaires sont réfractés et concentrés sur ces lignes d'illumination, ils subissent une dispersion chromatique, et la lumière blanche est décomposée en ses parties élémentaires. Les lignes d'illumination présentent sur leui's bords les couleurs du

Page 1