SPECTRE DE DISPERSION
spectre de dispersion, et cela de telle manière que si l'on considère la projection du soleil à l'horizon comme le centre d'un cercle d'où partent les rayons solaires, le rouge du spectre, soit les rayons les moins réfrangibles, est en dehors, le bleu, soit les rayons les plus réfrangibles, est en dedans ; le rouge est sur le bord de l'image le plus rapproché du spectateur qui a le soleil devant lui.
Ces petits arcs-en-ciel aquatiques, si j'ose m'exprimer ainsi, présentent du reste les mêmes mouvements de progression et de sautillement que les lignes d'illumination, et ils donnent, quand ils sont bien développés, les jeux de lumière les plus gracieux et les plus délicats. (')
Ces spectres de dispersion chromatique sont d'autant plus éclatants que le soleil est plus brillant et l'eau plus limpide. Je ne les ai vus nulle part aussi joyeusement colorés que dans l'eau admirablement transparente du lac Lucel (vallée d'ArolIa), éclairée par la lumière intense des liautes régions de l'atmosphère (2) ; ils étaient bien beaux aussi en avril 1888, dans les piscines de Sidi Meçid, à Constantine, où le soleil d'Algérie se jouait dans les eaux d'une pureté cristalline.
Dans notre lac Léman, il est rare qu'on puisse les observer. Mais ils y sont aussi brillants qu'aillein-s lorsque le spectateui- rencontre la réunion des conditions favoi-ables, à savoir : grand éclat du soleil, élévation suffisante de l'astre sur l'horizon, grande limpidité de l'eau, vagues de forme convenable, profondeur de l'eau correspondant à la distance focale de la surface des vagues. J'ai dans mes notes de nombreuses observations du phénomène; il serait oiseux de les énumérer ici.
La théorie de ces spectres de dispersion est bien simple.
Les rayons diversement colorés de la lumière blanche sont différemment réfrangibles ; en traversant un plan ou une surface réfractante, ils sont donc déviés suivant des angles différents; il y a aberration de réfrangibilité.
Si le soleil est au zénith, en frappant sur la surface cylindroïde d'une vague, V, les rayons sont dispersés chromatiquement; l'image portée sur un écran opaque, E, sera colorée différemment suivant la
(') Pour étudier plus facilement ces apparitions colorées, je fais ramer dans le m^me sens que les vagues et avec la même vitesse qu'elles, de manière à ce que l'image paraisse immobile sous le bateau. Le spectacle est alors d'un grand éclat ; c'est une brillante illumination du fond de l'eau.
C^) Gazette de Lausanne, 7 octobre 18S7.
place qui coupera le pinceau lumineux ; il y auca déplacement vertical des cônes de couleurs différentes, R rouge, V violet, ainsi que l'indique sonimaii-ement le croquis de la fig. 118. Mais si le soleil est oblique sur riiorizou, l'abei-ration de l'éfrangibilitc déplacera latéralement ces mêmes cônes de couleurs différentes, ainsi que l'explique la lig. 110.
(Fig. lis.) Aberration de réfrangibilitô des rayons verticaux.
(Fig. 119.) Aberration de réfrangibilité des rayons obliques.
De là. rappaiitinn du rouge sur le bord de l'image focale la plus l'approchée du spectateur-, du violet ou du bleu sur le bord le plu.«î éloigné. (')
III. IIliisi4»ii <lo grossiKsoinoiii (loH corps submergés dans l'eau. (-)
Tous les pécheurs savent ([ue les objets qu'ils voient dans feau leur apparaissent plu.s gros (pi'ils ne .sont en réalité. -Ven ai fait cent fois l'expérience dans mes pèches d'antiquités lacustres et dans mes observations sur les rides de fond; quelque habitué que je sois à être trompé, api-ès qiiai-ante ans de pèches lacustres, je suis encoi'e étoiuK'' chaque fois que je ramène à l'air et que je vois si petit un objet cpii me parais.sait énoi-me sous l'eau. Pour la mesure des rides de fond.
(') .Je doi.s nno partie de ceUe intei'iirétatinn à mon (•ollc''gii(' et ami le professeur Ed. Ilagenbacii, à Hàle.
(■■'; V. Bull. S. V. S. N. XXll, 81. Lausanne, 1887.