POPULATION
La population de la zone riveraine est près de six fois plus forte que ■celle de la zone campagnarde. La superficie des deux zones étant un peu différente, nous exprimerons mieux ce rapport en le cherchant 'dans la densité de la population
Populatio)}.
Zone riveraine 24(3 296 hab.
Zone campagnarde 43 938 —
La zone riveraine a une densité de population 6.1 fois plus foi-teque •celle de la zone campagnarde; autrement dit celle-ci est 0.16 de la première.
Mais, dira-t-on, la comparaison est altérée par la présence dans la zone riveraine de deux grandes villes, Genè^'eet Lausanne, dont rétablissement primitif est dû, peut-être, à des circonstances indépendantes du lac proprement dit: Genève au gué de l'origine du Rhône, Lausanne au pèlerinage de l'église de Notre-Dame. C'est possible eh partie ; soustrayons donc du total de la population riveraine celle qui appartient à ces deux villes et à leurs faubourgs :
Genève ville 59 437 hab.
Plainpalais 19 667
Eaux- Vives 11 872
Lausanne 46 732
Soit ensemble 137 708 hab.
La soustraction faite, il nous reste :
Zone riveraine, moins les deux grandes villes 108588 hab. Zone campagnarde 43 938
L'excès de population de la première est encore énorme. Allons plus loin. Pour ne garder que la population rurale, enlevons •des deux zones toutes les agglomérations urbaines de plus de 4000 habitants. Gela r-evient à supprimer de la première zone, outre les deux grandes villes Genève et Lausanne
Thonon 6 268 hab.
Nyon 4 882
Morges 4 42 1
Vevey 11 781
Montreux (Ghàtelard,
Les Planches et Veytaux) 14 144
41 496 hab.
de la seconde zone
Caronge 7 437 hab.
ce qui laisse pour la population rurale
Zone riveraine 67 092 hab.
Zone compagnarde 36 501
La zone riveraine a pi'ès du double (presque exactement le double si nous faisons intervenir la différence de superficie), de la population de la zone campagnarde.
Cette plus grande attraction de la live du lac est apparente dans les trois cantons principaux du Léman, Vaud, Genève, la Savoie. On trouverait certainement des faits analogues au bord des autres lacs de notre Europe centrale.
Une des causes de cette différence vient probablement du relief du pays qui dans quelques parties n'est habitable qu'au bord du lac. Du Bouveret à Meillerie, de Villeneuve à Vevey, la zone campagnarde est un territoire de montagne abrupte et inhabitable; tout au moins il ne porte pas de villages nommables dans un recensement.
Pour tenir compte de cette inhabitabilité d'une partie de la seconde zone, je veux soustraire du total de la première tous les villages appartenant à cette partie de la zone riveraine dont VhinterJand est désert. J'enlève
St-Gingolph, Meillerie, Novel et ThoUon en Savoie, ensemble 2 672 hab. Le cercle de Montreux sur la rive nord 14144 —
Total 16 816 —
Cette correction est insignifiante et nous laisse comme ensembl& des zones de valeurs comparables : 229 480 pour la riveraine, contre 43 938 pour la campagnarde; la différence est encore écrasante.
Quoi qu'il en soit, le voisinage du lac appelle à lui une population plus serrée que celle du pays en terre purement campagnarde. Quelle peut être la cause de cet attrait'.'
Une petite partie de l'attraction causée par le lac peut être attribuée à la différence de climat; là où le sol, sans être inhabitable par suite du trop abrupte des rochers, est relativement élevé et arrive à une altitude de quelques cents mètres supérieure à celle des rives même du Léman, le climat doit être notablement plus rude dans la seconde zone que dans la première et par conséquent moins attrayant. Ainsi Puidoux^
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Attalens sur la rive nord, St-Paiil sur la rive sud appellent moins l'étranger que Vevey, Montreux ou Evian.
11 est vrai que ThoUon sur Meillerie et Novel sur Gingolph, qui appaitiennent à la zone riveraine par leur distance horizontale de la côte, sont dans un climat aussi rude et plus rude que St-Paul et Larringe de la seconde zone. Mais ces villages peu peuplés, qui font exception à la règle, n'interviennent que peu dans les somuies considérables que nous avons en présence.
Etudions de plus près cette influence du climat.
Quelles sont les conditions climatiques de l'habitat sur les rives du lac? Comment le climat général de la région est-il influencé, amélioré ou altéré par le voisinage de la grande nappe du Léman avec ses SSS"'"'^ de superficie? Sans revenir sur ce que nous avons dit ailleurs (/), nous pouvons résumer rapidement l'efïet du lac sur ses rivages.
Au point de vue thermique, le lac modère le climat, réchauffe l'hiver, rafraichit Tété, retarde l'arrivée du printemps, qui est souvent refroidi par de trop fréquentes rebuses (2), et prolonge l'été en un automne relativement doux. La variation annuelle, comme la variation journalière, sont l'une et l'autre réduites dans leur amplitude.
Au poinfde vue hygrométrique, l'humidité de l'air est plus forte dans les couches au contact du lac que dans les couches sus-jacentes. Nous, les riverains du lac, ne nous en apercevons pas, tant que nous restons plongés dans cet air lacustre; mais quand, le soir d'un jour calme d'été, nous descendons de la campagne à la ville, nous sommes surpris par la fraîcheur un peu crue de l'air froid et humide qui forme une couche de quelque dix à quinze mètres au dessus du lac.
Quant aux brouillards de la plaine Suisse qui rendent notre hiver si maussade, nous avons dit (•*) que leur développement est dû à l'existence des grands lacs subalpins et subjurassiens, formant de vastes masses d'eau relativement chaudes qui émettent des vapeurs se condensant dans un air fi-oid. Mais ces brouillards ne sont pas localisés spécialement sur les rives du Léman; bien au contraire, il y en a plus à Genève et sur la plaine Suisse au Nord du Mormont que sur les bords du Grand-lac, à l'Est du détroit d'Yvoire, et surtout que sur-
(') T. I, p. 272 à 347; t. Il, p. 400 à 407.
("^) Rebuse, terme indigène ijui désigne les retours de froid du jjrintemps.
les bords du Haut-lac où l'on est presque dans le régime des vallées alpines.
Pour la pluie rien à signaler dans l'effet du lac : la cause des précipitations d'eau est d'oi-igine plus éloignée que ne le sont les actions de la géographie locale. Ce sont les trajectoires des grands courants d'air, des cyclones et anticyclones, ce sont les faits du relief des vallées, des plateaux et des montagnes qui déterminent les zones de sécheresse ou de pluie, les différences dans la fréquence et dans l'abondance des chutes d'eau atmosphérique.
Quant aux vents et courants de l'air, la présence du lac est d'effet nul ou insignifiant sur les grands vents généraux et peut-être même sur les vents d'orage. Le relief de la terre ferme, les grandes vallées, les cliaînes de montagne ont à ce point de vue beaucoup plus d'effet qu'une nappe horizontale d'eau, eût-elle plus de cinq cents kilomètres de superficie. Mais pour les brises locales qui déplacent de quelques lieues les masses d'air dans le calme du grand beau temps, la nappe d'un lac est d'efficacité décisive; nous avons sur les bords du Léman des brises de jour, des brises de nuit, des brises de lac, des brises de terre; nous y avons nos morgets, nos rebats, nos séchards qui sont dus aux allures différentes du réchauffement et du refroidissement des surfaces terriennes ou aquatiques. Gela est incontestable; mais d'autre part, si le lac n'existait pas, si nos villes riveraines étaient logées sur les flancs d'une grande vallée parcourue à trois cents mètres plus bas par le Rhône, nous y aurions presque exactement les mêmes brises, avec les mêmes alternances diurnes et noctui-nes, seulement nous les appellerions brises de montagnes, brises de vallées (^).
Toutes ces conditions météorologiques et climatiques sont en somme de peu d'importance : leur efficacité doit être nulle sur l'habitabilité du pays, leur efficacité directe du moins, car indirectement, par leur action sur les cultures, elles peuvent avoir une certaine valeur dans le problème que nous traitons.
On peut en effet attribuer une partie de la plus forte densité de la population dans la zone riveraine aux cultures riches, en particulier à la culture de la vigne, qui y sont beaucoup plus développées que dans la seconde zone. Les beaux vignobles de La Vaux et de La Côte nour- .rissent une population plus serrée que les terres en nature de champs,
(1) V. t. I, p. 302 sq.