POPULATION
de prés ou de forêts des plateaux du Jorat, du pied du Jura et du pied des Alpes du Cliabiais.
Depuis la fin du XYIUe siècle, et surtout depuis la seconde moitié du XIX«, l'homme a découvert ce qu'il ignorait absolument auparavant; il a appris à admirer la nature ; il a en particulier été charmé par les grandes scènes du paysage du Léman et il s'est aggloméré sur ses bords. L'afflux passager des touristes de l'été et l'établissement sédentaire prolongé des fervents des beauxspectaclesnaturels, ont augmenté considérablement la population des rives du Léman. Mais à cet égard, les stations assez élevées au-dessus du lac semblent être plus favorisées que les villes riveraines ; la vue panoramique y est encore plus belle. A elle seule, cette cause de surpopulation ne donne pas l'explication du phénomène.
C'est dans la présence du lac lui-même, dans l'action économique (économique dans son sens le plus général, des faits de l'habitabilité du pays) de son voisinage immédiat qu'il faut chercher l'attraction de la population qui s'accumule dans la zone riveraine. Les facilités de la pêche, dans les temps primitifs, l'ouverture d'une route toute tracée à la limite de la grève et des forêts, plus tard la meilleure viabilité des routes longeant le lac, ou les possibilités de la navigation, l'excellente défense militaire contre les aggressions venant de terre ferme, ces circonstances locales ont amené l'agrégation de quelques familles, et bientôt la foi-mation d'un hameau. Au fond d'un golfe protégé contre les vagues de la tempête, Nyon, Morges, Thonon, à l'extrémité d'un cap, St-Prex, auprès du pont qui traversait le Rhône émissaire, Genève au point d'arrivée des routes venant de l'intérieur du pays, Villeneuve, Bouvei-et, Thonon, Genève, Morges, des villages se sont développés. Puis est intervenue la faculté d'attraction que possèdent les agglomérations humaines: le hameau est devenu village, le village bourgade, la bourgade ville. La ville s'est accrue en raison des bonnes conditions économiques et historiques que nous n'avons pas à exposer ici.
Je crois cependant avoir le droit d'illustrer par un exemple récent (*), pris dans notre voisinage, le phénomène de l'agglomération des habitations humaines, le développement d'une ville. Il n'appartient pas à l'histoii'e du lac. mais il n'en est pas moins intéressant et
(1) F.-A. Forel. ReiiPiis-la-gnre. Gazette de Lausanne, 2B octoltro 1003.
instructif. Nous avons vu, en effet, dans les dix dernièt-es années, naître une bourgade dont l'accroissement est dû à une cause facileà démêler.
Renens, à la jonction des lignes de chemins de fer de Lausanne à Genève, à Paris par Pontarlier, à la Suisse nord-occidentale par Yverdon, a reçu la gare de partage des marchandises de la Compagnie du Jura-Simplon, et un nombre assez considérable d'employés sont venus s'y établir. Cet établissement y a attiré des industriels et négociants, et le liameau est en train de devenir une ville. Les faits de cette métamorphose peuvent se résumer ainsi :
Renens-la-Gare est situé sur quatre communes : Renens, Chavannes, Ecublens et Crissier. Voici les populations de ces villages lors des principaux recensements du XlXe siècle.
Renens. CJiavannes. Ecublens. (Crissier. totaux Différence.
iSOS
ISIO
Dans le siècle dernier, la population s'est accrue de 2138 habitants; elle a triplé.
De 1803 à 1860 l'accroissement moyen a été de 12 habitants par an; de 1860 à 1888 il a été de même de douze habitants. C'est l'accroissement normal de la population des quatre villages dans le XlXesiècle. A ce taux, dans les douze dernières années de 1888 à 1900, l'agglomération aurait dû gagner 144 habitants; elle en a gagné 1125; donc, il y a eu dans ces douze années un accroissement anormal, extraordinaire, de 981 habitants.
La gare du chemin de fer établie à Renens en 1876 avec 5 ou 6 employés au plus, a été transformée et agrandie en 1895; en 1900, on y comptait 115 employés mariés avec 230 enfants, et 51 employés célibataires, ensemble 166 employés, soit un accroissement de 160 employés sur l'état d'avant 1895. Donc 160 employés amenés à Renens par le développement de la gare ont été la cause efticiente d'un accroissement anormal de population de 1125 habitants.
Comment se répartit cette population immigrante. 11 y a d'abord les-
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16(5 employés eux-mêmes et leurs familles, 115 femmes et 230 enfants; ensemble 511 âmes. Le reste, soit 614, doit être essentiellement formé d'artisans, de commerçants appelés par la prospérité de la nouvelle ville: boulanger, bouclier, épicier, cordonnier, tailleur, mercier, aubergiste, cafetier, cabaretier, maçon, cliarpentier, seirurier, forgeron, etc., chacun attiré par les promesses d'un gagne-pain assuré est arrivé avec sa famille et a augmenté la population dont la puissance d'attraction a été d'autant acci'ue.
Donc, l'arrivée accidentelle de 160 employés de chemin de fer, dans un village rm-al, a transformé celui-ci en une ville naissante en y attirant plus de six cents industriels, artisans et négociants. C'est un exemple intéressant, très instructif, parce qu'il s'est passé sous nos yeux en quelques années, de la naissance et du développement d'une ville. Avec d'autres proportions et d'autres allures, les bourgades de pêcheurs des bords du Léman ont dli, dans le cours des siècles, présenter des phénomènes analogues, mais dispersés sur un beaucoup plus long espace de temps.