CONCLUSIONS ET REFLEXIONS FINALES
Des conclusions, il est difficile d'en donner à la fin d'un traité de géographie ou d'histoire naturelle qui décrit des faits et des choses, et en cherche l'explication, mais dont la composition n'implique pas de déductions générales embrassant en une vue d'ensemble les différentes parties développées dans les chapitres successifs du livre.
Tout au plus puis-je essayer d'émettre quelques réflexions, donnant mon appréciation personnelle sur l'un ou l'autre des faits ou des théories exposés dans ces pages.
Je confirmerai avant tout par l'étude analytique que j'ai consacrée au Léman la conclusion la plus générale de mon traiit' de Limnologie générale{^). l'individualité de chaque lac. Nous avons déjà indiqué ce point à la page 407 de ce volume, quand nous avons résumé la circulation de la matière organique. Nous pouvons étendre cette généralisation, et dire qu'à tous les points de vue le lac est un individu géographique. Sous quelque face qu'on le considère, qu'on étudie sa physique, sa chimie, sa géologie, sa minéralogie, son hydrologie, sa biologie, etc., il est un individu spécial, caractérisé par des grandeurs, par des valeurs, par des faits, par des choses à lui propres. Chacun de ses détails suffit presque à le définir, ou tout au moins à le distinguer de ses congénères. De même qu'il n'y a pas deux îles, deux montagnes, deux fleuves qui soient identiques, de même chaque lac diffère de tous les autres par les détails de ce qu'on peut appeler son organisation ou sa vie, s'il est permis d'appliquer ici ces termes de biologie.
Tl en résulte que chaque lac mérite une description particulière, une monographie qui analyse et précise ses caractères individuels. Les faits généraux ne demandent pas à être répétés ; les faits spéciaux réclament au contraire une détermination attentive. Cette description, que je sollicite des lacs que mes confrères ont étudiés, devrait pas présenter les développements que j'ai dû donner à ma monographie
(1) F. A. Forel. Die Secukunde, p. 2:î!). Stuttgart 1901.
du Léman. En l'absence d'une limnologie générale qui n'existait pas encore lorsque j'ai écrit mes deux premiers volumes et, lorsque j'en suis arrivé à mon troisième volume, pour servir de justification à la partie biologique de la Limnologie générale que j'avais donnée dans les Manuels géographiques d 'Engelhorn, j'ai été amené à des dissertations théoriques, à des développements et à des discussions dépassant de beaucoup les nécessités et les convenances d'un simple exposé des choses. Je ne regrette pas d'avoir dû céder aux entraînements qui m'ont si souvent fait aller au-delà de la pure objectivité des faits pour essayer d'explications théoriques indispensables; mais je ne puis donner mon livre comme un modèle pour la description d'autres lacs.
En tei'rainant celte monographie du Léman, je suis heiu-eux de rendre hommage à l'excellence de la méthode géographique dont j'énonçais avec anxiété, dans la préface de mon premier volume (L x.) et les difficultés et la grandeur. Tandis que la philosophie antique embrassait d'un même coup-d'œil l'ensemble des études de la nature, à mesure que les sciences naturelles se sont développées, elles ont constaté que la spécialisation devenait une condition indispensable du progrès; on reconnut qu'il devenait de plus en plus impossible de tout étudier simultanément, et que, pour avancer, le scientiste devait se restreindre. Le XlXe siècle a été la grande époque de la spécialisation, et les résultats ainsi obtenus ont été d'une fécondité extraordinaire. Mais d'autre part l'on s'est aperçu que l'étude isolée d'un seul des chapitres distincts de la science raccourcissait trop le champ visuel de celui qui s'y confinait, qu'il était nécessaire de réunir, en une utilisation plus ou moins extensive, les faits conquis dans d'autres directions par les travaux individuels d'autres spécialistes; que, pour produire tous leurs fruits, les différentes branches de l'histoire naturelle devaient s'appuyer les unes sur les autres, se féconder les unes les autres. C'est alors que l'on est revenu avec joie aux études plus générales en les mettant sous le couveit et en les i-angeant sous le drapeau de la géographie.
La Géographie, en effet, a une noble ambition et un magnifique programme : entraînée par sa définition, elle aspire à embrasser dans une vaste généralisation l'ensemble des sciences qui traitent de la terre et de ses habitants, c'est-à-dire toutes les sciences himiaines. Dans la géographie physique, elle appelle à elle la plupart, sinon la totalité des sciences physiques et naturelles; dans la géographie historique et poli-
tique, elle réunit le plus grand nombre des sciences économiques, ethnologiques et historiques. Dans la vaste hospitalité qu'elle offre à toutes recherches dont elle sait utiliser les résultats, la géographie ne repousse rien ; elle admet tout, elle comprend tout. Cela étant, quand nous avons à faire une étude qui profite des différentes données des diverses sciences naturelles et qui en réunit les découvertes, nous sortons de nos laboratoires spéciaux du géologue, du zoologiste, du botaniste ou du physicien, et nous entrons en géographie. Ici il nous est permis de généraliser, d'abandonner la spécialisation, après avoir mis à contribution ses découvertes, et de contempler dans un coupd'œil d'ensemble les faits conquis dans les diverses disciplines de la science.
La description de la terre n'est pas l'énumération et la description individuelles de chacune des catégories d'êtres et de choses qui se rencontrent sur notre planète ; c'est bien plutôt le tableau d'ensemble offert par la réunion de ces diverses catégories, par leurs rapports les unes avec les autres, par les réactions qu'elles reçoivent du milieu dans lequel elles sont plongées, et qu'elles produisent sur ce milieu.
C'est en suivant cette méthode d'utilisation générale des données offertes parles diverses sciences naturelles et leurs études spécialisées, cette méthode de synthèse des faits analytiques qui décrit le tout et non la partie, le corps tout entier et non l'organe isolé, que la géographie a pris dans les cinquante dernières années une position si considérable dans la conquête des faits et des idées. Que l'on admire, par exemple, avec nous, les révélations de l'océanographie! que l'on nous permette de placer à côté d'elles son émule aux allures et aux prétentions plus modestes, la limnologie ! Si la grande sœur a souvent servi de modèle à sa jumelle, celle-ci n'a pas été sans influence sur les progrès de l'océanographie; les deux disciplines se sont entr'aidées mutuellement. L'océanographie, la limnologie, nées dans le dernier tiers du XIXe siècle, sont déjà parmi les rameaux les plus feuillus, et aussi les plus fructifères du grand arbre de la géographie.
Les espérances que j'émettais, en tête de ces volumes il y a douze ans, se sont, on me permettra de l'affirmer ici, heureusement réalisées.
Quelques-uns des problèmes qui étaient posés à notre curiosité sont résolus, les uns définitivement, je veux l'espérer, les autres dans des
termes correspondant à l'état actuel de nos connaissances. Mais il en est d'autres qui ne sont pas encore suffisamment expliqués, ou dont la théorie reste à compléter, ou même à élaborer. Je signalerai entre autres :
1" Les galets sculptés'.' A recommander aux riverains des lacs où le phénomène est mieux développé qu'au Léman, aux riverains des lacs sub-jurassiens en particulier. (111. 384 à 405.)
2° L'entrée dans le Léman des Corégones ? poissons pélagiques qui ne remontent pas dans les ruisseaux. (111. 350 à 354.)
3» Les seiches longitudinales binodales? Pourquoi ces seiches dans le Léman ont-elles une période plus courte que la moitié de l'uninodale, tandis que celles de la plupart des autres lacs est plus longue? (II. 162.)
40 Les seiches à la quinte ? Dans ceilains lacs il y a un type de seiches longitudinales dont la période est environ les'^/3 de celle de l'uninodale :
Seiclies uninodales. Seiclies à la quinte. Seiches binodales.
Bodan (') 56 min. 39 min. 28 min.
Benaco(2} 43 30 23
Starnbergersee (•'^) 25 16 —
Ces seiches dont la période est à peu près les Va de l'uninodale, que sont-elles ? Pour les expliquer, il ne suffit pas de dire qu'elles représentent la quinte de Foctave inférieure ; j'avoue que je ne les comprends pas. Elles correspondraient, si je ne me trompe, à un balancement de l'eau tel qu'il y aurait un ventre à l'une des extrémités du bassin, un nœud à l'autre, ce qui est inadmissible. Ce problème des seiches à la quinte ne s'est pas ofïert à nous dans le Léman. Il s'est présenté à moi pour la première fois sur le Bodan, où elles sont parfaitement marquées à Bregenz, très faibles à Kirchberg, nulles à Bodman. (II. 155.) Ce type de seiches n'a pas encore été expliqué, et il reste pour moi un point d'interrogation très sérieux, le seul qui m'inquiète, au sujet
(1) F.-A. Forel. Die Schwankungen des Bodeiisees. Schriften des Vereins des Bodenseesvereins. XX. Lindau 1893.
(^) J. Valentin. Seespiegelschwankungen in Riva am Gardasee. K. Acad. d. Wiss. Wien, 3. Apr. 1903.
(3) H. Ebert. Periodische Seespiegelschwankungen am Starnbergersee. K. Bayr. Akad. der Wiss. XXX. 435. Milnchen 1900.
de la justesse de ma théorie des seiches. Une théorie doit expliquer tous les faits. Celui-ci est encore inexplicable. La théorie sei'ait-elle fausse ?
5. Les seiches transversales du Léman mesurées à Morges-Evian ont une période de 10 minutes, à Rolle-Thonon de 7 minutes. Comment se fait le passage d'un type à l'autre, d'un bassin à l'autre, quand ces derniers sont largement communiquants comme ils le sont dans notre lac? (IL Loi.)
(P Dans la formule des seiches, quelle est la valeur de A qui doit représenter l'intervention de la profondeur pour la durée de la période? Est-ce la prolondeur suivant le grand axe du lac? Est-ce suivant le profil de la plus grande profondeur? Ou encore est-ce la profondeur moyenne des divei's profils?
7» Les courants du lac, aussi bien les courants de surface que les courants profonds. Leur observation dans le Léman est insuffisante. (IL 275-288.)
J'ajoute ici un et ecetera pour embrasser les points que je négligerais dans cette revue finale.
Les questions qui se sont posées à moi au cours de ces études sur le Léman, et que je ne suis pas arrivé à résoudre, sont donc peu nombreuses, et les plus difficiles d'entre elles n'étaient pas même de mon ressort spécial, par le fait qu'elles doivent trouver leur solution dans d'autres lacs. Est-ce à dire qu'il ne reste plus rien à étudier dans notre lac et que j'aie épuisé tous les problèmes d'histoire naturelle que le Léman puisse offrir? Qu'on ne m'attribue pas une telle sottise! Je serais bien humilié si quelqu'un de mes lecteurs pensait à m'accuser d'une aussi outrecuidante mésintelligence des choses, et d'une suffisance aussi impertinente.
Chaque naturaliste, chaque étudiant de la nature a devant lui une tâche limitée, d'une part par les bornes de son esprit et de ses connaissances, d'autre part par l'état actuel de la science à l'époque où il travaille. Les questions qu'il cherche à résoudre dépassent celles de la génération qui l'a précédé, car il dispose de toutes les trouvailles de ses ancêtres en science ; mais elles seront dépassées par celles de la génération qui le suivra, pai'ce que celle-ci bénéficiera des découvertes que lui-même et ses contemporains auront faites. Heureux celui qui sait trouver réponse à quelques-uns des problèmes qui s'offrent à lui;
les jouissances qu'il en obtiendra ne seront égalées que par celles deses successeurs lorsqu'ils reprendront le même thème considéré sous d'autres faces, avec l'éclairage de nouvelles lumières; le sujet qui semblait épuisé reprendra vie sous ces jeunes études et nos descendants y trouveront autant de plaisir que nous-mêmes quand ils corrigeront et compléteront nos antiques recherches.
C'est ainsi que, bien infime, j'ai su glaner quelques épis dans le champ moissonné avant moi par ces géants de la science, les H.-B. de Saussure, les Alphonse Favre, les Daniel CoUadon, les Charles et Louis Dufour, les Fritz Bu mi er, les Jurine, lesVaucher, etc., etc. Je pourrais croire avoir tout ramassé, j'ai du moins recueilli tous les brins de chaume qui ont frappé mon œil. Mais parce que je suis au bout de mon œuvre, le champ doit-il être considéré comme fermé ? N'y a-t-il plus rien à récolter? Loin de là. D'autres viendront après moi qui y trouveront de nombreuses et d'épaisses javelles. Et cette moisson se renouvellera indéfiniment pour les naturalistes qui nous succéderont, et qui, les uns après les autres, mettront au jour de nouvelles vérités.
Des vérités! la vérité! C'est ce que nous cherchons, c'est ce que nous trouvons.
Des vérités, c'est-à-dire des faits d'une part, et d'autre part des synthèses d'observations, des généralisations de déductions, l'explication de phénomènes, la théorie enfin qui est la forme la plus élevée de nos travaux intellectuels. Hypothétiques d'abord, nos théories arrivent de plus en plus à la certitude ; de probables elles deviennent certaines, et alors elles sont des vérités. Des vérités, nous avons fréquemment la joie d'en rencontrer sur notre route de naturalistes, et, dans la belle carrière que nous suivons, c'est la plus douce récompense de nos travaux. Le temps, le labeur, souvent la peine que nous consacrons à l'étude de la nature sont largement payés par l'intérêt intrinsèque de ces recherches; même lorsqu'elles n'aboutissent pas à un résultat immédiat, elles nous passionnent par leur charme même. Mais quand nous avons la bonne fortune d'arriver à une solution, à la constatation d'un fait, à l'explication d'un phénomène, à une théorie plausible, oh alors ! c'est la satisfaction la plus intime, la plus puissante, la plus absolue, c'est une volupté intellectuelle réellement parfaite. Je ne puis me figurer que ce sentiment de joie soit dépassé par aucune des satis-
factions de l'amour-propre, de l'ambition, de l'orgueil; en tout cas c'est le plus pur et le plus innocent de tous les triomphes.
Et ce sentiment, nous le goûtons quelle que soit l'importance de nos découvertes. Un simple fait bien étudié, une petite hypothèse bien assise, pous cause peut-être autant de jouissance immédiate que la plus grande de.s théories en a donné à un Newton, à un D a r w i n, à un H e 1 mh 0 1 1 z, à un P a st e u r. La volupté de la découverte de la vérité ne se mesure pas à l'utilité, à l'étendue, à la valeur intrinsèque de la trouvaille, pas plus qu'à la puissance intellectuelle de celui qui l'a faite. C'est une illumination soudaine de notre esprit qui entrevoit ou qui saisit l'explication longtemps cherchée, qui perçoit les rapports enti-e les phénomènes jusqu'alors séparés en apparence; c'est un trait de lumière qui éclaire l'obscurité dans laquelle nous nous traînions. C'est probablement ce que les anciens prophètes désignaient sous le nom d'inspiration — il semble vraiment qu'un souffle d'en haut soit intervenu pour nous montrer la vérité. Plus tard viendront la mise à profit de la découverte, son utilisation, le développement de ses conséquences; ce sera de nouveau le travail ingrat, improhus lahor, qui reprendra possession de l'ouvrier intellectuel enchaîné à sa tâche; mais n'importe ! le glorieux laboureur aura eu, en l'instant de la révélation, la récompense intime qui l'encouragera pour longtemps, lui l'homme de science, dans la poursuite de ses investigations.
En proportionnant le champ de nos recherches à l'étendue de nos moyens personnels, chacun de nous peut arriver à la découverte d'une vérité, chacun de nous peut participer une fois ou plusieurs fois dans sa carrière à cette suprême jouissance de la solution d'un problème soumis à notre curiosité. Grâce à la nouveauté relative du sujet d'études auquel je me suis voué, j'ai souvent eu ce bonheur, et je puis me déclarer heureux entre les hommes, pour avoir goûté plus souvent peut-être qu'à mon tour ce qui est pour nous, les amants de la nature, la volupté idéale, ineffabiement pure, admirablement intense et profonde.
Des vérités, nous en trouvons parfois; la v é r i t é, pouvons-nous de même y aspirer ? La vérité, c'est-à-dire l'explication définitive du monde extérieiu' à notre moi, et de ce moi lui-même. Laissons ce dernier point, notre âme avec ses obscurités et ses grandeurs; elle ne saurait rentrer dans l'histoii-e naturelle descriptive qui nous occupe dans ce
livre. Restons-en à l'explication complète, intégrale de la nature ; la vérité en histoire naturelle, osons-nous en parler? N'est-ce pas de la présomption quo d'en espérer la conquête.
Sommes-nous autorisés à rechercher à l'hoi'izon de l'orient les premières lueurs qui nous annoncent l'aurore de ce jour de lumière ? Oui ! certainement oui ! Nous avons le droit d'y aspirer, et c'est ici peut-être le plus beau titre de dignité de l'homme. Nous avons aussi l'assurance d'être sur la voie qui nous y conduit.
La vérité absolue, si elle-même nous semble inabordable dans sa tour d'airain, est formée de vérités partielles ; ces vérités partielles sont à notre portée. Nos pères en ont déjà beaucoup découvert ; notre génération en a conquis quelques-unes; nos enfants en recueilleront un plus grand nombre, et plus facilement que nous. Longtemps encoi-e, il est vrai, il restera des questions de plus en plus abstruses qui échapperont obstinément à la curiosité humaine. Longtemps, toujours peut être, l'homme verra devant lui de ces problèmes insolubles pour sa génération. Mais toujours aussi il aura le droit de se dire; de même que j'en sais plus que mes pères, mes enfants s'approcheront plus que moi de la vérité.
En s'en approchant davantage, arriveront-ils à l'atteindre? L'asymptote est une di'oite dont une courbe se rapproche indéfiniment, mais sans jamais la toucher. La vérité absolue ne serait-elle pas une asymptote pour nos efforts? Je n'hésite pas à espérer que non ! J'ai la foi que nos descendants arriveront un jour à l'absolu dans la conquête de la vérité, ou tout au moins de la vérité dans le domaine des sciences naturelles. Pour ce qui touche à la métaphysique, ce n'est pas démon ressort, mais j'avoue en être beaucoup moins certain.
Ce que je vois de plus admirable quand je contemple la nature, c'est sa simplicité. Au premier abord tout paraît compliqué; à l'étude tout s'ordonne et s'unifie. Quand un problème se pose à notre esprit, ce sont les interprétations les plus complexes qui s'offrent ordinairement d'abord à nous ; à mesure que nous approchons de la solution, toutes ces intrications se démêlent et le plus souvent nous sommes étonnés de la simplicité de la réponse que la nature fait à nos questions.
Deux exemples tirés de notre sujet spécial justifieront cette affirmation. Je prendrai le premier dans la vie physique du lac. Les seiches! Qu'était-ce d'après les anciens naturalistes qui y cherchaient les ex-
plications les plus fantastiques? Je renvoie simplement au résumé des hypothèses qui ont tourmenté notre enfance. (11. 41 à 50.) Qu'est-ce pour nous qui y voyons aujourd'hui le plus élémentaire mouvement de balancement de l'eau dans une cuvette? — Mon second exemple sera choisi dans le monde biologique. La faune profonde des lacs? Qu'était-ce à la première étude que nous en avons faite il y a trente et quelques années, quand nous y recherchions les origines les plus éloignées? Qu'est-elle pour nous actuellement, qui y voyons quelques individus égarés loin des régions littorales, leiu' patrie, ayant fait souche de descendants maigres et cliétifs, lesquels n'arrivent pas à se reproduire dans des générations infiniment continuées.
A mesure que nous comprenons mieux la nature, à mesure aussi nous la voyons se simplifier; c'est vers l'unité qu'elle tend.
N'en est-il pas de même dans le domaine supérieur? Quand nous arriverons à connaître l'Inconnaissable — et pourquoi n'y aspirerionsnous pas? pourquoi, si nous ne pourrons peut-être jamais dire ce qu'il est, pourquoi ne pourrions-nous pas tout au moins, dans des approximations toujours plus serrées, affirmer ce qu'il n'est pas — quand nous connaîtrons, dis-je, l'Inconnaissable, nous le verrons se concentrer en l'unité.