‹ Le Léman, monographie limnologiqueChapitre 18 sur 174 · perspïcUlata L. (très rare · texte numérisé non relu

perspïcUlata L. (très rare

Somateria mollissima L.

S. spectahUis L. (douteux).

(') Dafild acuta L. — (-) Chautelasmus streperus L. — (3) Querquedula circia L. — (^) Nettium crecca L. — (•'') Mareca penelope. — (") jEx sponsa L. — (") Casarca rutila Pall. — C*) Netla rufina Pall. — (") Aythya nyroca Gûld. — (i") Aythya ferina L.

Ces Oiseaux sont de passage régulier ou accidentel; ils viennent du nord en septembre ou octobre, et remontent en mars. Quelques-uns hivernent même chez nous ; on cite le Canard à iris blanc, le Milouin, le Milouinan, le Morillon, le Garrot, la Macreuse et la double-Macreuse. 11 est probable que le Morillon et le Garrot estivent parfois dans noti'e pays et nichent dans les marais. En juin 1885, on a vu un couple d'Eiders nichant aux Pierrettes de Vidy C).

Les Harles ont un bec long, conique, denté, terminé en crochet aigu. Ils se tiennent sur l'eau, nagent et plongent avec grande facilité; ils avancent entre deux eaux en ramant des pieds et des ailes ; piscivores ; polygames.

Le grand Harle Mergus merganser L.

Le Harle huppé M. serrator L.

Le Harle piette M. alhellus L.

Ils sont de passage et comme les Canards, descendent vers le sud en automne, pour remonter au printemps. Les deux premiers nichent parfois sur nos lacs.

Les Alcidés, à bec court et étroit. Aile courte en forme de sabre; queue courte.

Guillemot à capuchon Uria troile Lath. (très rare) (^)

Pingouin macroptère Alca torda L. (très rare). (3)

Les Pélican idés. Le Pélican, Pelecanus onocrotahis L. est extrêmement rare ('^). Necker (") en a vu un exemplaire tué pi'ès de Thonon.

Les Phalacrocoracidés. Le grand Cormoran, Carho cormoranus Meyer i^') a été aperçu quelquefois sur le Léman. Aux quatre cas cités par

(') Diana III, 52. 188-3.

(-) Un exemplaire tué ù Morges et un autre à Vevey en 1836. Necker p. 182.

(8) Un exemplaire jeune tué sur le lac près de Vevey {Necker p. 152), un près de Villeneuve, Studer et Fatio, 59.

i*) Des oiseaux de passage accidentel font des apparitions parfois étonnantes. Tschudi nous parle d'un vol de Pélicans, que l'on a vus au nombre de 130 sur le Bodan en 1768. F. de Tschudi: Les Alpes, p. 79 de la trad. française. Berne 1859.

(•') loc. cit. [p. 29] p. 151.

C) Phalacrucorax carho L.

Necker, je puis en ajouter quelques nouveaux. En décembre 1878, un chasseur de St-Prex a tué un de ces oiseaux (Di' F. Ceresole, Morges). En décembre -J888. un Cormoran a été vu pendant plusieurs jours à la pointe de la Yenoge (E. L ombrai, pécheur, Morges). Le 18 janvier 1890, M. Auckenthaler. d'Ouchy, voit quatre Cormorans et en tue deux. En octobre 1899, un Cormoran a été tué par M. G. Perret, de Noville, à Fembouchure du Grand-canal (').

Les Procellaires ou Pétrels sont de même très rares, et égarés dans la région du Léman.

LePuffin cendré Puffinus Kiihlil Boie. Tué près de Morges et dans le creux de Genthod.

LePuffin Manks P. anglorum Kuhl. Deux exemplaires tués en 1866 (■-).

Le Pétrel hi\ma.v Procellaria gïaciaUsL.i^) Collection.! urine d'Oiseaux du pays.

Le Thalassidrome tempête Thalassldroma pelagica L. tué smle Léman Q).

Les L.aridés se divisent en trois groupes: les Stercoraires, les Mouettes et les Sternes.

Les Stercoraires ont la base du bec recouverte d'une caroncule. Elles vivent de rapines et poursuivent les Mouettes auxquelles elles enlèvent leur butin.

Stercoraire pomarin Lestris pomarina Temm. (''^)

Stercoraire parasite L. jjarasitica L. (rare). ("')

S t e r c 0 r a i r e d e R i c h a r d s 0 n L. Bxiffon t Boie. (•')

Stercoraire cataracte L. catarrhactes L. (') (très rare).

Ce sont des oiseaux rares sur notre lac.

Les Mouettes et Goélands, à bec crochu.

Le Goéland à manteau noir Larus mariniis L. Le Goéland à manteau bleu L. argentatiis Brunn.

(') Tribune de Lausanne, 14 octobre 1899. ("-) Fatio et Studer, p. 61.

(8) Fulmarus glacialis .Li.

(*) Stercorarius pomatorhinus Temm. — (") St. parasilicus L. — ('') St.crepidalus Banks. — C') Megalestris catarrhactes L.

Le Goéland à pieds jaunes L. fuscus L.

Le Goéland d'Audouin L. Axidomni Payr.

Le Goéland à pieds bleus L. cmms L.

Le Goéland ichthyaète L. ichthyaetus L. (très rai-e).

La Mouette tri dactyle Bissa tridactyla L. (rare).

La Mouette sénateur Pagophila ehurnea L. (très rare).

La Mouette sabine Xema Sahïneï Leach. (rare).

La Mouette à capuchon X. atricilUnn h. {ivès vdxë).

plombé

La Mouette pygmée X. mmulum Pall.

La Mouette melanocéphale X. melanocephalum'î^lditl. {t. rave).

La Mouette rieuse X. ridibundum L.

La Mouette rieuse est très abondante toute l'année sur le Léman comme sur toutes les eaux continentales de l'Europe centrale. Le Goéland à pieds bleus est assez fréquent en hiver. Les Goélands à manteau noir, à manteau bleu et à pieds noirs, la Mouette pygmée sont de passage assez fréquent, mais en petites troupes. La Mouette tridactyle apparait parfois en grandes troupes, mais égarées, et chassées par la tempête ; Necker en cite des venues en février 4806 et en mars 1818

Quant aux autres espèces qui sont rares ou très rares, j'en citerai quelques captures: Goéland d'Audouin, un exemplaii-e tué à Ouchy par M. Bonjour (Necker). Goéland ichthyaète, un exemplaire tué à Genève en 1848 (Fatio et Studer). La Mouette sénateur, un individu tué à Ouchy par M. Bonjour (Necker). La Mouette Sabine, tuée sur le Léman en avril 1849 et décembre 1850 (Fatio et Studer) Mouette à capuchon plombé, tuée sur le Léman en automne 1848 (Id.). Mouette melanocéphale, tuée sur le Léman (Id.).

La Mouette rieuse est, si nous faisons abstraction du Cygne qui est une espèce impoitée à l'état domestique, la seule espèce d'Oiseaux qui se trouve constamment sur le Léman. La Mouette est indigène; elle y est abondante : c'est par milliers d'individus qu'elle s'y rencontre, en grands vols de centaines d'oiseaux, en groupes peu nombreux ou en individus isolés.

Peut-on dire que les Mouettes soient stationnaii-es sur notre lac ? Gela ne me semble pas probable. Cet oiseau est trop voyageur, trop entreprenant pour se cantonner délinitivement dans un district aussi

restreint. On voit les Mouettes sur toutes Jes eaux, lacs, marais, étangs fleuves et rivières du centre de l'Europe; elles y apparaissent, elles disparaissent pour un temps; elles promènent çà et là leur humeur vagabonde.

Pour que l'espèce fût stationnaire, il faudrait que les nichées indigènes suffisent à la conservation du chiffre de la population. Quel est à ce point de vue l'état de la question ? La Mouette rieuse niche dans nos climats tempérés. Elle établit sur une plage graviéreuse son nid composé de quelques ramilles enchevêtrées (^). Mais elle choisit pour cela des localités désertes ou peu fréquentées par l'homme ("). Où y en a-t-il encore aujourd'hui de ces plages solitaires sur les bords du Léman? La plaine du Rhône, le delta de la Drance, peut-être les falaises de la Drance '? (■^)

Autrefois quand le pays était moins habité, ou moins agité, il en était autrement. M. Charles Forel, de St-Pi-ex, m'a raconté que dans son enfance, disons vers 1830, les Mouettes nichaient régulièrement sur le delta du Boiron, près Morges ; les garçons de St-Prex allaient dévahser leurs nids. M. Armand Forel a confirmé le fait.

Que les Mouettes puissent nicher ou qu'elles nichent parfois chez nous, cela est incontestable. Mais ces couvaisons indigènes sont-elles assez abondantes pour satisfaire à la conservation de la très riche population que nous constatons sur notre lac ? j'en doute ; je crois plutôt, avec Necker et Bailly, à leur insuffisance, et par conséquent à la nécessité d'immigrations de l'étranger pour l'entretien de la population du lac. J'admets donc que la Mouette est un oiseau indigène ; mais vu son humeur vagabonde, je crois que le peuple des Mouettes du Léman se renouvelle fréquemment par apport et départ des oiseaux qui parcourent l'Europe centrale de la mer jusqu'aux Alpes.

Les Mouettes qui ont séjOLu-né quelque temps sur noire lac savent fort bien oi^i elles doivent, en hiver, aller mendier le pain que leur prodiguent leurs amis, sous les ponts de Genève, sur les quais de Vevey,

(1) J'ai vu un de ces nids dans un des bassins du Jardin des Plantes de Paris le 20 mai 1897.

(2) Les lies des grands lacs et marais de la Pologne, de la Finlande et de la Suède sont leurs places favorites ; elles y ont de véritables Rockeries, si je puis leur appliquer le terme expressif des grandes plages à nichées des Oiseaux dans le Nord.

{«) M. Aloïs Pievilliod m'a dit avoir vu devant la Drance de très jeunes Mouettes, trop jeunes pour qu'il pût admettre qu'elles eussent immigré.

d'Ouchy, de Morges, de Nyon, au passage des bateaux à vapeur. Les Mouettes fraîchement immigrées sont plus farouches et il leur faut l'exemple de leurs congénères à demi apprivoisées pour qu'elles apprennent à surmonter leur terreur instinctive de l'homme.

Les Mouettes sont donc à fa fois des oiseaux indigènes et des oiseaux migi-ateurs à mœurs vagabondes. Mais je ne puis les ranger dans la catégorie des oiseaux de passage régulier. Je n'ai pas su reconnaître d'époque fixe pour leur arrivée ou leur départ (^). Elles stationnent sur notre lac aussi bien au gros de l'été qu'au cœur de l'hiver.

Les Mouettes sont piscivores et insectivores. Elles piquent fort allègrement du bout de leur bec tout insecte qui flotte à la surface de l'eau. Elles se l'assemblent en troupes à l'embouchure des affluents qui transportent un grand nombre d'insectes (-) ; il y en a toujours de grands vols à la Bataillière du Rhône. Avec l'agilité prodigieuse de leurs allures on les voit prendre des Papillons et des Hannetons volant sur le lac. Mais leur alimentation favorite est certainement le poisson, poissons crevés flottant à la surface, poissons vivants (malades) nageant près de la surface; elles plongent mal et ne peuvent poursuivre les poissons à plus de quelques centimètres sous l'eau.

Pendant tout l'été elles trouvent une abondante nourriture sur le lac. En automne déjà elles commencent à jeûner, et on les voit de septembre à décembre aller chercher pâture dans les champs ou prairies,, souvent à plusieurs kilomètres du lac. En hiver, elles sont aflamées. Ce n'est que forcées par la famine qu'elles vainquent leur sauvagerie naturelle et viennent se livi-er à une mendicité fort amusante en se précipitant en tourbillons bruyants et agités sur le pain que les âmes charitables leur distribuent à profusion. Sitôt qu'au printemps ont lieu les premières métamorphoses des moucherons et que les Poissons reviennent en beine, la nourriture devient abondante; les

(1) Neckei- les fait arriver sur notre lac vers le 10 juillet; il ne dit pas quand elles repartent; en hiver il nous arriverait une grande immigration des Mouettes venant du Nord de l'Europe qui hiverneraient dans nos parages, {loc. cit., p.29| p. 154. D'après Bailly, les Mouettes arrivent en petites quantités, vers la mi-aoùt, puis en abondance, de fin septembre à mi-octobre; elles séjournent chez nous jusqu'au printemps, mars ou avril, [loc. cit., p. 29] p. 320.

(-) En mars et avril 1896, j'ai compté les Insectes morts et vivants chai'riés parla petite rivière La Morge, et je suis arrivé à des chitïres de 500, de 1000 et 1200 insectes divers par heure , des Coléoptères, Diptères, des Fourmis, etc. C'est par les jours de grand vent que le nombre était le plus considérable.

Mouettes s'éloignent des quais et le pain le plus mollet et le plus iippétissant ne sait plus les tenter.

Les Mouettes ont une vue pi-odigieusement perçante et à portée très éloignées ; elles sont en même temps très attentives. L'expérience suivante que j'ai souvent répétée en est la preuve. Depuis l'année 1880 environ, ces oiseaux ont appris à suivre en Inver les bateaux à vapeur pour mendier les miettes de pain que les passagers leur prodiguent à plaisir. J'ai plusieurs fois, quand je voyais des Mouettes voler à grandes distances du bateau, à 200™, à 500'" et à l^m, laissé tomber dans le lac un morceau de pain gros comme une noix, en ayant soin de me cacher derrière un écran qui me rendait invisible à l'oiseau pendant que je préparais mon appât et que je le jetais dans l'eau. Jamais je n'ai vu cette proie minuscule échapper au regard aigu de la Mouette. Si je remplaçais le pain par un corps flottant non comestible, un bout de cigare, un morceau de bois, jamais je n'ai vu l'oiseau s'y tromper, et plonger pour essayer d'y goûter.

On peut décrire comme suit le plumage de la Mouette rieuse à ses divers âges et en diverses saisons {^) :

Jeunes de six mois, en hiver. Maculé de cendré sur la tète, taché de brun ou de noirâtre en avant des yeux et sur l'oreille. Cendré bleuâtre sur le dos et les ailes, avec les petites couvertm-es alaires variées de brunâtre et de roussùtre. Queue blanche, barrée de noirâtre au bout. Bec rougeâtre à la base, noirâtre ou brun à sa pointe, pieds jaunâtres.

2^ année, l^e mue de printemps (avril). Capuchon brun avec quelques plumes blanches. Queue brune à l'extrémité. Les couvertures alaires encore un peu brimâtres et quelques bordures roussâtres qui disparaissent à mesure que la saison avance.

2m e mue. (automne de la 2me année). Plumage de l'adulte.

Adultes. Plumage d'automne et d'hiver. Blanc pur, teinté de rose sur la poitrine et le ventre. Tache noire ou noirâtre, en croissant, devant l'œil ; seconde tache plus grande dans la région parotique. Manteau et tectrices alaires cendi'é-clair. Les quatre rémiges primaires blanches, terminées et bordées de noii' sur le bord interne ; la première a ses bai'bes externes noires. Bec et pieds rouge de laque. Iris brun-foncé.

(1) J.-D. Bailly. Ornithologie de la Savoie. IV, 319. Paris, 18.')4.

Plumage de printemps. Tète et haut du cou, capuchon brun-noirâtre, nuancé de l'oussàtre. Rose du ventre plus prononcé, paupières blanchissantes. Bec et pieds teintés de cai-min. — C'est à partir de mars, quelquefois de février et môme en janvier, qu'apparaît cette parure, promesse d'un printemps prochain (').

Les Hirondelles de mer ont les ailes très grandes, aiguës et étroites, se croisant à l'arrière ; la queue est fourchue. Mêmes allures et même vol que les Hirondelles (Hirnudo). On peut citer:

L'Hirondelle de mer Tsche- Sterna casjria Pall. (très rare). ('-)

grava

L'Hii'ondelle de mer Hansel St. anglica Mont. (3)

L'Hirondelle de mer Caujek St. cœntiaca Gm. (rare),

L ' H i r 0 n d e 1 1 e d e m e r Pierre- St. fluviatilis Naum.

Garin

L ' H i r 0 n d e 1 1 e d e m e r a r c t i q u e St. arctica Temm. (très rare).

La petite Hirondelle de mer St. mhiuta L.

L'Hirondelle de mer de Dou- St. DoiigaUl Mont. (rare).

gall

L'Hirondelle de mer leucop- Hydrodielidon leucoptera Meisn.

tère et Schinz.

L'Hirondelle de mer moustac H. hybrida Pall. (très rare).

L'Hirondelle de mer épou- H. nigraBoie.

vantail

Ces gracieux oiseaux passent chez nous en descendant vers le midi en juillet et août ; ils remontent vers le nord du 20 avril au 15 juin.

Les Hii-ondelles de mer Pierre-Garin et Epouvantail, ainsi que la petite Hirondelle de mer, nichent sur les bords du lac, la dernière aux Drances (Necker, Fatio et Studer). Les autres sont de passage irrégulier et sont rares ou très rares.

Les Grèbes ont les pieds à palmature incomplète. On peut citei- sur notre lac :

(!) J'en ai noté une, le 16 novembre 1881, qui portait déjà (ou encore) son capuchon noir.

(■^) Uydroprogne caspia Pall.

(*) Gelochelidon anglica Mont.

Le Grèbe huppé Le Grèbe jou-gris Le Grèbe cornu Le Grèbe oreillard Le Gi'èbe castagneux

Pocliceps Ci'istatns L. (^) P. rubricollis Gm. ('") P. aycticHs Boie. (•') P. nigricollis Saud.

/*. minor Gm.

Les Grèbes huppé et castagneux nichent parfois dans notre pays ; tous passent l'hiver, en partie au moins, sur notre lac. Le Castagneux qui n'est pas chassé, sa fourrure n'ayant pas de valeur, se tient près du rivage, dans nos ports même. 11 arrive ordinairement à la fin d'octobre; la date la plus hâtive que j'aie notée de son apparition chez nous est le 8 octobre 1878. Il niche parfois chez nous. Vers 1850 une paire avait établi son nid dans un étang artificiel, sui' l'emplacement du quai du Château de Morges, alors en construction. (D'" Ferd. Ceresole.) Les autres Grèbes, rendus farouches par la chasse impitoyable qu'on leur fait, ne viennent vers la rive que le soir et la nuit, où ils pèchent le poisson vivant en le pourchassant entre deux eaux(^). Pendant le jour ils se réfugient au large.

Le Jou-gris est plus rare que le Grèbe huppé. Les Grèbes cornu et oreillard sont rares ou très rares.

Le Grèbe huppé, un grand et bel oiseau de 50 à 54cm ^le hauteur, a le ventre et le devant du cou blanc argenté, nacré, d'un éclat splendide ; c'est une des riches fourrures de la parure féminine, et pendant longtemps elle a été fort à la mode. Aussi, dans les années 1850 à 1875, cet oiseau a été chassé avec ardeur.'

Les équipages de chasse étaient alors montés sur de longues yoles (péniches dans le langage des riverains du Léman) à 4 ou 6 rames, qui parcouraient le lac à la recherche des vols de Grèbes. Que sur les cinquante ou cent oiseaux qui se. groupent en compagnie, l'un d'eux se trouve fatigué, malade, ou alourdi par un trop copieux repas de poisson, au lieu de s'envoler comme ses frères plus agiles, il plonge à l'arrivée des chasseurs ; il est de bonne chasse. Cette chasse est violente. A l'instant où le Grèbe sort la tète de l'eau, un coup de fusil lâché en toute hâte le couvre de gi'enaille et le fait plonger au plus vite ; l'oiseau, qui comprend le péril, prolonge ses plongées pendant lesquelles il nage sous l'eau à force d'ailes et de pattes pour s'éloigner

(1) Podicipes cristatus L. — (■) P. griseigena Bodd. — (") P. auritas L (*) Ils sont souvent trouvés noyés dans les filets des pêcheurs.

autant que possible des chasseurs ; ceux-ci, d'autre part, cherchent à raccoui-cir par un rapide coup de fusil la durée de l'instant déjà trop court où le Grèbe vient respii-er à la surface. L'oiseau se « rase comme un bouchon », c'est-à-dire qu'il ne laisse sortir de l'eau que son bec, par lequel il aspii'e en grande luUe l'air dont il a besoin ; il se cache derrière une bouée ou des leuilles flottant en plein lac, il cherche à gagner le rivage pour s'y masquer entre deux pierres ou derrière un pilotis; il se dirige, s'il le peut, du côté où il voit le lac ridé par une brise pour mieux échapper au milieu des reflets des vaguelettes aux regards de ses persécuteurs. Mais ces ruses n'en excitent que plus les chasseurs; l'oiseau se fatigue, il s'essouffle; ses plongées se raccourcissent, il se laisse approcher ; un plomb heureux réussit à entrer dans l'œil ou à se glisser sous une plume jusqu'à la tête ou au cerveau, et les chasseurs exténués, éreintés, à bout de forces et d'attention, capturent enfin la noble bête qui leur a fait chèrement payer sa vie.

La lutte est vraiment difficile et presque égale entre l'oiseau rusé et les chasseurs ardents à sa perte. Bien souvent c'est le Grèbe qui est vainqueur et qui échappe, même au milieu d'une poursuite commencée. C'est la chasse la plus belle et la plus émotionnante qui nous soit offerte dans nos parages du centre de l'Europe, et tous ceux qui s'y sont livrés dans les splendides journées des lacs calmes d'hiver n'en parlent qu'avec enthousiasme et passion.

A partir de 1870, les chasseurs ont frété pour la poursuite des Grèbes des bateaux de chasse à vapeur, le Bayard de M. E. Frossard de Saugy, le Caprlceàe MM. Revilliod et Monod.etc. Est-ce la suppression de la fatigue qui faisait de la chasse dans une péniche à rame un exercice où l'homme devait largement payer de sa personne? Est-ce la disproportion entre la taille de l'oiseau qui est chassé, et celle du yacht et de son équipage? Toujours est-il que depuis l'introduction de la flotte à vapeur établie pour la chasse du Grèbe, ce sport semble avoir perdu quelques-uns de ses plus grands attraits.

Les Grèbes du Léman sont particulièrement réputés. Il semblei-ait que quelques jours de bain dans les eaux de notre lac suffiraient à perfectionner sensiblement la beauté du plumage de ces oiseaux migrateurs ; c'est là du moins l'opinion de tous nos chasseurs et naturalistes. Cette opinion est confirmée par le prix plus élevé que le commerce offre des peaux des Grèbes du Léman. Voici les chifTres qui m'ont été

indiqués par un fourreur de Lausanne (Maison Fontannaz) pour les prix d'achat en 1868. On payait une peau de Grèbe adulte

du Léman (') 10 à 12 fi-ancs.

du lac de Neuchâtel ou des IV Cantons 9 à 11 — du lac de Constance 8 à 10 —

du lac de Côme ou du lac Majeur 5 à 7 —

de la Mer Noire 2.50 à 3 —

Ces chiffres sont plus éloquents que toute description des diverses peaux qui m'ont été démontrées par le marchand de Iburrures. Les Grèbes du Léman ont en somme un duvet plus abondant, le ventre d'un blanc plus éclatant; les bords du venti'e n'ont pas les plumes brunes qui, chez les Grèbes des autres lacs, forment une liseré jaunâtre entre le blanc du ventre et le noir des tlancs du dos.

En novembre 1899, j'ai interrogé à ce sujet M'"*? Graul, marchande de fourrures à Lausanne. Elle me confirme le fait que le plumage des Gi'èbes du Léman est plus beau que celui des autres lacs, et a dans le commerce une plus grande valeur ; qiie la différence de prix s'élève à 25 ou 30 7o 61^ faveur des peaux de Grèbes du Léman; que cette différence de prix se justifie par le plus grand éclat de la fourrure : le plumage est plus brillant, plus lustré ; les plinnes du ventre sont plus larges, mieux étalées. Mais la fourrure du Grèbe n'est plus à la mode et le débit en est très restreint ; le prix d'achat des peaux de Grèbes du Léman ne dépasse pas actuellement 2.50 fr. à 4 fi-. On signale cependant une légère reprise- sur cet article, et l'on prévoit que prochainement la mode y reviendra.

Quelle peut être l'action des eaux du Léman sui- le plumage d'un Oiseau '? je n'arrive pas à le deviner.

Les Ploiig^eoii!^ se distinguent des Grèbes par leurs pieds entièrement palmés.

Le Plongeon lumme Colymbus arctu-us L.

Le Plongeon imbrin C. gJaciaUs L.

Le Plongeon cat-marin C. septentrionalis L.

(1) M. G. Monod, de Mor^'es, m'affirme qu'en 1865 les marchands de fourrures ■de Lausanne paj'aient la peau de Grèbe fraîche 15 francs en moyenne.

Ils arrivent en octobre en petites troupes et passent l'hiver, le plussouvent isolés, sur notre lac. Ils pèchent le poisson vivant et le poiu"chassent sous l'eau.

En résumé, pour ce qui concerne les Oiseaux, je ne puis considérercomme appartenant à la faune lacustre du Léman que le Cygne et la Mouette rieuse, et encore dois-je constater l'introduction artificielle du premier en 1837, et les mœurs migratrices de la Mouette qui la font voyager de l'Océan à notre lac continental en faisant des stations sur toutes les eaux dormantes ou courantes qui nous rejoignent à la mer. Toutes les autres espèces d'Oiseaux sont, à des titres divers, erratiques,, adventices ou de passage.

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