‹ Le Léman, monographie limnologiqueChapitre 20 sur 174 · REPTILES · texte numérisé non relu

REPTILES

quelques-unes près des bouches du Rhône » (/). Aujourd'hui l'espèce semble y avoir disparu presque entièrement; la seule capture qui paraisse se rapporter à un animal indigène est celle que cite Fatio dans ces termes : « En 1859 ou 1860, le notaire Chausson, de Noville, rapporta des marais de Vouvry en Valais, non loin de l'embouchure du Rhône, la plus grande Cistude que j'aie vue dans le pays; elle est maintenant conservée au Musée de Lausanne » (^).

D'autre part, à dater de 1845 l'on connaît un grand nombre de trouvailles de Tortues rencontrées dans notre pays ; Fatio n'en énumère pas moins de 22 cas de 1845 à 1871 ; mais toutes, à l'exception peutêtre de la Tortue du notaire Cliausson dont nous venons de parler, paraissent être des faits d'importation. En effet, depuis que les communications internationales sont devenues faciles, des colporteurs italiens apportent presque chaque année des panerées de Tortues vivantes; ils les vendent pour quelques sous au public qui s'en amuse pendant un jour ou deux puis les laisse s'évader hors desjardins.il est évident que les transpoits toujours plus fréquents que font chez nous les marchands vénitiens empêchent, pour les cinquante dernières années et pour l'avenir, toute possibilité de juger de l'origine indigène ■ou étrangère des Tortues que l'on a trouvées et que l'on trouvera dans notre pays.

Nous croyons que l'espèce autrefois indigène dans les marais €t petits lacs suisses, peut-être alors erratique dans les eaux du Léman, a aujourd'hui entièrement disparu de notre vallée et de notre lac (■*).

Ophidiens.

La Couleuvre vipérine, Tropidoiot us viperiniis Latv., habite le bord de nos eaux, lacs et rivières. Je n'ai pas à citei- de captures dans le Léman, où cette espèce, palustre ou fluviatile, serait également à l'état erratique.

(1) Ph. Bridel. Essai sur le Léman. Conservateur suisse. V 32. Lausanne 1814.

(2) V. Fatio.loc. cit. III. 41.

fs) La Tortue n'est pas indiquée par G. du Plessis dans sa faune d'Orbe, et n'est par conséquent pas connue actuellement dans les murais d'Yverdon. (Bull. S. V. S. N. IX 639. Lausanne 1868.)

AMPHIBIENS

Batraciens.

La Grenouille verte, Rana escidenta L. La plus aquatique de&- Grenouilles, s'avance assez dans le lac pour y être fréquemment pêchée. 11 ne se passait pas d'année sans que j'en visse quelqu'une devant mon jardin ou dans le port de Morges. Cependant elle y est fort dépaysée et ne se tire que difficilement d'afïaire au milieu des grosses vagues du lac. C'est une espèce palustre, erratique dans le Léman.

Le 28 octobre 1880, j'ai assisté à une scène étrange et singulièrement tragique : des Grenouilles se noyaient dans le lac. La rivière la Morge, débordée par des pluies torrentielles, avait entraîné jusqu'au lac une demi-douzaine de grosses Grenouilles ; celles-ci étaient prises dans un vaste remous des eaux, sur le flanc gauche de l'embouchure de la rivière, devant le quai, dans le lac soulevé par de fortes vagues de vent sudois. Les infortunés Amphibiens, surpris par cette agitation de l'élément liquide qu'ils n'avaient jusqu'alors connu qu'à l'état calme d'une mare stagnante, ballottés par les flots entrecroisés du ressac,, jetés parfois violemment contre les murs du quai, cherchaient, probablement depuis de longues heures, à échapper aux balancements inaccoutumés des vagues ; repris sans cesse par les orbes du remous, ils étaient toujours refoulés dans le centre du tourbillon.'Mes Grenouilles paraissaient épuisées et désespérées ; parfois elles semblaient s'abandonner et, cessant pour un instant tout effort natatoire, elles se laissaient couler à fond. Mais alors l'instinct de conservation les rappelait à elles; elles donnaient un coup de pattes et revenant à la surface aspirer quelques bulles d'air, elles prolongeaient ainsi leur agonie. Dans l'impossibilité où j'étais de leur tendre une perche de sauvetage, au milieu des vagues en furie, j'ai longtemps assisté impuissant à ce naufrage, et j'ai pu me représenter par cet exemple les efforts désespérés du nageur, de l'homme à la mer, abandonné à la surface des flots, à bout de forces, à bout de souffle, résigné à une mort inévitable, qui

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renonce à la kitfe et qui se laisse couler; mais sous l'étreinte de l'asphyxie, quelques mouvements instinctifs le ramènent à la surface, et son agonie recommence et continue jusqu'à ce que l'épuisement définitif arrive implacable, et que le drame obscur et ignoré, mais terrible, prenne sa fin inéluctable.

Les Poissons du Léman ont été depuis longtemps étudiés par les auteurs. Nous en possédons de nombreuses listes avec des discussions plus ou moins critiques. Nous ne retenons que celles qui sont suffisamment originales.

Z)i" Levade. Observations et réflexions sur quelques matières médicales, p. 148. Vevey 1777. 14 espèces.

Razoïnnowsky. Histoire naturelle du Jorat, I, 125. Lausanne 1789. 16 espèces.

Le doyen Bridel. Essai sur le lac Léman. Conservateur suisse V. 3i. Lausanne 1814. 29 espèces.

L. Jurine. Histoire abrégée des Poissons du Léman. Mém. soc. phys. de Genève. 111, 133. Genève 1825. 20 espèces.

R. Blanchet. Histoire naturelle des environs de Vevey, p. 45. Vevey 1843. 20 espèces.

G. Lunel. Histoire naturelle des Poissons du bassin du Léman. Genève 1874. 21 espèces.

Z)'' V. Fatio. Faune des Vertébrés de la Suisse. Poissons, t. IV et V. Genève 1882 à 1890. 20 espèces.

Les études magistrales de Lunel et de Fatio seront les bases principales sur lesquelles nous fondei'ons notre résumé.

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