‹ Le Léman, monographie limnologiqueChapitre 21 sur 174 · ACANTHOPTÉRIGIENS · texte numérisé non relu

ACANTHOPTÉRIGIENS

Perciclés.

La Perche de rivières, Perça fluviatiUs L. Noms locaux Perche, Boliat; les jeunes Poissons jusifi'à 12cm de longueur Perchettes, Milcantons; de 12 à 20*^™, Demi-Perches (^). Ce Poisson est abondant dans notre lac ; il habite pendant l'été la région littorale, en hiver il se retire sur les bords du mont, dans la zone supérieure de la région profonde.

La Perche fraie de mi-mars en mai, sur la beine; le nombi^e de ses œufs qui sont très petits est énorme ; on a compté 280,000 œufs dans une Perche de taille moyenne, jusqu'à près d'un million d'œufs dans de grosses Perches (de la Blan chère). Ces œufs sont agglutinés par un mucilage et attachés aux plantes aquatiques. La croissance de la Perche est très lente. Une Perche âgée d'un an ne mesure que 7 à 8''"» de longueur (Perchette) ; à l'âge de trois ans elle est déjà adulte et ne dépasse pourtant guère 15'^m de long (demi-Perche). Les vieilles Perches atteignent un poids maximal de 2 '/i ''^ (J urine) et une longueur de 50 à 55"ii (Fatio).

Les Perchettes sont sociables ; elles vivent en troupes, souvent très nombreuses, qui circulent dans l'eau le long de la côte en suivant un guide, le plus souvent la Perchette qui nage en tête, parfois un Poisson d'une autre espèce. Ablette, Vangeron. Les demi-Perches vivent en petites sociétés ; les vieilles Perches sont solitaires ; on les voit longtemps immobiles à l'ombre d'une pierre ou d'un pilotis. Si les Perches adultes se rassemblent en nombre à Tabri des amas de branches que les pècheui's ancrent sur la beine (bouquets) pour les attirer, c'est par similitude de goûts, plutôt que par instinct sociable.

La Perche se nourrit de proie vivante : Vers, Insectes, Crustacés, Poissons; elle est trèsvorace et fait de grands ravages dans la gent des petits Poissons à quelque espèce qu'ils appartiennent; mais elle semble encore avoir luie préférence pour les jeunes Perchettes. J'ai trouvé

(1) Jurine cite encore le nom de Brandenaille, donné aux Demi-Perches. Je ne l'ai jamais entendu.

dans l'estomac d'une demi-Perche une grosse Perchette qui avait ellemême mangé, peu avant son trépas, une petite Perchette.

Les Perches du Léman ont été atteintes à diverses reprises par une épizootie meurtrière que nous avons appelée typhus des Perches {^). La première apparition connue de la maladie, la plus désastreuse peutêtre, a eu lieu en 1867, aux mois de mai et de juin. C'est par centaines de milliers certainement que les Poissons périssaient. Les Perches de tout âge étaient atteintes. Le Poisson malade devenait lent, paresseux, montrait les caractères de l'adynamie, et finissait par mourir sans secousses ni convulsions. Outre quelques altérations pathologiques inconstantes, nous avons toujours trouvé dans les Poissons, que nous avons pu étudier encore vivants, la présence dans le sang de Bactéries de grande taille (4 à 6 ;j- sur 0.5 |j-) en plus ou moins grand nombre; en même temps le sang montrait une altération singulière; c'est la cristallisation del'hématine dansl'intérieur des globules sanguins, sous la forme de cristaux en bâtonnets, rouge foncé, pi-ismatiques, tronqués aux extrémités, composés parfois de plusieurs aiguilles soudées côte à côte ; ces cristaux mesuraient 12-15 [x sur 2-4 p-.

Le même épizootie s'est reproduite à diverses reprises. En mai 1868, quelques cas dans le Léman. En 1873 elle montra les mêmes caractères et la môme intensité qu'en 1867. (-) Dans cette apparition je constatai de même les Bactéries dans le sang de l'animal vivant. La même constatation a été faite en 1882 par le prof. D^" Ed. Bugnion de Lausanne, qui a répété toutes les observations que j'avais pubhées pour les épizooties antérieures. Nouvelle épizootie en avril 1892.

Ceiitrarcliidés.

La Perche-soleil. EKj)omotis(Lepomis) gihhosiisL., d'origine américaine, a été introduite à Genève en janvier 1898 ; 4000 alevins âgés de six mois, de 2 à 3''», de long, ont été versés dans le lac. Ces Poissons se sont rapidement développés, et au mois d'août de la même année

(1) F-A. Ford. Maladie épizootique des Perches. Bull. S. V. S. N. IX 596, Lausannel868. — F.A. Forel et G. du Plessis. Etude sur le typhus des Perches. Bull. S. méd. Suisse romande, II. 211. 229. Lausanne, 1868.

C^) F.-A. Forel. Enquête sur le typhus des Perches. — Bull. S. V. S. N. XIII. 400. Lausanne, 1873.

de nombreux exemplaires longs de 8 à 10'=™ ont été pris dans les en- ' virons de Genève (*). Il est à espérer que cette jolie espèce se reproduira dans notre lac et en enrichira définitivement les eaux. Notons que des Eupomotis, qui nous ont été envoyés en février 1900 par le Di' H. Oltramare, ne mesuraient que 9.5^^ de longueur. Seraient-ils déjà des descendants de la première génération, importée à Genève, ou bien l'espèce ne deviendi'ait-elle pas plus grande?

Cottiilés.

LeCbabotde v\\\ève, Cotlns gohio L. Noms locaux Cbassot dans le canton de Vaud, Séchot à Genève, Testu ou Grosse-tête, en Savoie.

Le Gbabot vit solitaire, blotti sous les pierres ou appliqué sur le sol entre deux pierres. Il n'a point de vessie natatoire; aussi est-il plus lourd que l'eau et il repose sur le fond; il rampe sur les pierres en .s'accrocbant aux aspérités avec les nageoires. Mais qu'une proie se présente à son avidité, il s'élance en nageant comme un trait sur elle et l'engloutit ou l'entraine dans sa cacbette. Son régime est purement animal : Insectes d'eau, Crustacés, frai et alevins de Poissons ; sa gloutonnerie est célèbre. Il passe toute l'année dans les estuaires de rivières ou dans la beine ; en hiver j'en ai souvent vu fuir devant ma pince lors des pèches d'antiquités lacustres.

Le Chabot fraie de mars à mai. 11 dépose ses œufs dans une cavité que le mâle creuse sous une pierre, dans le gravier du fond, formant ainsi un véritable nid ; les œufs petits, 2™" cle diamètre, sphériques, assez durs, peu nombreux, 300 à 750 (Fatio) sont adhérents à la pierre, qui forme le toit du nid. La ponte faite, le mâle monte la garde près du nid et protège ses œufs ou ses alevins. Ces derniers vivent d'abord en troupe ; plus tard ils se dispersent.

Le Chabot type de Lunel mesurait 13^"^ de longueur. Poids maximal 30 gr.

Le Chabot est un Poisson de rivière, établi dans le lac où il est devenu une espèce lacustre.

(1) D' Oltramare. Journal le Genevois. AoVit 1898. — E. Yung. Arcli. de Genève. 1898. VI, 513.

Malacoptérygiens.

Graclidés.

La Lotte, Lota vulgaris Cuvier. Nom populaire: Moutèle, M otaile. Ce Poisson, essentiellement carnassier, se nourrit d'Insectes d'eau, de frai, d'alevins et de Poissons vivants. Il est considéré par les pêcheurs et pisciculteurs comme le rapace le plus dangereux et le plus destructeur des autres espèces de Poissons.

La Lotte fraie en février par 60™ et plus de fond. Elle suit la Fera dans sa descente au fond du lac, et va faire de grands ravages sur les fi'ayères. En été elle se retire volontiers dans les grands fonds du lac, où on la pêche au fil à hameçon par 200 et 250™ de profondeur. En automne et en hiver elle remonte sur les flancs du mont où elle chasse les Poissons blancs. Ses chasses se font surtout de nuit. (Mo geon, maître pêcheur à Ouchy.) Elle devient adulte à sa 4me année.

Son poids maximal dans le Léman n'atteint pas ^^'^ (7 livres, Jurine).

Sa chair est très délicate et le foie de Lotte est parmi les friandises les plus recherchées par les gourmets.

Nous reviendrons dans un autre chapitre sur les légendes et traditions concernant l'introduction de la Lotte dans notre lac.

Cypriiiiclés.

La Carpe commune. Cyprinas carpio L. La Carpe d'après Lunel passerait l'hiver cachée dans la vase, et n'en sortirait qu'au piintemps. Cette opinion n'est pas admise par les pêcheurs du lac, qui estiment qu'en hiver la Carpe comme les autres Poissons-blancs, séjourne sur les flancs du Mont. (Mo geon.)

Elle fraie d'avril à août dans les herbes lacustres de la beine. La fécondité de la Carpe est énorme ; on a compté jusqu'à 700 mille œufs dans un Poisson de è^«.

Elle est omnivore ; elle mange les plantes aquatiques, les Insectes d'eau et les débris organiques de la vase.

D'après le doyen Bridel, en 1814, la Carpe du Léman atteindrait un

poids de i5^s. ; la plus grosse Carpe pesée par Luiiel ne dépassait pas O"*?. Longueur maximale mesurée par Lunel 79''^.

La Carpe est abondante à Villeneuve ; le 10 avril 1868 on en a apporté de cette localité au marché de Genève un poids total de 1250''^,

En fait de belles pêches de ce Poisson, je puis citer celle d'un pêcheur de Villeneuve (^) qui d'un seul coup de filet a capturé :

le 25 avril 1896 600'^? de Carpes et m^'^ de Perches en février 1897 300 — 50 —

le 12 janvier 1898 350 — 200 —

Les pêches de Carpes étaient assez abondantes à Villeneuve pour qu'autrefois on fit des saucisses avec la chair de ce Poisson pour les moines de la Part-Dieu C-^), qui se condamnaient au maigre pendant toute l'année. (3)

En été nous avons presque chaque année la visite de quelques grosses Carpes qui viennent se montrer dans le port de Morges.

L'espèce Carpe présente de nombreuses variétés; Lunel cite les suivantes constatées dans le Léman.

A. La Carpe à miroir. Cyprinus rex cypyhiorum Bloch.

B. La Carpe à cuii". C. nudus Bloch.

G. La Carpe bossue. C. elatus Bonaparte.

D. La Carpe reine. C. regina Bonap.

E. La Carpe de Hongrie. C. Inmgaricus Heckel et Knerr.

La Carpe, originaire dit-on de Chine, ou tout au moins d'Asie, aurait été introduite dans l'Europe occidentale déjà dans le moyen âge.

Mais cette notion de l'origine asiatique de la Carpe avait été sérieusement ébranlée, il y a quelque quarante ans, quand Biitimeyer avait indiqué la trouvaille de débris de ce Poisson dans le palafitte de Moosseedorf, près de Berne, de l'àge néolithique ('*). Ce fait était assez intéressant pour que j'en aie recherché la vérification. Le professeur

(1) Ch. Chablais, maitre-pêcheiir, in litt.

(2) Couvent de Chartreux, fondé en 1807 par la comtesse Wilhelmine de Gruifère, supprimé en 1848 par un décret du Grand Conseil fribourgeois ; sur les flancs du Moléson.

(■') Ch. Dufour, communication verbale.

('') L. Rûtimeyer. Die Fauna der Pfalilbauten. Mitth. der Antiq. Gesellsch. Zurich, XIII, ii, 2, p. 41. Ziirich, 1860.

D'' Th. Studer, qui possède dans le musée de Berne la collection complète des débris de Poissons trouvés dans les palafittes de Moosseedorf, de Concise, de Locraz, de Mœrigen, m'écrit qu'il n'y a pas trace de Cyprinus carpio ; on aura probablement confondu avec les écailles d'un autre Cyprinoïde, Ahramis brama qui y est assez fréquent. Voici du reste la liste des Poissons des palafittes que nous donne M. Studer : (')

Esox lucius, le plus fréquent, écailles, os de toutes les stations.

Salmo salav (Moosseedorf). Vertèbres. C'est peut-être des os de Trutta lacustris; d'ailleurs l'Aar n'était pas loin du Moosseedorfsee et l'on pouvait y prendre des Saumons.

Coregonns Asperi Fatio. Uobenhausen. Ecailles.

Squalius cepJialus L. écailles.

Abramis brama L. écailles, très fréquentes.

Perça fluviatilis L. écailles très fréquentes.

Donc, rien n'indique que la Carpe existât en Suisse à l'époque des palafittes et nous n'avons rien à opposer de ce fait à l'opinion très répandue d'une provenance asiatique de ce Poisson qui aurait eu son centre de dispersion dans le Nord de la Chine. En revanclie nous trouvons le nom de la Carpe dans la taxe ofllcielledes Poissons faite à Villeneuve, le 20 avril! 376. (■-)

La D 0 r a d e, Ca rass ms a u rat us L. Le P o i s s o n - d o r é, o u P o i s s o nrouge, provenant de la Chine, échappé des aquariums ou étangs, est actuellement acclimaté dans nos eaux et on le pèche parfois, rarement cependant, dans le Léman. C Lunel en cite sept exemplaires péchés dans le lac ou le Pihône de Genève, qui lui ont passé entre les mains. J'en ai vu moi-même un bel exemplaii'e, d'un rouge brillant, dans le port d'Evian, le L4 octobi-e 1879. A fétat de liberté, le Poissonrouge l'eprend sa livrée naturelle, d'un vert bouteille. 11 fraie en avril ou mai sur les plantes de la beine. C'est une espèce d'importation accidentelle, du fait de l'homme, récente.

La Tanche, T'niea vuUjaris Cuv., est peu abondante dans le Léman. Elle se plait dans les anses abritées, les ports à fond vaseux et

(I) Th. studer. 26 décembre 1898. In litt.

(-) Conservateur Suisse, XII, 312. Lausanne, 1829.

herbeux. Elle fraie de mai à juillet et fixe ses œufs par du mucilage aux plantes aquatiques. En automne elle s'enfoncerait dans ia vase et y passerait l'hiver : ce fait est admis par les pêcheurs du lac. La Tanche atteint un poids de 1.6 à 2.2'>- (.1 urine), 3'^^ (Lunel).

L unel cite la capture de la belle variété, connue sous le nom de Tanche-dorée, Tinca auraixi Bloch.

Le Goujon, Gohio fluviatUis Cuv., habitant de la beine dans la saison chaude, descend sur les' flancs du mont en hiver. Il fraie en avril sur les graviers de la grève immergée, en fixant ses œufs par du mucilage aux pierres.

Le Goujon est insectivore; il se nourrit surtout de larves d'Insectes et de Vers oligochètes qu'il va trouver dans la vase dans laquelle il fouille. Sa chair est très délicate; il est d'un excellent manger, mais n'apparaît guère sur le marché, car les pêcheurs le gardent pour en faire les meilleures amorces pour leurs hameçons. Longueur maximale 17'"'", poids 35^1' (V. Fatio). Autrefois très fréquent, le Goujon a pi-esque disparu de nos eaux. (Mogeon, pêcheur, 1878.)

LeSpirlin. Sj)irrr)ins hipunctatus Bloch. Noms vulgaires d'api'ès Jurine :Platet à Genève, Baroche à Coppet. Ce Poisson dont on faisait autrefois une Ablette a été établi par Fatio comme type d'un genre spécial, intermédiaire entre les genres Ahramis et Alhurmis, en raison surtout de sa dentition ('). Son corps, moins effilé que celui del'Ablette, est plus large, pluscourt; ses yeux sont plus grands; il présente une triple ligne de points noirs en dessus de la ligne latérale. Sa l)]us grande longueur ne dépasse pas 12 à 14'''" avec poids moyen del5^'i'.

C'est plutôt un Poisson de rivière. Dans le lac on le trouve généralement à l'embouchure des ruisseaux.

Le Spirlin fraie en mai dans les eaux courantes.

L'Ablette. Alhunius liicidiis (Heckel). Noms vulgaires: Sardine, F» on d ion, B la n chef. Blanchaille, Naze, Bezeula, Mirandelle, Gribouille. Cette jolie Sardine, comme on l'appelle à Genève, vit dans la beine en élé, en hiver à mi-Mont; elle fraie en mai et juin sur les plantes littorales ; elle est insectivoi'e, omnivore. Elle est utilisée par les pêcheiu'S comme amorce pour leurs hameçons.

(') Fatio, loc. cil. [p. 26] IV, I, 389.

L'Ablette atteint un poids de 30 à 35^i', une longueur de 21'^^'". Elle est fort abondante dans notre lac, le plus abondant des Poissons littoraux.

On recueillait autrefois les écailles de l'Ablette pour la fabrique des fausses perles (J urine). Je ne sache pas que cette industi-ie soit encoi-e actuellement représentée dans notre pays.

Il est un fait intéressant de fascination, queje dois citer ici à propos des Ablettes. Lorsque nos pêcheurs cherchent des Poissons vivants pour amorces de leui-s liameçons, ils parcourent le port de Morges, en bateau, armés d'une ti'ouble, (coiffe de filet portée sur un cercle de fer et emmanchée), et d'une rame ; quand ils arrivent près d'une troupe d'Ablettes, ils frappent l'eau d'un coup de rame en faisant passer la pelle au-dessous des Poissons; ceux ci s'affolent, montent à la surface et se laissent prendre dans la trouble.

C'est un cas piesque analogue dont j'ai été témoin le 13 septembre 1877, quand j'ai vu un Cygne pêcher des Poissons vivants ('J. Un Cygne poursuivait des Ablettes sous le pont du débarcadère de Morges; ces Poissons ont des allures si vives que d'un coup de nageoires ils auraient pu, semble-t-il, échapper à leur majestueux persécuteur. Mais non ! les Ablettes menacées semblaient affolées ; au lieu de s'enfuir à distance ou de s'enfoncer rapidement, elles montaient à la surface, comme paralysées, elles donnaient quelques coups désordonnés de nageoires, et l'Oiseau les gobait l'une api-ès l'auti'e : en quelques minutes, je l'ai vu en prendi-e ainsi une demi-douzaine. Le Cygne, comme le pêcheur à la trouble, exercent évidemment ce qu'on appelle la fascination, c'est-à-dire déterminent par leur attaque violente une émotion, un effroi, qui paralyse la volonté de la victime; celle-ci, désorientée, éperdue, ne sait plus faire les efforts très simples qui l'emporteraient hors de laportéede son ennemi ; au lieu de s'enfuir, ce qui lui serait très facile, elle s'abandonne à l'attaque et se laisse prendre.

LeRotengle. Scardinius erytlrrophtahmis L. La Raufe des Genevois et des Vaudois, la P 1 a t e ou P 1 a t e 1 1 e des Savoyards, le P 1 at e r o n des Veveysans, est i-emarquable par la beauté de ses couleurs, l'élégance de son corps élevé et compiimé; l'obliquité de la bouche et la position reculée de la nageoire dorsale le distinguent des autres Cyprins, dont il

(') J'ai vu de nouveau le même fait à Genève le 2 octobre 1894.

a du reste les mœurs. Habitant la beine, il fraie de mai à août autour des plantes d'eau ('). Il est trèsvorace. omnivore et herbivore; sa chair est peu estimée, molle et à odeur de vase.

La Raufe atteint rarement l''^ de poids ; longueur maximale 30'"'". Abondante autrefois dans les fossés de la ville de Genève, elle fréquente de préférence les eaux tranquilles, ports de Morges, d'Ouchy, golfe de Villeneuve, etc.

Le Gardon. Leuciscvs rudlua L. Le Vangeron ou Vengeron des Vaudois et Genevois, le Blanchet des Savoyards d'Evian, la Raufe des gens de St-Saphoiin, le Fago des gens de Lutry, atteint un poids maximal de 1^^- (Lunel) y.2^s seulement (Jui-ine) 750^''' (Fatio). Régime omnivore, chair peu succulente. Mœurs des autres Cyprins : entre volontiers dans les estuaires des rivières, et en remonte le cours. Il fraie en beine, en avril et mai. Sa fécondité est considérable; L unel a compté plus de cent mille œufs dans une femelle. 11 devient adulte de fort bonne heure; J urine dit avoir trouvé des œufs mûrs dans des Vangerons de 6'^"Kle long.

Le C h e V a i n e, Squcdius cephalus L. Mœurs des autres Cyprins. Fraie en avril et mai sur les pierres des embouchures de rivières. Très vorace, omnivore et Carnivore, s'attaque même au Poisson vivant. Il est parfois pris à l'hameçon amorcé par un Chabot ou une Loche.

D'après les pèclieurs de Morges et Ûuchy, le poids maximal ne dépasserait pas 2^^'. Ju ri ne va jusqu'à 4 à 6 hvres 2 à S^e ; Lunel jusqu'à 3-4'^^'. Le doyen Bridel en 18L4, leur donnait jusqu'alors (!). Leur longueur peut atteindre 50 à 60"" (L unel). Le Chevaine est le plus grand de nos Poissons blancs.

Le Vairon, Plioxbms laevls Ag. est un Poisson de ruisseau ou de rivière qui arrive accidentellement au lac. Je le tiens pour une espèce erratique, quand on le rencontre dans les eaux lacustres. Ses noms populaires dans notre pays seraient, d'après Jurine, Véron, Aneron, Gremollion, petit-Saumon, Lebette, Grisette. Longueur maximale IL'", poids maximal 15"'\

(1) En 1877 il a frayé dans le port de Morges dès les premiers jours d'avril.

Acaiitliopsidés.

La Loche franche, Cohitis barbatula L., a des noms vulgaires en i^rand nombre : Dormille, bai'omètre, moustache, petit barbot, gremill iette, motaile de ruisseau. C'est un Poisson de rivière. Est-il erratique dans le lac? L u nel dit oui. Les pécheurs d'Ouchy et de Morges disent non. Ses mœurs sont à peu près celles du Chabot. 11 est probable que comme celui-ci, mais moins fréquemment que lui, il descend parfois dans les estuaires et de là entre accidentellement dans le lac.

Saluioiiîdés.

Corégones. Ce genre de Salmonidés est très répandu dans nos lacs subalpins du nord des Alpes. Dans la plupart il y a une, deux ou trois espèces qui sont spéciales à ce lac ou qui ne se rencontrent aussi que dans les lacs voisins.

Il n'y a pas de genre de Poissons qui soit aussi polymorphe que les Corégones. Tandis que la plupart des espèces de Poissons d'eau douce sont remarquablement ubiquistes et se retrouvent avec les mêmes cai-actèi'cs spécifiques dans toutes les eaux, lacs, étangs, rivières, etc.. ■montrant à peine quelques variétés (la Carpe p. ex.), les Corégones varient assez pour qu'on en ait décrit des formes spécifiques dans cliaque lac. Je trouve dans Fatio(') Ténumération de 24 formes, espèces ou s(jus-espèces indigènes des lacs suisses et savoyards; je donne ici les noms vulgaires C-^) :

JJodan, Blaulelchen, Gangfisch, Balchen, Kilchen: Zurich, Albeli-Blauling, Haeglig, Bratfisch, Blauliug.

Walensee, Albeli-Blauling, Felchen.

Zong, Albeli-Albock, Balclien.

Pfaeffikon, Albeli (C. S u Iz e l' i).

Grelfensee, Albeli (C. dispar).

Balldegg-Hallwgl, Ballen (C. baUeoides).

Sempac]i, Ballen (C. Suidteri).

<i) Loc. cil. [p. 55] V, p. 67.

.('■^) Voir aussi : Asper, les Poissons de la Suisse, Lausanne, 18'J1.

IV Cantons, Edelfisch, Weissfisch, Felchen.

Thoune-Brienz Albock, Brienzlig, Balchen, Kropt'Iein.

Neuchàtel-Bienne, Bondelle, Palée, Pfa3rich.

}forcU, Pfasrich, Férit, Kropfer, Palée.

Léman, Fera, Gi'avenche.

Bourget, Lavaret, Bezoïile.

Fatio groupe ces 24 formes de Corégones en deux types distincts: qu'il caractérise comme suit :

A. Corégones du type dïspersus. Branchiospines longues, serrées, nombreuses ; bouche terminale ou quasi terminale ; museau conique. Espèces : Le Corég on e de Wartmann, C. WaHmanni; le Corégone adjoint, C. annectus; le Gorégone mignon, C. exiguus (comprenant entre autres la Bondelle du lac de Neuchâtel).

B. Corégones de type halleus{^). Branchiospines relativement courtes, peu serrées, peu nombreuses; bouche inférieure ou pré-inférieure ; Museau conique, gros et renflé. Espèces: Le Corégone d'Asper^ C. Asperi ; Le Corégone ordinaire, C. Schinzi (entre autres la P alée du lac de Neuchâtel et la Fera du Léman) ; Le Go itreiix, C. acronius; la Gravenche, C. hiemalis {Sivec la Bezole du lac du' Bourget).

Nos deux Corégones indigènes du Léman appartiennent tous deux au type hallens.

Les espèces de Corégones se distinguent souvent très facilement par leurs mœurs en temps de frai : les unes fraient sur la beine, les autres dans la région profonde. Mais cette distinction ne coirespond malheureusement pas aux différences morphologiques, telles du moins que le uieillei H' connaisseur des Corégones, V. Fatio, les a formulées dans ses deux types dïspersus et halleus. On en jugera par le tableau de l'époque du frai des Corégones des lacs voisins du Léman.

Lac. Espèce. Type. Lieu du frai. Epoq.diifrai.

Neuchâtel Palée de bord halleus beine novembre.

— Palée de fond — 20 à 50"" janv. et fév.

— Bondelle dïspersus 100 à 130™ janvier.

(i)Dii mot Btillen, Ba lie, Balchen, nom des Corégones dans la Suisse alleiiiande. Fatio écrit Balleus avec une majuscule; mais du moment qu'il en fait un. adjectif, pourquoi ne pas lui laisser une minuscule-?

Lac.

Espèce

Léman

Fera

Gi'avenche

BoLirget

Lavaret

Bezole

Tyj)t\ Lien du frai. Epoq. du frai, balleus 200 à 300'» janv.-inars.

— embouch. de riv. décembre.

dispersus beine nov.-déc.

balleus 70 à 80'" déc.-janv.

De ces Corégones, ceux du type dispersus fraient l'un au fond, la Bondelle, l'autre en beine, le Lavaret; ceux du type balleus iraient les uns en beine, la Palée de bord, et la Gravenche, les autres dans les grands fonds, la Palée de Ibnd, la Fera, la Bezole. Donc les deux classifications ne concordent pas, et suivant qu'il sera plus physiologiste ou plus morphologiste, le naturaliste choisira l'un ou l'autre des groupements.

De nos Corégones du Léman deux espèces sont indigènes. Les autres ont été impoitées plus ou moins récemment.

La Fera, Coregonusfera,iw\\\e.{\\s..\'lQ). Cette espèce qui estconsidérée par F ati o comme une sous-espèce de son Coregonus ScJiinzl Fatio, du type des Govégonesballeus, est propre au Léman et y est fort abon-

(Fig. 176). — La Fera, ('oveyonun Fcrn, Juriue, d'après une iilancho de L u n o 1.

dante. C'est le Poisson de grande pèche de noti-e lac. Elle atteint les dimensions maximales de 50^''" de longueur et 2^'-^ de poids. On aurait dit-on pris jadis des Feras de 5 à 6 livres (Jurine) et même de 10 livres. (!) (Carte dé Jean du Villard, 1581.)

La Féi-afVaie ea févriei' (de mi -janvier à mi-mars) (^) dans les grands fonds du lac delOO à 300™, où les filets dormants des pêcheurs les allaient autrefois chercher dans le Grand-lac C^). Elle remonte ensuite à la surface et y passe Tannée dans la région pélagique où elle se nourrit d'Entomostracés. ?]lle est prise au grand-filet; jamais elle ne mord à l'hameçon. Au pi-intemps elle descend dans le Petit-lac et s'avance jusqu'au banc du Travers de Genève ; elle remonte dans le Grand-lac en juillet. Dans sa vie pélagique elle se tient en troupes dans lesquelles les pêcheurs donnent parfois d'heureux coups de filet ; on parlait jadis de trois mille Poissons pris en une fois dans un grand-filet ; de bateaux de pêche ayant apporté de 80 à 100 kilogrammes de Fera en une nuit. Depuis 1896, que l'on a inauguré de nouvelles méthodes de pêche, (pêche de nuit au filet dit le ptùls) des coups de filet de plusieurs quintaux ne sont plus une i-areté. (■'')

La Fera est lui Poisson très délicat et peu robuste ; il ne supporte pas la captivité, et périt après quelques heures seulement de séjour en réservoir: son transport à distance, à l'état adulte, pour des essais de peuplement artificiel d'un autre lac, est impossible. Selon Fatio il y aurait au point de vue delà rusticité de grandes différences suivant le lieu de capture des Feras; celles qui sont pêchées dans les gi-ands fonds périssent beaucoup plus vite que celles qui sont prises en beine.

La Fera qui va frayer dans la région profonde et qui s'égare jusque sur le banc du Travers de Genève, passe la plus grande partie de sa vie dans la masse indéfinie du plein lac. Elle est pour nous le type du Poisson pélagique.

La Gravenche, Corcgonus liiemaUi^ iunne, Fera blanche des pêcheurs. Cette espèce, spéciale aussi au Léman, appartient comme la Fera au type balleus de Fatio, mais avec tendance à se rappi'ocheidu type dispersHs du même auteur. Le C. bezola Fatio, du lac du Bourget, ne serait qu'une sous-espèce du C. Itiemalis.

(')En octobre 1893, M. Auguste Ko cb, à Morges, a vu une Fera remplie d'œufs — Le 2'.) juillet 18'.")7à ïbonon, une grosse Fera avec des œufs (M. Ch. No verra z, capitaine pilote des bateaux à vapeur).

('■ij Ce Poisson est médiocrement prolilique. Lunel a compté 1-2 OOl) œufs dans une Fera de 700 grammes.

(3) A St-Prex, 5 février 1897, un coup de filet de trois quintaux : le 7 février un dit de sept quintaux. Nouvelliste Vaudois, 9 février 1897.

La Gi-avenche se clistiDgiie de la Fera par ses nageoii'es pectorales plus longues; t'enversées elles atteignent et dépassent le bout du museau : (chez la Fera elles ne vont pas au delà du bord ajitérieur de l'œil.) Le museau est plus conique, le profil du dos est plus relevé et s'incline davantage vei-s le museau. La Gravenche semble baisser la tète, tandis que la Fera tient la tète droite. Chez la Gravenche la ligne latérale est droite. La Gravenche est plus pâle de couleurs que la Fera. (Fig. 177.)

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(Fig. 17 1). — La Gravenche, Coregonùs hieiytalis, Jurine, d'après une planche de Lunel.

Les dimensions maximales de la Gravenche sont : longueur 3-4,5''", poids 500.^' (Lunel, Fatio), 750^ (Ramuz, pêcheur à Morges). Elle est donc notablement plus petite que la Fera.

La Gravenche fraie en décembre sm- le fond graviéreux de la beine, et surtout aux emjjouchures de livières, Venoge, Aubonne, Drance. Quant à ses mœurs dans le reste de l'année, ce sont celles de la Fera." La Gi'avenche montre cependant plus de résistance que la Fera à la captivité en réservoir, où elle peut être gardée pendant des semaines et des mois. Comme la Fera, et malgré ses excin-sions en beine à l'époque du frai, la Gravenche appartient à la faune pélagique.

D'après V. Fatio et H. Goll(')la Gravenche, autrefois abondantedans le Léman, serait en dimimition sensible.

t*) H. Gnll. h^'- tHvrier 1900 in lilt.

La grande Marène, Coregonus maraena Bloch. GeCoi'égone oi'iginairedeslacs dePrusseaété introduit dans le Léman en 1881 : 5000 alevins reçus d'Allemagne et élevés dans le réservoir de Pvoveray par AL H. Chatelanat ont été versés dans le lac; 9000 alevins de même provenance ont été mis au lac en 1882.

En Allemagne, ce poisson atteint 8 et lOi^^' de poids et 1,3'" (!) de longueur. En sera-t-il de même dans les eaux moins riches en nourriture du Léman? Toujours est-il qu'à partir de 1890 les pêcheurs ont appoi'té aux marcliés de Lausanne et de Genève des Feras des Allemands, se distinguant des Feras ordinaires pai- un corps plus trapu, des formes plus arrondies du dos et du ventre, des écailles plus grosses, et une teinte d'un jaune rougeâtre, ressemblant parfois à celle des Carpes ; leur poids était déjà de 1 à 1 V-2''^' e» 1891. (H. Goll.) (')

En février 1900, M. Goll m'écrit que la Marène est relativement très abondante dans le marché aux poissons; elle atteint le poids de 1 Vj à 2i<i-'.

Dans les lacs d'Allemagne leurs mœurs ressemblent à celles des Gravenches : elles fraient en décembre sur la beine ; pendant le reste de l'année elles vivent dans la région pélagique.

Le White Fi-sh, Coregonus albus Fatio. De 1883 à 1886 près de 200.000 alevins provenant d'œufs de White Fish des grands lacs américains ont été versés dans le Léman par les soins du Département fédéral de l'Agriculture. Nous n'avons pas encore de nouvelles certaines sur- la réussite de cette importation.

Fatio a décrit sous le nom de C. albus des individus provenant de ces alevins et élevés dans des bassins à Genève. 11 fait remarquer que sa desci-iption ne correspond pas à celle du C. albus Lesueur, mais plutôt au C. WilUamsonl Girard, et au C. quadrUateralis liichardson. ('")

Citons poui- mémoire la capture en 1896 de deux Poissons du genre Corégone que Fatio a pu étudier; il constate qu'ils appartiennent à une espèce de son type dispersus (à branchiospines longues et nombreuses) qui jusqu'à présent n'était pas représenté dans le Léman. 11 les athibue au C. goicrosiis Peters, du Nord delà Prusse, et suppose

(1) Arch. Genève. XKVIII 565. Genève 1892. (-) AiTli. Genève, I, 270. Genève 18'.i(i.

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