ARTHROPODES
La classe des Insectes est essentiellement aérienne; avec les Oiseaux et les Arachnides, ils sont les animaux les plus complètement liés à la vie dans l'air soit par leurs allures, beaucoup d'entreeuxont la. faculté de voler, soit par leur respiration trachéale qui implique la pé-
nétration de Fair en nature dans l'arbre respiratoii-e. 11 y a cependant des exceptions, et les Insectes aquatiques sont assez nombreux. Je signalerai :
Parmi les Coléoptères pen tanière s, la tribu des Hydroc a n t h a re s (g. Dytlsciis, etc.) et la tribu des H y d r o p h i li e n s (g. Bi/drophUus, etc).
Parmi les Coléoptères cryptomères. la tribu des Donaciens dont les larves sont aquatiques, les Insectes parfaits aériens i-estant près du riv^age.
Parmi les H é m i p t è re s la famille des H y d r o c o r i s e s, avec les Notonectes, Nepiens, Le p top odes, nageurs sous l'eau, et les Veli ens marcheurs sur la surface de l'eau.
Parmi les N é v ro p t è r e s et les Diptères, im grand nombi'e d'Insectes sont aquatiques à l'état de larves, aériens à l'état parfait. Nous citerons parmi les P s e u d o - n é v r o p t è r e s : les L i b e 1 1 u 1 i e n s, les Ephémériens, les Perliens, les Hémérobiens; parmi les Névroptères : les Phryganiens; parmi les Diptères: les Culiciens, les Chironomidés et les Tipulidés.
Si la liste des Insectes aquatiques est assez longue, il n'en est pas de même de celle des Insectes lacustres. Peu d'animaux de cette classe peuvent se plier aux conditions de vie dans un grand .lac; nous n'avons dans le Léman à citer que trois espèces qui, à l'état parfait, appartiennent à notre faune établie. En revanche, nous trouvons dans la vase, et surtout dans la vase de la l'égion littorale, un grand nombre de larves de Névroptères et de Diptères. Ces larves y fourmillent parfois, s'y développent en nymphes, mais les Insectes adultes sortent de l'eau pour terminer leur cari'ièi-e dans l'air. Quelques-uns de ceux-ci échappent au bec des Oiseaux ou à la dent des Chauve-souris; ils déposent leurs œufs dans le lac et leur descendance suit les mêmes cycles que les générations précédentes. Malgré leurs migrations à certains de leurs âges, ils n'en sont pas moins des espèces établies de la faune lacustre.
Ajoutons que ces larves aquatiques des Insectes du Léman sont insuffisamment étudiées, et qu'elles offiiront certainement bien des faits intéressants à qui voudra s'y consacrer.
A côté de ces espèces établies, qui passent toute leur vie dans le Léman ou qui n'y accomplissent que quelques-unes de leurs métamorphoses, espèces qui sont le plus souvent représentées par un nombre
considérable d'individus, nous avons les espèces erratiques et les espèces adventices. Des Insectes étrangers au lac, qui y arrivent seulement à l'état de cadavres et qui servent de nourriture entre autres aux Mouettes, participent comme espèces adventices à la biologie du lac; nous n'en parlerons pas ici autrement que pour dire combien leur nombre est considérable. J'ai compté en avril 1896 le nombre d'Insectes noyés dans la rivièi-e la Morge qui sont transportés par heure au lac. Ce sont surtout des Fourmis, des Diptères et des Coléoptères.
432 Insectes par heure.
22 avril
16 heures
Nous indiquerons seulement les principales espèces erratiques que nous avons rencontrées dans le Léman, Insectes aquatiques des eaux campagnardes qui sont venus s'égarer dans le lac.
Coléoptères.
Orlchtoch'dus villosiis Lacovd. de la famille des Gyrins, (Coléoptères pentamères) est abondant sur le lac, dans la région littorale. J'en ai récolté des cinquantaines d'exemplaires soit sur la chaîne d'un bateau ancré près de l'embouchure de la Morge, soit dans une cabine de bois sur pilotis, dans les bains publics de Morges (Juin 1 891).
Haemonia appendiculata Panzer {H. equiseti Fab.), de la tribu des Donaciens (Coléoptères crypto-pentamères). J'ai trouvé ce bel Insecte de 1869 à 1875 dans le lac, devant Morges (^), sur les rameaux de Potamots submergés, sous 2 à 3™ d'eau, à 50'" du rivage. Il était à l'état adulte, marchant sur ces rameaux auxquels il se cramponnait avec ses six pattes armées de crochets.
J'avoue que cet Insecte a toujours été pour moi un problème vivant. 11 n'est absolument pas adapté à la vie aquatique; il ne sait pas, il ne peut pas nager, il ne peut que marcher sous l'eau. Peut-il respirer sous l'eau ? il faut le croire, car il ne vient pas respirer à l'air. Je l'ai, observé pendant longtemps dans des bocaux et aquariums, jamais je ne l'ai
(1) Plus exactement devant les tanneries Reymond et le jardin Monod.
VU montef à l'air renouveler sa provision de gaz respirable. Je l'ai tenu emprisonné sous l'eau par des toiles métalliques qu'il ne pouvait franclîii-; il n'en souffrait aucunement. Au contraire, si je le sortais de l'eau, il était fort gêné, et sitôt qu'il était séché, il mourait. Aurait-il adopté la respiration aquatique? Je n'ai pas vu trace de branchies.
Nous avons donc là l'anomalie d'un insecte parfait, à ailes développées, à formes et organes du type aérien le plus normal, incapable de nager, fort maladroit et fort empêché dans sa marche lente sous l'eau, insecte qui vit et respire sous l'eau, et est tué par le transport à l'air. Malheureusement,depuis l'année 1875, malgré des recherches attentives, je n'ai plus retrouvé cet Insecte dans la seule station où je l'avais constaté, et pai' conséquent, j'ai dû interrompre les observations et expériences qui m'auraient amené peut-être à l'explication du mystère (').
Le Prof.-Di' Ed. Bugnion a étudié cet Insecte qu'il avait trouvé en novembre dans la Glatt, à Wallisellen, sui' les rameaux de Potaniogeton perfoUatnm (juin 1873); (") en plus que moi, il a reconnu que la larve pompe l'air renfermé dans les cellules des plantes aquatiques au moyen de deux crochets chitineux qu'elle porte à l'extrémité de l'abdomen et auxquels les deux troncs trachéens. principaux aboutissent; l'insecte parlait court sur les plantes submergées, entouré d'une couche d'air. Renouvelle-t-il cet air à la surface? Bugnion ne peut l'affii'mer (•'').
Parmi les Coléoptères erratiques trouvés accidentellement dans le lac, je puis citer :
Hiidropoi'us septenti'lonaUs, sous les galets, au bord du lac. D^' Adr. D u m u r.
■ Agahus ynaculatus L., un seul exemplaire devant mon jardin, à Morges, 1880, F.-A. F.
HijdrophiUis plceuf; Latr., près de Morges, 1896, F.-C.-H. Forel.
Dytiscus )nargïnalïs Latr., péché devant mon jardin, à Morges, le 27 février 1883.
(1) C'est probablement VHaemonia equiseti que le doyen Bridel cite dans la faune du Léman soîis le nom de Leptura aquatica. Cette espèce doit donc être plus abondante sur d'autres parties de la région littorale.
(-) Actes de la Soc. lielv. Se. nat., Scliaffliouse 1873, p. 56.
{^) Ed. Bugnion, 15 février 1900, in litt.