HÉMIPTÈRE
Sigara Lemani Meyei'-Dïirr ( '). Ce joli Insecte nageur de la tribu des Notonectes, voisin des Corixa. vit sur les pierres de la grève, sous un ou deux décimètres d'eau. Au printemps, par "un beau jour ensoleillé et calme, c'est par milliers qu'on le voit nager sur la grève immergée du lac.
11 est complètement adapté à la vie lacustre; non seulement il nage avec rapidité et aisance, il se fixe aux pierres et herbes aquatiques, mais encore il respire l'air dissous dans l'eau. 11 ne supporte même pas le transport à l'air, et sitôt qu'il a passé quelques minutes desséché sur un morceau de papier buvard, il périt d'asphyxie.
En lait d'Hémiptères palustres ou fluviatiles ti'ouvésà l'état eri'atique dans le Léman je n'ai à citer que
Ranatra Unearis L. capturé deux fois à Morges et au Boiron près St-Prex.
Gerris lacustris L. que j'ai vu à différentes reprises nageant tout effaré dans les eaux littorales, soit devant mon jaixlin, soit dans le port de Morges; il était vivement poursuivi par des Poissons qui ne tardaient pas à le happer.
PSELTDO-NÉVROPTÈRES.
Les Névroptères sont assez richement représentés dans notre faune lacustre par les larves de nombreuses espèces. Nous citei'ons :
Les larves de diverses espèces d'Ephémériens, qui marclient librement, en agitant leurs branchies dorsales, sur le sol. dans la vase, et sous les pierres de la région littorale (-).
Une larve fort curieuse de la Sizrjra fusea/a, parasite des Spongilles du port de Morges (1878). Cette lai've aux allures et à la forme étrange, qui a été prise pour un Annélide par Gr ube et décrite sous le nom de
(1) La description de cette espèce n'a pu être retrouvée dans les œuvres de Mej'er-Dûrr ; mais une carastéristique très complète est donnée dans F. -X.Fieber, Die Europâischen Hemiplera. Wien, 1861, p. 89. Elle est probablement de la plume de Meyer-Diirr.
(-) J'ai trouvé une seule fois, en plein lac. le 28 avril 1875, une larve d'Epliémère •nageant à la surface à un kilomètre de la rive, devant Morges.
Branchitoma spongillae,Siété. reconnue par Brauer (Neiiroptera austriaca) pour appartenir au genre Sizyra, placé entre les Osmyla et Hemerob'nts, tribu des Hemerobiens, famille des Névroptères planipennes. J'en ai trouvé une bO^ d'exemplaires en 1878 dans les Spongilles du port de Morges, quelques-unes sur les Spongilles du débarcadère de Morges en dehors du poi't. Depuis lors je ne l'ai plus revue.
NÉVROPTÈRES.
La tribu des Phryganiens apporte à la faune lacustrequelques larves.. Les unes, espèces à fourreaux mobiles, vagabondes, des genres Phryganea, Hydroptila et genres voisins, sont isolées, peu nombreuses; sauf deux espèces de Phryganea et la Sialis lutaria L., ce que j'en ai vu ne me permet pas d'en faire autre chose que des espèces erratiques dans la faune lacustre.
En revanche, d'autres larves, d'espèces à fourreaux fixés aux pierres et bois de la région littorale, sont en nombre énorme. Ce sont incontestablement des espèces établies dans le lac. Je n'en ai reconnu qu'une seule espèce; il y en a probablement plusieurs. Le Tinodes^ lurida (1), belle larve verte de 8 à 10»im ([q longueui*, tisse un fourreau soyeux serpentiforme, fixé sur les pierres de la beine jusqu'à2à3"' de fond. J'ai élevé de ces larves et j'en ai obtenu les insectes parfaits qui ont été déterminés par R. Mac Lachlan, de Londi-es. J'aurai à en parler plus longuement loi'sque je traiterai de la question des galet» sculptés. D'après mes élèves en aquarium et mes observations en nature (en 1877-79) la ponte des œufs aurait lieu en juin et juillet; les œufs éclosent au bout de 10 jours; l'Insecte vit à l'état de larve pendant l'automne, Fhiver et lepi'intemps: il se métamorphose en nymphevers le milieu de mai et en insecte parfait vers le milieu de juin.
Diptères.
Les Diptères sont très abondamment représentés dans le lac. Nonpas par la famille des Guliciens ou Némocères piqueurs; — je n'en ai jamais constaté les larves dans les eaux de Morges et les jardins au
(1) D'après Mac Lachlan c'est la même espèce que Pictet a nommée Hydropsyche: microcephala; jy vois plutôt son H. maciiUcornis.
bord du lac ne sontjamais infestés par le fléau des Cousins,— mais par la lamille des Tipuliciens, spécialement la tribu des Chironomidés.
Les larves des Taui^pus et des Clùrono^nus abondent dans la vase aussi bien de la région littorale que dans celle de la région profonde. Ces dernières, les larves de Chironomidés de la région pi-ofonde, sont intéressantes à un double titre.
A. Si peu d'instants après la pèche on place une de ces jolies larves blanches, roses ou vertes, sous le microscope, on constate que les trachées ne sont absolument pas apparentes. Avec un peu d'attention, on peut en retrouver les gros vaisseaux dans la profondeur des tissus transpai-ents, mais elles n'ont pas leur aspect ordinaire de troncs noirâtres ramifiés; elles sont vides d'air et pleines d'eau. Ce n'est que lorsqu'on a laissé l'Insecte séjourner pendant quelques heures en rapport avec l'air atmosphérique, dans un verre peu profond, que l'on voit ces tubes trachéaux se remplir progressivement d'air, et se dessineipar- réfringence puissante au milieu des tissus sous la forme de cananx noirs à contours fortement accentués. Ainsi donc la larve, dans la région profonde, a ses tubes i-espiratoires pleins d'eau ; elle a une respiration aquatique. Cette absence d'air s'explique par l'impossibilité des •rapports avec l'air extérieiu' ; confinée dans la vase de la région profonde, incapable de s'élever entre deux eaux, elle ne peut aspirer de l'air à l'état aériforme, et ses trachées ne contiennent que de l'eau. Elle est donc condamnée à une respiration aquatique. Cette respiration anormale est-elle suffisante? Evidemment oui, puisque l'animal vit et se développe.
Ce fait paradoxal est il unique? Non. Nous le retrouverons bientôt chez les Limnées, et à cette occasion ou plus tard nous discuterons la signification de la respiration aquatique des animaux aériens.
B. Je n'ai jamais vu en plein lac une larve de Chironomien venir éclore à la surface et la nymphe s'y changer en insecte parfait. Ces éclosions se l'encontrent sur le lac, mais seulement dans la région littorale. Ce n'est pas que ces larves soient incapables de se transformer en nymphes et en mouches. Si je garde en aquarium pendant quelques jours le produit d'un di-agage profond en le recouvrant d'une gaze pour capturer les insectes, je vois bientôt des nymphes de Chironomes et de Tanypes sortii- du limon, monter à la surface de l'eau, et les mouches s'envoler dans l'aii'. Mais, encore une fois, ces éclosions de Némocères n'ont pas lieu en plein lac, et la preuve en est que les Hi-
rondelles ne poussent pas au large leurs chasses aux mouches à plus d'un kilomètfe de la côte.
Les lat'ves de Chironomiens de la région profonde ne se transforment-elles pas en nymphes et en adultes. Je ne saurais le nier dé- .tinitivement, car il serait possible que la grande majorité de ces Insectes soient surpris pendant leurs migrations à la surface par les Poissons pélagiques qui en feraient leur proie et qu'un nombi^.. tellement intime qu'il nous échapperait, arriverait seul à la surface.
D'une autre part on peut se demander comment les o^ufs de ces Insectes arrivent dans la région profonde. Les œufs sont pondus à la surface de l'eau, dans la région littorale. Au printemps l'on voit toutes les herbes et les pierres salies par une substance visqueuse jaunâtre où le microscope fait reconnaître les longues chaînes des œufs des Némocères. Les petites larves, à leur éclosion, peuvent être entraînées en plein lac par les vagues et les courants, et coulant dans les grands fonds, s'y développent dans la région profonde. Là n'est pas une grande difficulté.
Maisil est une autresolution de cette question. 0. G rimm de St-Petersbourga décrit une reproduction pédogénétique des Diptères ('). Il a vu ces Insectes, encore à l'âge de larve, présenter déjà un état de maturité suffisant des ovaires pour pondre des a^ufs capables de se développer. J'ai lieu de supposer qu'il en est peut-être de même pour nos Ghironomidés de la région profonde. Deux fois j'ai vu, ou cru voir, le corps de nos larves transparentes, verdâtres, rempli d'œufs reconnaissables à leur taille et à leur forme; d'auti'e part j'ai plusieurs fois, dans mes dragages profonds, trouvé des œufs de Diptères agglomérés ensemble en paquets discoïdes. Ces observations ne sont malheureusement pas assez complètes pour que je puisse être aftirmatif ; on pourrait admetti'e la possibilité d'une reproduction par pédogénèse de nos larves de Diptères ou du moins de quelques-unes d'entre elles, mais je réclame, avant tout de nouvelles études, observations et expériences dans cette direction.
Les possibilités qui sont en présence pour la reproduction de nos Diptères lacustres sont donc :
/r« hypothèse. Ponte des œufs par les femelles de flnsecte ailé sur
(1) 0. von Grimm. Ungeschlechtliclie Fortpllanzung einer Chironomus-Art. Mém. Acad. imp. St-Pétersliourg, XV, n» 8. 1870.